Hommage au Hérisson

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Mon frère,

Aujourd’hui, c’est ton anniversaire.
Et pourtant, je t’ai enterré hier.

Sacré tour de cochon que tu nous as fait là.

On m’a souvent dit que je parlais rarement de toi. C’est vrai et c’est faux.
Tu étais un sacré personnage, que tout le monde ne comprenait pas forcément, alors tu faisais partie de mon jardin secret à moi.
Mais à mes amis proches, je parlais très souvent de toi. A quel point je m’inquiétais perpétuellement pour toi, les conneries qu’on s’échangeait, ton amour indéfectible pour Johnny Hallyday…
Au point que le jour de sa mort, j’ai des amis d’enfance qui ne t’ont pas vu depuis bien 15 ans qui m’ont téléphoné pour savoir comment tu allais.

Après le déconfinement, quand j’ai eu mon entretien dans la maison d’édition où je travaille aujourd’hui, j’attendais dans le vestibule de l’entrée qu’on vienne me chercher, face à une grande bibliothèque où sont alignés de nombreux titres de la maison.
Et là, j’ai vu ce gros livre sur la vie de Johnny. À ce moment-là, je me suis promis que si j’étais embauchée ici, tu aurais tous les livres de Johnny que tu voulais.
Et dès ma première semaine dans les bureaux, je suis allée mettre ma fierté de côté pour aller au stock demander aux collègues « Dites, j’ai le droit de prendre les livres sur Johnny ? »… Et là, quand on m’a regardée avec étonnement (j’imagine que c’est pas tous les jeunes employés qui réclament Johnny en premier…), je me suis empressée de me justifier « Non mais c’est pas pour moi, c’est pour mon frère !! » parce que bien entendu, je n’assumais pas du tout cette demande.
Mais ta joie quand tu les as reçus valait bien de risquer une étiquette de « beauf » auprès de mes nouveaux collègues.
Même si après, tu as tellement montré tes beaux livres partout, qu’on a commencé à me réclamer des livres de Johnny en veux-tu en voilà, et que je me disais que j’allais passer pour une grosse fana hystérique, ou me soupçonner d’ouvrir un business de livres de contrebande.
J’attendais d’ailleurs avec impatience de pouvoir t’offrir le calendrier, heureuse de pouvoir te le donner quand tu l’achetais chaque année avant.

Avec ma collègue et amie au bureau, on avait envie de faire une déco surprise « inassumable » derrière la porte, comme une collection de photos d’hommes nus. On se disait que ce serait drôle, quand quelqu’un ouvre la porte de notre bureau, qu’il y ait toutes ces photos derrière et que personne le sache sauf nous.
Mais changement de programme. Elle m’a proposé qu’à la place d’hommes nus, notre petit péché mignon caché derrière la porte soit le calendrier de Johnny que je devais t’offrir, pour te rendre hommage.
Regarde un peu ce que tu nous fais faire, mon frère. On troque les bellâtres musclés pour ton Jojo en sueur et en costard argenté.

Si je suis toujours restée hermétique à Johnny –quoique… en vrai à cause de toi je connais quasiment toutes ses chansons par cœur, et y’en a que je trouve belles, mais j’aime pas trop l’avouer -, c’est toi qui as largement influencé tous mes goûts d’aujourd’hui.
Renaud, Gainsbourg, Guns n’ Roses, Aerosmith, Red Hot Chilli Peppers, Coluche… Tu as éveillé mon goût au rock et aux textes engagés, contestataires et bien écrits. Sans toi j’en serais peut-être restée aux Worlds Apart et Hélène et les garçons.

Pendant mes premières années, tu m’as quasiment élevée. Pour le meilleur et parfois aussi pour le pire : regarder des films d’horreur quand tu me gardais et me traumatiser à vie avec Freddy, écouter en boucle Elmer Food Beat sans t’imaginer qu’après, moi je chantais « Dans la bouche de Danielaaaa » à tue-tête dans la cour de l’école primaire sans avoir aucune idée du sens…
Que des choses que je me remémore aujourd’hui avec le sourire.

Mais tu t’es toujours occupé de moi, et ce jusqu’à maintenant. A m’acheter des goodies Winnie l’Ourson ou des Princesses Disney même bien adulte, parce que tu savais que ça me ferait plaisir. Ou à m’offrir tout ce que tu pouvais pour soulager ma douleur quand j’ai eu mes soucis de santé, me donnant tout ce qui t’appartenait : ceintures de maintien, béquilles, antalgiques… Alors que tu en avais toi-même bien besoin.

Mon frère, tu es parti et c’est insupportable. Je n’arrive plus à dormir la nuit. Alors je me relève, je lis nos sms, je regarde nos photos et j’écris.
J’avais encore tellement de choses à faire avec toi. D’autant que chaque année, on se faisait un spectacle comique tous les deux, une des rares sorties que tu m’autorisais ensemble.
Et deux ans de suite, je t’ai fait faux bond et offert ma place, car les deux fois, j’étais à l’hôpital.
Ça a permis d’offrir à d’autres ce dernier précieux souvenir avec toi, mais moi, maintenant que je sais que y’en aura plus d’autres, avoir raté ça me bouffe.

Les derniers mots que j’aurai échangés avec toi, c’est des memes postés sur Twitter sur Koh Lanta. J’étais rentrée de la danse plus tôt exprès pour voir l’émission en direct, pour ne pas louper ce moment avec toi où on commente en live. Et ces conneries, ce sera finalement notre dernier échange. D’un côté c’est tellement nous, que ça me fait rire.
D’un autre, j’aurais aimé te dire une dernière fois à quel point je t’aime. Je te l’ai dit quelques fois, mais est-ce que je te l’ai dit assez ?
Est-ce que tu le savais vraiment ?

Parce que je t’assure que je t’aimais tellement que tu m’as même valu quelques séances de psy. Je culpabilisais de partir vivre à l’autre bout du monde, de faire ma vie loin et de pas être suffisamment là pour toi.

J’ai envie de raconter mille et unes choses sur toi et moi, et d’un autre côté, j’ai envie de tout garder jalousement pour moi.
Alors peut-être que je vais juste m’arrêter là.
Je voulais juste te rendre une dernière fois hommage, en ce drôle de jour anniversaire.

Hier, j’ai eu l’honneur d’écrire et de lire un texte pour toi lors de ta cérémonie. Avec le soutien de notre sœur et cousines, car comme j’étais trop petite, je n’ai pas de souvenir de toi avant tes 19-20 ans. J’ai l’impression d’avoir raté un grand pan de ta vie et tes meilleurs souvenirs, j’envie ceux qui ont pu partager toutes ces choses avec toi.

Tout le monde m’a dit que ce texte te rendait justice et décrit bien qui tu étais. Alors pour ceux qui n’ont pas pu venir, pour ceux qui ne te connaissaient pas assez…

 

À toi, Samuel.

Sam, Samy, Samos, Manou, Nounou, Nounouss, Le Tam, ‘Ragnar Hanche de Bois, Œil de Faucon et Voleur de Ferrero’ ou encore Moumou, le dernier en date, inventé par erreur par ta nièce Alicia…
C’est vrai que tu étais l’homme aux cent surnoms.
Toi qui n’aimais pas être le centre de l’attention, aujourd’hui on est tous là pour parler de toi et te rendre hommage. Tu aurais détesté ce moment, tu aurais râlé en disant que c’est des conneries tout ça, parce qu’être au cœur de l’attention te mettait dans l’embarras et que tu y répondais en bougonnant. Alors on va essayer de faire ça bien, un texte qui te fait honneur à ta juste valeur, qui te ressemble, que tu aurais apprécié malgré tout.
On pourrait revenir sur ton parcours de vie, mais ce n’est pas ce qui nous semble juste. Car ce n’est ni tes études, ni ta vie en tant que mécanicien ou plaquiste qui révèle réellement le fils, le frère, le cousin, le neveu, l’oncle, le parrain, l’ami, l’homme en or que tu étais.
Parce que pour te connaître vraiment et découvrir la perle, il fallait aller bien au delà des apparences.
Car oui, tu ne laissais pas tout le monde percer la carapace pour découvrir le trésor dissimulé jalousement à l’intérieur, petit cachottier.
Et c’est ce qui rend tout ça encore plus précieux quand on a eu la chance infinie de pouvoir t’apprivoiser un peu.

C’est le 13 octobre 1971 que tu es né, aîné de deux sœurs, Carole et moi, Sonia.
Adorable petit ange aux boucles blondes et au petit nez retroussé, on t’aurait donné le bon Dieu sans confession. Et pourtant, derrière le sourire à croquer, se cachait déjà un petit diablotin qui rendait chèvre sa maîtresse à l’école, qui coupait les têtes de fleurs de son grand-père sans prendre la tige et qui remplissait ses poches de cailloux.
Ça résume assez bien le farceur espiègle que tu es resté toute ta vie, avec tes coups de jet d’eau au visage surprise au moment d’arroser le jardin, tes serpents en plastique plus vrais que nature ou encore le squelette animé dans ton entrée qui en a fait sursauter plus d’un, pour ton plus grand plaisir.

Un farceur au langage fleuri, et ce dès ton plus jeune âge aussi. Mais qui te connaissait bien savait que c’était tes mots d’amour à toi.

Pendant tes jeunes années, tu as été le plus aimant et attentionné des fils. Toujours prêt à aider ta maman pour entretenir la maison, apporter des petits déjeuners au lit, cuisiner des petits plats et assumer avec fierté ton rôle de grand frère. Que ce soit te montrer protecteur avec ta sœur Carole, la couvrir quand elle racontait des salades pour ne pas aller en cours, la défendre contre les caïds du collège parce que t’étais un grand de 3ème et elle une petite 6ème, l’emmener à tes soirées entre potes pour qu’elle s’amuse tout en gardant un œil sur elle…
Ou te conduire comme un père avec moi, ta plus petite soeur, t’occuper de moi quand maman était au travail, me changer mes couches, préparer mes biberons, m’endormir contre toi… Et plus tard, quitter le travail en pleine journée car il y avait un insecte dans ma chambre et que j’étais en panique, jouer avec moi malgré la différence d’âge, jusqu’à passé mon adolescence avec les dimanches à deux devant la Playstation à s’affronter sur des jeux de bagarre ou des courses de voitures.

Pour faire rire la galerie, tu étais souvent le premier, avec ton humour piquant et ta langue affutée. Tes cousins et tes amis se souviennent certainement avec nostalgie de tous ces moments magiques passés avec toi, que ce soit les parties de fléchettes dans le garage, les jeux de pétanque dans la cour, les baignades à la Sablière, les jeux de rôle au fort de la Dame Blanche, les vendanges chaque année et tous les souvenirs chers à ton cœur que tu y as créés, les bains de boue pour débarquer tout noirs sur la plage et vous décrotter au milieu des autres baigneurs innocents, les parties de pêche sur le radeau, ou encore ton amie la couleuvre cachée dans la frisette de Aulx-lès-Cromary qui faisait fuir tout le monde à grandes enjambées quand elle venait faire coucou, alors que toi tu l’avais affectueusement baptisée Lucette.
Car non, toi les serpents, tu n’en avais pas peur. Tu les aimais et les attrapais sans mal par la queue pendant que d’autres se carapataient si vite que, je cite, « Usain Bolt pouvait aller se rhabiller ».

Tu étais comme ça, tu aimais ce qui défrisait le commun des gens. Les serpents, les requins, les squelettes, les films d’horreur… Et devant nos visages horrifiés, tu répondais par des éclats de rire en nous traitant de chochotte.

Drôle et attachant, tu avais le don pour te faire aimer et t’entourer de gens.
D’abord avec ton groupe d’amis à Charnay, puis tu es devenu par la suite un Portugais de cœur, grand fidèle de l’association portugaise et du Porto Bar où tu t’étais créé une seconde famille.
Il y a peu, tu disais encore que le Portugal était ton plus beau voyage et que tu rêvais d’y retourner.

Toujours dévoué, serviable, beau garçon… Tu étais aussi toujours entouré de filles et a volé plus d’un coeur.
Oui, tout le monde t’aimait.
Pourtant, la vie n’a pas été tendre avec toi. Et les coups impitoyables que tu as pris ont causé des blessures qui n’ont jamais cicatrisé.

C’est ainsi qu’avec le temps, tu t’es fermé.
Le monde a changé, ton entourage a avancé sur son propre chemin, et toi, peut-être parce que tu n’y trouvais plus ta place, tu as tiré ta révérence à la société et préféré t’isoler.

Il est devenu difficile de t’embrasser, de t’approcher ou de partager des sorties avec toi. Tu as compris qu’aimer, c’est baisser sa garde et que ça peut faire très mal, surtout quand on est un grand sensible. Car ce monde n’est pas tendre avec les personnes sensibles.
Alors tu as décidé d’enrober ton cœur d’épines pour ne pas qu’on le piétine.
Mais en s’armant de courage et en se risquant à y piquer son doigt, on pouvait voir que ce cœur en or était bel et bien toujours là, plein d’amour… Même si jamais tu n’aurais voulu l’admettre.

Bourru à l’extérieur, tout doux à l’intérieur.
Plus de bisous et plus de câlin, mais mille et unes attentions et toujours cette même dévotion. Bricoler avec minutie des objets pour faciliter le quotidien, rempoter soigneusement des pousses de plantes pour les offrir, cultiver des tomates, courgettes, ou haricots, garder ton pain sec pour les poules… Tout ça, tu le faisais toujours pour un membre ou un autre de ta famille, ou même un voisin.
Si ta mère te disait qu’elle avait besoin d’une ou deux bouteilles en plastique pour accomplir ses tâches de jardinage, tu étais capable de ne plus jamais jeter une bouteille et les collectionner jusqu’à la nuit des temps pour être sûr qu’elle n’en manque jamais.
Si une sœur te réclamait une tarte aux pommes, tu pouvais revenir dans l’heure avec le gâteau, si la seconde rêvait d’un hamac où lire tranquille dans le jardin, tu pouvais aller en acheter un aussitôt, et attendre chaque année les beaux jours pour lui installer et qu’elle en profite le plus possible. Tu achetais des jeux d’extérieur à ton filleul Alexandre sans raison, juste parce que tu avais pensé à lui en le voyant.
Tu voulais jouer au loup solitaire, alors que bien souvent, tout ce que tu faisais, tu le faisais en pensant aux autres.

Non, c’est vrai tu ne respectais pas les codes, et les conventions sociales te gonflaient prodigieusement. Aussi, Noël, Pâques ou les anniversaires, c’était pas ta tasse de thé, car trop convenu et attendu. Tu n’aimais pas ces obligations où on se montre qu’on s’aime juste parce que la tradition te le demande. Toi, tu étais adepte des attentions gratuites, spontanées, celles qu’on n’attend pas et que tu pouvais faire n’importe quel jour de l’année, seulement parce que tu avais pensé à la personne et envie de lui faire plaisir sur le moment.

Ton petit plaisir à toi et que tu aimais encore partager avec nous, c’était les saisons de courses de F1 chaque dimanche et les épisodes de Koh Lanta, véritable tradition familiale avec nos échanges de sms en direct pour tout commenter ensemble du début jusqu’à la fin.

Tu aimais râler contre la chienne de ta maman parce qu’elle te cassait les oreilles et celles de tout le quartier. Et pourtant, quand tu étais de garde, tu la promenais fièrement dans ta rue, toi grand costaud barbu aux cheveux long avec ton petit chihuahua hystérique au bout de la laisse. Tu étais même prêt à dormir avec elle sur ton canapé dans une position inconfortable sans bouger, juste pour ne pas la réveiller.
Parce que dans le fond, tu n’étais qu’amour, et si les Hommes n’en sont pas toujours dignes, tu le donnais sans compter aux animaux.
Même aux chats.

Tu avais beau dire que tu ne les aimais pas, ce n’est pas la peine de mentir, on a vu les photos de matous prises secrètement dans ton téléphone portable, coquin.
Mais comment avouer que tu les aimais bien quand les maudits félins osaient prendre en chasse les oiseaux à qui tu confectionnais des abris et que tu nourrissais chaque hiver et chaque canicule.
Oui, en bon justicier, tu te devais de leur faire la guerre pour protéger moineaux, pie et tourterelles, armé de ton fidèle pistolet à eau – parce que quand même, il ne faudrait pas leur faire mal pour de vrai non plus.

Tu aimais la nature, les arbres, les fleurs.
Chats, chiens, oiseaux, écureuils… Tu observais et protégeais tout ce petit monde qui venait squatter ton jardin, avec une petite préférence – que dis-je – une PASSION pour les hérissons.
Ah, tes hérissons. Entre la première fois où tu en as reçu la visite, le jour où tu as découvert qu’il revenait tous les soirs, que finalement il y en avait deux, que tu pouvais leur donner à manger pour les aider à survivre aux sécheresses, qu’ils venaient taper à ton volet pour avoir leurs croquettes, qu’ils ne venaient plus car ils avaient peut-être trouvé à manger ailleurs – les ingrats ! –, qu’ils sont enfin revenus mais qu’ils sont devenus trois…!
Tes foutus hérissons, au fil des années, tu nous en as fait une vraie série Netflix à coup de rebondissements, suspense, photos et vidéos, que toute la famille suivait avec assiduité.
Au point que ta mère a fini elle aussi par nourrir et devenir gaga des hérissons de son propre jardin, ainsi que tes cousines… jusqu’à avoir votre propre conversation de groupe spéciale hérisson sur messenger.
Et aujourd’hui, ce petit animal ne sera plus jamais pareil à nos yeux, parce qu’on a tous réalisé l’évidence : le hérisson du jardin de nos cœurs, c’était toi.
Une carapace piquante pour se protéger, mais adorable et impossible de ne pas s’y attacher quand on ignore les épines pour prendre la peine de l’approcher.

Doué pour bricoler, amoureux du travail de la terre, attaché aux choses simples, pas une once de malveillance, de cupidité ou de superficialité chez toi. Tu accordais une importance sans pareille à des valeurs aujourd’hui oubliées, comme le soin des animaux et des plantes. Et quand tu aimais, c’était avec fidélité à la vie à la mort, comme ton Johnny et ta casquette dont tu ne te séparais jamais.
Au final, plus on y pense, plus ça ne fait aucun doute que le monde tournerait plus rond s’il était peuplé de gens avec une âme aussi pure que la tienne.
Ours mal léché ou non, pour ceux qui te connaissaient bien, partager un silence avec toi était bien plus précieux que n’importe quelle conversation.
Tu méritais tellement plus que ce que tu as eu. Tu méritais tellement d’être plus heureux que tu ne l’as été.

Eternel nostalgique, tu ne te reconnaissais plus dans le monde d’aujourd’hui. La génération selfie et réseaux sociaux te dépassait, et tu préférais rester fidèle à un mode de vie et des idoles considérés aujourd’hui comme démodés.
Alors si ton absence laisse un trou béant et insupportable dans nos vies, on essaie de se consoler en se disant qu’aujourd’hui, ton corps et ton cœur ont enfin fini de souffrir et tu es finalement libre et allégé de ta croix. Tu es parti rejoindre ceux que tu as perdus et qui te manquaient tant.
On espère que tu t’éclates à allumer le feu avec Johnny, partager une clope avec Gainsbourg, échanger tes meilleures vannes avec Coluche ou encore te refaire les meilleurs titres de Nirvana avec Kurt Cobain ou ceux des Doors avec Jim Morrison.

T’en aller beaucoup trop tôt a été ta dernière farce. Mais comme toi, on n’oubliera jamais ces moments passés ensemble, gravés à jamais dans nos mémoires.

On t’aime et on t’aimera toujours.
Repose en paix petit hérisson, dernier sobriquet à ajouter à ta liste de surnoms.

Table rase

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Toc toc… ? Y’a quelqu’un… ?

C’est que c’est poussiéreux dans le coin, c’est à peine respirable ! Qui était de corvée de ménage ? Parce que manifestement, la personne a séché pour aller se la couler douce à la plage ! On peut vraiment compter sur personne.
Attendez, j’ouvre les fenêtres pour aérer un peu. Je vais changer la bannière aussi, celle-là pue 2010. Et cette version mobile, oh la la, c’est pas possible…
Bon, ben changeons toute la déco pendant qu’on y est.

…Ah, voilà qui est mieux.
Un an et demi que je n’étais pas revenue sur ces pages. Je vous ai laissés sur l’article certainement le plus dur que j’ai jamais écrit, et je n’ai plus donné de nouvelles, en bonne ingrate.
Bon, ceux qui me suivent sur Twitter ou Instagram ont eu un aperçu de ce que je devenais, mais c’est vrai que j’ai laissé beaucoup d’entre vous sur le carreau après ça.

J’ai tellement à dire, par où commencer ?

Je peux vous donner quelques nouvelles déjà, pour la partie des lecteurs qui a fini en bons chiots abandonnés sur l’autoroute et pour les indécrottables curieux.
Malgré les circonstances actuelles qui m’ont valu quelques crises d’angoisses au début, personnellement je vais plutôt bien. Je sors d’une longue, très longue traversée du désert qui fait que le confinement n’entrave pas trop ma joie d’en être enfin sortie.

Cette fois pas de relation toxique ou d’amoureux douteux pour venir me pourrir la vie, je suis bien entourée et personne ne m’emmerde. J’ai drôlement progressé là-dessus – sortez les cotillons et célébrez ma personne, s’il vous plaît.
Mais je suis revenue du Japon aussi brisée physiquement, bien plus que je ne le pensais, et ça m’a pris longtemps pour me remettre d’aplomb. Une fois arrivée ici, tout a commencé à lâcher sur tous les bords, et j’ai dû mettre toutes mes envies et projets entre parenthèses pour m’occuper principalement de mon corps et de ma santé.
Je peux vous dire que la sécurité sociale a largement regretté mon retour en France, je pense que je leur ai coûté plus de fric en un an et demi, qu’en toute une vie. Clairement, si tous les clients étaient comme moi, je pense que ma mutuelle aurait fait faillite depuis longtemps.

J’étais persuadée que ma reconstruction prendrait une petite année et que tout repartirait du feu de Dieu en 2019, mais les dégâts étaient tels que ça aura mis deux ans et demi…
Je ne vais pas revenir en détail sur mes problèmes de santé parce que les personnes qui me suivent sur Twitter en ont déjà soupé – et est-ce vraiment intéressant, au fond ? – mais ça fait un an et demi que je suis rentrée en France, dont un an que j’habite seule et… Je n’ai quasiment rien fait. Ne pouvant quasiment plus marcher, j’ai déserté les pistes de danse, mon dernier bootcamp de danse latine date de novembre 2018 et je souffrais tellement que sur 3 jours de cours j’ai réussi à en suivre tant bien que mal… deux. Autant vous dire que j’étais ravie d’avoir payé 300 balles de pass et d’hôtel pour ça. Après ça j’ai arrêté d’insister et je n’ai plus fait un seul cours en attendant une guérison qui ne venait pas.
Je ne voyage plus non plus. Du moins, pas comme j’aurais voulu. Je suis quand même partie en Thailande en décembre 2018 car j’avais réservé avant que ma santé ne me lâche… Mais je n’ai pas pu en profiter pleinement (même aller me faire masser était une souffrance, c’est vous dire) et je suis rentrée dans un état déplorable d’avoir forcé sur la corde.
Ensuite j’ai quand même fait la folie d’aller à New York en mai 2019 (j’avais acheté mes billets en janvier, croyant naïvement que je serais guérie d’ici là… on n’apprend pas de ses erreurs) en ne prévoyant qu’un voyage pépère pour réaliser un rêve de ma to do list : faire un marathon de comédies musicales à Broadway. Je me disais que même dans mon état, faire un voyage pour juste poser mon cul dans des théâtres serait à ma portée… Et même ça, ça s’est avéré compliqué et pas vraiment validé par mon médecin. Au final, j’y suis allée sous un traitement de cortisone pour cheval et des doses déraisonnables d’opiacés pour tenir le coup. Merci au passage à l’adorable Mila qui m’a suivie dans cette folie d’orgie de comédies musicales et qui a réussi à supporter mes humeurs souvent irritables à cause de la douleur qui me tapait sur le système malgré tous les antalgiques.
Ma dernière folie en date a été d’aller voir Miyavi en concert à Paris, Bordeaux et Lyon en octobre… Même si j’étais amputée des 4 membres, Miyavi c’est Miyavi et ça ne se loupe sous aucun prétexte. Alors j’ai pris mes places. Et encore une fois ça a été au prix d’une souffrance abominable, et de mélange de différents opiacés pas franchement recommandé. Pour Paris, je n’ai quasiment rien vu, assise au fond de la salle, et Bordeaux, j’ai quand même loupé mon train aller et mon train retour car je ne pouvais pas marcher, et j’ai failli finir aux urgences le lendemain matin du concert car je n’arrivais pas à me lever du lit de l’hôtel…
Bon, je n’ai rien regretté de ces quelques sorties, mais au fur et à mesure, j’ai commencé à me dire que c’était quand même cher payé pour seulement quelques heures de fun.
Une journée à Disneyland m’a couté ensuite trois semaines immobilisée à la maison où je n’arrivais même plus à aller aux toilettes tant je souffrais, par exemple.
Alors finalement, j’ai arrêté de sortir car j’étais psychologiquement fatiguée et que je n’arrivais plus à me dire qu’un jour ça irait mieux. Je n’ai vu que les personnes qui venaient chez moi ou proposaient une sortie tranquille dans un café ou restau pas trop loin, ce qui m’a énormément isolée. J’ai arrêté la photo car je n’arrivais plus à porter mon appareil, j’ai arrêté la danse car je ne pouvais plus marcher, je ne suis allée que peu au cinéma car j’avais du mal à tenir assise, j’ai refusé toutes les sorties qui incluaient un minimum de marche car c’était trop de douleurs ensuite… Bref, je sors de deux ans de lose intersidérale.
Donc je n’ai finalement pas vraiment profité de la France depuis que je suis rentrée, par contre, j’ai bien fréquenté les médecins, les kiné et praticiens de médecines parallèles, ainsi qu’hôpitaux et blocs opératoires. Ça, je connais par coeur.
Et j’en arriverai à cette conclusion : la sécurité sociale est un système béni des Dieux.
Je sais que nos acquis sociaux se font de plus en plus grignoter chaque année, mais je vous assure que j’ai été soulagée que toutes ces merdes m’arrivent une fois ici et pas au Japon, car la prise en charge n’aurait pas été la même.
D’ailleurs, ça a été mon principal argument pour rester en France. À la base, je comptais partir m’offrir une seconde vie en allant me dorer la pilule sous le soleil d’Espagne, mais quand mon corps à commencé à se démanteler comme celui de M. Patate, je me suis dit qu’après avoir tant galéré pour retrouver une carte de sécu, il valait mieux la rentabiliser et que je reste en France.

