Humour, Gloire et Beauté

Profitez de ce qui ne saurait durer, j’essaie d’être régulière.
Et pour cause ! Que de réactions suite à mon dernier billet, j’ai été plus que surprise de constater de nombreux partages Facebook, de nouveaux fans sur la fanpage (youhou !), des dizaines de commentaires que ce soit sur le blog, via twitter ou par messages privés et l’audience du site boosté à plus de 300 visites par jour pendant toute la semaine…

Devant autant d’enthousiasme, je n’aurai qu’une chose à dire…  BANDE DE MASOCHISTES !!
Si j’avais su qu’il fallait vous raconter des horreurs pour vous combler, j’aurais partagé ma trouille avec vous plus tôt. Et maintenant que je connais les ficelles de la gloire, des fans (et de la drogue et du sexe qui en suivront), j’hésite à faire un article sur le charme des cigales de la taille d’un orteil dont on retrouve les cadavres en dessous de chaque arbre en été, des corbeaux de Shinjuku à s’y méprendre avec une autruche qu’il vaut mieux ne pas croiser après avoir vu Les Oiseaux d’Hitchcock, des méduses qui viendront pimenter vos baignades estivales ou encore des merveilleux scolopendres des campagnes.
Mais comme j’aimerais bien dormir la nuit plutôt que de repenser à la merde que je vous raconte, on va passer à autre chose.

Car mon dernier billet a engendré une autre réaction que je n’avais pas envisagée non plus.

Voyez, il existe un site japonais (très intéressant au demeurant) du nom de Searchina qui a une rubrique destinée à présenter les blogs étrangers de nombreux pays sur le Japon. Les rédacteurs choisissent un billet sur les expériences d’un étranger au Japon et en présentent le contenu (en détail ou partiellement) pour en faire un article.
J’avais déjà eu l’honneur d’être présentée une fois sur leur page avec un article sur mon billet sur la St Valentin, que les japonisants pourront retrouver ici.
Et contre toute attente…  ils ont remis le couvert avec mon article sur les cafards japonais.

Enfin, pas sur TOUT l’article… Juste sur la fameuse partie sur les « Japonais face au Fléau », où je les soupçonne de coopérer avec le monstre.
Le titre Japonais de l’article ? « Aussi un sentiment d’affection ? L’étrange relation des Japonais et des cafards » (親愛の情もある?日本人とゴキブリの不思議な関係 en japonais).
S’ensuivait un article on ne peut plus sérieux sur mon incompréhension des habitudes des Japonais à les appeler « Goki-chan », de déposer ses ordures dans la rue et leur permettre un environnement favorable ainsi que leur amour pour les histoires héroïques face à la Chose.
Avec un premier degré à faire pleurer un moine, l’article se terminait sur une phrase disant que l’auteur (en d’autres termes, moi) ressentait comme une forme d’affection des Japonais à l’égard des cafards.

Après avoir lu l’article, je me dis qu’il existe au moins plusieurs systèmes solaires différents entre le ton complètement décalé de mon article et le leur, écrit le plus sérieusement possible.
Sur le coup je hausse les épaules, je suis ici depuis assez longtemps pour comprendre que la culture du second degré et du sarcasme est on ne peut plus française et que ça ne passe pas forcément au Japon, leur journaliste est passé à côté et a pris au sérieux mes déclarations, tant pis.

Sauf que… L’article Japonais est rapidement tweeté plusieurs fois, devient numéro 1 de leur top pendant deux jours et je me retrouve avec près de 1000 visites japonaises dans la journée (sans oublier que selon mes statistiques, mon site a été passé des dizaines de fois à google traduction… ).
Et les quelques réactions que je trouve sur les réseaux sociaux sont sans appel : de l’incompréhension :  « Mais c’est n’importe quoi, je n’aime pas les cafards ! »,  « Elle n’a pas compris, j’ai aucune affection pour les cafards ! »  aux remises en question angoissées :  « Tiens mais c’est vrai ça… Pourquoi on dit « goki-chan », on est bizarre, que faire ?!!!! » …

Ou comment l’humour acide incompris d’une Française qui dit tout le caca qui lui passe par la tête pour se détendre devient une affaire d’État on ne peut plus sérieuse sur l’histoire d’amour cachée et inconsciente des Japonais avec les blattes.

Sur le coup (et aussi parce que ça fait deux fois qu’ils citent mon blog avec une faute dans le titre et que ça me titille le système nerveux quand on sait qu’on vit pourtant à la grande Ère du Saint Copier-Coller), je leur ai écrit pour leur expliquer que c’était du second degré et que, manifestement, leur traducteur était passé complètement à côté de cette partie du billet qui se voulait humoristique (aussi douteux soit mon humour).
Même si je leur ai dit que, maintenant que c’était fait, ils pouvaient laisser leur article tel quel, ils ont choisi de changer une ligne du texte en disant que je trouvais « rigolo le sens de l’humour des Japonais à les appeler « goki-chan ».
Bon, c’est pas ça non plus que je voulais dire, mais c’est pas grave j’ai vu que le cœur y était les gars, je vous pardonne.

Voilà, comme vous l’aurez compris, les Japonais et les Français n’ont pas le même sens de l’humour. Et si toi aussi tu manques cruellement d’imagination et de second degré, sache que quand je parle des poubelles dehors en tant qu’autel rituel pour faire revenir leurs Dieux maudits des Enfers, en vérité je n’ai jamais vu de Japonais sous cape noire dessiner des pentacles avec du sang de corbeau de Shinjuku sur les bouches d’égout pour faire appel, un soir de pleine lune,  à la divinité incertaine qu’est Seigneur Cafard.
Ne sois pas déçu, après tout ils le font peut-être en cachette.

Donc voilà, un nouveau dossier s’impose les enfants.
Il est temps que je vous dévoile quelques secrets sur cette notion nébuleuse qu’est l’humour japonais. Histoire de pas vous prendre des gros bides quand vous croyez votre vanne excellente et de pas passer pour quelqu’un de pas fréquentable (genre…moi).

DOSSIER :

1. Black Joke Prohibited

Toi qui as été élevé aux Guignols de l’info, vénère Coluche, voire apprécie le décrié Dieudonné, remballe tout de suite ce que tu crois être tes meilleures vannes avant de te faire expulser du territoire pour 5 ans.
Ici, l’humour noir n’est ni usité, ni le bienvenu.

Si chaque mort d’une personnalité, fait divers ou péripéties politiques feront naître des vocations de comiques sur tous les coins de la toile et les pires vannes de 140 caractères retweetées inlassablement sur Twitter (qui n’est pas tombé sur le « iQuit » de Steve Jobs…), au Japon on se contente de relayer l’information, avec des commentaires pour ou contre, mais on s’en tient là.
La passion des Français pour se moquer de nos politiques (faut dire qu’il y a matière…) reste un mystère pour les Japonais qui, quoique généralement mécontents de leur gouvernement, ne s’y frotteraient pas.
Alors toi qui voulais parodier le Premier ministre pour faire rigoler la galerie, souviens-toi que la peine de mort n’est pas encore abolie au Japon avant de finir toi-même en blague sur twitter.
Bref, on ne rit ni de la politique, ni de la mort, ni de la maladie, ni des catastrophes (et pourtant au Japon on aurait de quoi faire plusieurs oneman show…). Jamais il ne viendrait à l’idée d’un Japonais de répondre « Ca va, j’ai pas encore de troisième bras » quand on lui demande comment ça se passe depuis Fukushima, alors qu’un expatrié préfèrera souvent détourner le problème avec un « Il me tarde d’être phosphorescent, je payerai moins cher en électricité <3 »
Donc si en France on vous dira qu’on ne peut pas forcément rire de tout, au Japon autant résumer en disant qu’il vaut mieux ne rire de rien pour ne pas se faire taxer de quelqu’un de tout ce qu’il y a de plus hidoi (traduisez par « horrible »…).
On notera au passage le cas des Guignols de l’info qui se sont fait harponner par l’Ambassade du Japon après le 11 mars… C’est vrai que quand on connaît les Japonais, ce genre de blagues est juste impensable ici.
Alors quand on sait qu’un sketch comme celui-ci-dessous me fait pleurer de rire, on se doute que je ne pars pas sans handicap pour m’intégrer dans le monde obscur de l’humour japonais.

2. Adieu ironie et second degré

Ah, les joies de l’ironie, du sarcasme et de la raillerie… Ca aussi, vous pouvez le ranger bien au fond de votre culotte.  Dire exactement le contraire de ce que vous pensez pour exprimer un délectable persiflage de votre cru tombera à l’eau comme un bloc de pierre dans le misérable plouf de l’incompréhension. Le concept de l’ironie reste relativement flou aux yeux de nos amis nipponais.
Je vous plante le décor :
Vous vous baladez nonchalamment dans les rues animées de Shibuya avec un(e) ami(e)  français(e) lorsque vous croisez un énergumène du troisième type : T-shirt jaune fluo, jupe à pois verts et rouges, chaussettes violettes et crocs oranges aux pieds. Le tout avec un serre-tête orné de poupées teletubbies sur la tête (non je n’ai pas assez d’imagination pour inventer ce genre de serre-têtes, au Japon la réalité dépasse bien souvent la fiction, que voulez-vous).
Vous examinez l’étrange apparition de haut en bas, et déclarez :
« Wouah, j’adore son style, très harmonieux les couleurs… Ca fait pas mal aux yeux en plus, c’est bien. »
Et là, comme votre ami(e) est normalement constitué(e), vous l’entendrez vous répondre d’un naturel : « Clair, son tailleur est mort ou quoi ? Putain mais que fait la fashion police ? Y’a agression visuelle là, j’ai perdu un point à chaque œil ».
Vanne réussie, la confrérie des langues de vipère est au meilleur de sa forme, vous pouvez  donc continuer votre chemin le cœur léger en ricanant.