D’ailleurs, pour un coup, j’ai eu de la chance. Je me suis finalement faite opérer du dos le 2 mars 2020, sortie de l’hôpital le 7, juste avant le confinement et que tout parte en sucette. A 10 jours près, ils annulaient mon opération et je restais dans cet état (avec une risque de paralysie qui me pendait au dessus du pif, ça aurait été sympa).
J’ai ensuite passé un LONG mois allongée dans mon lit, sans avoir le droit de me baisser, ni de m’asseoir, ni de me DOUCHER.
Pratique, me direz-vous.

(Merci maman de me suivre dans toutes mes galères et me laver les cheveux pendant que je bouquine allongée…)

Un confinement, dans le confinement. Pendant que le monde trépignait de pouvoir sortir de chez lui, moi je trépignais de pouvoir sortir de mon lit.

Et depuis début avril, je revis. Je tiens debout, je marche, je peux m’asseoir… Bon, c’est complètement YOLO car je n’ai pas de suivi post-opératoire et je n’ai pas de rééducation deux fois par semaine comme je devrais… MAIS je ne souffre pas pour la première fois depuis novembre 2018. Et je vous jure que je reviens de loin.
Là, le monde n’attend plus que je le parcoure en pas chassés… MAIS ON EST TOUJOURS CONFINÉS !
J’étais persuadée que si l’opération était un succès, j’aurais une crise d’hyperactivité, à sortir partout et reprendre toutes mes activités en même temps… Mais l’univers a décidé que non, je suis donc toujours en pyjama deux jours sur trois, à tuer le temps sans voir personne.
Quand ça veut pas, ça veut pas.

En ça, le confinement n’a pas changé grand chose à ce qu’était devenu ma vie donc si ce n’est une frustration de pas pouvoir profiter du dehors alors que je suis ENFIN sur la voie de la bonne santé, je peux pas dire que mon monde s’écroule non plus. C’est juste une prolongation de ce mode de vie un peu isolé.
Sauf que cette fois, j’ai aussi beaucoup moins de travail qu’avant, et pour la première fois en cinq ans à toujours avoir la tête dans le guidon, j’ai le temps de m’occuper un peu de moi. Et franchement, si on oublie l’impact financier, ce petit frein dans mon mode de vie bourreau de travail me fait un bien fou. Je peux enfin prendre le temps de réfléchir à mes projets futurs, à ma carrière, à mes envies… Et aussi à ce blog.

Je ne vais pas vous mentir, j’ai passé de longs moments de réflexions à me demander ce qu’il allait devenir.
Est-ce que je l’abandonne ? Est-ce que je le reprends ?
Il y avait autant de pour que de contre.

★Le contre

Pour commencer, cela va faire cinq ans que j’ai un blocage d’écriture pour des raisons diverses.
→ Le premier, c’est le manque de temps. Depuis 2014-2015, je travaille énormément. Mon travail consiste principalement à traduire et écrire, et ces cinq dernières années, j’ai passé 50 à 80h par semaine sur mes fichiers à écrire, écrire et écrire comme un robot – et me taper tendinite sur tendinite.
Résultat quand j’ai terminé, je n’ai plus aucune envie d’être devant mon écran. J’ai envie de sortir, de voir des gens, de danser – quand je pouvais encore quoi – de me balader… Tout faire sauf écrire.
→ Le second blocage, je vous en parlais il y a quelques blogs, c’est mon manque d’anonymat. Avant j’écrivais sans qu’on me connaisse et je me sentais très libre d’écrire tout ce que je voulais. Aujourd’hui, beaucoup de lecteurs me connaissent d’une façon ou d’une autre, parfois même dans le milieu professionnel, et chaque blog faisait un peu parler de lui derrière (notamment les plus personnels, vous vous en doutez). Résultat, je me sentais bridée car je ne gérais pas toujours les retombées.
Bonne nouvelle : ce blocage a complètement disparu. Déjà en étant partie du Japon et en ne pouvant plus marcher, je ne côtoie plus grand monde depuis un moment. Et surtout, cette longue pause sur ce blog m’a permis de mettre beaucoup de distance dans ma tête et aujourd’hui je me fiche pas mal de ce qu’on peut dire et penser. Ça m’a pris plusieurs années, mais j’ai enfin dépassé ce souci, hourra !
→Troisième blocage, je trouve que tout ce que j’écris c’est de la merde. Mon critique intérieur est plus en forme que jamais et vient piétiner tout ce que je fais. Même là, ce que je viens d’écrire je me dis « Mais qui s’en soucie ? Mais pourquoi tu tartines tout ça, tout le monde s’en fout, ils veulent des drames, des plot twists et des blagues, eux ! » et vous n’êtes pas à l’abris que je ne poste jamais rien parce que je me serai dit qu’en fait, ça n’a aucun intérêt.

Au delà de mes blocages d’écriture, ce blog a une très longue histoire. Et comme dans chaque histoire, il y a des rebondissements et pas toujours des bons.
J’ai commencé ce blog il y a 12 ans. Et pendant plus de deux ans, il était destiné à deux trois fidèles amies, puis à ma famille, pour leur donner des nouvelles de moi depuis le Japon.
Et je ne sais pas quand ni comment, mais il a fini par être suivi par des centaines – et en 2013 même des milliers – de personnes.
A l’époque, il n’y avait pas vraiment de réseaux sociaux – on utilisait facebook pour indiquer à nos amis du CM2 qu’on avait pas revus depuis 20 ans qu’on avait mangé une pomme le matin et que Matéo avait enfin fait caca au pot -, il n’y avait donc pas de vague d’influenceurs et de chasse aux likes.
Ce blog est devenu populaire – à l’époque, car il ne reste plus que fidèles vétérans maintenant – sans que je ne fasse rien pour ça.
Et je n’avais pas l’éducation nécessaire pour savoir le gérer, alors bien souvent, j’ai laissé cette popularité et la relation avec les lecteurs me bouffer sans que je m’en rende compte.

J’ai mis le doigt dessus et l’ai réalisé il y a à peine quelques mois, en fait.

Je suis sur les réseaux une autrice/illustratrice qui a sorti un roman graphique absolument fantastique sur sa relation avec un manipulateur et comment ça l’avait détruite (Tant pis pour l’amour, de Sophie Lambda). J’ai adoré ce livre pour bien des raisons et l’autrice est très talentueuse et drôle, donc j’ai plaisir à suivre son instagram au quotidien, toujours très amusant et avec des dessins agréables et intelligents.
Et puis il y a quelques temps, elle a fait une story, disant peu ou proue « Je ferme mes DM, je n’en peux plus. Beaucoup viennent me dire qu’ils ont adoré ma BD et qu’ils se sont identifiés à mon histoire car ils ont eux-mêmes eu une relation avec un pervers-narcissique qui les a détruit. Et ils m’écrivent pour se confier à moi avec des détails souvent traumatisants de ce qui leur est arrivé. Moi aussi j’ai écris mon histoire, pour moi, pour m’en libérer, et je suis heureuse qu’on me lise et qu’on apprécie. Mais je ne peux pas lire toutes vos histoires. Vous, vous avez lu la mienne. Une seule. Moi j’en lis des dizaines par jour, des histoires de maltraitance, des histoires de viol, des histoires de violence, de tromperie. Toute la journée. Et je n’en peux plus, ça m’affecte beaucoup trop. Je n’ai plus la force psychologique d’affronter tous ces malheurs chaque jour, surtout que moi je ne peux rien faire pour vous. Alors je ferme mes DM. »
Et lire ça m’a vraiment percutée. Car à mon petit niveau, je me suis rendue compte que c’était exactement ce que j’avais vécu.
Après mon post sur les TCA, j’ai reçu des centaines et des centaines de témoignages quasiment aussi longs que le mien. Par commentaires sous l’article lui-même, mais les plus durs par emails.
Des choses vraiment horribles comme des personnes qui mangeaient du coton pour ne plus avoir faim, des personnes qui m’envoyaient leurs pesées chaque jour en me demandant ce que j’en pensais, des appels à l’aide de personnes désespérées qui mettaient leur vie en danger.
Et à l’époque, je me sentais responsable de toutes ces personnes. Parce qu’elles m’avaient lues, parce qu’elles m’accordaient leur confiance, parce que je suis quelqu’un qui déborde d’empathie – à un niveau maladif, vraiment – et que connaissant cette souffrance, je voulais absolument pouvoir alléger la leur d’une façon ou d’une autre.
Aujourd’hui, ça fait sept ans que j’ai écrit cet article, et pourtant, je reçois encore des appels à l’aide. Comment vous aider alors que moi ça m’a pris six ans et quatre ans de thérapie pour en sortir véritablement, et que je ne saurais même pas vous expliquer comment c’est – ENFIN – arrivé ?
Il y a quelques mois, j’ai reçu le message de quelqu’un appelant à l’aide pour une proche anorexique et me demandant de me déplacer pour aller la voir et lui parler, qu’on me paierait le prix des billets de train etc. Ça m’a vraiment mise mal car… Je ne me vois pas du tout prendre le train pour aller à l’autre bout de la France, rencontrer une jeune personne qui refuse le dialogue avec ses proches pour… lui dire quoi ? Chaque personne est différente, et surtout si elle n’est pas prête à affronter son problème, on ne peut rien faire pour elle. Cette personne avait besoin de recul sur elle-même, d’une envie de s’en sortir et de professionnels, pas de moi.
Mais la personne qui m’a écrite était évidemment désespérée et cherchait n’importe quelle solution… C’est terrible de dire non.
Evidemment, les messages de demande à l’aide pour se sortir d’une relation malsaine et consort sont aussi récurrents ces deux dernières années. Pour les maladies invisibles aussi. Mais c’est beaucoup de responsabilités de conseiller des gens qui parfois jouent leur vie sur quelques e-mails, sans connaître toute la situation, sans savoir vraiment ce qu’on fait…
Et je me suis vraiment laissée bouffer par ça. Réfléchir à des réponses qui aident, apporter mon soutien parce que même inconnue, cette personne se tournait vers moi… Au point que ces deux dernières années, j’ai l’impression d’être devenue l’espèce de psy de nombreux inconnus qui m’écrivent régulièrement pour uniquement me parler de leurs problèmes.
J’ai toujours répondu avec bonne volonté parce que pour moi, c’est impensable de laisser une personne en détresse dans sa solitude. Mais je ne vais pas mentir, à force, ça a beaucoup pesé sur mon moral. Parce que ce n’était pas une personne de temps en temps, mais des messages réguliers de plusieurs dizaines de personnes qui venaient vider leur sac à désespoir chez moi.
Et j’ai réalisé seulement il y a peu, grâce à cette story et l’opinion assez tranchée d’une amie influenceuse, qu’en fait… J’étais pas là pour vous sauver. Je suis heureuse quand mon blog peut vous aider d’une façon ou d’une autre à prendre votre vie en main, mais les choses doivent venir de vous, moi je ne dois rien à personne.
Je ne suis pas psy. Je ne suis pas médecin.
Je suis juste quelqu’un qui écrit ses tranches de vie sur internet, des fois drôles, des fois moins drôles. Et j’aime les échanges avec vous, c’est aussi en grande partie la raison pour laquelle je le fais.
Mais je ne peux pas aller intervenir auprès de vos proches malades, je ne peux pas venir vous sauver d’un mec taré, je peux pas devenir votre amie en trois messages, parce que si vous, vous avez l’impression de bien me connaître car vous me lisez depuis X années, moi je ne vous connais pas.
Et ça m’a pris des années, mais je prends enfin conscience que non, je ne vous dois rien et ce n’est pas mon rôle de vous sauver, même quand vous m’avez choisie comme oreille attentive.
D’ailleurs, la majorité des lecteurs me lisent et ne m’écrivent jamais, même quand ils ont lu des confessions difficiles de ma part. Ils ne se sentent pas l’obligation de me sauver parce qu’ils ont lu ma vie, donc je ne devrais pas sentir l’obligation de le faire quand vous me livrez la vôtre.
Je peux vous soutenir avec quelques mots comme vous me soutenez, mais c’est tout.
Moi, quand j’ai lu ce livre sur sa relation toxique, j’ai écris à l’auteur pour lui dire merci pour son travail, pour faire l’éloge de la finesse et de la générosité de son livre qui était d’utilité publique et lui souhaiter tout le bonheur du monde, mais pas pour lui raconter en détails ce qui m’était arrivé et lui demander quoi faire pour m’en remettre. Ça ne m’est même pas venu à l’esprit, parce que je sais bien que ce n’est pas son rôle.
Alors quand elle a écrit ce message pour dire qu’elle se sentait dépassée de ce qu’on attendait d’elle, je me suis rendue compte que je vivais exactement la même chose à mon échelle à moi, et que oui, ce n’est pas normal qu’on vous déballe tout et qu’on attende de vous quelque chose.

Même là, ça me coûte d’écrire ça. J’ai déjà envie de rassurer tout le monde en disant « mais non, ne te sens pas visé pour ce que j’écris, t’inquiète ! », car j’ai peur de faire du mal.
Surtout que je sais que personne n’avait de mauvaises intentions et une part de moi est toujours flattée qu’on me considère digne de confidences.
Mais c’est vrai que je n’ai jamais su mettre de limite dans cette relation entre mes lecteurs et moi, et je pense que j’aurais dû. Aujourd’hui, ces dérives sont connues et on voit souvent des créateurs de contenu mettre les points sur les i avec leur communauté et leur rappeler qu’ils ne sont pas amis. Mais il y a dix ans, les limites étaient plus floues et je me suis laissée dépasser.

Avant, j’étais toujours flattée quand on demandait à me rencontrer, ou à devenir mon amie, et j’ouvrais grand les bras. Et ça m’a valu quelques claques dans la tronche après coup.
Car tout le monde n’est pas bienveillant, et surtout, tout le monde s’est déjà fait une image très précise de qui je suis en me lisant. Et parfois, je ne suis pas comme vous l’aviez imaginé et ça vous déçoit.
J’ai ouvert la porte à de nombreux lecteurs qui souhaitaient me connaître en vrai. J’ai présenté mon cercle d’amis, j’ai donné des jobs à plusieurs personnes en galère au Japon, j’ai hébergé des gens… Pour que finalement tout se casse la gueule et que la personne me la fasse à l’envers à un moment donné. Ou alors l’amitié se termine mal car il y avait trop d’attentes et que je n’y ai pas répondu comme il fallait.
Des rencontres provoquées par ce blog qui se sont transformées en blessures. Certaines plus grosses que d’autres, mais dont la liste s’agrandit au fur et à mesure des années.
Donc je suis devenue méfiante – et un peu blasée. Je n’ai plus envie de m’investir émotionnellement. Je laisse souvent les invitations à se rencontrer sans suite, et en vrai ça me fait culpabiliser terriblement.
Mais j’apprends petit à petit, à mettre cette limite entre vous et moi pour me protéger. Et c’est compliqué, car je me dis que je vous frustre peut-être à ne pas me montrer aussi réceptive que vous l’espériez… Mais je dois apprendre.
Si je veux continuer à bloguer et vous divertir avec mes bêtises, il est impératif que j’apprenne à gérer ma relation avec vous, et la maintenir à une certaine distance pour ne pas me laisser happer.
Et mettre cette distance, ça veut dire me battre en permanence avec la peur de décevoir, la peur de blesser, la peur d’abandonner quelqu’un dans le besoin.

Rien qu’en écrivant ces lignes, je me dis « si ça se trouve, plus personne n’osera m’écrire après ça ou se sentira mal de m’avoir écrit avant » et ça me rend triste d’avance (la meuf qui ne sait pas ce qu’elle veut).
Mais assainir ce lien entre nous et me protéger est ma priorité. Comme vous l’avez sûrement compris depuis le temps, je suis quelqu’un d’hypersensible et une véritable éponge à émotions. Alors quand je laisse la porte ouverte à tout le monde, ça m’affecte bien trop profondément. Donc pour reprendre mes activités bloguesques, je me devais de rappeler ici que je ne suis pas psy, pas médecin, pas même votre amie, que j’ai mes propres galères à gérer et que je ne peux pas prendre sur mes épaules tout ce qui ne va pas dans vos vies.
Même si ça me coûte et me donne l’impression d’être quelqu’un de froid quand je dis ça.

Dernier argument qui pesait lourd dans mes contre la reprise du blog : mon humour.
J’ai un humour moqueur, exagéré, qui s’attaque à toutes les communautés et tous les pays où je vais.
Mais en 2020, est-ce que ce genre d’humour est encore acceptable ? En toute honnêteté, je me suis posée la question.
Ce n’est pas encore le débat « maintenant on ne peut plus rien dire », mais c’est juste une remise en question sincère de ma façon de faire rire.
Est-ce que toujours s’en prendre aux Japonais et les faire passer pour des abrutis, c’est raciste ? Pour le coup, je fais ça avec tout le monde, juste j’ai passé plus de temps chez eux, donc ils prennent plus que les autres. Mais est-ce une explication acceptable ?
Est-ce que me moquer de ci ou de ça, c’est valable parce que c’est au nom de l’humour ? J’aime l’humour piquant et acerbe (j’ai dans mes humoristes préférés Jeremy Ferrari et Pierre-Emmanuel Barré, donc bon, partant de là…).
J’en ai discuté en toute objectivité avec une amie, en lui disant « oui mais quand j’écris quelque chose de ce style, c’est pour rire », et elle m’a répondu « oui, mais c’est également l’argument de ceux qui disent des choses problématiques », et le fait est qu’elle avait raison.
Y’a quelques années, je me moquais dans un article d’une amie de l’école de japonais où j’allais qui portait une fausse frange et des lunettes sans verres. En 2010, c’était tellement détonnant, que ça me faisait rire.
Aujourd’hui quand je me relis, je me dis « mais meuf, elle fait ce qu’elle veut de son look, qu’est-ce que ça peut te faire ? ».
Je me suis pas mal relue, car on change beaucoup en 10 ans, et je n’ai pas tant trouvé de choses horribles et non assumables (bon je n’ai pas tout relu – que c’est long ces pavés ! – donc j’en ai peut-être loupé), mais le fait est qu’en 2020, la moindre phrase mal formulée peut mettre en colère de grosses communautés et blesser.
Et même si j’aime l’humour un peu acide, mon but c’est de ne faire aucun mal à personne, alors je me suis demandé si aujourd’hui, je pouvais encore faire rire sans taper sur les gens.
En même temps, je n’ai aucune envie de me censurer non plus et de dénaturer ma façon d’écrire.
Vaste débat.

Les pour

Malgré tout ce que j’ai dit plus haut, j’ai aussi eu de très belles rencontres grâce à ce blog. Mon meilleur ami depuis maintenant bientôt 9 ans m’a connu via ces pages et m’a tendu la main quand j’étais moi-même en galère, sans me connaître « en vrai ». Et aujourd’hui, il a le bonheur de supporter mon humour vaseux, ma mauvaise foi aux jeux vidéo et mes sautes d’humeur au quotidien depuis 2011. Il est mon frère de coeur, mon ange gardien, mon confident – parfois mon punching ball -, qu’on habite dans la même rue ou qu’on soit séparés par 10 000km, et jamais la vie ne l’aurait mis sur mon chemin sans ces petites pages de confidences.
Et puis certaines amitiés se sont faites au long terme, naturellement, via des petits échanges de messages simples sur plusieurs années et qui ont débouché sur des histoires sympa, sans me pomper l’énergie ou me demander plus que je n’ai à offrir. Des histoires où je ne regrette pas du tout d’avoir ouvert la porte.
D’autres ont des attentions vraiment trop mignonnes sans même me connaître. J’ai été opérée du dos en mars cette année, mais j’avais déjà subit une grosse opération en août 2019, et une fidèle lectrice m’avait envoyé un gros ballon avec un mot de rétablissement à ma sortie de l’hôpital qui m’a tout réchauffé le corazoncito.
Aussi, au concert à Paris de Miyavi, une lectrice m’a demandé la permission de venir me parler si elle m’y croisait – vraiment considéré de sa part – et quand ça a été le cas, ça a été une rencontre vraiment très émouvante, ponctué d’un gros câlin vraiment sincère. Une rencontre  sans pression, sans qu’on me demande de m’investir et de devenir la meilleure amie, et pourtant avec beaucoup d’amour. Ça m’a fait énormément de bien et si tu lis ces mots, encore merci d’être venue me faire ce coucou.

Sinon, comme vous l’avez remarqué, je suis quelqu’un de terriblement dur avec moi-même, qui excelle dans l’autodépréciation et le manque de confiance, alors recevoir des messages d’encouragements, de remerciements, des commentaires hilarants en retour à mes posts, ça fait toujours un bien fou. Surtout que j’ai une chance inouie : j’ai une communauté ultra bienveillante. Je n’ai quasiment jamais eu de haters, que des personnes compréhensives et respectueuses en commentaires, donc je ne vous dirai jamais assez merci pour ça.
Comme toujours, s’il y a du négatif dans ma façon de gérer mes relations avec les autres, il y a toujours énormément de positif, et vous êtes un boost incroyable.

Aussi, ce blog a un côté thérapeuthique. Il n’y a aucun doute sur le fait qu’écrire quelques confessions difficiles ici m’a permis d’avancer dans mon travail sur moi-même et d’aller de l’avant. Mais il a aussi également un côté « album souvenirs» qui est très rafraîchissant. J’ai relu dernièrement des trucs qui datent de 2010 ou 2011 et que j’avais complètement oubliés. J’ai trouvé vraiment précieux d’avoir écrit tout ça ici pour pouvoir me remémorer ces moments, et je n’ai vraiment pas envie que mes autres souvenirs se perdent car je ne les aurais pas écrits.
J’ai encore tant à vous partager sur mes aventures en Australie et ailleurs.

Enfin, le dernier argument, c’est que j’ai envie de renouer avec l’écriture « pour moi-même » et pas ce que je fais au quotidien pour le travail.
Après des années de blocage pour diverses raisons dont certaines évoquées ici, le travail que j’ai fait sur moi-même ces dernières années, certaines rencontres inspirantes ainsi que ce confinement et le précieux temps qu’il m’a offert m’a donné envie de reprendre.
Pas seulement ce blog d’ailleurs, mais reprendre l’écriture en général, sous toutes ses formes. Je ne vous cache pas que j’ai d’abord commencé par reprendre mes activités sur un autre site. Un blog qui n’a rien à voir avec celui-là, où je publie tout ce qui a trait à la culture : chroniques des livres que je lis, chroniques de films, séries et autres ; mais aussi écriture de fictions ou même de haiku (vous marrez pas !).
Je n’ai pas partagé ce site car… bizarrement, j’ai honte qu’on puisse lire les fictions que j’écris. En tous cas les personnes que je connais. Peut-être la peur de décevoir ou d’être jugée, encore une fois.
Je pense vraiment qu’une fiction peut en dire bien plus sur vous qu’un simple blog où on raconte seulement notre version d’une histoire. Pour l’instant je suis très active sur ce site-là, et je travaille sur plusieurs projets d’écriture que j’aimerais mettre en ligne plus tard.
Si certains sont vraiment intéressés de lire ce que j’écris sur ce site « jumeau » à sonyan.fr, dites-moi, et je verrai si finalement je partage ouvertement ou si je continue mes cachotteries.

Verdict

Réussir à reprendre activement mon site de chroniques et d’écriture, m’a finalement donné envie de reprendre également ce blog.
Je n’ai pas envie de mettre à la poubelle un blog avec douze ans d’histoire.
Mais justement parce qu’il avait une si longue histoire, avec des choses que j’aimerais oublier, avant de m’y remettre, j’avais besoin de faire table rase.

Pour commencer, j’ai effacé quelques posts. Rien de bien fou, je vous rassure. Comme je vous l’ai dit, au tout début, il n’était destiné qu’à deux trois personnes, et des articles où j’explique que j’ai mis 40 minutes pour manger mon bol de soupe de nouilles car je voulais écrire « Miyavi je t’aime » avec le petit alphabet n’a pas forcément grand intérêt… Donc tous les posts très vieux sans contenu, hop, dégagé.
Ensuite, il me fallait changer d’identité et changer de design. J’en avais marre du rose, marre de ce site au design complètement dépassé, marre d’Alice (même si j’adore toujours autant ce dessin animé !). Je voulais quelque chose qui ressemble plus à qui je suis aujourd’hui. Je ne sais toujours pas dessiner, alors j’ai fait comme j’ai pu pour gribouiller une nouvelle bannière à mon image, mais j’avais envie de mettre en avant mon côté vadrouilleuse maladroite, parce que les prochains blogs seront beaucoup plus dans cette veine. Et si j’ai dû annuler des voyages en Grèce ou au Mexique, quand le monde se sera relevé de la claque infligée par ce foutu virus, je compte bien voyager à nouveau.
J’en ai profité pour essayer de rendre la navigation plus claire, avec des listes de tous mes articles rangés par thème et par année (vous retrouverez tout dans les Sonyan VS Japon, Sonyan VS Corée, etc…).
J’ai également changé d’email pour me joindre, notamment car l’adresse que j’utilisais avant déconne à mort et beaucoup de mails reçus ne s’affichent pas.
J’ai viré l’espace newsletter car… Ce service était bien évidemment payant pour moi, et comme je n’ai pas renouvelé, j’ai tout perdu.
J’hésitais à faire une nouvelle newsletter qui regrouperait une fois par semaine ou par mois toutes les mises à jour sur mes deux sites… Mais est-ce qu’en 2020 les gens aiment encore les newsletter ? A vous de me le dire, sinon je continue via les réseaux sociaux.

Je me suis également demandé si j’avais encore des choses à vous dire, parce qu’annoncer son retour si on a rien à raconter, ça ne sert à rien. Alors j’ai réfléchi et je suis arrivée à une liste de 15 sujets ou anecdotes que j’avais envie d’aborder ce qui m’a paru satisfaisant. J’ai donc mon petit planning d’articles potentiels pour l’année en cours.