Bien, maintenant on prend le même énergumène, mais cette fois vous êtes en compagnie japonaise.
Vous :  Wouah, j’adore son style, très harmonieux les couleurs… Ca fait pas mal aux yeux en plus, c’est bien.
– C’est vrai que c’est bien quand c’est coloré, c’est joyeux, ça rappelle le printemps !
(sourire radieux et horriblement innocent de votre interlocuteur)

Tragédie, vous voilà tombé dans un monde parallèle où l’ironie n’existe pas…
Fini les « Mmmm, comme  c’est goutu !<3 » quand vous mangez un truc infâme comme le nattô ou les « Mais quelle est ce doux effluve enchanteur ? » dans les transports en commun blindés, sous l’aisselle de votre voisin.

Et là, comme démuni de votre meilleure arme, vous hésitez entre vous ouvrir les veines avec un couteau à beurre ou vous jeter tragiquement du haut d’un trottoir.

Et je ne parle pas seulement d’ironie, le second degré est aussi aux grands abonnés absents des discussions. Dire quelque chose de complètement invraisemblable pour tenter d’obtenir un gloussement, c’est un peu comme partir à la recherche de la fontaine de Jouvence : une quête chimérique vouée à l’échec (sauf peut-être pour Jack Sparrow,qui sait, on aura peut-être l’occasion d’aller le voir conquérir l’humour japonais dans Pirates des Caraïbes 94).
Et comme les Japonais n’ont pas l’habitude de raconter n’importe quoi pour imager leurs récits ou leur donner un côté comique, ça fait d’eux un peuple remarquablement crédule. C’est regrettable à dire, mais les rouler dans la farine est d’une facilité presque triste.
Joueuse, j’ai donc essayé de tester les limites, voir jusqu’où je pouvais aller dans le n’importe quoi… et mon étude a dépassé mes plus grandes espérances.
Ainsi, j’arrive régulièrement à faire croire que j’ai 17 ans, le fait que je sois diplômée d’un master et employée depuis mars 2011 ne semble perturber personne…
J’ai également fait croire à une amie (qui me connaissait pourtant depuis 2 ans) que j’étais issue d’une grande lignée de royauté en Tunisie et que j’étais donc en réalité une princesse… ayant pour preuve une dague d’argent portant le seau familial (… un couteau de rien certainement dégoté au souk deTunis pour 2 dinars…). Et voilà une Japonaise prête à me faire la révérence.
Tremblez mortels.

Enfin, j’ai aussi réussi à faire croire que j’étais une ancienne Yamamba, et quand on sait qu’une yamamba ça ressemble à ça :

…on se dit que l’ingénuité japonaise est comme un puits sans fond.
Je vous rassure, je ne fais pas durer mes mensonges, c’est juste pour le plaisir pur et simple de flouer mon monde. 

(Je rappelle toutefois à ceux qui ricanent que les Français ne valent parfois pas  beaucoup mieux, quand on pense qu’après toutes les conneries que je raconte j’en trouve encore pour gober mes poissons d’avril et que j’ai reçu environ 80 messages d’anniversaires, plus cadeaux et fête surprise cette année alors que ça fait 2X ans que je suis née au mois d’août !! Et vous, vous n’êtes pas Japonais, donc c’est impardonnable.)

Bref, vous l’aurez compris, basez-vous sur du terre à terre, l’implicite et l’imagé seront autant de raisons pour vous faire comprendre de travers et collectionner les malentendus.
Alors si vous n’avez pas envie qu’on vous offre un serre-tête teletubbies le jour de votre anniversaire, évitez l’ironie quand vous en croisez un.

Notons toutefois au passage que les Japonais peuvent s’essayer à la plaisanterie mythomane, mais il y a un jour précis pour cela. En effet, le 1er avril est aussi le jour du mensonge chez eux et ils n’hésiteront pas à vous faire gober une énormité si l’occasion se présente. Une bonne excuse pour se venger impunément les 364 autres  jours…

Vous trouverez parfois quelques hurluberlus (ayant vécu à l’étranger  ou non), amateurs d’humour noir, de sarcasme et d’énormités. C’est rare, TRES RARE,  mais quand vous en trouverez un, ce sera d’autant plus bon et deviendra très certainement un très bon ami. Entre gens de bons goûts, on se soutient.

3. Au final, l’humour japonais, Késako ?

Bon alors, au Japon on ne rit pas du malheur, on ne se moque pas, on n’est pas dans l’exagération de situation, on ne fait pas de blagues cyniques.
Bah alors de quoi ils rient,me direz-vous ?
Je ne saurais faire un chapitre très argumenté car pour être tout à fait honnête, certaines subtilités m’échappent encore. Mais je peux essayer.
Tout d’abord commençons par ce qui est universel :

–          L’ Oyaji-gag

Ce qu’on appelle les Oyaji gag, ce sont les jeux de mots – souvent pourris – qu’on pourrait comparer à un niveau carambar. Ceux qui font plus rire par dépit et pitié pour son auteur qu’autre chose. D’ailleurs, oyaji en japonais ça veut dire « papa » mais plutôt dans la nuance « mon vieux » que « mon papounet ». Donc en gros, l’oyaji gag, c’est la blague que ferait ton père, et dans le cas du mien, c’est dire si c’est pas drôle (j’ai quand même le seul papa qui appelle le site Le bon coin par « le petit coin »… si c’est pas de l’oyaji gag de compétition ça…)

Et comme j’ai très mauvais goût, J’ADORE les oyaji gag. Et c’est là tout le bonheur d’être bilingue, je peux collectionner les bides de blagues au ras du sol dans les deux langues \o/
Je pratique donc quotidiennement l’oyaji gag, mais même quand c’est nul, on me pardonne volontiers car je suis étrangère. D’ailleurs je crois finalement que le fait que je ne sois pas japonaise aide à mon petit succès.

Donc si toi aussi tu veux briller en société nippone, je suis d’humeur généreuse ce soir et vais te donner les clés de gag pourris faciles à retenir qui te donneront gloire et notoriété au pays du soleil levant.

Tout d’abord, quelques notions de japonais.
Au Japon le mot hito人 veut dire « personne ». Utilisé en tant que suffixe, la prononciation change et le caractère se lit « jin » (oui, le japonais est une langue barbare avec des lectures de caractère qui changent selon leurs humeurs).
Par exemple, pour dire une nationalité, on va utiliser le nom du pays + le suffixe jin.
Donc si France se dit « Furansu » et que personne se dit «jin », alors un Français se dit « Furansu-jin ».
Un Américain, America-jin.  Un Africain, Africa-jin.
Bref, peu importe votre pays ou continent, ça finira forcément par jin.
Donc comme vous êtes étranger, on vous demandera fatalement un jour « nani jin ? » (Tu es quoi/ quelle nationalité ? »
Et c’est là que lire mon blog vous sera utile pour faire votre première blague vaseuse en répondant avec aplomb et tout le sérieux dont vous êtes capables :  « ninjin ».

Je vous la refais.
Japonais souriant désireux de faire votre connaissance: « nani jin ? »
Vous, sûr de vous et on ne peut plus sérieux : ninjin.

Maintenant, traduction :
« Tu es quoi ? »
– Je suis une carotte.

………\o/

A vous de voir si c’est drôle ou non, mais avouez que d’un point de vue carambar, ça dépote ! Si la blague en elle-même est nulle, la réaction de votre nouvel ami vaut son pesant d’or. Et un étranger qui fait des blagues pourries en japonais, fera de vous un petit singe savant très drôle avec qui il fait bon copiner.
Dans le même genre, on pourra vous demander « nani za ? », soit « quelle est ton signe astrologique ? », et  ce signe finira forcément par « za ».
Ainsi, Lion se dira « shishi-za », Cancer « kani-za » ou encore Capricorne « yagi-za »etc.
Alors laissez courir votre imagination au ras des pâquerettes pour répondre un truc débile du genre « yakuza », « pizza » ou même « gyôza » et vous pourrez rentrer dans le rang Ô combien convoité des comiques ringards.

Voilà, vous avez les bases pour faire vos propres jeux de mots foireux et êtes enfin prêts à devenir le nouveau Ruquier japonais.
Non, ne me remerciez pas.

–  Shimo neta

Le shimo neta 下ネタ est ce qu’on pourrait traduire par « en dessous de la ceinture ».  Aaah, bah ça oui, les blagues salaces ça, c’est universel, on ne se refait pas.
J’ajouterai toutefois la nuance qu’on en trouve assez peu dans les médias/films/émissions. Du moins, moins ouvertement que chez nous.
L’humour coquin existe bel et bien, mais plus pour des discussions entre amis ou avec un coup dans le nez (et les Japonais sont rarement les derniers pour boire un petit verre…donc vous devriez découvrir rapidement les  joies  de l’humour libidineux).
Vous connaîtrez également le bonheur des blogs sur les carottes ou encore les navets