J’avais besoin de faire le point sur ma relation avec les lecteurs, ce qui est fait plus haut.
Ce qui ne m’empêchera pas les attentions ponctuelles que j’affectionne, comme les envois de cartes postales aux lecteurs qui le souhaitent pendant mes voyages, etc.

J’avais besoin de réfléchir à ma façon de rédiger et de faire rire. Je ne vais pas changer ma façon d’écrire, mais je ferai attention à ne rien écrire de vraiment offensant (ne pas choisir des insultes discriminantes par exemple) ou de mettre un disclaimer avant l’article pour préciser qu’il n’est pas sérieux. Par exemple, on m’a récemment reproché que mon manuel de la drague au Japon ne développait finalement pas le profil des mecs bien alors que c’est ce qui aurait été le plus intéressant, que ça dressait un portrait abominable des hommes Japonais et que ça n’aidait pas plus que ça à trouver quelqu’un… À l’époque il me semblait évident que ce n’était pas sérieux. Aujourd’hui, pour éviter tout malentendu, je pense que je préciserai qu’en aucun cas c’est un vrai manuel pour trouver un mec au Japon – vu mon passif, j’aurais pas la prétention de vous enseigner quoi que ce soit sur le sujet – et que ce post a juste un but humoristique, pour revenir avec autodérision sur nos fails d’étrangères au Japon, car manifestement ce n’est pas clair pour tout le monde.

Voilà, je pense que je vous ai tout dit.
En résumé, oui je vais reprendre ce blog !
Pour des notes plus légères, dans la veine de ce que j’écrivais il y a quelques années : des anecdotes foireuses, des sujets de sociétés improbables, des récits de voyage qui n’arrivent qu’à moi.
Je ne vous promets pas un blog par semaine comme à mon âge d’or, de toute façon entre temps vous avez tous vieilli aussi, vous bossez et/ou vous avez des gosses qui braillent et courent partout et n’avez pas le temps de lire des gros pavés régulièrement.
Mais peut-être au moins un par mois, à lire en douce au bureau le lundi matin pour bien commencer la semaine.

Je vais continuer le tri de mes photos de voyage, et de les publier sur mon instagram et mon second site.
Je vais continuer mes chroniques de livre et travailler sur mes fictions… Si ça intéresse des gens, levez la main.

Aussi, j’hésite depuis plusieurs mois à faire un podcast ou une chaîne youtube pour aborder – en légèreté toujours – la suite de mon combat avec mon corps. Je vois enfin le bout du tunnel de ce côté, mais j’ai pris des décisions drastiques pour ça et je pense que mon témoignage pourrait aider de nombreuses personnes qui ont décidé d’emprunter le même chemin. Or, je ne veux pas faire ça par écrit car ça nécessiterait beaucoup d’articles, alors j’hésite à me lancer dans un autre format… que je ne maîtrise pas encore.
Pareil, si ça vous intéresse, levez la main.

Et si vous avez des questions, réclamations, suggestions, je suis toute ouïe également.

Ce qui se passe dans le monde est une tragédie, mais à l’échelle de ma petite vie, ça m’aura au moins permis de faire le point sur beaucoup de choses et relancer ma créativité au point mort depuis bien trop longtemps, ce dont je suis reconnaissante.

Ça m’a aussi permis de réaliser – non sans dépit – que rien de ce que je faisais de ma vie n’aidait vraiment le monde.
Aussi, un grand merci à tous les indispensables qui se sont mis en danger ces deux derniers mois en continuant à aller bosser : soignants, caissiers, hommes et femmes de ménage, postiers, pompiers, agriculteurs, livreurs, routiers, employés d’administrations diverses, toute personne dans la chaîne d’approvisionnement de la nourriture et des produits de première nécessité.
Merci à tout ceux que j’oublie qui nous permis de continuer à vivre normalement dans tout ce merdier. Merci à tout ceux qui se portent volontaires, financièrement en faisant des dons ou en se rendant utile.
Vous êtes ceux qui redonnent foi en l’humanité.

Une pensée aux personnes qui ont perdu leur travail ou une partie de leur revenu, aux gérants d’un restaurant ou autre business mis à l’arrêt, pensée également aux personnes confinées seules ou dans des espaces réduits sans jardin, aux personnes malades qui ne bénéficient plus de leur suivi comme d’habitude, aux personnes fragiles psychologiquement qui se retrouvent confinées avec leur pire ennemi : elles-même, une pensée aux personnes dans une relation toxique qui se retrouvent confinée avec leur bourreau, une pensée à ceux qui ont perdu quelqu’un en cette période où on se retrouve séparé de ceux qu’on aime sans pouvoir les revoir, une pensée tout simplement à tout ceux impactés par ce qui arrive.

Un merci et une pensée à tout ceux que j’oublie.

Prenez soin de vous et de vos proches… Et on se dit à bientôt, pour de nouvelles anecdotes qui, j’espère, vous redonneront le sourire en ces temps étranges.

Mes histoires d’A. – Partie 1

      21 commentaires sur Mes histoires d’A. – Partie 1

EDIT : A la base, j’étais censée n’écrire qu’un seul article. Mais en me replongeant dans mes souvenirs, je me suis un peu emballée et l’article est beaucoup trop long. J’ai donc décidé de le couper en deux. Cette partie, qui parle d’un passé révolu et oublié et de choses qui ne me touchent plus, et une seconde qui viendra juste après, un peu plus sensible.

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Cela fait plusieurs fois mois que j’hésite à écrire cet article.
Que ça me fait vraiment peur, même.
Peur parce que je vais être obligée de me mettre à nu une nouvelle fois, et m’exposer au regard des autres sur plusieurs sujets qui divisent.
Peur parce que je sais qu’une fois en ligne, je ne pourrai plus contrôler qui lit ou non.
Peur que des cons pensent qu’à partir du moment où je témoigne d’une chose sur internet, cela leur donne de me donner leur avis sur ce qu’ils auraient fait à ma place.
Peur que ça me force à penser à des choses que j’aimerais oublier à jamais.

Bref, si vous croyiez que je ne pourrai jamais écrire d’article plus intime que ce que j’ai déjà pu faire avant, vous vous trompez.

Je pourrais tout aussi bien ne rien écrire.
Mais j’en ai besoin. Pour moi. Pour avancer dans mon processus d’acceptation. Parce que les mois passent et que je me repasse les événements en boucle.
Je l’écris un peu aussi pour les personnes qui seront dans le même cas que moi et qui auront peut-être besoin de lire une expérience similaire pour ne pas se sentir seules.
Et aussi parce que j’ai envie de crier scandale au monde entier et faire la révolution, et que cette petite page perdue au beau milieu d’internet en sera la maigre contribution.
Concrètement, il n’y a que la dernière partie de cet article que je pense importante de partager et de faire savoir, le reste ne regarde que moi.
Et pourtant, pour en arriver à cette dernière partie, je vais vous raconter plus de 10 ans d’histoire.
Un bon gros pavé des familles.
Parce que la vie et les décisions qu’on prend ne sont qu’une suite de causes à effets, tous plus intimement liés les uns aux autres qu’on ne veut bien le croire.
Parce que pour comprendre comment j’en suis arrivée là, il faut un contexte.
Et puis parce que quoi qu’il en soit, je suis une conteuse d’histoires. Et que généralement si vous me suivez depuis longtemps, c’est que vous aimez bien ça.

Unpretty

I wish I could tie you up in my shoes
Make you feel unpretty too

Ma vie amoureuse a commencé tard. Très tard.
Trop tard.

Enfin il n’y a pas d’âge pour commencer sa vie amoureuse, tant que c’est choisi.
Mais quand c’est subi, 25 ans c’est très long et pesant, je vous assure.
Les gens autour de vous commencent déjà à faire des bébés et se marier, et vous, vous avez encore jamais marché main dans la main avec quelqu’un.
Et puis au bout de quelques années, tout le monde finit par poser des questions.
« Mais tu es jamais sorti avec quelqu’un ? », « Hein ? T’es toujours vierge ?!!! T’attends le mariage ou quoi ?» sans parler de mon médecin généraliste de l’époque, choquée que je ne sois pas sexuellement active à 22 ans, qui m’avait dit avec grand tact :
« Non mais si vous êtes lesbienne, y’a pas de honte, vous pouvez me le dire.
– Non, je ne suis pas lesbienne.
– Mais vous êtes toujours vierge, quand même. Vous savez, je ne vous jugerai pas, vous pouvez me le dire. »

Merci de me faire comprendre que si passé un certain âge, je suis toujours vierge, c’est louche et que la raison c’est forcément de ne pas aimer les hommes.
Si j’aimais les femmes, je te le dirais, connasse ! Mais je ne suis qu’une hétéro pas foutue de se trouver un mec, quel est le problème ?!

L’enfer, c’est les autres, vraiment.

Si vous êtes du genre à faire ces réflexions aux gens qui n’ont personne, sachez deux choses : soit c’est par choix et ça ne vous regarde pas, soit ce n’est pas par choix et du coup ça fout déjà assez les boules au quotidien pour qu’on n’ait aucune envie de justifier sa misère affective auprès des autres.
Dans les deux cas, la fermer me paraît le choix le plus judicieux.

Pourtant, si je devais m’amuser à le justifier, il y a mille raisons qui expliquent ce « retard ».

Déjà, j’étais énormément complexée et persuadée qu’on ne pouvait pas m’aimer.
Obèse depuis l’âge de 4 ans, au régime depuis l’âge de 6 ans, j’ai un peu grandi dans l’idée que les gros n’étaient pas beaux, pas désirables et indignes d’être aimés.
Et j’y ai cru jusqu’à il n’y a pas si longtemps.
J’y crois d’ailleurs encore malgré moi quand cela me concerne personnellement… Alors que j’ai aucun mal à le concevoir pour toute autre personne que moi, et que je trouve de nombreuses personnes en surpoids magnifiques et désirables. Je n’arrive juste pas à me l’appliquer à moi-même.
Difficile de défaire un programme qu’on m’a foutu dans le crâne enfant et qui a conditionné toute ma vie.
A cause de cela j’ai eu longtemps tendance à m’excuser de vivre, à ne pas croire une seconde que j’avais ma chance avec untel car j’avais le cul de la taille du Brésil, et à me transformer en meuble en la présence du garçon qui me plaisait.
Si quelqu’un me faisait un minimum d’effet, j’aurais pu mourir de honte d’être ce que je suis, et je changeais complètement de personnalité.
Je ne disais plus un mot, isolée dans un coin et silencieuse.
C’est sûr que ça ne donne pas envie.

Ajoutez à cela qu’à peine entrée à l’âge adulte j’ai eu une maladie qui consiste à chier liquide toute la journée et que ça n’aidait pas à me sentir plus glamour.
Et enfin, last but not least, parce que j’ai été victime d’attouchements pendant ma jeune enfance, puis abusée une autre fois à l’âge adulte et que ça a un peu ruiné le game de la séduction dans ma tête.

Et là vous vous dites, « Putain Sonyan, elle enchaîne. Obésité, anorexie, boulimie, maladie intestinale, dépression… Et maintenant elle nous balance l’air de rien qu’elle a été victime d’abus sexuels. ».
Eh bien figurez-vous que ça n’a strictement rien d’étonnant.
C’est même un cas relativement classique.
Ce n’est pas que je suis maudite et que j’enchaîne la malchance, c’est que tout ou presque est lié.
Bien souvent, on retrouve ce schéma :
Abus → Mal-être et mauvaise relation à son corps → Dépression & prise de poids → complexes → Régimes draconiens →Anorexie → Frustration → Boulimie → Grosse Merde Généralisée.

C’est cliché à pleurer, je vous assure.

Bref, je ne vais pas m’étendre sur ce que j’ai vécu parce que je n’en éprouve pas le besoin (un long travail a déjà été fait avec ma Psy affectueusement renommée Jiminy Cricket et j’ai fait la paix avec moi-même de ce côté là) mais plutôt sur ce qui en a résulté car le cerveau humain est une bien drôle de machine et que j’ai mis des années avant de comprendre ce qui clochait chez moi.

Jusqu’à l’adolescence, je n’ai pas souvenir que mes mésaventures aient énormément influencé ma façon de vivre. J’avais des souvenirs flous de ce qui m’était arrivé à un âge où je ne pouvais pas comprendre, et je prenais bien soin de les laisser très loin au fond de ma tête et de ne surtout pas les analyser.
J’avais des petits crush, mais ils avaient tous le même profil : le garçon inaccessible que je ne connaissais pas.
Il était mignon, je l’avais croisé dans les couloirs, il était populaire (on aurait été aux Etats-Unis, il aurait certainement été capitaine de l’équipe de football) et il n’avait aucune idée de qui j’étais.
Je pouvais le fantasmer à loisir sans jamais prendre le risque de l’approcher ou de lui parler, c’était une zone très confortable pour moi.
Je vivais mon amour platonique – parfois en pleurant toutes les larmes de mon cœur d’être moche et pas assez bien pour l’approcher – pendant un an ou deux, jusqu’à ce qu’un autre crush inaccessible prenne la relève.
Ainsi j’ai vécu mes années collège ou lycée, quand autour de moi mes amies vivaient leurs premiers flirts et histoires d’amour.

Puis, une fois arrivée à l’âge adulte, les choses se sont compliquées.
J’avais développé une aversion inexpliquée pour les hommes… qui ressemblaient à des hommes.
Il faut dire qu’ils avaient changé. Fini la puberté.
Ils étaient grands, ils étaient parfois musclés, avaient une grosse voix, souvent la zizouille en folie et des idées derrière la tête pas très catholiques. Et même parfois pire : DES POILS.
Messieurs, autant vous dire que si vous aviez de la moquette sur le torse, c’était mort et enterré pour vous. Direct en prison, sans passer par la case départ et sans toucher les 20000 francs.
Puissiez-vous être Brad Pitt.

La palette des personnes qui pouvaient m’attirer physiquement s’est drastiquement réduite en quelques mois, sans que je ne comprenne pourquoi.
Il m’arrivait de craquer sur un bel homme fort et viril… Mais toujours dans ma télé.
Mais «en vrai », ça me dégoûtait pour une raison que je n’arrivais pas à analyser.
Ou alors une personne me plaisait, mais dès que je sentais que je lui plaisais aussi (ce qui était super rare, je ne le cache pas), je fuyais, paniquée.

A 19 ans, je commençais déjà à très mal vivre le fait de n’avoir jamais eu de copain et me sentir terriblement anormale.
Puis je vis enfin mon premier baiser. Un baiser volé en soirée, qui m’a à la fois soulagée que cette étape soit enfin validée, puis m’a fait pleurer et me sentir sale pendant des jours sans que je ne comprenne pourquoi j’avais une réaction aussi violente pour un bisou.

J’ai longtemps pensé à cette histoire de premier baiser et de pourquoi je l’avais aussi mal vécu alors que le garçon en question ne me déplaisait pas.
Je me suis posée beaucoup de questions.
Je me suis notamment demandé quelques temps si j’étais attirée par les femmes. Auquel cas, j’étais tout à fait prête à vivre mon homosexualité, tant que je pouvais enfin comprendre comment je fonctionne.
Mais non, ce n’était pas ça non plus.
Les femmes ne m’attiraient vraiment pas du tout.
J’ai donc continué à m’enticher de garçons lointains et inaccessibles où la question de passer aux choses concrètes ne se posait pas, jusqu’à entrer en fac de Japonais.

J’ai commencé le Japonais comme beaucoup de personnes de la génération Club Dorothée : attirée par les animés, mangas, jeux, dramas puis finalement la culture et l’histoire en général.
Et une fois en fac à Lyon, où il y avait beaucoup d’étudiants en échange, j’ai eu une révélation.
Pour moi, les Japonais étaient un très bon deal.
Ils étaient souvent plutôt fins, plutôt androgynes, pas poilus… Des hommes qui physiquement n’avaient pas grand chose du bûcheron, et donc pas l’air bien dangereux.
Et ils avaient une culture de la drague extrêmement passive, voire étaient très timides avec les demoiselles, donc je ne me sentais pas agressée.

Evidemment, ce sont des clichés plutôt basiques et ces réflexions n’ont rien de rationnelles, c’était purement inconscient. Il y a des agresseurs sexuels partout, et le Japon est tristement bien classé dans sa catégorie.
Et puis il y a des Japonais très costauds et poilus (si si, allez voir le cliché des hommes de Kyushu).

Bref, là n’est pas la question, je n’étais même pas consciente de fonctionner comme ça. Je ne m’en suis rendue compte que bien plus tard, quand j’étais à la recherche de l’origine de mes dysfonctionnements et que j’ai commencé à analyser mes réactions.

Donc, vers 20 ans, j’étais persuadée d’avoir trouvé mon type de mecs et la réponse à tous mes problèmes : en fait, j’aimais les Japonais, voilà tout.

Mais bon, comme je l’ai déjà souligné dans mon article sur les TCA, pour une majorité de Japonais, les grandes gigues d’1m75 pour 100 kilos, c’est pas trop le délire, m’voyez.
Et puis j’ai été malade.
Et puis pendant mon année à Osaka, il y a eu des flirts mais j’étais toujours complexée, j’avais toujours cette tendance à fuir sans compter que je ne comprenais pas bien comment fonctionnaient ces foutus Japonais donc…
J’étais contente d’arriver enfin à avoir des histoires de flirts, à être invitée à mes premiers « date » et d’avoir des ouvertures mais rien qui ne ressemble à une vraie histoire d’amour…
Et l’année est passée vite, sans que rien de concret ne se produise.

Comme le projet était de revenir au Japon par la suite, que j’étais persuadée que je n’avais aucun avenir amoureux en France, que mon embonpoint était le dernier frein à une vie amoureuse digne d’un conte de fées et tout plein d’autres croyances que je trouve complètement connes et stupéfiantes à souhait aujourd’hui… Pour ces raisons et pour d’autres, je me suis mise au régime pendant plus d’un an.

A l’anniversaire de mes 25 ans, j’avais perdu près de 50 kilos, je me trouvais pas trop moche, je croyais savoir quel était mon type d’hommes, mon statut d’Européenne au Japon me rendait spéciale et « kireiii » sans que j’ai besoin de ne rien faire et je me sentais enfin prête à entrer sur le marché de la drague.

Mes Histoires d’A

Les histoires d’A, les histoires d’A,
Les histoires d’amour finissent mal, en général.

Vous m’en direz tant.

Commencer sa vie amoureuse environ 10 ans après tout le monde, ce n’est pas seulement problématique à cause du complexe qu’il génère.
Il est aussi dévastateur dans le sens où on se retrouve avec la mentalité sentimentale d’une adolescente quand on est déjà une adulte prête à entrer dans la vie active.
On approche de la trentaine, on finit de longues études, on vit seule et on est autonome depuis l’âge de 19 ans, on s’est expatrié depuis l’âge de 22 ans… Et pourtant en amour, on en connaît pas plus que les teen movie qu’on a vus (en boucle parce qu’on aime ça) à la télé.
Ce décalage entre votre maturité dans la vie de tous les jours et la naïveté et l’ignorance qu’on peut avoir dans le domaine sentimental, vous donne l’impression d’avoir un dédoublement de la personnalité, je vous assure.
On a beau lire, regarder ou écouter les histoires des autres, rien ne vaut l’expérience pour mûrir.
Et l’air de rien, les amours de jeunesse, ça vous forge.
Ça vous apprend comment ça marche, ça vous apprend ce que vous voulez et surtout ce que vous ne voulez pas.
Et quand on survole toutes ces étapes pour arriver à un âge où les gens commencent à se caser sérieusement, on a l’impression d’être un gamin de 12 ans qu’on vient de mettre aux commandes d’un train à grande vitesse lancé à toute allure.
C’est aussi un problème dans le sens où après toutes ces années de solitude, on a l’impression d’avoir un creux dans le cœur grand comme un puit sans fond. On est assoiffé d’amour et d’attention, ce qui amène encore deux autres facteurs qui facilitent l’échec :
1) On a tellement besoin d’être enfin aimé et on a tellement peur de retourner à sa traversée du désert qu’on se contente de peu et qu’on se laisse volontiers marcher dessus, pour peu de recevoir un geste tendre en récompense.
2) Les personnes qui ont trop besoin d’affection ont tendance à faire fuir.

Ajoutez à cela que j’étais une Européenne fleur bleue au Japon…
La proie facile en somme.
Pour résumer parce que ça ne vaut pas vraiment le coup qu’on s’y attarde, toutes mes premières histoires, ce sont juste des Japonais qui se sont foutu de ma gueule. En gros.
Ils voulaient essayer de « monter le cheval blanc » (comme on dit très élégamment en Corée), et quand ils ont fini par réussir, parfois en y investissant plusieurs mois de séduction, ils ont disparu dans la nature ou sont allés voir ailleurs.
Le seul qui a été sérieux avait de gros problèmes psychologiques, était sous médicaments, pétait régulièrement des câbles et me faisait du chantage au suicide (jusqu’au jour où j’ai appelé les urgences pour aller chez lui alors qu’il était pépère devant la télé, ça l’a calmé).
Je n’étais pas habituée à plaire, je prenais ça pour un miracle à ne pas gâcher quand ça m’arrivait, et même quand ça sentait le sapin à plein nez, ben j’y allais quand même parce que « je pouvais peut-être me tromper » et que les choses pouvaient peut-être s’arranger.
(Vous allez voir au fur et à mesure de ce post que j’ai souvent pensé ça, et que ça a TOUJOURS été une connerie.)

Donc voilà, je prenais sur moi même quand la personne ne prenait pas soin de moi, dans l’espoir que ça marche. Et puis aussi parce que c’était le seul modèle que j’avais eu en grandissant et qu’inconsciemment je pensais que fermer sa gueule quand l’autre vous prenait pour une buse, c’était normal.  Alors je me laissais volontiers piétiner et faisait  de mon mieux pour pouvoir être aimée de la personne.
Pour 1 semaine, 1 mois, 3 mois d’illusion. Rarement plus.
Puis ramasser mon cœur à la petite cuillère car à un moment donné, j’y avais quand même bêtement cru. Retourner dans le célibat de 6 mois à un an, le temps d’y croire un peu de nouveau, jusqu’au prochain connard.

Mon dernier petit ami Japonais, en 2011, pour être sûre de ne pas me faire avoir et qu’il était bien sérieux, je l’ai fait attendre presque 5 mois.
Une histoire à la japonaise. Rencontré en groupe à la fin de l’été, on se revoyait régulièrement à sa fac, en groupe ou à deux où il ne se passait rien de concret. Juste pour apprendre à se connaître, s’envoyer des messages, se téléphoner parfois.
Puis une déclaration un soir de Noël, se dire oui et devenir officiellement un couple… Tout ce cirque pour se faire plaquer 1 mois plus tard (on s’est revu deux fois quoi) car le gars « est trop occupé » et n’a finalement pas le temps d’avoir une petite amie.
…Putain mais comment ça marche le couple sérieux ? Non parce que manifestement, je fais tout de travers pour que ça finisse toujours en eau de boudin comme ça.
Mieux : Le mec me recontacte trois mois plus tard car il a décidé de devenir host pour se faire un peu d’argent, et me propose de se revoir au club si ça me dit toujours.
LE MEC PARIE SUR MON DESESPOIR DE FILLE PLAQUEE, DANS LE SOMBRE BUT DE SE FAIRE DE LA THUNE SUR MON DOS !
Le pelo a cru que j’allais PAYER pour pouvoir passer du temps avec lui.
Dommage que c’était des SMS, sinon je lui aurais volontiers craché au visage.

Bref, Sonia, à peine trois ans dans le monde de l’amour, elle n’y croit déjà plus du tout.
Vraiment, à ce moment-là, je me sens plus désespérée que jamais.

Ajoutez à cela que c’est l’année où mes TCA ont commencé à devenir sévères, que j’avais travaillé pendant un an dans l’événementiel dans une boite qui me prenait pour son esclave, que j’avais peu d’amis, qu’il y avait eu le tremblement de terre et tout ce qui s’en suit, que j’avais quitté mon job pour finir par graver des putains de bout de bois pour un salaire de misère avec mon bac +5…
Bref, à part mon expérience dans l’événementiel, je vous ai déjà écrit tout ça dans mes blogs précédents donc vous savez. Ou vous avez oublié, auquel cas ça vous fait de la lecture dans les transports en commun ou aux toilettes.
Bref, c’était pas la période la plus heureuse de ma vie.

2012 s’est déroulé dans la misère affective la plus totale et je le vivais vraiment extrêmement mal.
Et c’est là que je l’ai rencontré.
Je vous en avais déjà un peu parlé il y a cinq ans dans mon post sur les TCA et pour un voyage qu’on avait fait ensemble, un Monsieur Catastrophe comme moi.

Pour cette histoire, nous allons l’appeler Mister Sweet Face.
Parce qu’il avait une petite gueule d’ange qui inspirait tout de suite confiance, le scélérat.
Mr Sweet Face était originaire de Corée du Sud. Il était arrivé en visa vacance travail au mois d’octobre, et je l’ai rencontré dans le cadre d’un espèce de groupe de volontariat.
Désoeuvrée et pleine d’empathie avec les petits nouveaux arrivés au Japon, j’aidais à mes heures perdues les étrangers fraîchement débarqués sur le territoire nippon à ouvrir un compte en banque, écrire un CV Japonais, chercher un travail et autres trucs relous quand t’y connais rien.
Bref, éviter à d’autres les galères de débutants que moi je me suis tapé.
Les volontaires et les nouveaux arrivés se rencontraient le jeudi soir à Ebisu, et après un petit échange linguistique, on abordait les petits soucis de fond (me demandez pas, c’était y’a 6 ans, je n’ai aucune idée si ce groupe existe encore).
Et mon Mr. Sweet Face, c’était le champion toute catégorie.
Complètement à côté de la plaque, il enchaînait les mésaventures (comme ne pas comprendre sur son contrat de logement qu’il devait payer plusieurs caution, flinguer toutes ses économies dans son emménagement et se retrouver sans rien) et je m’occupais de lui montrer comment faire un CV et chercher un petit boulot.
On s’écrivait de temps en temps via messagerie, souvent pour échanger les nouvelles et voir si sa situation avançait.
Et puis au bout de 3 semaines, il a fini par décrocher un boulot et m’a dit qu’il tenait à m’inviter à dîner avec sa première paye pour me remercier de mon aide et ma patience.
On a continué à discuter via messagerie pendant tout le mois, et fin novembre, il a reçu sa première paye et a tenu sa promesse en m’invitant à sortir.
On a mangé, et ensuite on a passé 5 heures à discuter, comme dans les films, genre le temps s’arrête et il ne reste plus que nous deux, seuls au monde.
Ajoutez à cela les néons des décorations de Noël un peu partout, son sourire d’ange et son côté un peu plus spontané que les Japonais…
A la fin de cette soirée, j’étais éperdument amoureuse de ce garçon qui allait devenir le premier homme véritablement important de ma vie.