Comme la nature a été généreuse avec moi et m’a dotée d’une paire de roberts telle qu’on en voit jamais rarement au Japon,  un jour que je me baignais innocemment à la plage dans mon bikini (on met rarement une combinaison de ski pour aller se baigner…), on m’a gratifiée d’un superbe combo oyaji gag/shimo neta en me balançant un très élégant « Opparadise !! » (oppai voulant dire seins…).
Voyez, ils ne font pas dans l’humour noir mais peuvent exceller dans la finesse…

4 – Dans les médias

Pour ce qui est de l’humour dans les médias, le concept du Oneman-show à la Gad El Maleh est inexistant. Les comiques sont très généralement des duos, et sauf erreur de ma part car ça fait déjà un moment que je n’ai plus la télé, c’est dans la majeure partie des duos masculins. Notez que la ville réputée pour ses nombreux humoristes est Ôsaka, souvent décrite comme la ville de l’humour. Et je les rejoins sur ce point, on se marre beaucoup plus avec les gens d’Ôsaka qu’avec ceux de Tôkyô en général. Ôsaka is love.

L’humour qu’on voit à la télé est relativement simple, terre à terre. On va avoir un duo à la Laurel et Hardy, racontant une scène du quotidien et très souvent l’un passe pour le benêt pendant que l’autre le rabroue à coup de tapes sur la tête.
L’humour Japonais est finalement plutôt clownesque, très gestuel.  Dans le visage, dans les mouvements, dans les vêtements. Beaucoup de déguisements, de personnages créés. J’ai l’impression qu’il y a finalement très peu de comiques naturels, ils jouent tous un rôle poussé.
Parfois j’ai l’impression que l’humour japonais a quasi 100 ans de retard sur l’humour européen, à l’époque de nos Charlots et autres. On n’aborde pas les tabous, on reste sur du quotidien, du pas méchant, de la parodie, du mime. J’ai presque envie de dire de l’humour pour enfants.
Comme je n’ai plus la télé depuis deux ans, je ne connais pas trop les humoristes en vogue mais il y a quelques années, j’aimais bien le personnage Hard Gay (de son nom entier Leather Ramon Hard Gay). Comme la plupart des comiques, il avait son propre personnage et lui eh bien… c’était le cliché du Gay mysogine à la Pédale Douce.
Habillé de cuir et court vêtu, il s’incrustait dans des lieux improbables (restaurants, entreprises, écoles…) pour y foutre son bordel, troller à tout va, faire des avances à tout ce qui bouge de masculin et se mettre les bras en croix pour pousser son fameux cri suraigu : « HOOOOOO !!!! »
Ses blagues, principalement basées sur du shimo neta,  font que pas mal de Japonais le trouvaient de mauvais goût et il est aujourd’hui passé aux oubliettes. Bon j’avoue que c’était loin d’être fin mais son « HOOOO ! » est juste magique.
Et puis, c’est le premier comique dont j’ai compris les vannes quand j’étais en deuxième année de Japonais (esprit mal tourné quand tu nous tiens…) et m’a offert mes premiers rires sans sous titres.
Pour ceux qui maîtrisent le Japonais ou la langue de Shakespeare (il y a les sous-titres anglais), voici une vidéo où il accuse YAHOO ! d’avoir volé son « HOO ! » pour leur titre et s’incruste dans l’entreprise pour exiger une collaboration et devenir la mascotte d’une de leurs publicités. Je ne sais pas si ça vous fera rire car c’est assez spécial, mais moi je ne me lasse pas du final.

Bref, je vous choisis un personnage un peu extrême, mais quoiqu’il en soit les humoristes japonais font rarement dans la finesse et surjouent leur rôle à l’extrême, jouant sur le cocasse et le décalé.
Après, il y a certainement quelques humoristes plus subtiles, mais je n’ai  pas encore le niveau pour y accéder…  Une fois (bon c’était il y a quelques années, je ne sais pas aujourd’hui) j’étais tombée sur un humoriste à texte, assis seul sur scène à faire un monologue, et je n’avais strictement rien compris.
On m’a dit une fois qu’on était parfaitement bilingue qu’une fois qu’on était capable de se disputer dans la langue de l’autre.
Je ne pense pas que ce soit suffisant. On est parfaitement bilingue quand on a accès à toutes les subtilités d’une langue et qu’on est capable de rire avec les natifs de certaines blagues sans passer à côté.