On s’est revus, et puis un soir où il m’avait raccompagnée à la station de train, il m’a fait comme dans les dramas à l’eau de rose et m’a embrassée.

Et là, vous m’aviez définitivement perdue. Il n’avait à ce moment aucune idée du pouvoir qu’il avait sur moi, mais j’étais sentimentalement l’esclave de ce mec.
Evidemment, je m’en suis mordue les doigts plus tard et je n’ai plus jamais abandonné mon cœur comme ça à quelqu’un ensuite.
Mais ne brûlons pas les étapes de l’histoire.

Je pense que Mr. Sweet Face est le premier garçon avec qui je suis sortie dont je suis tombée désespérément amoureuse et avec qui ma première fois a été un pur moment de bonheur.
L’expérience qui m’a réconciliée avec l’idée que le sexe est un moment d’amour et de partage, et pas un moment pour faire plaisir à l’autre ou un moment d’angoisse intérieure parce qu’on se demande si la personne va pas encore disparaître ensuite.
Bref, c’était le début de ma première grande histoire d’amour.
Et pourtant, dès le départ, il s’est passé quelque chose qui aurait dû y mettre fin et que quasiment personne ne sait.

Au bout d’un mois ensemble, j’étais persuadée qu’il me mentait et allait voir ailleurs.
Et il faut le savoir, j’ai un radar pour ça. A chaque fois que mon sixième sens m’a dit « lui il va voir ailleurs», ça s’est vérifié, que ça me concerne ou non. Y’en a ils ont un gaydar, moi j’ai un cocudar.
Le moindre signe me met la puce à l’oreille, j’ai clairement raté ma vocation de détective.
Cette certitude me rendait dingue, m’empêchait de dormir… Pourquoi lui ?
Pourquoi lui aussi ? Pourtant ça marche super bien ?!

Après Noël, je n’avais plus aucun doute et j’ai décidé de le mettre devant le fait accompli et exigé la vérité.
Une longue discussion s’en est suivie où il m’a avoué avoir effectivement quelqu’un d’autre.
Son excuse a été que c’était une personne qu’il avait commencé à voir « comme ça » à son arrivée et qu’il m’avait rencontrée ensuite. Mais que ce n’était que le début de notre relation, qu’il ne savait pas si c’était vraiment sérieux, et que du coup il avait continué…
Mais qu’il voyait que lui et moi ça commençait à devenir vraiment sérieux et qu’il s’apprêtait à y mettre fin.
La Sonia de 2018 lui aurait répondu « va te faire cuire le cul » et serait partie la tête haute.

Celle de début 2013 avait moins d’amour propre, était folle amoureuse de ce type et était terrifiée à l’idée que ça se termine. Elle se disait aussi que peut-être que c’était possible qu’il ne sache pas vraiment ce qu’il en était entre nous, qu’on peut se tromper au début.
Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que c’est dingue que j’ai réussi à le pardonner, mais bon, on ne réécrit pas le passé. J’avais envie de croire à sa bonne foi et à sa petite gueule d’ange qui se proclamait innocent de mauvaise intention.

On a donc fait table rase et recommencé du début.
Il m’a officiellement fait une déclaration et demandé d’être sa petite amie, comme dans un shojo pas très original, et on est repartis de zéro.
Evidemment, déjà que je souffre beaucoup d’insécurité, ça n’a pas été facile pour moi de retrouver confiance en lui, mais il a tout fait pour montrer patte blanche et me prouver qu’il était sincère.
On habitait à seulement quelques stations, on se voyait quasiment tous les jours et surtout je n’avais jamais vécu une telle communion avec quelqu’un.
Ça c’est un truc que je pourrai jamais lui enlever, nos discussions jusqu’à pas d’heures et nos fous rires.

Deux mois plus tard, on a pris la décision un peu radicale de vivre ensemble.
Concrètement, je n’aurais jamais fait ça aussi vite en temps normal, mais là, la situation nous arrangeait tous les deux.
On était tous les deux assez isolés, sans famille et avec peu d’amis. Il avait un loyer un peu cher pour lui, et moi ma coloc était partie et j’assurais depuis 4 mois le loyer de deux personnes seule, avec une chambre vide dans l’appartement et un salaire au ras des pâquerettes.
Autant pour l’un que pour l’autre, c’était économiquement plus facile, et fini de se soucier des derniers trains ou de nos horaires difficiles pour se voir.

C’est la seule personne avec qui j’ai vécu en couple à ce jour et je n’en garde que des bons souvenirs.
On allait se chercher mutuellement à la gare quand l’un rentrait tard du travail, on allait faire les courses ensemble, on discutait jusqu’à pas d’heure assis sur le balcon, on regardait des séries en faisant des drinking game (un shot à chaque fois qu’un frère Winchester crève et ressuscite dans Supernatural), on faisait des jeux avec des gages (et c’est ainsi qu’il a fini par aller m’acheter un jus de fruits en slip dans la rue un beau soir)… On avait une tirelire où on mettait toutes nos pièces de 500 yens, et quand elle était bien lourde, on la cassait pour partir en voyage quelque part au Japon ou se faire une journée spéciale.
On est parti à Hokkaido comme ça, on est allés à Disneyland, on a fait une journée à Yokosuka sur les traces de la vie de Hide… Son école, là où il avait fait son baito, son disquaire préféré etc… Puis on s’est perdus et quand on est arrivés au cimetière pour se recueillir sur sa tombe, le cimetière venait de fermer et il m’a fait grimper la barrière pour entrer par effraction ( ! ). On avait eu le cimetière et la tombe de notre idole de jeunesse pour nous tout seuls au soleil couchant, perdus au milieu de la cambrousse japonaise. Et ensuite on avait entendu un chien, on ne savait pas si c’était celui d’un potentiel gardien et on avait couru comme des lapins en se cachant entre les tombes pour se sauver.
On en avait pleuré de rire dans le bus retour.
Il m’a fait regarder des films d’horreur et a regretté ensuite car je n’ai rien dormi pendant trois mois et que j’étais invivable. On allait au karaoke, au restau, se balader dans des parcs, faire du pédalo, il me cuisinait coréen, je lui cuisinais français…
Rien de vraiment exceptionnel peut-être, juste une vie de couple normale. Mais c’était tout ce que j’avais eu de plus précieux dans ma vie. Quelque chose de simple, avec beaucoup de rires et de complicité.
On se disputait parfois, mais rien de très grave. Sans mauvais foi, il me faisait parfois des caprices pour rien, et comme j’étais beaucoup plus bonne pâte qu’aujourd’hui, je le laissais faire ses caca nerveux quand ça lui prenait. Et puis ça passait très vite, et on retrouvait notre complicité.
On vivait un peu reclus sur nous-même et on regrettait parfois de pas avoir un groupe d’amis pour partager nos conneries, mais on s’en accommodait.
Ma mère était venue me voir et l’avait rencontré. Comme toutes les personnes qui ont rencontré Mr. Sweet Face, elle l’avait beaucoup apprécié.
Lui-même tenait à me présenter sa famille, dont sa grand-mère. On était partis en Corée durant l’été pour me présenter officiellement.
Bref, tout était beau et sans nuage sous le soleil levant.
En apparence.

Stupid Liar

Liar, liar, stupid liar liar liar liar

Bref, vous vous doutez bien qu’il y a eu un jour où tout s’est écroulé comme un chateau de cartes, sinon aujourd’hui je serais sûrement mariée avec des enfants quelque part en Corée, à fabriquer mon propre kimchi.
Comment vous amener la chose avec autant de stupeur et de dégoût qui ont été les miens quand le patatra a eu lieu ?
Je vais faire de mon mieux.

Bref, comme vous le savez si vous me lisez depuis longtemps, l’idée me trottait dans la tête de quitter le Japon pour aller parcourir l’Australie.
On en avait longuement parlé avec Mr. Sweet Face qui n’était pas fan du Japon du tout, et à qui l’idée de l’Australie l’emballait bien.
Par chance, le visa vacance travail existait aussi pour les Coréens. On aurait donc pu partir ensemble et vivre cette nouvelle grande aventure à deux.
A ce projet, il y avait pourtant deux problèmes majeurs :
1) Nous n’avions pas d’argent.
2) Il ne parlait pas un mot d’anglais et n’avait aucun diplôme.

Concernant le premier problème, pour lui, il lui semblait impossible de faire des économies au Japon.
Concrètement il aurait pu, mais le pays commençait à lui sortir par les trous de pif, il ne supportait plus ses collègues et n’avait aucune envie de faire des heures supplémentaires. Quant à chercher un autre job à quelques mois de partir, il n’en avait pas envie non plus.
Par contre, il avait une formation de soudeur qui payait bien, et comme la vie était vraiment peu chère dans sa ville natale, il pensait pouvoir économiser beaucoup en peu de temps une fois rentré au pays.
Pour ma part, si vous vous rappelez bien, je commençais à échafauder mon coup de poker pour obtenir augmentation et travail à distance, et pouvoir travailler de Corée et de France pour mettre de côté avant le départ Down Under.

Quant à l’anglais, il me paraissait indispensable qu’il étudie avant qu’on parte, car je l’avais largement épaulé au Japon (pour ne pas dire tout repris sur mes épaules), mais je ne connaissais pas l’Australie et je ne me voyais pas tout faire pour deux sur place.
Il avait toujours été frustré d’avoir quitté l’école tôt pour travailler, de ne jamais avoir eu de temps pour lui et pour étudier.
Il était aussi pressé de quitter le Japon et voulait partir dès le mois de Juin 2013, mais moi avant de le rencontrer, j’imaginais un départ pour avril 2014. Et on avait aucune envie de passer presque un an séparés non plus.
Nous avons donc tranché pour partir ensemble en automne, à la fin de son visa.
Comme il tenait à me présenter à sa famille et avait besoin de se ressourcer, nous sommes partis 8 jours en Corée au tout début de l’été, au mois de juin.
Après avoir longuement parlé, nous avions convenu qu’à notre retour, il arrêterait de travailler et passerait les 3 prochains mois à étudier l’anglais pendant que j’assurais les rentrées d’argent pour deux.
Puis une fois son visa expiré, on partirait en Corée où il travaillerait quelques mois et assurerait les dépenses du foyer, pendant que moi je mettrais de côté à mon tour en travaillant à distance.

Et c’est ainsi que nous avons procédé.
Une fois revenu de Corée, il a arrêté de travailler pour travailler son anglais à fond, pendant que moi j’assurais trois jobs pour pouvoir porter le foyer seule.
Je travaillais la semaine en entreprise, je donnais des cours de français dans une école le week-end, et je faisais également des traductions en free-lance pendant le temps libre qu’il me restait.
J’étais prête à faire ça pour lui offrir ces trois mois pour lui, pour étudier, pour bien préparer sa vie en Australie, pour souffler de la vie Japonaise pas toujours tendre avec les Coréens.
Pour l’aider un peu, je lui donnais des cours moi-même. On ne le faisait jamais à la maison histoire de le faire dans un endroit neutre.
On partait toujours dans le même family restaurant, avec ses livres et ses cahiers. Je lui faisais une heure de cours et ensuite il bossait ses exercices, écrivait des textes et autres que je vérifiais ensuite.
Et moi pendant ce temps, j’écrivais mes articles de blog pour vous. C’est d’ailleurs la raison pourquoi j’ai été si prolixe à l’époque : je tuais le temps à vous raconter mes conneries pendant qu’il étudiait.

Il faisait des progrès conséquents et j’étais ultra fière de lui. Je le respectais tellement d’arriver à apprendre une langue tout seul dans son coin, sans baigner dedans au quotidien, je l’admirais comme personne.
Ça me donnait la force de me démener moi-même, et j’ai donc continué à travailler 7 jours sur 7 pendant tout l’été et gérer au centime près nos dépenses tout en préparant notre départ.
Du coup, j’étais assez peu présente.
Je rentrais le soir épuisée, mais il m’attendait toujours avec des petits plats qu’il avait cuisinés pour moi et un film ou une série qu’il avait mis de côté.
Parfait Mr. Sweet Face.

 

A la fin de l’été, lui qui ne s’en était jamais soucié en quasiment un an, a commencé à m poser des questions sur mon blog.
De me dire qu’il n’appréciait pas trop que j’écrive ma vie en quête de reconnaissance (?), que les gens qui mettaient en scène leur vie sur Facebook et autres réseaux sociaux avaient une vie triste et qu’il aurait préféré que je sois au dessus de ça.
Je n’ai pas compris ce qui me tombait sur la tronche, car il n’avait jamais rien dit sur le sujet en 10 mois. Au contraire, les une ou deux fois où je l’avais cité ou la fois où j’avais posté une photo de lui, je lui avais demandé son accord et expliqué ce que j’allais dire, et il avait acquiescé avec enthousiasme.
Mais tout d’un coup, il me demandait d’arrêter de m’occuper de mon blog, qu’à l’époque je prenais beaucoup de plaisir à écrire alors qu’il ne m’avait jamais rien dit sur le sujet avant.
Je me suis toujours demandé ce qu’il lui avait pris, mais je me disais qu’il pensait peut-être que j’y passais trop de temps et que comme il ne savait pas ce que j’y écrivais, ça ne le mettait pas à l’aise.
J’ai essayé de le rassurer. Il m’a demandé de ne plus jamais y parler de lui, que je pouvais laisser ce que j’avais publié avant, mais de ne plus en mettre à l’avenir.
J’ai dis d’accord et je n’ai pas cherché plus loin. Car de toute façon je ne l’avais fait qu’une fois et que je ne tenais pas spécialement à afficher notre quotidien sur mes pages.

Puis notre départ s’est approché grandement. Il était souvent irritable, mais je me disait que c’était certainement le stress.
On avait quand même toujours nos projets, et ça continuait de bien se passer entre nous.

Comme le moindre yen était nécessaire, j’ai travaillé jusqu’à 3 jours avant notre départ afin de perdre le moins de salaire possible.
Ça a été le coup de feu pour terminer les cartons et tout terminer (il se pourrait aussi que la veille de notre départ, on soit allés boire un verre qui s’est transformé en plusieurs verres, et qu’un peu ivres, on se soit mis à la porte de notre propre maison avec nos valises à l’intérieur… Mais c’est encore une autre histoire, digne de notre ancien duo de M. et Mme Catastrophe).

On a pris notre avion pour la Corée et nous sommes allés nous installer dans un petit studio qui appartenait à son père dans la ville de Pohang.
Quasiment pas meublé, le confort était sommaire, mais on n’avait pas de loyer à payer si ce n’est les charges, et on pouvait continuer à vivre à deux.
La première semaine, je découvrais ma vie de free-lance travaillant à distance avec EMERVEILLEMENT (la première fois qu’on bosse en pyjama en écoutant la musique à fond est un moment assez inoubliable) pendant qu’il retrouvait sa famille et ses amis.
La deuxième semaine, il y a eu un énorme typhon qui a coupé le courant quelques temps et il m’a annoncé que finalement il ne voulait pas retrouver son travail de soudeur, car oui c’était bien payé, mais cela impliquait travailler avec son père et qu’il n’en avait aucune envie.
Sur le coup, je n’ai pas bien compris car c’était le plan depuis le début, ça lui permettait de travailler tout de suite et pour un salaire très confortable.
Mais il m’assuré que c’était mieux comme ça et qu’il trouverait facilement, alors je lui ai fait confiance.
La troisième semaine, il a découvert que son petit frère avait acheté GTA 5 qui venait de sortir et jouait à la playstation de 13h à minuit tous les jours.

Un mois sur place et il restait en pyjama à jouer aux jeux vidéos toute la journée, pendant que je continuais à assurer mon travail et mon salaire à distance, et continuais d’être le seul et unique revenu des deux. Il refusait même de prendre l’air, une fois le travail terminé, je partais me promener toute seule pour découvrir un peu le quotidien coréen.
Alors qu’on était dans son pays à lui et que je pigeais pas un mot, je continuais de porter le foyer pendant qu’il faisait la loque sur sa manette.
Alors concrètement, même avec un petit salaire, en étant dans une petite ville de province coréenne sans loyer à payer, je pouvais encore faire des économies tout en payant les dépenses quotidiennes.
Mais sur le concept, ça ne me plaisait pas du tout et ça ne me mettait pas du tout en confiance pour l’Australie.
Comme le temps passait sans qu’il ne change de comportement, j’ai fini par taper du poing sur la table en lui disant qu’il ne pouvait pas éternellement glander devant sa télé et qu’il fallait qu’il se sorte les doigts de l’arrière-train.
Il est donc allé plusieurs fois à un espèce de centre de quartier où on donne des missions à la journée avec une petite paye journalière.
Mais toujours de mauvaise grâce, toujours en revenant en colère et en exigeant que j’ai fait riz et ménage, et toujours en m’envoyant au passage dans la tronche que pour moi c’était facile. Que moi j’avais eu une éducation, que j’avais un bon job, que je passais mes journées à faire trois dessins et deux traductions pour le travail mais que lui, il devait avoir un vrai travail.
Il n’avait jamais été condescendant, il le devenait, et pas qu’un peu.
Je ne comprenais pas du tout ce revirement de caractère. Peut être qu’il était stressé par notre situation, peut-être qu’il ne voulait plus aller en Australie ?
Mais quand j’essayais de lui en parler, il me soutenait que si il voulait toujours partir, et redevenait gentil.

A côté de ces sautes d’humeur incompréhensibles, il restait lui-même.
Mon Mister Sweet Face.
Il me parlait futur.
Me parlait mariage.
Il voulait qu’après un ou deux ans en Australie, on se marie. Qu’on fonde une famille.
Je temporisais en disant qu’il fallait déjà voir comment allaient se passer les deux prochaines années, car rien ne pressait, mais je pensais au fond de moi qu’il était l’homme de ma vie.
Certains se diront « au bout d’à peine un an »… Mais vraiment, j’insiste sur le fait qu’on vivait vraiment de façon très fusionnelle, et assez isolés des autres… Du coup, les liens s’étaient vraiment intensifiés très rapidement et très fort.

Puis est arrivé un jour où il m’a dit « j’ai trouvé une mission de 10 jours pour le mois prochain, mais c’est à Busan. Je serai logé par l’employeur dans un logement de fonction donc tu ne peux pas venir avec moi. Je ne peux pas refuser car la paye n’est pas mauvaise, donc il faudra que tu restes ici sans moi. »
Je commençais à prendre mes marques dans ce nouveau quotidien coréen, me débrouiller avec les bus et c’était pour la bonne cause, donc évidemment j’ai dit oui, que je l’attendrais.
Un autre jour il m’a dit « Dis, c’est pas ta sœur qui était allée à Dubaï avec son mari ? Ils avaient beaucoup aimé, non ? Tu sais, on parlait d’aller passer Noël en France, mais je pense que je serais un frein pour toi si j’y allais en même temps que toi. Ça fait longtemps que tu n’es pas rentrée, et moi je ne parle pas la langue et je ne connais rien. Plutôt que de profiter pleinement de tes proches, je te connais, tu vas toujours t’occuper de moi, traduire, t’assurer que je m’ennuie pas quand je comprends rien… Le mieux c’est que tu partes seule et je te rejoins une semaine ou deux plus tard, que tu puisses profitesr d’abord tranquillement de ta famille et tes amis. Et moi de mon côté, je me disais que ça faisait longtemps que j’avais pas voyagé seul et j’aimerais voir si j’en suis capable. Les vols pour la France via Dubai sont pas chers, donc comme tu m’avais parlé du voyage de ta sœur, je me disais que je pourrais peut-être prendre une escale de plusieurs jours sur place pour visiter un peu. T’en penses quoi ? »

J’en pensais que c’était vraiment attentionné de sa part de vouloir me laisser du temps seule tranquille avec ma famille, et que s’il avait envie de se faire un mini trip tout seul, rien ne l’en empêchait.

Des petites phrases, lancées par ci par là, avec parcimonie. Qui me faisaient un peu tiquer car ce n’était pas son « comportement habituel » mais auquel je n’avais rien à redire.

Mais très vite, mon sixième sens s’est réveillé et les drapeaux rouges ont commencé à s’agiter dans tous les sens.
Il était en train de me la faire à l’envers, je le sentais.

Ce n’était pas grand chose, des tout petits détails à peine visibles.
Mais quand il était sur son téléphone, il le penchait toujours de façon à ce que je ne vois rien. Pour le coup, je ne cherchais pas à voir ce qu’il faisait, mais il se donnait tellement de mal pour cacher que ça en éveillait mes soupçons.
Quand il était sur son ordinateur et que je me levais pour aller aux toilettes, il sursautait, parfois fermait rapidement la page qu’il regardait.
J’avais l’impression qu’il me gardait toujours à l’œil, était toujours sur le qui-vive.
Il ne voulait plus m’accompagner quand j’allais faire des courses, me disait souvent qu’il allait voir son frère pour lui demander du riz ou je ne sais quoi (son frère habitait l’appartement du dessous) et il ne revenait pas avant une heure ou deux.

Au bout d’un mois en Corée, j’étais vraiment pas bien.
J’avais un mauvais pressentiment qui me retournait l’estomac en permanence. Un sentiment d’oppression, la certitude que quelque chose de vraiment moche allait me tomber au coin de la gueule.
J’ai essayé d’en parler, mais mes amis m’ont rembarrée « Mais non, tu te fais des films. Il est fou de toi, il t’a ramenée dans son pays, t’a présenté sa famille, te parle mariage, s’apprête à faire le tour de l’Australie pour toi. C’est tes expériences d’avant qui te rendent parano. »

Peut-être.
Mais peut-être pas.
Car on venait de passer un an ensemble, et si ce n’est notre faux départ, je n’avais jamais ressenti ça.
Là je le sentais. Très fort.
Je voulais lui en parler, lui demander s’il y avait un malaise entre nous, s’il avait des regrets d’avoir pris la décision de partir avec moi, qu’on pouvait parler.
Mais quand j’essayais de communiquer, il coupait court en me disant qu’il était très bien et n’avait rien à dire.

Jusqu’à un soir de novembre.
Les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête. Moi je pense pouvoir me vanter en disant que ça m’est arrivé.
C’était la nuit, et on dormait quand le vibreur d’un téléphone m’a réveillée.
C’était le sien, posé dans le lit juste au niveau de mon visage. J’ai ouvert les yeux, tête face à l’écran allumé qui affichait de nombreux messages.
En anglais.
Avec des cœurs.
« Mon bébé, tu dors ? J’ai envie de te parler. »
« Tu me manques trop. »
« J’en reviens pas qu’on se voit bientôt. »
« Je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

Pour le coup, me voilà parfaitement réveillée.
J’ai l’impression de me prendre une énorme gifle. De tomber dans le vide à l’infini.
Je le regarde.
Mr Sweet Face dort comme un bien heureux, pendant qu’une demoiselle se languit de lui.

Je fais alors quelque chose pour la premiere fois : je prends son téléphone, et j’ouvre sa messagerie.
Je sais que ce n’est pas bien, que c’est une violation de vie privée et compagnie, jugez-moi si vous voulez, j’en ai strictement rien à battre.
Si c’était à refaire, je le referais.
Vous croyez quoi ? Que j’allais me recoucher en mode « ça me regarde pas. » ? Que j’allais lui demander des comptes alors qu’il me mentait à chaque fois que j’essayais ?

Bref. J’ouvre ce putain de téléphone, avec le coeur qui bat tellement fort que je le sens cogner dans mes tempes.
Et là, ce n’est pas une fille avec qui il me trompe que je découvre.
Mais une dizaine, facile.
Des dizaines de filles, plein sa messagerie, partout dans le monde.

Non je ne plaisante pas, partout sur ce putain de globe terrestre.
Une nana qui l’attendait dans chaque port. Ben oui, tant qu’à faire.
Je survole plusieurs conversations, et au fur et à mesure, toutes les pièces du puzzle s’assemblent.

Son job à Busan où il doit partir 10 jours sans m’emmener avec lui ?
C’est une Espagnole, elle vient de prendre ses billets d’avion pour aller rejoindre. Ils ont prévu 10 jours à l’hôtel en amoureux.
Joli job en intérim, mais du coup la paye, c’était en nature ?

Son escale à Dubai ? Oui, aussi. Une fille l’attend là-bas (manifestement sa favorite), ils sont en contact depuis des mois et se téléphonent tous les jours (les disparitions chez le frère ?) et il lui a promis de venir la voir 3-4 jours en décembre ou janvier.

Il y en avait aussi une au Mexique et une en Russie.

La blague ?
Sa soudaine haine pour mon blog ? Je l’ai su plus tard, mais c’était ça aussi.
Il y avait eu une Française, et une Italienne qui avait une amie Française.
Manque de pot pour lui, mon blog était très lu à l’époque et les deux Françaises l’avaient reconnu sur nos photos de Hokkaido.
La première l’avait plaqué, et pour la deuxième, il lui a dit que j’étais une ex, et comme je n’ai plus jamais reparlé de lui ensuite, elle l’a cru (j’ai reçu après cela des insultes en italien pendant quelques temps sur mon blog, au point que j’avais bannie les adresses IP venant d’Italie pour avoir la paix).

Ses progrès fulgurants en anglais aussi, c’était ça. Des dizaines de petites amies étrangères virtuelles un peu partout dans le monde, avec qui il parlait en anglais du matin au soir.

J’ai trouvé des photos… Il avait même fait venir des filles chez nous.
Une Japonaise. Lycéenne, de 17 ans.
Il est allé jusqu’à piocher chez les mineures, cet espèce de pet foireux de rat d’égout.

Terrible envie de vomir.
Le pire ? Après coup, j’ai même pu situer le jour.
Un soir j’étais rentrée et il y avait plein de vaisselle dans l’évier. Bien plus que pour une personne.
Et il m’avait juste dit qu’il avait préparé à manger et s’était un peu emballé en cuisinant donc que y’avait beaucoup de vaisselle.
J’avais trouvé étrange qu’il se fasse des plats extravagants pour lui tout seul, mais il m’avait réchauffé la part qu’il m’avait gardé, c’était bon, j’étais contente.
Il avait endormi mon radar tellement bien que je n’ai pas tiqué. Je n’ai pas imaginé.
Comment on peut imaginer ça, d’ailleurs ?
Je veux dire, je suis pas née de la dernière pluie, je sais que les fils de chien ça existe.
MAIS DE CE NIVEAU ?! Genre non seulement t’es cocue, mais en plus AVEC LE MONDE ENTIER, SOUS TON PROPRE TOIT.
Non parce qu’on est d’accord que c’est de la haute voltige là, hein ? Aux jeux olympiques de la fils de puterie, je lui invente la médaille de platine rien que pour qu’il ait une distinction à la hauteur de son art.

Et moi qui croyait que c’était la personne qui avait le plus pris soin de moi, la seule qui avait été sincère.
Attendez, je m’étouffe dans mon seum.

Ça durait depuis des mois. Depuis avant notre départ, quand j’enchaînais mes 3 jobs pour subvenir à nos besoins, lui il allait niquer à droite à gauche.
Et pendant ces trois mois, moi je travaillais pour deux du lundi au dimanche, je n’étais là que le soir, donc je n’ai rien vu.
Il avait tout le temps de faire ses saloperies la journée, puis de m’accueillir à bras ouverts le soir et me couvrir d’affection pour endormir mon radar.

Je me suis pris ce nouveau coup de poing de la vie en silence au beau milieu de la nuit, et après avoir constaté que mon conte de fées reposait sur la plus puante des illusions, je l’ai sorti des bras de Morphée.
Je lui ai tendu son portable ouvert sur les messages, et lui ai demandé ce qu’il avait à dire.

Et il n’a pas manqué de m’étonner, car sa réaction a été à peu près tout sauf ce que j’avais imaginé.
Il n’a pas été gêné, il n’a pas nié, il ne s’est pas excusé… Il m’a juste hurlé dessus.
Il m’a littéralement explosé au visage, en me traitant de tous les noms.
Que j’avais violé son intimité, que je n’avais pas le droit de regarder son téléphone, qu’EVIDEMMENT, il y avait d’autres filles ! Qu’est-ce que je croyais ?
Lui il était beau gosse et pouvait se taper qui il voulait, il avait des dizaines d’admiratrices jeunes et belles, alors que je n’étais qu’une vieille truie pleine de gras dégueulasse et que je devais m’estimer heureuse qu’un mec comme lui sorte avec une fille comme moi. Que je devais lui dire merci, car jamais je pourrais avoir un autre mec comme lui, alors que lui me faisait un faveur d’être avec un thon comme moi.
Puis après m’avoir bien craché dessus sans me laisser en placer une, il m’a dit qu’il ne voulait plus jamais voir ma gueule de truie et que je sorte de chez lui.

Est-ce qu’il m’a vraiment mise à la porte en pleine nuit un soir d’hiver dans un pays que je ne connaissais pas et où je ne parlais pas la langue ?
Oui.
Pourquoi est-ce qu’il s’en serait privé, à ce stade autant sortir le grand jeu jusqu’au bout.

Est-ce que j’ai terminé dans l’internet café du quartier et appelé ma mère en pleurant tellement que ce que je disais était presque inintelligible ?
Oui aussi.
Si vous cherchez le mot « Pathétique » dans Google Image, je pense que vous tomberez sur une photo de moi ce soir-là.

Je n’arrivais pas à croire à ce qui était en train de se passer.
Tout s’était écroulé.
Tout.
J’étais presque en colère contre moi-même. En colère de m’être réveillée, en colère d’avoir vu les notifications, en colère d’avoir ouvert le portable.
Si je n’avais rien vu, ça aurait pu continuer lui et moi.
Mais là, c’était fini.

Oui, au lieu de m’imaginer en train de lui broyer les burnes avec un casse-noix, c’était à moi que j’en voulais.
A moi d’être moche et de ne pas savoir le combler, à moi de l’avoir mis devant le fait accompli plutôt que de fermer les yeux, à moi d’avoir tout cassé au point qu’il me déteste.

Je vous jure, plus j’y repense et plus j’ai envie d’inventer la DeLorean, pour repartir en 2013 et me foutre une bonne mandale.
Car moi, tout ce que je vois aujourd’hui, c’est une nana qui s’est fait piétiner par un sale connard et qui n’y peut rien, car elle a fait tout ce qu’elle a pu pour lui et pour que ça marche.
Mais à l’époque, j’avais encore ma bonne vieille éducation de serpillère dévouée qui me conditionnait, et je me disais juste que je n’étais pas assez bien pour lui.

Bref, j’allais pas finir ma vie en pyjama dans une province de Corée. J’ai fini par retourner toquer à sa porte.
Je lui ai promis de partir et de le laisser vivre sa vie, mais qu’il me laisse au moins quelques jours.
Le temps de m’organiser, de prévoir ce que j’allais faire.
Je ne connaissais pas le pays, je ne parlais pas la langue, je n’étais pas censée retourner en France avant au moins six semaines, et concrètement, je n’avais pas envie de changer mes plans et de rentrer plus tôt.
Tout le monde nous attendait pour Noël, tous mes amis savaient que j’étais avec lui en Corée, qu’on avait quitté le Japon ensemble, j’avais fait couper ma carte de séjour japonaise en le suivant et n’avais plus de visa, plus rien…
Et ce que j’étais prête à rentrer, faire face à tout le monde et expliquer ça ?
Evidemment non, j’arrivais à peine à passer 5 minutes sans pleurer jusqu’à déshydratation.

J’ai donc décidé de rester en Corée et de passer les six semaines restantes dans le pays, que j’espérais quitter en bons termes.
Je ne voulais pas que le mot « Corée » provoque chez moi des crises de larmes toute ma vie en repensant à ça. Je ne voulais pas que ce pays soit associé à cet épisode minable de ma vie.
Alors j’ai décidé d’y rester, le temps de faire un peu le point avec moi-même, d’encaisser ce qui était en train de se passer et surtout de me créer d’autres souvenirs pour ne pas black lister ce pays de ma vie.
Parce qu’à la base, j’aime bien la Corée moi. Ils font des super bibimbap et des chaussettes d’hiver super chaudes. Ce serait con d’y renoncer pour une pignouf.
Il fallait juste que je m’organise, car évidemment je n’avais pas l’intention de rester dans sa ville, donc je devais préparer un itinéraire, les transports, des logements…
Je lui ai donc demandé du temps, ce qu’il m’a accordé.
Mais comme il ne voulait toujours pas voir ma sale tête, il est allé à l’étage du dessous chez son frère (sûrement pour terminer GTA 5 en paix).

Ne vous leurrez pas, la reprise en main sur ma vie n’a pas été simple. J’avais des crises de larmes incontrôlables, je pensais que ma vie était finie, je pensais ne jamais assumer la honte de ce qui était en train de se passer et à quel point j’avais été prise pour une enclume.
Oui, je me préparais à partir, à prendre le large seule quelques semaines pour encaisser tout ça, à laisser tout ça derrière moi et me relever plus forte que jamais, mais c’était juste l’instinct de survie qui parlait.
Si vous m’aviez vu ou entendue à ce moment-là, j’étais dévastée. Prête à donner tout ce que j’avais pour revenir en arrière et que tout ça n’arrive jamais.

Cry me a river

The bridges were burned
Now it’s your turn, to cry
Cry me a river

Quelques jours ont passé, le temps que je trouve la force de sortir du vide intersidéral que je ressentais, le temps de m’organiser et de savoir où j’allais aller dans ce foutu pays et ce que j’allais y faire.
Les deux trois premiers jours, Mr Sweet Face était aux abonnés absents chez son frère.
Il remontait de temps en temps pour venir chercher des affaires et m’ignorait cordialement.
Puis il a vu que mes affaires commençaient à s’éclaircir, que je préparais mon départ.
Alors il est sorti de son silence.
« Tu t’en vas vraiment ?
– Ben oui.
– Et genre, pour aller où ? Tu vas rentrer chez ta mère ?
– Non, puisque je suis là, je vais voyager en Corée.
– Toi ? Toute seule en Corée ? Tu vas pas t’en sortir, c’est pas le Japon ici. Tu parles même pas la langue et c’est dangereux. Tu pourrais te faire attaquer, te faire voler. Pis personne parle anglais ici, je suis sûr que tu seras même pas foutue d’aller jusqu’à la gare.
– Ma foi, c’est mon problème, plus le tien.
– En tous cas je te préviens, compte pas sur moi pour t’aider ou ne serait-ce que te mettre dans un taxi pour la gare. Tu veux partir, tu assumes. »

JE veux partir ?
C’est pas moi qui me suis retrouvée à la rue il y a quelques jours ?
Je ne savais plus ce qu’il voulait.
Que je sois perdue ? Que je le supplie ? Que je sois dépendante de lui et incapable de m’en sortir et qu’il puisse garder le pouvoir ?

Mais non, ça marche pas comme ça, mon bon monsieur.
Je suis quelqu’un d’hyper sensible et qui pleure facilement. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de faible.

Il était en train de s’en rendre compte, et il était évident que ça le faisait chier.

Puis finalement, le jour du départ est arrivé.
Je suis allée le chercher pour lui redonner les clés du studio et régler nos dernières finances.
Quand il est arrivé dans la chambre et qu’il a vu ma valise bouclée, mon sac à dos et mon manteau posé dans l’entrée, il est devenu livide.
« Mais tu t’en vas vraiment ? »

Mais oui putain ? Tu crois qu’on joue à quoi depuis l’autre jour ?
En fait, depuis le début, cet abruti fini croyait que j’allais ramper à ses pieds et que c’était du bluff. Il pensait que j’oserais pas abandonner tout ce qu’on avait construit, tout ce qu’on avait prévu et tous nos rêves. Il me savait désespérément amoureuse de lui, et croyait que j’étais capable de pardonner tout ce qu’il avait fait rien que pour pouvoir rester avec lui.
C’est beau la confiance en soi, moi qui n’en ai pas un gramme, je trouve ça particulièrement épatant.
Si vous devez retenir ne serait-ce qu’une seule chose de cette histoire pour vous-même, c’est qu’il existe un truc dans la vie qui s’appelle « le point de non retour. »
Quand on vous a traînée dans la boue à ce point, qu’on vous a écrasée, qu’on vous a menti, qu’on vous a humiliée, qu’on vous a trompée, qu’on a profité de vous, il ne vous reste plus qu’à ramasser les quelques miettes de dignité qui vous reste, et vous barrer.
Quoi que ça vous coûte.
Quoi que vous ayez investi dans cette relation.
Barrez-vous. Très loin. Et ne revenez jamais.

Bref, c’est ce que je m’apprêtais à faire et il commençait enfin à le réaliser.
Paniqué, il a commencé à ouvrir tous les placards et tiroirs que j’utilisais : vides.
Et là, il s’est mis à crier « T’es plus là ! Y’a plus tes affaires ! Tu t’en vas ! » et il a fondu en larmes.
Il pleurait mais tellement fort, je pense sincèrement que tout le quartier l’a entendu. Je me souviens que j’avais honte et que je lui disais d’arrêter.
Il s’est laissé tomber au sol et s’accrochait à mes jambes en pleurant comme un gosse.
En me demandant ce qu’il allait faire. En me disant qu’il m’aimait. En me disant qu’il avait juste pété les plombs car trop de pression mais que la femme de sa vie, c’était moi. Qu’il le savait. Qu’il voulait se marier avec moi mais qu’il avait voulu en profiter avant que je sois la dernière femme de sa vie pour ne rien regretter et devenir un bon mari (Apparté : A-t-on déjà entendu un bullshit pareil ? C’est impressionnant. Je donne 9/10 pour le culot.).
Je ne sais pas combien de temps a duré cette crise, mais je l’ai trouvée interminable.
Je restais plantée là, à le regarder, complètement interdite. Il s’accrochait à moi, à ma valise, il avait de la morve plein le nez, il pleurait comme j’ai jamais vu un homme pleurer.
Je n’ai pas compris.
Je ne me souviens plus très bien ce que je lui ai dit mais je me souviens m’être retrouvée à essayer de le calmer. Que c’était comme ça, que c’était allé trop loin.
Que s’il avait fait tout ça, c’est que manifestement ce qu’on avait lui suffisait pas. Et que moi je ne lui ferais plus jamais confiance et qu’on retrouverait plus jamais ce qu’on avait eu. Que maintenant il était libre et qu’il pouvait profiter autant qu’il voulait.
Mais il continuait à pleurer, à s’accrocher, à me demander de renoncer à partir, que j’avais ma place ici, que sa famille m’appréciait, qu’on allait partir en Australie.

J’ai écouté en silence, et comme ça faisait trop mal, j’ai pris mes valises et je suis partie.

J’ai pris un bus de nuit, et j’ai quitté Pohang en pleurant mon poids en larmes. Ce qui fait beaucoup, je vous assure.
J’ai complètement disparu des réseaux sociaux, j’ai arrêté mon blog, twitter, Facebook. A part ma mère et une ou deux autres personnes, personne ne savait ce qui se passait ni où j’étais.
J’ai visité plusieurs villes de Corée pendant plusieurs semaines, jusqu’à quelques jours avant Noël.
La tête vide le jour pendant mes visites, effondrée dans mon lit à pleurer toutes les larmes de mon corps la nuit.
J’ai vu des belles choses, rencontré des gens gentils… Des personnes qui m’ont fait visiter, mes propriétaires à Séoul qui m’apportaient une corbeille de fruits et des gâteaux tous les jours à mon petit appartement.
Je suis allée dans la DMZ (zone démilitarisée entre les deux Corées), j’ai fait des conférences et rencontré des réfugiés Nords Coréens qui racontaient leur exil. J’ai fait des musées, la Prison de Seodaemun, des vieux villages, des balades en montagnes, des temples perdus au milieu de nulle part, des marchés, des tempêtes de neige coincée dans un bus sur l’autoroute.
Le tout entre quelques crises de larmes et une envie de disparaître à jamais de la surface de l’univers.
J’ai essayé d’apprendre à aimer ce pays en oubliant à qui il était lié et pourquoi j’étais là.

De temps en temps je recevais un message de sa part qui me demandait si tout allait bien, pour me dire qu’il m’attendait, que je pouvais revenir n’importe quand sur Pohang.
L’ange sur l’épaule gauche disait « Non, jamais. », le démon sur l’épaule droite disait « Le revoir ne serait-ce qu’une fois… ? ».

Pour finir, je me suis sentie prête et j’ai pris mon avion pour la France. J’avais un tour d’Australie à organiser, après tout.
Le retour n’a pas été facile. Déjà qu’un retour après une expatriation n’est généralement pas évident avec tous les soucis de réadaptation et autre, quand elle est faite dans ses conditions, c’est pire.
De plus, il faut savoir que Mr. Sweet Face croit au Père Noël et n’avait pas abandonné l’idée de me faire revenir.
Il m’écrivait tous les jours, il me téléphonait sur Skype.
Vous vous demandez certainement pourquoi je ne l’ai pas bloqué ?
Vous avez raison.
Mais la raison est très simple : je n’y arrivais tout simplement pas.
Si vous vous êtes des gens super forts qui arrivent à fermer une porte quand une histoire se termine brutalement, clap clap. Tant mieux pour vous.
Moi je n’y arrivais pas.

Tout s’était écroulé tellement vite, je ne l’avais tellement pas vu venir, qu’une part de moi n’y croyais toujours pas.
Et surtout, j’avais besoin de comprendre. De comprendre comment il avait pu faire ça, comment il avait pu réagir comme ça ce soir-là.
Je n’arrivais pas à faire mon deuil de la relation, car c’était l’incompréhension totale.
Donc non, je ne pensais pas à le pardonner. Non, je n’avais aucune intention de partir le retrouver. Oui c’était bien fini.
Mais je n’arrivais pas à couper entièrement contact, je n’arrivais pas à passer à autre chose.
Il m’inquiétait aussi un peu. Il m’appelait régulièrement complètement ivre et en larmes pour me dire qu’il n’arrivait pas à vivre sans moi. Je connaissais aussi sa vie et sa famille et je savais également qu’il était très seul et très mal entouré. Quand on était en couple, j’étais tout pour lui : sa copine, son amie, sa confidente et sa seule véritable famille.
Donc pour le coup, je ne doutais pas qu’il se sentait complètement perdu sans moi. Pas forcément parce qu’il m’aimait, mais parce que je savais qu’il avait pas grand chose à côté.
Ce n’est pas mon problème me direz-vous. J’ai mes propres problèmes à gérer, ajouterez-vous. Et je suis entièrement d’accord.
Mais parfois mon empathie frise la connerie sévère.

Et puis un jour il a fini par me dire ce qui était arrivé et comment il avait fait tout ça.
Tout a commencé quand il avait arrêté de travailler pour étudier l’anglais. Au début il était content… Et puis très vite il s’est ennuyé. Les journées étaient longuettes.
Il a voulu chercher des gens avec qui parler pour pratiquer son anglais, donc il s’est inscrit sur des sites pour trouver des correspondants et autres. Mais les garçons ne répondaient jamais, et les filles soit disant, se lassaient s’il ne cherchait qu’à faire la conversation.
Surtout qu’il était coréen, plutôt mignon, jeune… Et que les ¾ des nanas qui venaient lui parler étaient des fans de K-POP et de K-DRAMA, rêvant de trouver un petit ami coréen.
Et puis sa famille était horrifiée à l’idée que je puisse travailler pour deux pendant qu’il se la coulait douce à la maison (impensable dans la culture coréenne où c’est l’homme qui fait vivre le foyer). On lui disait qu’il était un raté, ses amis se foutaient de lui.
Il commençait à avoir honte.

Alors au lieu de m’en parler, au lieu de se remettre à bosser, au lieu de se tirer les doigts du trou de balle… Il s’est inventé une vie online.
Il avait toutes ces midinettes (toujours bien plus jeunes….) qui se pâmaient devant lui rien que parce qu’il était Coréen… Donc il s’est mis à parler avec elles, en les draguant un peu pour maintenir le contact, et en mentant à tout va sur sa vie.
Il était cuisinier, il était interprète, il était danseur.
Et alors qu’avec moi, il pensait ne pas pouvoir se vanter de grand chose, avec elles, il était quelqu’un qu’on admirait et qu’on courtisait à longueur de journée.
Et il s’est pris au jeu. Une fille. Deux filles. Trois, quatre, beaucoup.
Il a perdu le contrôle et a laissé les mensonges prendre toujours plus de place dans sa vie. Jusqu’à ce que tout explose.
Il m’a aussi dit que si il avait été aussi méchant ce soir-là, c’est parce qu’il se sentait minable et il avait eu envie de me faire mal pour que je me sente aussi nulle que lui.
Qu’il ne le pensait pas mais qu’il avait juste eu envie de me détruire pour se sentir supérieur à moi.
On ne va pas lui enlever ça : c’était plutôt réussi.

Voilà son explication.
Si vous voulez mon avis, ça prouve juste qu’il est plus minable que jamais et ça n’excuse strictement rien.
Mais ça expliquait plus ou moins son état d’esprit et pourquoi on en était arrivés là. Et que ce n’était pas forcément moi le problème.
C’était important pour moi de comprendre le mécanisme derrière, ça m’évite de me torturer le cerveau des mois, voyez.

Bref, je préparais mon nouveau départ en essayant de me faire à l’idée que ce serait seule, et lui continuait de m’envoyer des messages. De me dire qu’il m’aimait encore, qu’il allait me prouver qu’il avait compris, qu’il avait changé, que lui aussi il était un battant.
Qu’il allait vraiment travailler, mettre de côté et me rejoindre en Australie.
Je lui disais que ça ne changerait rien, mais je suppose que pour mon égo, ça me faisait plaisir de le voir ramper.

Et puis un jour, plus de nouvelles.
Rien du tout pendant au moins trois quatre semaines.
Evidemment, je n’ai pas cherché à le joindre ou quoi que ce soit. J’essayais d’avancer dans ma vie et de me reconstruire.
Mais on était passé à une tentative de reconquête désespérée à un silence radio du jour au lendemain.
Je me suis dit qu’il était passé à autre chose et que si c’était un peu brutal, ce n’était pas plus mal et qu’il était temps moi aussi d’arrêter de penser à lui et tourner la page.
Soyons honnêtes, garder contact ne faisait que ralentir le processus de guérison.

Et au bout de plusieurs semaines, il revient.
Il me renvoie des messages en me disant qu’il avait été malade et hospitalisé pendant 3 semaines, sans téléphone. Que je lui avais réellement manqué et que ces semaines sans pouvoir me parler lui avaient fait réaliser plus que jamais à quel point il m’aimait.
Il restait plutôt évasif sur les conditions d’une hospitalisation aussi longue, mais que je me rassure, il allait très bien !
Il commence à bombarder mon téléphone de messages pour me dire que ses amis sont venus le chercher à la sortie de l’hôpital, et que comme il avait été très isolé pendant des semaines, ils lui avaient prévu un voyage surprise.
Je trouve étonnant déjà 1) que ses potes soient venus le voir car de ce que j’en avais vu, ils en avaient un peu rien à battre de lui, 2) qu’ils partent en voyage dès la sortie de l’hôpital.
Il me dit qu’ils sont partis à Daegu pour un petit séjour entre mecs.
Et là, alors que je ne lui demande rien, il me bombarde de photos.

Sauf que…
Là, je reste perplexe.
Les photos qu’il m’envoie ne ressemblent en rien à la Corée, et encore moins à Daegu.
– Il est en chemise, bronzé au milieu de terres relativement sèches… On est en plein mois de mars, à moins d’un micro climat sur Daegu, auquel cas je suis pas au courant, tu n’es PAS en petite chemise en Corée du Sud au mois de mars, je te le dis tout de suite.
– En arrière plan, on voit la mer et des palmiers. Pour avoir visité la Corée en long en large et en travers pour surmonter mon chagrin d’amour, je le sais : Daegu n’est pas au bord de la mer. Sauf si bien sûr, ils ont déplacé la ville de 2,5 millions d’habitants au bord de la mer pendant les quatre derniers mois… Pourquoi pas, le gouvernement coréen ne me tient pas au courant de tout, après tout.
– Il n’y a que des Occidentaux derrière lui, hors si on peut en croiser à Séoul ou Busan, ils restent relativement rares dans les petites villes de province.
– Il me montre la photo d’un livre en magasin, tous les livres derrière en arrière plan sont en espagnol. Pour avoir cherché des livres en Français pendant mon séjour, je le sais aussi, on ne trouve pas des librairies de bouquins en langue étrangère comme ça.
– Une photo de lui qui mange une glace, à une table où ils sont manifestement deux, mais pas quatre.

Sur le pot de la glace, il y a écrit en gros le nom du glacier.
Il y a peu de suspense, je connais déjà la réponse au fond de moi, mais histoire de ne laisser aucune chance au doute, je tape le nom du glacier sur google.
Un établissement célèbre de Barcelone.

Et là vous vous dites « …NON ?! ».
Et là je vous réponds « Si si. ».

Le mec ça faisait des mois qu’il essayait de me reconquérir, qu’il chialait tous les soirs sa bouteille de Soju à la main, qu’il me disait qu’il m’aimait et allait me retrouver…
Pour finalement disparaître trois semaines pour parcourir le globe et atterrir dans LE PAYS VOISIN afin de se taper de la Catalane en toute décontraction. Puis on revient la bouche en cœur me raconter une histoire abracadabrante d’hospitalisation et de voyage imaginaire entre amis.

C’est incroyable.
Je vous jure, ça fait cinq ans maintenant et j’y crois toujours pas. J’en ris nerveusement, à la limite.
La réalité dépasse la fiction, ça se vérifie de jour en jour, je vous le jure.
J’ai été soufflée qu’il ose encore me prendre pour une conne à ce point après tout cela. Pis gratuitement en plus, je ne lui demandais même rien du tout !
Et puis aussi mal en plus !
Y’a des évidences partout sur ces photos qu’il était partout sauf en Corée et il me les envoie sans réfléchir !
A quel point on peut être aussi nul ?! Sérieux, si tu veux être mythomane, mets-y un peu du tiens, gros. Ça se travaille un mensonge.
Surtout que ce n’était pas une destination très surprenante, puisque la demoiselle qui devait le rejoindre en Corée quand j’y étais était justement de Barcelone.
Il avait juste continué avec elle et était allé la rejoindre, voilà tout.

Pour tout vous dire, on est pas là pour faire sa psychanalyse, mais je pense qu’un acte manqué pareil, ça vient de sa solitude justement.
J’avais été sa meilleure amie et sa confidente pendant plus d’un an, il venait de voyager pour la première fois hors d’Asie, je suppose que c’était un truc énorme pour lui et qu’il avait besoin d’en parler.
Mais comme il ne voulait pas me dire dans quelles circonstances, il a monté un bateau aussi bien pensé que le Titanic qui s’est fait un plaisir de couler à la première occasion.

Bref, je l’ai laissé me raconter ses mensonges sans rien dire, puis j’ai juste conclu par un «Je suis contente ça t’ait plu l’Espagne. ».
Et là il y a eu un gros silence.
« Comment ça ?
– C’est pas Daegu sur ces photos, c’est Barcelone. Tu y étais pour rejoindre ta copine, je suis contente pour toi.»

Histoire d’aller droit au but et d’arrêter de jouer aux cons, quoi.
Et là mesdames et messieurs… Il m’a insultée !
Que j’avais un grain dans ma tête, que je le stalkais et espionnais ses faits et gestes comme une psychopathe, que je lui faisais peur et qu’il voulait appeler la police, que c’était pas normal que je sache ça et j’en passe…

…Je propose que nous prenions cinq minutes pour rire, s’il vous plaît.