Voilà, maintenant vous avez presque toutes les clés pour rires avec vos amis Japonais tout en évitant de les froisser ou… de créer l’effroi sur le net en déclarant que les Japonais entretiennent leurs cafards avec affection…

15 Louanges

  1. Danie

    Le plus drôle c’est que j’ai vu Hitchcock et son film sur les zozios au Japon….je voyais plus les corbeaux comme avant.

    le coup de l’article japonais et des visites qui s’en suivent m’ont déjà fait bien rire. alala. Ton site doit être régulièrement lu!

    ton humour me manque, commandant Hun *3*

    et tout ça est tellement vrai. Je me rappelle de beau de moment de solitude alors que je ne pense pas être la réincarnation de Coluche. Surtout en ce qui concerne l’ironie et l’humour noire, dur dur les blagues au Japon.

    perso les oyajigag me font mourir de rire! J’ai envie de dire que je suis une carotte maintenant! une carotte yakuza!

    Opparadise, ça m’a fait rire aussi…je dois être bon public en fait XD

    et comme d’hab, tu écris toujours aussi bien et j’ai bien rit! ♥

  2. Claire

    PUTAIN X » » » » » »D le sketch sur l’adoption m’a trop choquée et fait rire en même temps c’est juste atroce XD

    Et tes blagues sur les carottes et les gyoza m’ont fait perdre le contrôle de mes abdominaux je crois que j’ai perdu quelques calories + de l’eau en pleurant XD

    Tain j’aime bien l’humour japonais (plus ceux qu’on voit dans les film/drama/animé/émissions que les humoristes par contre) mais faut avouer qu’on est les meilleurs. Après j’avoue qu’avec Masaya à ce niveau là je m’y retrouvait bien, même si les japonais qui trouvent que s’insulter est très drôle sont souvent pas fréquentables, faut avouer que de ce côté là c’est fun XD

    Et tu savais que dans le nord ils aiment pas les jeux de mots ? Mais genre pas du tout ? J’ai un pote qui vivait à Niigata, super fan de jeux de mots foireux comme ceux que tu peux citer, et quand il tentait d’en caser il se prenait un gros blanc général super gêné. Du coup il a interviewé les japonais, il semblerait que plus tu pars dans le sud, mieux ça passe. Fou ça.

    Et je suis pas d’accord non plus avec celui qui t’a dit que quand on pouvait se disputer c’était bon. Grâce à Masaya (encore, bon prof) et comme toi Takoto, j’sais très bien me disputer en japonais mais j’me considère pas du tout bilingue O.o l’humour ça demande vachement plus de maîtrise de la langue ET de la culture !

  3. marie-catherine

    le opparadise m’a littéralement tuée XD
    j’aime tellement les oyaji-gag… ça doit être le désespoir de ne pas pouvoir faire rayonner mon cynisme et mon humour second degré qui me pousse à faire des jeux de mots de la honte à chaque occasion qui passe.

  4. Cet article m’a fait pleurer de rire.
    Tu sais qu’à cause de toi je risque fort de sortir « ninjin » quand je viendrais ? J’espère que tu te rends bien compte de ce que tu as créé en écrivant cet article.
    N’empêche, chui sûre qu’il va y avoir un bon de mauvais jeux de mots en japonais dès demain xD
    Mais que va dire le fameux journal si il tombe sur cet article ? =D

  5. Maud

    « Et là, comme démuni de votre meilleure arme, vous hésitez entre vous ouvrir les veines avec un couteau à beurre ou vous jeter tragiquement du haut d’un trottoir. »

    Tu m’as tuer xD Tu fais un one woman show à toi toute seule ! Si un jour tu montes sur scène, je viens te voir (*w*)

  6. Edith

    J’adore comme d’hab !!! je ne commente pas à tous les coups mais sache que je lis TOUS !! je préfère rester dans l’ombre tel un shishiza !!! 😉 des bisous

  7. Alala l’humour japonais. On est vraiment pas sur la même planète.

    Ca m’a bien fait rire de voir comment ton précédent post (que j’avais lu sans commenter) a été perçu. xD

    On aura beau expliquer le 2nd degré je crois qu’ils savent même pas ce que c’est tellement ils sont crédules (c’est tout simplement pas dans leur culture)

    Hard gay je regardais aussi à l’époque il me faisait quand même rire cet abruti xD

  8. C’est décidé, je ne visiterai jamais le Japon. Me contenterez de vidéos. Les cafards, les araignées grosses comme le poing et maintenant aucun sens de l’humour, du moins à ce que je vois, le mien. J’adore aussi les jeux de mots un peu douteux, voire limite, et l’humour anglais, style Monthy python. Mais pourquoi ils peuvent pas être comme tout le monde??? Sont compliqués ces gens. Pourtant appelé un cafard goky-chan c’est-y pas de l’humour ça??? Je pencherais peut-être faire le fait que vu la photo de la Yamamba, ils leur en faut beaucoup pour rire. Je vois une bonne femme comme ça dans la rue, je pense pas que je saurais me taire et mes amies non plus. Ca doit être ça. En tout cas, continue tes posts, j’ai vraiment bien rigolé et comme le dis Maud un peu plus haut, tu fais un one woman show à toi toute seule. Normale si c’est un one woman que tu sois seule.

  9. Il parait qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde. Je retiens qu’il vaut mieux que je garde mon sarcasme, mon humour noir et mon second degré pour moi quand j’irai au Japon, il ne sera pas compris.
    Heureusement, j’aime les oyaji-gag. Rien que d’imaginer la tête des gens qui entendent la blague je suis morte de rire.

  10. Tam

    Je suis très très fan du « ninjin », il FAUT absolument que je le ressorte ^^
    Et je suis tombée sur pas mal de nippons qui m’ont demandé d’expliquer l’humour français… comme quoi on une réputation de blagueurs quand même (mais par contre qu’est-ce que je peux répondre à ça ? « oh tu es française ! explique moi l’humour français ! »…)

  11. Zoda

    Billet très sympa et triste en même temps, ils ne savent pas ce qu’ils ratent…

    Il me semble que dans l’exemple du gars habillé n’importe comment dans la rue, l’interlocuteur japonais peut très bien te parler de printemps avec le sourire, sans pour autant apprécier l’accoutrement de la personne, juste pour aller dans ton sens du moins celui auquel ils pensent).

    Quand à l’humour dans les medias, les duo de manzai (il me semble puisque mon niveau de japonais est encore anecdotique) tournent beaucoup autour de la moquerie. Du moins c’est ce dont j’avais entendu parler à propos des sketchs de Beat Takeshi, une véritable marque de fabrique dans tout ce qu’il fait.

  12. Koubiak

    Hé beh!!! Alors comme ça tu deviens célèbre coquinette!! Dommage qu’il n’aient rien compris à ton article. EN tout cas très intéressant cette petite étude culturelle, j’ai bien rigolé…ET je kiffe le YAHOOOOO 😉

  13. Galéjade

    (Tu remarqueras l’autel dédié à ton humour dans mon nom hein, restons dans le sujet. C’est aussi l’unique intérêt de mon commentaire.)
    Pas de blagues cyniques ? Pas d’exagération ? Pas de second degré ? Mais comment font-ils pour vivre ?! Genre si tu dis à un japoniais que tu vas te pendre avec un poil du cul il s’imagine que tu as vraiment une pilosité permettant telle acrobatie ? On cessera jamais d’être surpris.
    Je retiens quand même le coup du ninjin, pour quand je saurai parler japonais, si un jour cela arrive (ça peut être utile pour comprendre la réaction de l’interlocuteur)
    Opparadise me rappelle des choses ceci dit.
    Bref, tes articles sont cool tavutuvois je fais bien de cesser d’avoir la flemme de les lire.

  14. Danie >> Regarder les Oiseaux d’Hitchcock au Japon, voilà qui est bien masochiste. Sérieux je développe une phobie aux corbeaux, sévère.
    Tu me manques aussi petit garçon de la montagne. Fini vite ton master que tu reviennes et qu’on setsuzenbu le dove à la main sous un typhon.
    Je te love petite carotte yakuza<3

    Claire >> En fait, dans les manga/drama etc, j’aime bien l’humour Japonais aussi. C’est souvent que je me suis tapée des bonnes barres. C’est dans le réel que ça foire un peu plus, xD
    Et oui, c’est les Japonais les moins fréquentables qui font le plus rire. Les pires barres que je me suis tapé c’était avec des gens peu conseillés…lol
    Sinon je savais par pour la différence d’humour entre le nord et le sud. Faudra que je teste ça, xD
    Et Jeremy Ferrari c’est la vie <3

    Marie Catherine >> Le opparadaise est une des meilleures vannes qu’on m’ait faite je dois te l’avouer, xD Je le pardonnerait presque d’être moche ! Sinon le oyaji gag c’est la vie.
    Faisons un recueil.

    Archessia >> Aaaah mais j’espérais bien provoquer cette réaction ma chérie ! Je t’en apprendrai plein d’autres pour que tu puisses draguer comme une Valérie Lemercier Japonaise, la classe !
    Je n’ai pas eu de nouvelle du journal, il n’a pas traduit cet article que je sache… bizarre xD

    Maud >> J’ai toujours l’impression d’écrire de la merde. Et y’a des gentils, comme toi, qui viennent me dire qu’ils ont ri et ça me fait plaisir.
    Merci <3

    Edith >> Ha ha, le shishiza bisontin qui m’épie dans l’ombre ! T’es choute ! Hésite pas à me donner des niouz de temps en temps aussi hein !

    Alexiel >> J’avoue que je ne m’attendais pas à ça pour la réaction sur mon blog. Je m’attendais déjà pas à voir d’article dessus faut dire, xD
    Hard Gay franchement des fois c’est gore, mais qu’est ce qu’on se marre quand même. Say say saaaaaay !