 

Bref, j’ai fait ce que j’aurais du faire depuis longtemps.
J’ai appuyé sur la toucher « Bloquer » et j’ai éteins mon téléphone. Je me suis sentie humiliée une fois de plus mais surtout par moi-même. J’avais péché par égo.
Je lui avais laissé la porte ouverte parce que ça me faisait du bien de me dire qu’il regrettait.

Là, j’ai souffert de réaliser une nouvelle fois qu’il n’ait vraiment aucun respect pour moi à ce point… et pourtant au fond de moi, je peux vous le dire, j’étais soulagée.
Car j’avais la preuve ultime que ce mec était irrécupérable, qu’il ne méritait aucune empathie, aucune compréhension de ma part et que son besoin de plaire, de mentir et de tromper était maladif.
Je me suis sentie prête à ne plus jamais lui reparler et à avancer entièrement pour moi après ça.

J’ai commencé à aller chez un psy (ma Jiminy Cricket), pour essayer de me débarrasser de mes TCA, mais aussi pour changer. Déjà j’en avais marre de tous mes blocages, car être dégoutée ou effrayée par 80% des hommes quand on est une femme hétéro, c’est relativement handicapant.
On a beaucoup travaillé sur mes différents traumatismes et ma relation biaisée avec les hommes et ça a changé beaucoup de choses. Ca a pris beaucoup de temps, mais j’ai enfin pu me débarrasser de certains blocages et mécanismes inconscients.

Concrètement, j’ai mis plus d’un an avant de m’en remettre vraiment et ne plus penser à lui au quotidien.
Un an et demi avant de recommencer à regarder d’autres garçons et me dire que je pouvais retomber amoureuse.
Et finalement, je suis restée célibataire trois ans.

Mes premières semaines en Australie ont été difficiles car je pensais tous les jours « ça, on avait prévu de le faire ensemble ».
Je voyais de temps en temps des traces de son passage sur mes réseaux sociaux, et je le bloquais au fur et à mesure.

Et puis je suis arrivée à Melbourne, la ville de ma renaissance.
J’y ai rencontré des amis irremplaçables, j’ai recommencé à faire des rencontres, des « dates ».
Concrètement il ne s’est rien passé de vraiment notable, mais je recommençais à flirter, à avoir des coups de cœurs et accepter d’être courtisée (et plusieurs dates ratés absolument hilarants… Je vous raconterai peut-être un jour mes histoires de rendez-vous foirés, que mes malheurs servent à ensoleiller vos journées, perso j’en ris encore.).
Et après quelques mois de reconstruction à Melbourne, j’ai commencé mon tour d’Australie seule au milieu du bush et des kangourous.
Et à ce moment là, j’étais soulagée qu’il ne soit pas venu avec moi. Finalement.
Parce que peu débrouillard comme il était, j’aurais certainement été freinée par lui, j’aurais certainement du m’occuper de lui, de ses papiers, de ses finances.
Et je suis sûre que j’aurais pas fait la moitié de tout ce que j’ai pu faire seule.

Au mois de été 2015, alors que je suis perdue en plein ouest Australien et que je n’ai plus eu de nouvelles depuis plus d’un an et demi, je reçois un message.
Il avait créé un nouveau compte pour m’ajouter sur messagerie et me contacter.
A ce moment-là, j’étais en règle générale bien dans mes pompes, en train de vivre mon rêve éveillé et je n’étais pas mécontente qu’il me contacte quand j’étais en haut de la vague. Rien que pour la satisfaction de me dire qu’il verrait que j’avais avancé dans ma vie sans lui.
Ce qu’on se dit souvent après une rupture douloureuse, on a souvent ce besoin stupide de montrer à l’autre qu’on fait notre vie.

Sauf qu’il a baissé les armes tout de suite pour me demander pardon. Pour me dire qu’il avait énormément réfléchi pendant tous ces mois et qu’il avait fini par réaliser le mal qu’il avait fait et qu’il regrettait.
Pour la première fois, ça m’a paru sincère.
Il m’a dit à ce moment-là des choses qu’il m’avait jamais dites auparavant, comme quoi j’avais été de loin la meilleure personne qu’il ait rencontré dans sa vie, que je m’étais énormément occupée de lui et que je l’avais beaucoup soutenu alors que lui il n’était qu’un petit con.
Pour la première fois, ça ne sentait pas la manipulation.
Je me suis demandé quelle claque il avait bien pu se prendre dans la gueule pour en arriver là.
Parce que concrètement, l’illumination, je n’y crois pas.
Un connard pour qui tout tourne bien ne se remet pas en question. Pour qu’il en soit là, c’est qu’il s’était passé quelque chose. Surtout qu’il me dit ensuite que le karma se charge de lui et qu’il est en train de payer pour tout le mal qu’il a fait.
Je l’ai donc questionné et fini par lui tirer les vers du nez.

Il était devenu SDF… A Barcelone.
A la rue dans un pays dont il ne connaissait rien.

Avouez que cette histoire ne cesse de vous faire tomber des nues hein ?
Non mais moi aussi, toutes ces années plus tard, les bras m’en tombent encore.

L’histoire ?
Alors après ma disparition, il a continué à jongler avec les filles, jusqu’à en trouver une deuxième de Barcelone de qui il est vraiment tombé amoureux.
La demoiselle, d’à peine 18 ans, refusait de vivre un truc à distance et lui a demandé de venir s’installer sur place ou rien.
Le voilà donc qui part en visa Vacances – Travail et s’installe chez la demoiselle.
Hors, il ne parle ni espagnol, ni catalan, le marché du travail n’est pas top, et il n’a pas énormément d’argent.
Mais la demoiselle aime sortir avec ses amis, et il soit suivre. Alors il paye, il paye, il paye… Epuise ses économies.
Puis elle commence à se fatiguer. Ils ont du mal à se comprendre, elle doit s’occuper de lui tout le temps, il ne travaille pas, il n’a plus d’argent… Elle a pas signé pour devoir entretenir un mec, elle !
Et patatra, elle en a ras les couettes, elle le plaque.
Or, il n’a plus d’argent et lui qui habitait chez elle doit faire ses valises.
Il n’a pas de quoi acheter un billet d’avion retour et se retrouve donc à la rue.

Il avait fini par trouver, via d’autres coréens sur place, un petit boulot dans un restau asiatique payé en liquide.
Depuis quatre semaines, il dormait dans les parcs la semaine, et se payait une nuit en hostel le samedi soir pour pouvoir se laver et se reposer.
Personne n’était au courant de sa situation parce qu’il était mortifié de honte.

Je suis choquée qu’il ait réussi à tomber aussi bas avec ses conneries de playboy des bacs à sable. Est-ce que ça m’a fait plaisir de le savoir dans une telle situation quand moi je vivais ma meilleure vie ?
Absolument pas.
En fait, j’ai même trouvé ça plutôt honteux d’avoir été tant amoureuse d’un con fini pareil. Quitte à avoir été aussi malheureuse pendant des mois et avoir été si prête à tout pour quelqu’un, j’aurais préféré que ce soit quelqu’un d’admirable, vous voyez.
Pas une grosse tanche qui se retrouve à la rue à l’autre bout du monde parce qu’il pense avec son zob.
Même si je salue l’ironie qu’il se retrouve à la porte dans un pays inconnu, sa situation est grave et je n’ai pas envie de m’en réjouir.
Je m’inquiète un peu pour lui aussi. Il se balade avec toutes ses affaires et ses économies sur lui et dort dehors toute la semaine. Suffit qu’il se fasse voler une fois, et il fera quoi ensuite ?
Surtout que les payes sont pas terribles en Espagne, il va faire ça combien de temps ?

Bref, je pousse un gros soupir et je lui téléphone.
Et là, je lui ai passé la soufflante de sa vie.
Je lui ai dit qu’il était temps qu’il grandisse et assume le fait qu’il était qu’un pauvre con incapable. Qu’il allait téléphoner à sa mère et son père, tout leur dire et oui, vivre la honte de sa vie une bonne foi pour toute.
Qu’il leur demande de quoi se payer un billet d’avion, qu’il se fasse engueuler comme jamais parce qu’il le mérite, qu’il rentre dans son pays et bosse pour les rembourser.
Que si vraiment il avait compris la leçon et envie de changer, il fallait qu’il soit un peu honnête. Tant pis si les gens se foutaient de lui, tant pis si sa famille lui menait la vie dure ensuite.
Qu’il se prenne une bonne fois pour toute dans la tronche ce qu’il mérite, qu’il reparte de zéro et qu’il marche droit.
Qu’il allait pas risquer de se faire voler ou pire, par honte d’admettre qu’il faisait n’importe quoi.
Et que tous les commentaires qu’il allait se prendre ensuite, que ça lui serve de leçon.

Il m’a dit d’accord, et il a raccroché.
Le lendemain, il avait parlé à son père.
Quelques jours plus tard, il était rentré en Corée. Après ça, il a repris le travail sérieusement sous la houlette de son père et recommencé une vie normale.
Il m’envoyait des nouvelles auxquelles je répondais peu : j’étais soulagée qu’il s’en soit sorti, mais concrètement il ne représentait vraiment plus rien pour moi.
Des gens m’ont dit que j’avais été trop gentille, qu’il méritait même pas que je lui accorde 30 minutes de mon temps pour l’écouter.
Peut-être.
Mais moi ce que j’en pense, c’est que ça sert à rien d’abattre un homme à terre. Le karma s’était chargé de lui, il était tombé tellement bas, je n’avais plus besoin de faire quoi que ce soit pour me venger.
Comme a dit un grand philosophe français…

puos0rAprès cela, il a voulu reprendre contact, m’envoyer des nouvelles, me souhaiter mon anniversaire « le premier », me dire que je manquais à sa mère et j’en passe.
J’ai très vite sorti le panneau STOP pour lui dire que je l’avais écouté et je lui avais parlé parce qu’il était dans une situation critique et que je ne souhaitais la rue à personne.
Mais que concrètement, je faisais ma vie, lui la sienne, et que ça ne m’intéressait pas de garder contact avec lui.
Il faisait partie du passé.
Il m’a dit merci, et qu’il regrettait de m’avoir perdue mais qu’il me souhaitait d’être heureuse.
Je lui ai répondu d’arrêter de faire de la merde et de prendre sa vie en main.

On s’est dit au revoir, et on ne s’est plus jamais reparlé depuis.

Pour tout vous dire, il m’était même sorti complètement de la tête, jusqu’à peu parce que j’étais à Barcelone.
Comme quoi, c’est vrai que le temps finit par guérir toutes les blessures, car il y a cinq ans, j’étais persuadée de ne jamais m’en remettre.
Et j’étais également convaincue que ça resterait la plus grande honte de ma vie et que jamais je n’oserais en parler.
Et aujourd’hui, je vous ai tout raconté sans que ça me fasse grand chose.
Tout arrive.

La vérité, c’est qu’une relation amoureuse, soit ça devient une belle histoire, soit ça devient une leçon de vie.
Et celle-là m’a malgré tout beaucoup appris. Déjà elle m’a appris à ne plus être fusionnelle et ne plus m’oublier.

Pas assez, sûrement.
Puisque malgré tout, j’ai réussi à faire pire ensuite.
Ne jamais sous estimer ma capacité à foutre ma vie en l’air.

Mais ce post est déjà bien assez long et je ne veux pas écrire le reste en article public, pour des raisons que vous comprendrez certainement en lisant.
La suite sera donc dans une seconde partie qui sera publiée dans la journée.
Le mot de passe sera donné sur mes réseaux sociaux privés.
Si vous ne le recevez pas mais que vous voulez lire la suite, vous pourrez me le demander sur Twitter, Facebook, Instagram ou par mail.
Je vous répondrai en privé.

Adopte un Chat-ponais

      14 commentaires sur Adopte un Chat-ponais

Ce n’est plus un secret depuis longtemps, les chats ont envahi Internet.
Les voilà maintenant aussi sur ce blog.

Si tu es expatrié au Japon et que tu as envie d’adopter un chat et ne sais pas comment faire, ce post est fait pour toi.
Si tu ne penses pas à adopter mais que tu as déjà des chats, que tu les aimes, que c’est ta raison de vivre et que tu ne peux vivre sans ronrons et poils de chats qui ruinent tes meilleures fringues, tu peux rester. Il y aura des jolies photos et si tu es sage, des vidéos aussi.
Si tu n’es pas trop chat mais que tu as des tendances masochistes et que l’idée de lire un pavé sans fin te met en joie, tu trouveras quand même ton compte dans cet article.
Enfin, si les animaux c’est pas ton truc, que quand tu vois un chat t’as bien envie de lui shooter dedans et que l’idée de te taper la lecture d’un blog sur une boule de poils te met en rage car tu détestes ces petites saloperies… Alors dans mon dictionnaire, ton profil se rapproche de celui d’un psychopathe et je ne suis pas sûre qu’on puisse être amis. Aussi, je te redirigerai ici.

Je préviens d’avance, ce post sera parfois trop mignon et vous fera faire des gouzi gouzi ridicules devant votre écran, et parfois relativement déprimant.

En avant c’est parti pour le guide, adoptons un chat-ponais !

Adopteunchat

Sauter le pas

Tout ceux qui me suivent sur Twitter ou Instagram  ont déjà vu sa petite bouille immaculée inonder leur time line : depuis un an, j’ai un chat.
Et attention : le plus beau du monde.
(Seules les personnes qui ont des chats sont dispensées de le penser, sinon pour les autres, c’est votre tête au bout d’une pique sur les remparts du royaume si vous osez dire le contraire).

Un superbe Roi tout blanc aux yeux bleus qui rend ma vie plus belle à coup de léchouilles râpeuses, ronrons intempestifs et câlins aux moments qui m’arrangent le moins dans la journée.
Voici l’histoire de comment cet être magnifiquement magnifique est entré dans ma petit vie qui manquait cruellement de blanc avant lui.

Mini Disclaimer : Tout d’abord, je tiens à préciser que ce blog est à 100% personnel, avec un avis, des décisions et une vision des choses vis à vis des animaux qui n’engagent absolument que moi.

Bref, je suis donc l’heureuse propriétaire esclave d’un petit chat depuis le 27 juillet 2017.
J’ai pourtant commencé à considérer la question en 2014, et mis plus de 3 ans à sauter le pas.
J’avais envie d’un animal, si possible un chien (oui je suis plutôt team chien, à la base) pour devenir mon compagnon de jeu et de vadrouilles mais j’allais partir faire mon tour d’Australie, donc ce n’était pas la période idéale.
Je fais donc ma vie en mettant le petit chien familial en fond d’écran un peu partout pour compenser et ronge mon frein le temps de chasser le crocodile, surfer avec des grands blonds trop bronzés et méditer devant Uluru.

1904123_10153337508663999_1027722873689117503_n(Non je n’ai pas un regard de perverse, j’ai juste le soleil dans la gueule.)

Janvier 2016, j’arrive au Japon et reprends une vie sédentaire.
Une fois installée, très vite, l’idée recommence à m’obséder.
Je veux un chien…

Mais vous apprendrez très vite que votre premier problème à affronter si vous voulez un adopter un animal, c’est que le Japon est fidèle à sa réputation de gros relou des familles, et donc que la plupart des logements interdisent les animaux de compagnie.
Ne soyez pas choqués, j’en ai déjà vu qui interdisent les gamins.
Je n’ai pas trouvé de chiffres officiels, mais je dirais bien – à vue de pif – un bon 90% des appartements en location refusent les animaux.
Et là, vous allez me dire « Mais je vois toujours des Japonais avec des chiens !? ».
Alors oui, mais souvent ce sont des personnes âgées ou des familles. En d’autres termes des personnes qui ne louent plus, qui se sont endettés sur 30 ans pour avoir leur bicoque et qui peuvent bien faire ce qu’elles veulent entre leurs murs.
Mais à la location, vous ne trouverez quasiment aucun appartement où le propriétaire accepte que vous viviez avec un animal.
Prendre un chien en secret, avec le propriétaire qui habite bien souvent, soit dans le même immeuble, soit à côté, entre les aboiements et les promenades… Difficile de ne pas se faire prendre.
Sans parler de mon appartement de l’époque relativement vétuste (un petit studio d’une seule pièce), du manque de parc ou d’endroits où se dégourdir les papattes et de mon emploi du temps surchargé de l’époque.

Si je prends un chien, je veux qu’il ait de l’espace pour courir, se défouler, être heureux.
Pas l’enfermer dans une pièce avec une couche au sol pour les pipi qu’il ne pourra pas faire dehors, une promenade secrète au milieu de la nuit pour ne pas me faire prendre et le faire opérer des cordes vocales pour ne pas qu’il aboie.
Ah oui, car nos amis les Japonais pratiquent encore la dévocalisation (en japonais声帯切除手術 seitaisetsujo shūjutsu)
Si en France cette pratique a été interdite en 2004, et bah au Japon on s’en bat encore un peu les sacs de riz et on n’hésite pas, pour son confort auditif, à faire opérer son toutou qui ressemblera à une vieille poule épuisée qu’on étrangle quand il essaiera d’aboyer pour vous faire la fête.
Ambiance.
Bah ouais, des fois un chien c’est chiant et ça aboie. Mais les gosses qui hurlent dans les transports aussi c’est chiant, et on les opère pas pour autant.
Et c’est pourtant pas l’envie qui nous en manque.

Bref.
Dans ma situation de locataire d’un petit studio où les animaux sont interdits, un chien, bof bof.
Une décision bien égoïste niveau qualité de vie du chien et qui pue un peu les emmerdes au long terme, d’autant que mon propriétaire habite l’étage du dessus.

J’ai donc renoncé assez vite, en me contentant de faire des petits couinements aigus quand je voyais le petit vieux du quartier promener le sien et me plaindre régulièrement à qui voulait l’entendre que seul un petit chien et un million de dollars manquait à mon bonheur.

Je pourrais alors toujours remplacer le chien par un chat ?
Plus discret, plus adapté à la vie en appartement… ?
Mais ce plan B me paraît une mauvaise idée pour plusieurs raisons.
La première, c’est que je suis Team Chien depuis ma naissance, et que changer de camp me paraît la plus grosse trahison depuis toute l’histoire de l’humanité. 
Les Dog Persons VS Cat Persons, c’est un peu comme les supporters de l’OM contre ceux du PSG.
Après avoir crié « Aux Chiottes les Chats ! » avec un vuvuzela et des fumigènes toute ma vie, difficile de changer de maillot par simple souci de solitude.
Enfin le problème, c’est surtout que les chats j’y connaissais rien et arrivais avec mes gros pieds dans le plat en leur grattant grossièrement le bidou sans préambule. Ce qui fera sûrement le bonheur d’un chien, mais en langage chat ça revient un peu à foutre la main dans la culotte de quelqu’un sans se présenter, sans aller boire un verre et sans préliminaire. Donc évidemment, je me prenais des baffes et des crocs dans les mimines et que j’avais l’impression que le monde entier des chats était ligué contre moi.

Au delà de ça, je suis très allergique aux chats (un peu des chiens, mais ça passe selon le poil), avec yeux qui gonflent comme des balles de golf, asthme et j’en passe.

Enfin… Mon petit studio reste interdit aux chats, et je ne me leurre pas : l’ignoble créature risque de me bousiller mes murs pour se faire sa manucure.

Vous allez me dire que j’aurais très bien pu prendre un autre animal, plus petit, moins contraignant… Mais là, je n’avais pas envie pour d’autres raisons.
Un lapin, un hamster, un furet etc.… C’est très mignon et c’est peut-être heureux domestiqué, mais personnellement ça me met mal à l’aise d’avoir un animal qui restera la moitié du temps dans une cage.
Je préfère un animal qui pourra faire sa vie pendant que je fais la mienne.
Quant à un poisson rouge dans un bocal, c’est hors de question. (D’ailleurs, si vous avez le temps, venez ruiner votre enfance en lisant ceci : Pourquoi est-ce qu’un poisson rouge dans un bocal, c’est cruel ?)

Bref, comme je reste bloquée sur mon idée de chien ou de chat et que ce n’est pas possible, je me sens condamnée à n’avoir pour animaux de compagnie que les gros cafards dégueulasses en été.

Je renonce donc, avec d’éternelles rechutes où je me repose la question de pour ou contre prendre un chat, car j’ai vraiment envie d’un petit colocataire poilu et que Demis Roussos n’a jamais répondu à mon invitation.


(Pourquoi Demis ? Pourquoi ?)

Un mois passe.
Six mois.
12 mois…

Au 15ème mois de ma vie à Tokyo, tout ce pour quoi je suis revenue dans ce foutu pays s’effondre. Ça se casse la gueule dans un peu tous les domaines et la dépression en personne revient drapée de noir pour toquer à ma porte après quelques années d’absence.

Terrée au fond de mon lit, l’idée de prendre un chat recommence à m’obséder et je me dis que dans le fond, je me sens prête à changer de maillot et trahir mes origines canidés. Appelez-moi Judas.
J’en ai aussi ras la casquette de mon appartement petit et sombre, et je me dis que, si financièrement c’est pas l’idéal de déménager, ce serait peut être l’occasion de chercher quelque chose de plus grand et ou je me sens mieux et qui accepte les animaux de compagnie.

SPOILER : J’ai lamentablement échoué.

Mon chat, ce futur clandestin

J’ai cherché pendant des semaines et fait plusieurs agences immobilières… Sur tous les apparts que j’ai visités, seulement un seul acceptait les animaux.
J’ai hésité car il était plus grand que l’actuel, et que le propriétaire acceptait à condition que ce ne soit pas un chien, mais l’appartement était ancien, très sombre (encore ! Et je déteste les endroits sombres) et excessivement cher pour quelque chose d’aussi vieux.

Oui, au Japon, un appartement qui accepte les animaux ça se paie.
Ils sont généralement plus vieux que la moyenne (le proprio se fout un peu plus des dégâts potentiels ou a plus de mal à louer et ne fait pas la fine bouche, je ne sais pas), avec un loyer plus cher OU avec plusieurs cautions (dont vous ne reverrez jamais la couleur dans la plupart des cas).

Au delà de ça, le choix est terriblement restreint.
Déjà on ne va pas se leurrer, nous sommes étrangers.
Donc, on se fait forcément refouler de pas mal de logements par des proprios qui ne veulent pas de gaijin dans leurs cages à lapins (j’ai vu passer une  étude japonaise il y a peu, datant de 2017 et attestant que 40% des étrangers s’étaient déjà vu refuser l’accès à un logement).
Pour ma part, je pense que le fait d’être française, parler couramment japonais et avoir un travail à temps plein a aidé et je n’ai jamais trop galéré pour trouver un logement. Mais parce que les agents immobiliers faisaient le tri d’abord et ne me recontactaient que quand ils avaient des appartements OK aux étrangers à me proposer.
D’ailleurs sur la vingtaine de logements qui m’intéressaient, il n’en restait en général plus que 4 ou 5 qui acceptaient que je visite une fois qu’ils apprenaient que je n’étais pas Japonaise.
Bref, être étranger ne condamne pas à rester sans toit mais réduit l’offre.
Et plus on a de critère précis pour se loger, et plus on a des chances de galérer et ne rien trouver puisqu’on part avec un handicap.

Or, les animaux autorisés est un des critères les plus restrictifs dans la recherche d’appartement, alors si vous vous payez le luxe d’être étranger par dessus le marché… Autant dire qu’il faudra prendre ce qu’il vient et ne pas être regardant ni sur le prix, ni sur l’état de l’appartement ou encore de sa location.

Or, je suis une chieuse, donc je suis regardante sur l’état et sur la location.
Je suis freelance et travaille souvent à la maison : si je ne m’y sens pas bien, c’est mort.

Il faut également savoir que parfois vous pensez avoir trouvé, car dans la description de l’appartement il est écrit ペット相談 (Petto sōdan, Animaux négociables) ou ペット可 (Animaux Possibles).
Et là, en bon naïf, vous sautez au plafond une bouteille de Dom Pérignon à la main en pensant avoir trouvé votre prochain foyer. Sauf qu’évidemment non, car une fois que vous aurez parlé avec le propriétaire, ce casse-noix vous dira tout sourire qu’il parlait juste de hamster ou de lapin, mais qu’un chien qui aboie ou un chat qui miaule, certainement pas.
Et là vous repartirez désespéré et ayant perdu foi en l’avenir, un peu comme un lendemain d’élection présidentielle.

Bref, en plusieurs semaines, on ne me propose qu’un seul appartement : vieux, sombre et cher situé devant une grande route bruyante où je ne m’identifie pas du tout.

Par curiosité, je change d’agent immobilier, à qui je ne parle pas d’un éventuel chat.
La demoiselle fait le tri des appartements prêt à accueillir une visage pâle, et me propose quelques jours après pas moins de 5 appartements à visiter en un après-midi
Comme c’est facile, tout d’un coup…

Je vais visiter, et là j’ai le coup de foudre.
Un appartement immense, que dis-je, UN PALACE de 52m carrés ! 
(Ne vous moquez pas, on est en plein Tokyo je vous rappelle, et personne dans ce foutu pays se loue un 52m carrés en vivant seul…).
A un prix qui reste dans mon budget, j’ai même un walk-in closet et un kitchen bar…

jean-dujardin-oss117-01_0Ça vous la coupe, hein ?

Je m’y vois bien là… Moi et mon futur chat.

Et c’est là que je prends la décision de vivre dans le péché : je prends l’appart, et mon chat sera clandestin.

Alors, avoir un chat caché dans un appartement interdit, est-ce que ça se fait ?

Concrètement oui, en demandant autour de moi, je suis loin d’être la seule.
Certaines de mes amies le font depuis des années.

Suffit de quelques astuces pour ne pas trop éveiller les soupçons :
– Commander la bouffe et la litière sur internet et se la faire livrer pour ne pas croiser les voisins avec les bras plein de pâté pour chat.
– Prendre une litière qui se dissout dans les toilettes pour éviter de se faire répérer dans les sacs poubelles (les ordures, première source de conflits de voisinage japonais : ils adorent fouiller dans les poubelles pour la remettre devant chez vous si vous avez pas fait le tri comme il faut).
– Choisir un sac à transporter votre chat qui ressemble à un sac à dos ou un sac de sport.
– Mettre des protections sur les coins de murs pour éviter les dégâts quand monsieur se fait les griffes.
– Personnellement, j’ai également recouvert mon sol d’un faux sol… Et j’ai bien fait, car j’ai un chat joueur qui aime sauter partout et faire des dérapages et le faux sol est crépi de traces de griffes.