    Myriam >> Bon, ne limitons pas le Japon aux cafards et à leur manque d’humour… Il y a aussi l’humidité, les chiottes japonais pire que les turcs et le prix des transports 😀 Nan sérieusement, y’a moyen de trouver des Japonais avec qui se bidonner, mais c’est vrai que souvent ce sont des marginaux ou des gens qui ont vécu à l’étrangers où sont relativement ouverts d’esprit. Et merci pour les compliments <3

    Lyly >> C’est vrai que j’ai une amie japonaise, rencontrée il y a 6 ans, avec qui je peux vraiment rire de tout. Mais je crois que c’est la seule et je la trouve réellement unique. Pour l’humour noir, généralement tout ce qui est fan de visu et gens torturés et sombres, ça passe. Ha ha !
    N’hésite pas à tester l’oyaji gag si tu as l’occasion, c’est quand même bien marrant !

    Tam >> Déclarer que l’on est une carotte ou comment briller en société Japonaise ! Alors tu as pu le placer ?
    On m’a souvent demandé de décrire l’humour Français aussi.. c’est difficile de répondre c’est vrai. Pour ma part je dis que j’aime bien les jokes qui font mal et vanner.
    Je l’ai dit à mon patron, depuis on rigole pas mal ensembles, il est assez ouvert d’esprit j’aime bien.

    Zoda >> Oui tu as tout a fait raison, les joies du tatemae font qu’ils peuvent aller dans ton sens pour pas froisser sans forcément en penser un traître mot. Le tatemae est le pire ennemi de tout étranger qui débarque mais avec le temps on arrive (généralement) à démêler le vrai du faux.
    Sinon oui, les duo tournent beaucoup sur la moquerie, mais de la moquerie entre eux (l’un se moque de l’autre), mais rarement sur un sujet d’actualité ou autre. 🙂

    Koubiak >> Je deviens célèbre avec des cafards, bonjour le kharma ! Le final du Yahoo est merveilleux hein !!! Moi aussi je veux finir en panneau publicitaire en mini short en cuir o//

    Galéjade >> Ton commentaire me fait autant plaisir que le pseudo choisi, tu n’imagines pas à quel point !! Que de souvenirs <3
    D'ailleurs oui, le opparadaise c'était avec toi et Claire, quand on était à trois dans la même bouée, les seins coincés contre nos mentons ! Ha ha
    Une bonne journée, un bon souvenir.
    Bref je suis contente que tu sois là malgré la flemme, t'as bien fait de venir tavutuvois.

  15. Anna

    Bonjour ! Une amie m’a passé le lien de ton blog, j’en ai lu plusieurs articles, la société japonaise est encore plus déprimante que tout ce que je craignais, mais bon.
    C’est long mais c’est intéressant, ça vaut le temps passé à la lecture.
    J’ai lu récemment le livre « Naaande » de Eriko je sais plus quoi, que j’ai trouvé super intéressant, même si je me dis parfois qu’elle a toujours pas tout compris à la culture française. M’enfin bon, certes, quand on voit le décalage entre nos deux cultures, on peut pas lui en vouloir de pas avoir parcouru la totalité du chemin.
    Quand elle parle de l’humour, elle dit que les Japonais ont un comique de répétition. Il faut faire plusieurs fois la même blague pour que ça fasse rire, alors qu’en France il faut faire plusieurs blagues différentes. J’ai envie de dire… une seule « blague » suffit (ou bonne réplique, bien souvent, plus que « blague ») tant que c’est DRÔLE. Parce que ce qu’il faut répéter plusieurs fois pour que ce soit drôle, ça veut juste dire que c’est pas drôle de base.
    Les émissions avec les Jonny’s me font rire, par exemple, mais sinon je trouve leurs comiques consternants.
    Je vois pas pourquoi le « presque » dans « presque de l’humour pour enfant ». Perso je ferais, si j’osais, j’ose beaucoup mais j’ai un minimum de dignité, la même chose que les comiques japonais si je voulais amuser un bébé qui sait pas parler et qui sait à peine bouger tout seul.

    J’ai aussi lu ta balade de la Japonaise, t’as eu beaucoup de patience. Et aussi l’article sur l’anorexie, j’aurais probablement incendié le mec qui t’a dit de maigrir. Il devait bien être chauve, il fallait juste lui dire « t’as qu’à te faire pousser les cheveux, ta chauvité dégoûte les filles, c’est pas compliqué quand même de se faire pousser les cheveux ! ». Si c’est pour être anorexique et attirer les crevettes, autant avoir des formes et attirer les vrais mecs, qui aiment les femmes pour les toucher et les sauter, plutôt que pour les exhiber et les ranger dans une boîte en rentrant à la maison.

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