Après est-ce que je vous recommande cette solution ?
Non plus.
C’est une décision qui n’est pas sans risque, qu’on se le dise.
Si vous vous faites repérer par un voisin parce que votre chat miaule ou regarde par la fenêtre, votre propriétaire peut ne pas renouvelever votre bail au bout des deux ans et ne pas vous rendre votre caution pour non-respect du contrat.
Et bonne chance à vous pour retrouver un logement en urgence avec votre tête de non-japonais et votre chat sous le bras.
(EDIT:Je pensais qu’il pouvait vous mettre à la porte, mais une amie Japonaise et une autre qui travaille dans l’immobilier m’ont certifié que nous sommes protégés par la loi et qu’un propriétaire ne peut pas mettre son locataire à la porte, même pour des crimes bien plus grave… Du coup, le plus gros risque c’est la caution et le non renouvellement du contrat, ainsi que des disputes de voisinage. Merci à Akiko et Stéphanie pour cet update.)

Vous pouvez également vous faire prendre en cas de gros tremblement de terre si on vient chez vous pour inspecter les dégats, ou toute autre intervention d’ailleurs.

Au printemps, j’ai eu une fuite d’eau et comme c’était un jour où je devais partir en voyage (à 2h de partir pour l’aéroport… Malchanceuse un jour, malchanceuse toujours), le staff de l’agence a dû venir en urgence pour arrêter la fuite du lavabo concerné.
Et comme l’agence est dans mon quartier, j’ai eu 10 minutes top chrono pour faire disparaître toute trace de l’existence de mon chat le temps qu’ils arrivent.
L’ambiance à la maison :

Opération réussie, j’ai clairement raté ma vocation d’agent double… Mais bordel, quelle adrénaline inutile pour un jour de départ.

Aussi, j’ai eu beau prendre toutes les précautions que je pouvais, il reste des morceaux de mur qui ont failli à ma vigilance et où le papier peint s’est fait joyeusement massacrer par ses jolies griffes polies.
Je sais donc que je pourrai dire adieu à ma caution le jour de l’état des lieux, mais pour être honnête, je m’étais bien dit que je pouvais m’asseoir dessus à la seconde où j’ai décidé de prendre un chat malgré tout.

En gros, si vous avez la chance d’être propriétaire ou de trouver un logement qui vous convient et qui accepte les animaux, c’est quand même plus simple.
Sinon, on réfléchit encore un peu avant de prendre cette décision car il faut être également prêt à en assumer les conséquences si on découvre le pot aux roses.

Où trouver son futur compagnon de vie ?

★Le beau monde des Pet Shop

Dans une animalerie ? Facile, il y en a à tous les coins de rue.
Mais plutôt me passer sur le corps que d’aller acheter un animal dans ces pompes à fric honteuses.

Encore une fois, ce n’est pas dit dans le but de blâmer ou de juger ceux qui le font : dans ce triste monde, on encourage tous un peu un business véreux sans le vouloir.
Perso, j’ai beau faire ce que je peux, Elise Lucet m’a raconté il y a deux jours dans son dernier Cash Investigation que mon pyjama acheté innocemment à Carrefour a été fait avec du coton récolté par des gamins en Ouzbékistan, et je n’ose même pas imaginer le nombre de travailleurs forcés en Chine qui se cachent derrière mon iPhone.
J’ai beau faire ce que je peux, je suis loin d’être une consommatrice parfaite et irréprochable donc j’ai pas de leçon à donner aux autres.

Mais moi ce que je sais des animaleries, a fortiori celles du Japon, font que jamais je ne leur achèterai un animal.

Déjà sans savoir tout ce qui se cache derrière, l’endroit en lui-même, je le trouve terriblement glauque et crève-coeur.
Je ne sais pas exactement à quoi ressemble une animalerie en France, car je n’y suis allée qu’une fois lorgner avec envie devant les chiens quand j’étais petite et que j’en ai un très vague souvenir, mais au Japon, ça ressemble à ça :

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Des mini cage de verre qui font à peine la taille d’un micro-onde où sont entassés des bébés chiens et chats toute la journée.

Penchons-nous sur les prix et sur les âges…
Plus c’est petit et plus c’est mignon… Donc plus c’est cher !

On va donc voir régulièrement des chiens ou des chats de moins de deux mois (donc pas sevrés !) pour des sommes absolument pharaoniques.
Si en moyenne les prix tournent autour de 300000-400000 yens, il m’est déjà arrivé plusieurs fois de voir des chatons pour la modique somme – accrochez vous – de 800 000 yens (soit plus de 6200 euros au cours du jour.)
Donc en gros, on vous demande de payer jusqu’à plus de 3 mois de salaire pour un animal non sevré et enfermé dans un cube de verre de 60cm toute la journée qui aura toutes les chances de se coltiner des problèmes de santé et de gros troubles du comportement plus tard.

Et ça, c’est seulement la face émergée de l’iceberg, celle que vous pouvez voir et déduire rien qu’en entrant dans le magasin.
Mais si on fouine un peu pour savoir ce qui se passe sous la surface, on est pas déçu car derrière ces petites vitrines à bordures roses qui feront crier les Japonaises « Kawaiiiii » à tout bout de champ, ce  qui se cache n’est pas beaucoup mieux.

Déjà il faut savoir que la date limite pour vendre un animal est de trois mois. Passé les trois mois après sa naissance, la boule de poils perd un peu ses traits de gros bébé, et a donc de moins en moins de chance d’être vendue.
C’est là qu’on casse les prix.
Entre trois mois et cinq mois, on bradera au fur et à mesure la bête jusqu’à 140000 yens environ (soit un peu plus de 1000 euros) selon la race (moins doit être possible aussi), dans l’espoir souvent vain que quelqu’un finisse par l’acheter.
Alors déjà imaginez… Ca veut dire que l’animal aura déjà passé 4 mois de sa vie 8 à 10h par jour dans son micro-onde en verre à faire risettes aux passants…
S’il se tape pas autant de névrose que moi adulte ensuite, je lui tire mon chapeau.

Après 5 mois, les chances de vendre ce petit bout qu’on aimerait bien prendre chez nous sont tristement proches du zéro.
L’animalerie a donc plusieurs options :
– Renvoyer l’animal chez l’éleveur… Un deal relativement rare, car vous vous doutez bien que les éleveurs n’ont pas que ça à faire, ils ont fait leur part du job avant.
– Envoyer l’animal en associations type SPA dans l’espoir d’une adoption, sujet dont je vous reparlerai plus bas.
– Faire euthanasier l’animal.

Et je ne vais pas vous le cacher, la dernière est souvent l’option choisie.
Au Japon, on gaze les chiens et les chats en masse.
Rien que pour les chiens, en 2017 presque 43 chiens ont été gazés tous les jours pour un total de plus de 15500 à l’année.
Bien plus pour les chats. Je n’ai pas les chiffres les plus récents, mais par exemple en 2014, plus de 200 chats euthanasiés par jour, pour un total de plus de 79000 à l’année.
(Pour les fouineurs, je mets tous les liens sources en bas).

Sinon, il y a aussi l’option de « stocker » les animaux dans l’animalerie.
Une de mes amies, Française, étudiante à Osaka et amoureuse des animaux avait postulé pour travailler en animalerie.
Elle a arrêté quelques temps plus tard, complètement écoeurée.
Pourquoi ?
La direction de l’animalerie stockait les animaux devenus adultes – et donc invendables – dans des  petites cages dans le sous-sol de l’établissement.

Et parfois, on tombe juste dans le sordide fait divers, comme par exemple en novembre 2014 dans une animalerie de Tochigi où les autorités ont retrouvé plus de 80 chiens et chat invendus enfermés vivants dans un congélateur. 
Un fait divers pas si isolé que ça, puisque le livre 「犬を殺すのは誰か?」(Inu wo korosu no wa dare ka, Mais qui tue les chiens ?) dénonce les pratiques scandaleuses des animaleries au Japon via les témoignages d’ancien employés et étudiants ayant travaillé pour ces établissements. (Lien pour le livre ici si vous avez envie de vous saper le moral au reste.)

Si vous croyez que c’est tout, non pas forcément.
La dépression et la solitude (que ce soit chez les personnes isolées des grandes villes, les couples nullipares ou les personnes âgées) grandissant au Japon font du business animal un marché tellement juteux que même les Yakuza, qui à la base privilégient surtout les bar à hôtesses et clubs douteux, ont fini par investir là-dedans.
On veut plus d’animaux, de races de plus en plus pures, et on fait appel à des éleveurs peu scrupuleux qui font se reproduire leurs animaux entre eux de manière intense, si bien que le degré de consanguinité devient tel que les animaux sont très fragiles.
Ainsi, il n’est pas rare que votre petite boule de poil achetée pour le prix d’un rein ne passe pas son premier anniversaire…

Bref, entre les conditions en magasin exécrables et les conditions sanitaires en amont qui laissent à désirer de la naissance jusqu’à l’arrivée en magasin due à la « production de masse », dans cet article on recense environ 25000 bébés chiens et chatons morts sur l’année dans les business d’animaux.

Ainsi, si jamais malgré tout ce que je viens de vous dire, vous tenez quand même à acheter votre animal dans un pet shop, lisez très attentivement votre contrat et vérifiez surtout bien la close de garantie (oui comme pour votre télé ou votre ordi).
Les animaleries les plus « sérieuses » vous donneront les coordonnées de l’éleveur pour tracer l’origine de votre animal, se vanteront de choisir des éleveurs qui ne font pas se reproduire leurs animaux n’importe quand et offriront une garantie d’un an dans leur contrat, mais si je ne m’abuse la moyenne de la garantie est d’environ 3 mois.
Si votre animal décède dans ce laps de temps, vous pouvez donc vous retourner contre l’établissement qui vous l’a vendu.
Sinon, il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer.

Bref, mort aux pet shops.

★Le beau monde des associations

Donc vous l’aurez compris, quand j’ai pris la décision de prendre un chat, je n’ai jamais eu l’intention de foutre les pieds dans une animalerie ou de donner ne serait-ce qu’un yen dans quelque chose qui pourrait entretenir tout business d’animaux.

Surtout que dans le fond, adopter un chat sans toit me paraît plus légitime.

Car je ne vais pas faire l’hypocrite, ce chat je le voulais pour moi.
Je le voulais pour combler le trou béant de la solitude qui me rendait malade et me rongeait tous les jours.
Je le voulais pour fourrer mon nez dans son ventre tout doux quand j’ai le cœur lourd (et regretter ensuite en m’enfilant une boîte de médocs contre les allergies pour survivre à ce geste inconscient.).
Je le voulais pour que ses ronrons couvrent le silence d’un appartement trop vide à mon goût.
Je voulais avoir un petit être à qui donner ce trop plein d’amour que j’ai sans avoir personne à qui l’offrir sans la peur de me faire piétiner.
Je le voulais pour qu’il se couche impétueusement sur mon clavier quand je suis en train de bosser sur une grosse traduction à rendre en urgence. (Enfin non, ça je voulais pas mais j’ai pas eu le choix, c’était dans le pack.)

Dans ma tête, mon chat, même si je ne le connaissais pas encore, c’était un peu mon sauveur.
Donc aussi égoïste que soit cette démarche, il fallait bien que ce soit donnant donnant, qu’on soit chacun le héros de l’autre.

Tu me sauves, je te sauve.

C’est donc en toute logique que je me suis tournée vers les associations pour reprendre un chat abandonné.

LOL.
Quelle naïve.
J’avais oublié que j’étais au Japon, pays aux règles reloues et contradictoires.

Bon alors je ne vais pas vous mentir, si j’ai vu sur internet un ou deux vétérans qui ont réussi l’exploit d’adopter un chat en association, c’est clairement pas la majorité.

Le Japon (le monde développé du 21ème siècle en général ?) est un monde de consommation.
On prend, on jette.
Pareil pour les animaux.
Les gens se sentent seuls ou trouvent qu’un chat c’est mignon, et décident sur un coup de tête d’en adopter un.
Et puis au bout d’un moment, ils découvrent que ça peut aussi être très chiant.
Faut nettoyer la litière, ça miaule, ça griffe, ça mordille quand ça veut jouer.
Ou alors on déménage et ça encombre.
Bref, au moindre obstacle, on se rend compte que la vie est quand même plus simple sans, et donc on les abandonne.

Résultat, les associations japonaises sont en mode paranoïa pour éviter un nouvel abandon et vont inventer mille et unes règles et critères à respecter afin de valider votre adoption, ou dans la plupart des cas, ne PAS la valider.

D’une association à une autre, j’ai à peu près tout vu dans les clauses je crois, et c’est édifiant.

「高齢者不可」 : Pas de personnes âgées
→ Traduisons-les : tu risques de crever avant ton animal qui va se retrouver tout seul.

「学生不可」 : Pas d’étudiant
→Traduisons-les : T’as pas assez de thunes pour couvrir les frais des soins et de l’entretien d’un animal. Finis tes études, décroche un job et on en reparle.

「単身男性不可」 : Pas d’homme seul
→Traduisons-les : On sait très bien qu’on ne peut pas faire confiance aux hommes qui sont déjà pas foutu de faire leur lessive ou le ménage en temps normal. Alors vous occuper d’un être vivant ? Ne vous foutez pas du monde s’il vous plaît messieurs et restez à votre place devant le foot, merci.

「外国人不可」 : Pas d’étranger
→Traduisons-les : Tu risques de rentrer au pays un jour et d’abandonner ton bébé sur place comme un malpropre. Donc adopte une fois chez toi, trouduc.

「カップル不可」 : Pas de couple
→Traduisons-les : La donzelle risque de tomber enceinte à un moment donné et entre le chamboulement d’un mioche dans le foyer et les risques de toxoplasmose, vous allez privilégier le mini-humain qui braille. Donc laissez les chatons tranquilles aux autres.

「家族不可」 : Pas de famille
→Traduisons-les : Dans le mot « famille », y’a possibilité d’enfant. Et un enfant ça crie, ça tire la queue, ça empoigne l’animal n’importe comment. Donc ton mioche, tu lui achètes une peluche et tu laisses les êtres vivants chiller en paix.

「単身者応募不可」 : Pas de personne seule
→ Traduisons-les : …Là, je sèche. Je ne comprends pas bien pourquoi… Parce que l’animal peut se sentir seul quand la personne est absente ?

Bref, la liste est encore longue et les critères varient d’une association à une autre, et peut-être aussi d’un animal à un autre, selon son caractère ou son vécu.
Donc en gros, il faut bien lire touuuutes les clauses pour en trouver une où vous remplissez les bonnes cases.
J’ai même vu une association qui se prenait pour la CIA et demandait même un justificatif de votre revenu annuel pour prouver que vous pouviez entretenir un animal…

Si je comprends la bonne intention cachée derrière toutes ces conditions, ça m’agace quand même un chouya, car en cherchant sur internet, je suis tombée sur pas mal de forums de Japonais découragés, qui faute de réussir à adopter en association… VONT FINALEMENT SE TOURNER VERS LES ANIMALERIES ET ALIMENTER LE SYSTEME.
Raaaaah !
On veut bien faire et on peut même pas, c’est insupportable !

Bref, encore une fois, comme je suis étrangère et que je suis seule, je ne pars pas sans handicap. Mais haut les cœurs, on y croit.

Je finis par trouver quelques endroits où je conviens… Je craque sur quelques chats…. Donc une superbe petite chatte grise que je me vois déjà appeler Lyanna (pour continuer sur ma lancée… Pour le nom de la chienne de ma maman, j’ai exigée de prendre une bâtarde pour l’appeler Snow, et ça perturbe tout le monde parce qu’elle est noire).
Je me vois déjà faire des câlins avec ma Lyanna Stark en me refaisant les 7 saisons de Game of Thrones et en chantant le générique à tue-tête.
Ma Lyannaaaaa !
Je contacte donc l’association qui organise des rencontres tous les dimanches.
Mais là, c’est le coup de grâce.

Nos paranos ne sont pas fous, et n’ont pas oublié le principal obstacle pour prendre un animal au Japon… SOIT QU’ILS SONT INTERDITS DANS QUASIMENT TOUS LES LOGEMENTS.

Ainsi, toutes les associations, quelles que soient leurs clauses en général, en auront une en commun, non négociable : fournir une copie du contrat de l’appartement, prouvant qu’il tolère les animaux.


I’m doomed.

Et c’est ainsi que, sur cette superbe clause, toutes mes chances d’adopter un animal via une association s’effrondre.
Pire, l’association que j’ai contactée – comme plusieurs autres sur Tokyo – me précise que non seulement je dois fournir une copie de mon bail pour prouver que les animaux ne sont pas interdits, mais aussi que c’est un membre de l’association qui viendra m’apporter la chatte en personne chez moi, visiter mon appartement et décider de valider définitivement ou non ma demande d’adoption.
Le truc super intrusif ! 

Le gusse vient visiter votre appartement et décide si votre animal sera heureux ou non.
Et s’il aime pas ma déco, il se passe quoi ?

Encore une fois je comprends parfaitement la bonne intention qui se cache derrière mais… Sérieux quoi…

Bref.
Comme de toute façon j’avais choisi la voie de la criminalité en prenant un appartement où les animaux ne sont pas tolérés, je pouvais éliminer direct l’option adoption en association.
Résultat de toutes ces recherches, non seulement je découvre que je ne suis pas éligible pour adopter, mais EN PLUS, je me rends compte que même de nombreux japonais finissent par abandonner.

En lisant de nombreux articles sur le sujet, j’ai découvert qu’à cause de ces conditions très strictes, les associations étaient surchargées et certaines d’entre elles ne pouvaient garder les animaux que 1 à 2 semaines avant de… Bah les euthanasier.
Avec toutes ces règles et conditions à la con, moins de 10% des animaux placés en association trouvent un foyer, et pour les 90% restant… Je vous laisse finir la fin de la phrase.

Après voilà, c’est mort pour moi, mais si quelqu’un passe par ici et est miraculeusement logé dans un appartement qui accepte les animaux, voici quelques détails en plus.
Adopter n’est pas gratuit, cela coûte en moyenne 15000 yens (un peu plus de 100 euros) pour leur rembourser les vaccins et les frais de dossier.
Parfois moins si le chat n’est pas vacciné, parfois plus si le chat a plus de 6 mois et qu’ils l’ont fait stériliser à leurs frais.
Bref, rien d’indécent ni d’anormal, on leur rembourse ce qu’ils ont déboursé pour l’animal.

Je vous laisse chercher les associations vous-même (il y en a dans a peu près chaque quartier) mais sinon il existe ce site, qui est une espèce de base de données de tous les animaux disponibles à l’adoption dans tout le pays et toutes les associations possibles : http://www.pet-home.jp/

Tiens, je vous conseille juste celui-là, situé dans le quartier de Nakano à Tokyo : Skuu.
Le concept était sympa car ils ont une partie « café », où on peut aller consommer une boisson et voir les animaux. Le côté café fait vivre l’association, et ça permet de passer un peu de temps avec les animaux avant de choisir celui avec lequel le feeling passe le mieux.
Et puis sur leur page d’accueil, il y a marqué LGBT Friendly et ça, ça fait plaisir.
Ça devrait être tellement normal qu’il ne devrait pas y avoir besoin de le préciser, mais le Japon a un sacré train de retard sur le sujet, donc c’est assez rare pour être souligné.

★Le beau monde de l’adoption à l’arrache

Bon, les animaleries, c’est mort.
Les associations, c’est mort.
Il ne me reste plus beaucoup d’options.

Je sais pour l’avoir vu sur certains forums que certains tournent dans les parcs et ramassent des chats errants car a priori, ce n’est pas ça qui manque au Japon.
Perso, je ne me voyais pas faire ça car dans le cas où c’est un chat adulte, certain sont entretenus par les passants et ne seraient pas forcément plus heureux d’être ramassé pour vivre en appartement, et pour les bébés, ils sont souvent tout petits dans des cartons et non sevrés.
Outre le côté très aléatoire d’aller courir les parcs dans le triste et cynique espoir de trouver un carton de chats abandonnés, je ne suis pas sûre que j’aurais les eu bons gestes ni que j’aurais supporté d’en prendre un et de laisser les autres et j’aurais certainement fini avec 6 bébés chats et ne pas savoir comment m’en occuper.

J’ai cherché sur des sites de particuliers à particuliers, mais ce n’était pas toujours très clair et j’avoue ne pas avoir tout saisi sur comment prendre en contact avec l’autre.
Sans compter que les gens ont tendance à ne vouloir garder les animaux que 2 ou 3 jours avant de les déposer en association et qu’ils ne sont pas forcément tous sur Tokyo, donc il faut avoir un peu de chance géographiquement parlant et aller vite.

Il y a aussi la possibilité d’aller voir les petites annonces dans les salles d’attente de vétérinaire, mais encore une fois, soit vous avez de la chance niveau timing, soit cela peut prendre plusieurs mois.

Finalement je teste sur un coup de tête les mots clés « adoption chaton » sur Twitter (子猫里親 ou子猫里親募集 ou encore 拡散希望 si vous ne précisez pas l’animal) et là, je tombe sur des centaines de tweets de Japonais essayant de refourguer leurs animaux au plus vite.
Parfois des chatons trouvés dans la rue mais la plupart du temps des portées non voulue… La plupart cherche des particuliers prêts à venir chercher l’animal avant qu’ils ne se sentent obligés d’aller les déposer en association (où je vous le rappelle, 90% finissent gazés… Donc quand on met un animal là-bas, faut essayer de rester optimiste pour se dire que l’animal trouvera une famille…).

Ironie : En réponse à la moitié de ces tweets, il y a des comptes d’associations qui viennent faire la police et engueuler les particuliers « ne refilez pas des animaux à n’importe qui, ils pourraient les abandonner ! Demandez le bail de l’appartement du candidat ! Ne donnez pas à une personne âgée ! Laissez-nous faire ! ».

Nan mais cassez-vous les rabat-joie avec vos règles discriminatoires et laissez les hors la loi du logement adopter tranquilles, merci.

Donc je continue mes recherches et fais le tri entre les comptes d’association et les personnes situées bien trop loin géographiquement.
Je me promets intérieurement de prendre le premier que je trouverai situé à une distance acceptable.
Ce ne sera certainement pas une jolie chatte grise du nom de Lyanna mais tant pis.
Après tout est-ce qu’il a le choix, lui ?
Non. Il m’aura moi, avec mes défauts et mes qualités, ma fâcheuse tendance à mettre de la musique à fond pour danser dans l’appartement et il sera obligé de faire avec.

Au bout de 2 3 jours à actualiser les recherches, je finis par tomber sur quelqu’un à Saitama (région au nord ouest de Tokyo), qui vient d’avoir un petite portée de deux chatons et ne peut se permettre de les garder.
Il compte les abandonner ou les mettre en association le plus rapidement possible, mais tente sa chance avec un tweet à la mer avant.

Les petits rats viennent de naître et ressemblent à ça :

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Un petit chaton blanc.
Je ne l’avais jamais imaginé tout blanc, mais ça y est, je me projette et l’aime déjà de tout mon cœur.
Un peu nerveuse, j’envoie un message à la personne, ayant peur qu’elle me refoule parce que je suis étrangère.
Que nenni, le mec n’en a rien à secouer. Il ne cherche même pas à poser des questions sur moi, il est pressé de trouver quelqu’un qui reprenne au moins un des chats et me demande mon LINE pour parler par messagerie.
On se présente et comme il a l’air pressé, très vite je lui demande quand il compte donner le chat.
Déjà je n’ai pas encore emménagé dans mon nouvel appartement, et surtout le chat est encore très jeune… !
Il me répond « Une fois qu’il aura appris à aller aux toilettes tout seul ! ».
Comme c’est mon premier chat, je ne sais pas trop quel âge ça représente mais j’approuve sur le fait qu’évidemment, maintenant c’est trop tôt.
Il m’explique où il habite (plus de 2h en train) et me demande si je pourrai me déplacer jusque là pour aller le chercher.
Finalement, il me propose de parler plutôt par téléphone pour aller plus vite.
Le mec m’appelle… Une façon de parler à la Yakuza à couper au couteau.
Tellement que pour la première fois depuis des années, j’ai du mal à comprendre ce qu’un Japonais me raconte.
Je comprends qu’il est plutôt jeune (la petite vingtaine), qu’il vit en colocation chez un de ses amis… Et qu’il est complètement à l’ouest.
Déjà, il me propose d’attendre une semaine ou deux avant de venir chercher le chat qui devrait être propre d’ici là.
Moi « Mais il n’aura que trois semaines ?! Le sevrage du lait se fait à 2 mois et le sevrage affectif se fait vers trois mois… »
Lui « Perso, j’ai toujours donné mes chats à 3 semaines ! »

…La mâchoire m’en tombe.

Ce n’est donc pas sa première fois. Il a une chatte, qu’il n’a pas fait opérer –je suppose par souci financier- et se contente de donner ou abandonner ses portées quand elle en a.
Direct, j’ai envie de me prendre la tête avec lui mais je ronge mon frein.
J’ai une sale tendance à être trop cash ces dernières années et ça me joue souvent des tours niveau côte de popularité.
Histoire de gagner 4 à 5 semaines, je lui dis que mon déménagement n’étant pas prévu avant un mois et que j’ai beaucoup de meubles à acheter et installer, il faudra attendre juillet.

Il me dit OK, me promet que j’aurai une photo des chatons tous les jours (en vrai j’ai galéré à en avoir une tous les 10 jours… Mais vu le personnage, c’est déjà pas mal ) et je raccroche.

Le jeune homme est donc dans mes contacts LINE et tous ses statuts et photos apparaissent dans mes notifications.
Du coup, je me retrouve très vite à connaître toute sa vie, car le jeune homme est virtuellement très bavard… C’est donc un host (un gigolo) d’une petite ville de Saitama, dépressif voire bipolaire, donc les statuts varient entre l’euphorie et la violence. Régulièrement, je vois des posts du genre : « Désolé pour tout ce que j’ai fait hier soir, j’étais vraiment bourré ! » ou « Bon je suis déchiré mais je prends la voiture quand même, peut-être à demain, peut-être à jamais ! » ou « J’étais bourré, j’ai pris la route à contre sens ! »… Sans parler des captures d’écran de ses sextos avec sa copine.
Il poste des selfies de lui, parfait cliché de la jeunesse perdue japonaise.
Cheveux coiffés en ananas peroxydé, bras plein de scarifications et de brûlures de cigarettes, langue fendue en deux… (Je vous épargne la fois où il a posté la photo du jour où il s’est fait fendre la langue avec la bouche en sang…)

Derrière mon écran, je commence sérieusement à me demander si mon chaton va bien et s’il va tenir le coup d’ici son sevrage.

J’essaie de prendre des nouvelles mais avec sa vie débridée, Langue Fourchue répond peu, et me donne finalement le LINE du « véritable propriétaire » des chats.
Comprenez par là, son colocataire, ou plutôt son pote qui le loge et le ramasse à la petite cuillère tous les deux soirs quand il est déchiré et en épisode dépressif.
Un garçon d’à peu près le même âge, un peu perdu lui aussi, mais largement plus responsable (on partait de très bas faut dire).
Il est ancien host et travaille maintenant sur les chantiers, et c’est lui qui loge les chats, l’autre host et parfois la copine du host pour leurs ébats rapportés en détails sur les réseaux sociaux.
Et comme nous aimons les blagues de (très) bon goût et qu’il loge tout le monde sans être très regardant, nous renommerons donc ce jeune homme Jawado pour cette histoire (oui avec un O, ça fait plus japonais).

Me remettre les coordonnées de Jawado est définitivement la meilleure idée qu’ait eu notre ami Langue Fourchue, car pas moins de 8 jours après, son Line ne répondait plus du tout et on apprenait dans les commentaires de ses publications qu’il s’était fait arrêter par la police et était en prison (d’où il n’est ressorti que 4 mois plus tard… Oui je connais toute la vie du mec car à force je finissais par m’inquiéter pour lui et checker sa page pour voir s’il était toujours vivant.).

Je reprends donc depuis le début avec Jawado qui m’appelle lui aussi pour reparler des détails.
Comme j’ai été la première à me manifester pour les chats et que je suis la plus « assidue », il me dit que je pourrai choisir entre les deux chatons celui que je préfère.
L’idéal serait de les rencontrer une première fois avant mais il est loin et nos emplois du temps ne s’accordent pas du tout.
Les deux sont tout blancs aux yeux bleus, les deux sont des mâles.

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Juste un des deux boite et a la queue cassée.
Sans hésiter, je décide de prendre celui-là.
Il était persuadé que j’allais décider de prendre l’autre et ne comprend pas mon choix. Justement Coco, s’il boîte et a la queue cassée, il a toutes les chances du monde que personne ne veuille de lui, c’est donc lui que je prends.

Il me dit que le chat est quasiment propre et que je peux venir le chercher quand je veux… Mais il n’a qu’un mois !
Comme je le sens un peu plus responsable que mon précédent interlocuteur, je décide de faire honneur à ma réputation de chieuse.
Je lui envoie des articles en japonais qui expliquent les conséquences si on sépare un petit chat trop tôt de sa mère. S’il ne peut pas le garder jusqu’à 3 mois tant pis, mais au moins attendre deux mois qu’il soit sevré du lait de sa maman (note : en France, c’est illégal de donner un chaton avant deux mois).
Je lui propose de payer si jamais les frais pour entretenir le chat d’ici là lui posent problème ou s’il a besoin d’aller au vétérinaire pour sa patte, voire de faire les déplacements pour le faire moi-même s’il faut, mais qu’il reste avec sa maman jusqu’au sevrage.

Il se laisse convaincre assez facilement (refuse l’argent) et décide donc d’attendre.

On fixe donc un âge de 9 semaines pour le petit chat, et pendant ce temps, moi j’emménage, transforme mon nouvel appartement en Disneyland pour chat et passe des heures à lire tous les sites et témoignages possibles pour être sûre de bien m’en occuper.

Je découvre au passage que les chats blancs sont recommandés contre la dépression (ça tombe bien !) mais aussi qu’ils ont une maladie congénitale qui font que la plupart sont sourds comme des pots.
Ah !
Si c’est un peu moins systématique pour les chats blancs aux yeux jaunes, les chats blancs aux yeux bleus ont plus d’une chance sur deux d’être complètement sourds.
Ni une ni deux, je complète mes recherches pour savoir comment m’occuper d’un chat sourd.
Je découvre aussi que les chats blancs sont sensibles au cancer de la peau et qu’il faut donc éviter des expositions prolongées au soleil.
Comme ce sera un chat d’appartement, a priori pas de problème, mais c’est toujours bon à savoir.

Et puis aussi, je me prends la tête sur son prénom.
C’est un mâle, donc adieu ma Lyanna.
Je peux toujours l’appeler Rhaegar, mais la série m’a tué le personnage avec son apparition dans la saison 7 où il apparaît avec le recyclage de la perruque dégueulasse de Viserys sur le crâne.
(Rhaegar était censé être THE beau gosse irrésistible de l’histoire, comment avez-vous pu lui faire ça D&D ? Comment ?! Je ne vous pardonnerai jamais).

Evidemment, en tant que fan de Sailor Moon, avec un chat blanc le premier nom qui me vient à l’esprit c’est Artémis.
Mais combien de chats blancs s’appellent déjà comme ça ?
Je veux que mon chatounet soit un peu unique, et puis surtout j’ai un problème avec mes animaux, il faut toujours qu’ils aient un nom sorti de Game of Thrones.

Ma chienne est une Snow, mon chat est blanc, il ne peut donc être que Targaryen.
Puis finalement j’ai l’illumination.
Il s’appellera Balerion.
Balerion, un des trois dragons d’Aegon le Conquérant lorsqu’il est parti à la conquête de Westeros. Le plus gros, le plus fort, le plus féroce.
Il est censé être noir, puisqu’il a été renommé La Terreur Noire, mais on s’en fiche. La Terreur Blanche, ça envoie du bois aussi. 
(Oui, vous m’avez complètement perdue dans mon délire de fangirl, je suis désolée. Je vais revenir à moi bientôt).


(Moi quand on se met à parler des bouquins de Game of Thrones)

…Voilà, je suis calmée.

Le nom est prêt, la litière, l’arbre à chat, les jouets et les cartons avec des vieux gilets à moi dedans aussi.
Je suis prête à transformer le petit boiteux en souverain de mon royaume.
Ça fait des semaines que je ne pense qu’à ça.
On est le dernier jeudi de juillet, et je peux enfin aller chercher mon chaton.

Que du bonheur !

La ville où je dois aller chercher notre futur Roi est située à plus de deux heures en train, mais à peine 1h10 en voiture via l’autoroute.
Mon meilleur ami et futur parrain du Roi conduit et se propose de louer une voiture pour aller le chercher en famille.
C’est donc ce que je fais, je loue la voiture et on part à trois, excités comme des puces (et avec un bon mal des transports pour moi) chercher mon petit bébé après le travail.

Jawado ne souhaite pas que je sache où il habite et me donne rendez-vous sur un parking de combini.
Il arrive en tong et pyjama, les deux chats terrifiés dans un panier de supermarché et me demande de choisir.
Les deux chats me regardent en miaulant à la mort et je me sens coupable de les séparer. Mais en prendre deux devient plus difficile à gérer au long terme pour moi (notamment pour quitter le Japon un jour) et apparemment l’autre a trouvé preneur aussi (enfin… quelqu’un qui refusait de venir le chercher si on lui payait pas le transport jusqu’à la ville en question, donc ça me paraissait mal parti mais bon), donc il n’y aura qu’un seul Roi pour moi.

Les deux sont quasiment identiques, mais je repère l’un des deux à peine plus chétif et à la queue tordue.
C’est lui.

Balerion Miyavi de Cheshire, dit Balerion la Terreur Blanche.
Souverain de mon Cœur.
Roi des Andals, Rhoynar et des Premiers Chats.
Seigneur des sept Arbres à Chats et Protecteur du Royaume.
L’Immaculé, Chasseur de cafards.
Briseur de Vaisselle et Rongeur de Câbles.

Rassurez-vous, le Roi est resté quelqu’un de simple malgré tout et tolère qu’on l’appelle tout simplement « Chat-Chat ».

On repart en voiture avec notre petit Roi miaulant tout azymut dans son panier, et je tente de le calmer en lui parlant tout doucement et en lui faisant sentir mon odeur pendant le trajet.

On me dépose, et je rentre seule avec mon Roi pendant que le parrain va rendre la voiture à l’agence (j’ai des amis merveilleux, soit dit en passant).

Je dépose le panier au centre de la pièce et l’ouvre, pour le laisser sortir à son rythme.

Mais le petit bébé est terrifié et refuse de sortir… Au bout de 30 minutes, il s’endort même en m’observant.

Finalement, je décide de l’avoir par le jeu et sors son premier jouet. Le caractère joueur du Roi est déjà bien affirmé et il n’hésite plus à sortir du panier.

Victoire !
Après ça, j’ai essayé de ne pas le brusquer et le laisser apprivoiser les lieux à son rythme.
Il a passé quasiment 24h caché dans le rideau…

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Puis très vite les rideaux, il leur a trouvé un tout autre intérêt…

Puis finalement à force de jouer, il a commencé à se rapprocher de moi, jusqu’à venir dormir entre mes jambes…

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Et à partir de là, il est devenu mon plus grand pot de colle au monde.

IMG_2608(Oui, c’est bien un T-shirt du Chat de Cheshire que je porte…)

Dès que je l’ai senti assez à l’aise, je l’ai emmené chez un vétérinaire pour vérifier que tout allait bien, notamment sa patte.
Il ne boitait quasiment plus, marchait juste un peu de travers quand il courait.
Mais au bout d’une semaine ou deux, ça avait complètement disparu, et très vite, c’est devenu un gros chat athlète qui a zéro problème de santé (et qui n’est pas sourd !).

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D’ailleurs, conseil d’amie, si vous avez un chat au Japon, ne tardez pas pour le faire assurer car encore une fois, les animaux sont un business ici, et les vétérinaires se touchent complètement sur les frais de consultation.
Vaccins et castration mis à part, je ne suis allée consulter qu’une seule fois, car le Roi avait décidé de bouffer des bouts de pulls et les avait vomi, et je n’avais aucune idée de si ça pouvait être grave ou non.
Rien que pour faire vérifier si tout allait bien, on m’a fait poireauter 2h car il y avait du monde, et j’ai payé 200 euros juste pour qu’on me dise que « Oui, ça va. »
Ça calme un peu.
Pour peu que votre chat ait un vrai problème un jour, ça partira vite dans des sommes astronomiques, donc l’assurance est vivement recommandée.

A part cette histoire de pull bouffé une fois qui finalement n’était pas grave car il l’a vomi, je n’ai jamais eu de souci jusqu’à présent avec mon chat.
Il a un caractère extrêmement sociable, et même la fois où ils l’ont pris 24h pour faire sa castration, le staff de la clinique animalière m’a dit que c’était le chat le plus gentil et affectueux qu’ils avaient jamais eu en garde et que tout le monde en était gaga.


(Maman fière).

Très vite, les tontons et les tatas défilent pour prêter allégeance au Roi.

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C’est un chat très curieux, très sociable, très câlin et qui a une demande d’attention CONSTANTE.
Le mythe du chat indépendant qui t’ignore sauf quand il veut ses croquettes, je ne connais pas.
Et puis surtout, l’histoire de jouer 15 minutes avec lui par jour, c’est du pipeau ! Le Roi est insatiable.
Je peux jouer plus de deux heures, je vais fatiguer avant lui. Dès que je m’arrête, il me croque déjà les orteils pour réclamer plus.
Au point que j’ai fini par lui acheter plein de jouets à piles qui bougent tout seul et l’occupent quand je dois travailler ou cuisiner pour avoir la paix.

Le bon point, c’est qu’il est joueur… Et c’est un chasseur !
Donc il traque le MOINDRE insecte chez moi.
J’ai eu un seul cafard en un an, Balerion avait a peine 3 mois, je l’ai lâchement enfermé dans la pièce avec l’indésirable (en criant « sauve moi chat-chaaaaat » comme une hystérique en pleurant)… et il l’a défoncé. Depuis je n’en ai pas revu l’odieuse couleur luisante de ces envahisseurs chez moi alors que j’en vois plein l’immeuble.
Et rien que pour ça, je fais des recherches sur youtube pour lui fabriquer de mes mimines son véritable trône de fer (parce que 230 dollars sur Etsy, ça fait mal aux fesses, quand même) et lui offrir le trône de Protecteur du Royaume qu’il a bien mérité.

Après, concrètement, il me ruine mes chaussettes :

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M’empêche de bosser

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De dessiner

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De jouer à la playstation

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De regarder un film

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De ranger mes fringues

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Et il a dû me mordiller pour jouer ou s’asseoir sur le clavier au moins 20 fois depuis que j’ai commencé cet interminable article et vous écrire n’importe quoi avec ses royales fesses.

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Mais il est la meilleure décision (voire la seule bonne) que j’ai prise depuis 3 ans.
Même quand je n’arrive pas à dormir la nuit parce qu’il danse la zumba dans mes pyjama ou qu’il vient sauter sur le plan de cuisine et me foutre ses poils dans mes salades, même quand je me tape une crise d’allergie que les médocs ont du mal à calmer… Mon chat, c’est que du bonheur.

Il sait quand ça va pas, il sait aussi quand ça va et qu’il peut se permettre d’être chiant.
Il vient se blottir contre moi la nuit.
Vient me lécher le bout du nez 30 fois par jour.
Court me rejoindre à la porte quand il m’entend rentrer à la maison.
C’est inestimable.

Avant de l’avoir, rentrer chez moi m’angoissait tellement que je restais bosser dans des cafés jusqu’à la fermeture et ne rentrais pas avant 23h ou minuit pour éviter de retrouver le silence de mon appart.
Je n’arrivais plus à lire ou même regarder un film car j’étouffais à cause de ce sentiment oppressant de vide et d’absence.
Aujourd’hui, ce sentiment a été divisé par 100 et pour la première fois depuis des années, j’arrive à rester chez moi et ne rien faire si je suis fatiguée, plutôt que de m’épuiser au reste en courant d’un bout à l’autre de la ville pour faire quelque chose et combler le vide.

Je ne sais pas si j’arrive à lui apporter autant qu’il m’apporte, mais je crois qu’il n’est pas malheureux avec moi et c’est déjà ça.
Notons que Jawado n’était pas un si mauvais bougre car il vient de temps en temps me demander des nouvelles du Roi et s’extasier sur sa beauté.
Mais ça, qui ne le ferait pas ?

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Ensemble pour toujours

Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en Enfer.

Quand j’ai pris mon chat, plusieurs personnes m’ont dit « Ben te voilà consignée au Japon pour au moins 15 ans alors ! ».
Non.
Quand je suis revenue au Japon, je savais d’avance que ce serait temporaire et pour pas plus de 3 à 5 ans, sauf si vraiment je trouvais le bonheur et la félicité qui me donneraient envie d’y finir mes jours (spoiler : non).
Donc en prenant un chat, je savais que la question « Comment le ramener en France avec moi ? » allait finir par se poser au bout d’un moment.
Car évidemment, je me suis engagée à vie avec ce petit être. Je me suis portée volontaire pour être responsable de sa vie, je ne vais pas m’en débarrasser une fois que j’en aurai ma claque et que je voudrai quitter le pays.
Je me suis donc renseignée avant de prendre la décision, et on m’a rassurée en me disant que du Japon à la France c’était le plus simple (manifestement beaucoup plus compliqué de la France au Japon…) et pas trop contraignant.

En fait, sur le papier, non en effet, ce n’est pas compliqué.
Il suffit :
-D’avoir pucé son chat.
-D’avoir tous les vaccins à jour, dont le vaccin contre la rage.
-D’avoir un certificat attestant qu’il est en bonne santé.

En demandant, on m’a répondu qu’Air France prenait les chats et les chiens sans problème pour 150 à 200 euros en supplément du billet, à condition qu’il soit en règle et qu’on fournisse la cage.
D’autres compagnies acceptent certainement les chats, mais je ne me suis renseignée que chez Air France puisque j’ai un compte avec mes miles chez eux, et que je n’ai pas envie d’imposer un transit et rallonger le voyage au chat en prenant une compagnie moins chère.

Après dans les faits, c’est quand même un peu plus prise de tête que sur le papier, car si les trois conditions ne sont pas compliquées, il n’y a AUCUNE explication détaillée nulle part sur comment les appliquer correctement.

J’ai donc fait ma petite enquête pour vous (et surtout pour moi) avec la liste de tous les liens (Ambassade, Air France, Aéroport, service de quarantaine de l’aéroport) en bas de l’article.
Donc cette partie de l’article risque d’ennuyer la plupart des lecteurs, mais gagner un maximum de temps aux gens concernés qui veulent ramener leur chat –ou leur chien – du Japon.

★La puce

Faire pucer son animal est extrêmement simple. On prend rendez-vous, on le puce, on paye 5000 yens environ et basta.
Sauf qu’en fait, il faut quand même faire attention, car il y a plusieurs type de puce !
Et par exemple, mon vétérinaire n’utilise que des puces utilisées au niveau national, alors qu’il est précisé sur le site de l’ambassade de France et ailleurs, qu’il faut une puce qui soit conforme à la norme ISO11784.
Et ça, mon vétérinaire, il avait pas.
Donc même si votre animal est déjà pucé, renseignez vous sur le type de puce et assurez vous qu’elle répond bien à la norme internationale, et pas seulement japonaise.

★Les vaccins à jour

Ça aussi, c’est facile. On va chez le véto, on prend rendez-vous, on fait les vaccins ou les rappels, et c’est fini.
Sauf que ça aussi il y a des conditions.
Déjà, si vous n’avez jamais vacciné votre chat, il faut savoir que certains vaccins se font en deux fois, avec un délai de deux à quatre semaines entre les deux injections.
Aussi, le site de l’ambassade précise bien que le vaccin contre la rage est obligatoire et qu’il doit être fait minimum 30 jours avant le départ.
Le vaccin contre la rage se fait en deux fois, avec un délai de deux semaines entre les deux piqûres.
Donc pour être sûr de ne pas vous faire bananer, ne faites pas tout à la dernière minute et inquiétez vous des vaccins au moins deux mois à l’avance pour être tranquille.

★Le certificat de santé

OK, mais qui le fait ce foutu certificat ?
Ça, ça a été la grande question, surtout que le formulaire à remplir téléchargeable sur le site de l’ambassade était entièrement en Français, donc autant dire que votre véto japonais fera un peu la gueule au moment de le remplir.
En demandant, il s’avère que c’est le service de quarantaine de l’aéroport du départ qui s’occupera de faire la visite médicale avant le départ et vous remettra le papier à donner à Air France.
J’appelle donc le service de quarantaine… Qui ne prend le rendez-vous qu’une fois qu’on lui a faxé un formulaire de santé (écrit en japonais et en anglais) au préalablement rempli par vous et votre vétérinaire.
Raaaah !
Tout le monde se renvoie la balle, c’est insupportable.

★Le billet d’avion

Donc a priori ça aussi c’est tout simple, mais quand on achète le billet d’avion, c’est indiqué NULLE PART où est-ce qu’on doit déclarer son animal et combien ça coûte.
Il y a bien une page sur le site d’Air France qui indique les conditions d’admission et les animaux interdits (par exemple, les chiens ou chat à nez retroussé sont interdits… Donc si vous avez misé sur un chien boxer, vous restez au sol) mais elle ne dit pas où se fait la réservation.
Pendant la réservation non plus, rien n’indique où déclarer son chat.
Je décide donc d’appeler le bureau d’Air France à Narita pour demander conseil : Ah bah coup de bol, la déclaration du chat se fait justement par téléphone.
Donc préparez votre numéro de réservation, les dimensions et le poids de la cage, la race et le poids de votre chat car ils vous le demanderont tout de suite au téléphone pour valider la réservation.
Ensuite, vous finissez toutes vos démarches, vous arrivez le jour J avec votre chat et vos papiers, ils vérifient que tout est en règle et vous payez à ce moment là.
Combien ? Le mystère reste entier à ce jour, je ne sais pas si le prix varie selon le poids ou non, donc surprise jusqu’au départ, mais a priori ce n’est pas plus de 200 euros.

ATTENTION : Avec Air France, il est formellement interdit de faire voyager son chat sous calmants. La raison invoquée est que cela peut rendre le chat malade et, dans le pire des cas, lui provoquer une crise cardiaque ou qu’il s’étouffe dans son vomi (j’avais lu d’ailleurs le témoignage d’une demoiselle qui avait voyagé je ne sais plus où avec un chat sous calmants et l’avait retrouvé dans sa cage couvert de vomi…).
Donc chaton devra prendre son mal en patience avec tous ses sens en éveil.

★La Cage

Encore une fois, il ne s’agit pas de prendre la première cage qui vient, vendue en magasin.
Elle doit répondre à certaines normes pour résister à un voyage –longue durée dans ce cas – en avion.
Dans le doute, je pensais acheter la mienne directement chez Air France… jusqu’à voir les prix.
110 euros pour la cage la plus petite et… 158 euros de frais de port ! AH HA HA HA.
Non mais allez bien vous faire foutre.
Perdue, on me conseille de chercher sur Amazon Japan où je retrouve exactement les mêmes pour moins de 50 euros avec frais de port gratuits…
Notez que ces cages dures sont lourdes, et pèsent pour les plus petites entre 3,5 et 5 kilos.
Si vous voulez que votre chat voyage en cabine avec vous, il ne faut pas que le tout dépasse plus de 7kg, ce qui veut dire que si vous avez un chat adulte qui dépasse 3kg, ça me paraît difficile, à moins de trouver une cage répondant aux normes relativement légère.
Dans la plupart des cas, il devra donc voyager en soute.
Ce qui fait peur et rend triste, on préfère avoir son bébé avec soi… Mais je me demande aussi si ce n’est pas plus mal ?
Apparemment, l’animal est dans un espace isolé et chauffé, peut-être mieux qu’en cabine avec 350 personnes qui se baladent dans un espace très restreint et des bébés qui pleurent ?
Je ne me rends pas bien compte, mais je pense que cabine ou soute, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients.

Voilà, je récapitule les démarches à faire dans l’ordre : 

1 – Vous avez un chat de minimum 3 mois
2 – Deux mois avant le départ (pour être tranquille), vous allez chez le vétérinaire le mettre à jour dans ses vaccins, et faire le vaccin contre la rage (狂犬病ワクチン, kyōkenbyō wakuchin).
3 – Vous le faites pucer avec une puce répondant à la norme ISO11784 (une puce c’est マイクロチップ maikuro chippu).
4 – Vous prenez vos billets d’avion
5 – Vous appelez Air France pour déclarer que vous aurez un chat avec vous.
6 – Vous achetez votre cage dure pour le vol.
7 – Vous téléchargez sur le site de la Quarantaine de l’aéroport les formulaires de santé à faire remplir (par vous et le véto) pour le chat.
8 – Une fois fait, vous faxez au service de quarantaine les papiers pour prendre rendez-vous (minimum une semaine à l’avance, mais plus tôt c’est, mieux c’est.).
9 – Le jour J, vous allez à votre rendez vous avec le service animalier de l’aéroport pour faire la visite médicale et obtenir l’autorisation de monter dans l’avion.
10 – Vous allez à l’embarquement Air France comme d’habitude, donnez tous les papiers et votre chat.
11 – Vous passez 12 heures de vol à vous demander s’il va bien et culpabiliser de lui infliger un truc pareil.
12 – Vous récupérez votre animal aux « Bagages Spéciaux », à la sortie de Charles de Gaulle après avoir récupéré vos valises, juste avant la Douane.

En France, il n’y a pas de quarantaine à l’arrivée du Japon, donc vous pouvez récupérer votre animal sans attendre et partir directement avec lui sans démarche supplémentaire. Youpi.

Attention : Tout ce que je vous raconte, c’est valable pour un trajet Japon – France !
Mais les conditions sont pas les mêmes d’un pays de départ à un autre, d’une destination à une autre.
Tentez de faire France – Australie, et vous allez bien plus galérer, croyez-moi.
Donc ne suivez ce petit guide que si vous faites bien du Japon – France.
Je ne sais pas comment ça se passe pour France – Japon, je sais que c’est plus compliqué, et je sais aussi que plusieurs personnes dans mon entourage l’ont fait.
Si vous avez tout lu ce pavé et que vous avez 5 minutes en plus à donner pour les autres, vous êtes bienvenus pour témoigner sur comment faire le trajet inverse en commentaires.

Voilà, je pense avoir tout dit.
Personnellement, je n’ai trouvé des démarches précises et complètes nulle part, donc j’espère que si des personnes concernées passent sur ces longues pages, ce petit guide les aura aidées.
Après, comme je suis encore au Japon avec mon Roi, je n’ai pas fait l’expérience jusqu’au bout et peut-être qu’il manque des éléments, mais encore une fois, les plus expérimentés sont bienvenus pour me corriger.

Bref, vous voilà incollables sur comment ramener son bébé du pays du soleil levant.

J’espère que ce petit guide du chat-ponais aura un peu éclairé les lanternes de personnes qui ont un chat ici où se posent la question d’en adopter un ou non.
Si au contraire vous avez lu tout ça alors que vous n’en aviez rien à secouer, je vous demande pardon en postant cette dernière photo en compensation…

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Longue vie au Roi !

LIENS UTILES

◼︎ Le plus utile de tous : L’instagram du Roi Balerion

◼︎ Qu’est-ce que la dévocalisation et ses risques ? (en français)

◼︎ Le Pet Business au Japon (en français)

◼︎ Le sort des animaux invendus en pet shop (en japonais)

◼︎ L’Euthanasie des chats au Japon (en japonais)

◼︎ Fait divers de l’animalerie à Tochigi (en japonais)

◼︎ Pourquoi les chats blancs sont-ils sourds ? (en français)

◼︎ Entrer en France avec un animal provenant du Japon (Site Ambassade de France)

◼︎ Voyager avec son chien ou son chat avec Air France

◼︎ Conditions d’acceptation d’un chat ou d’un chien sur Air France

◼︎ Démarche avec le Service de Quarantaine de l’Aéroport au Japon

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