Latest News

Le 2016 de l’impossible

Chers lecteurs,

J’ai failli à ma promesse facebookienne de bloguer avant la fin de 2015. Pourtant le sujet est déjà choisi, les vannes sont déjà préparées et j’avais même demandé l’accord des personnes concernées pour écrire dessus…
Mais le temps me manque, comme d’habitude.

Vous allez finir par vous lasser de cette excuse, mais si ça peut vous rassurer, d’ici quelques semaines, cela devrait se calmer (un peu).

Je vais donc juste vous faire un petit mot pour vous souhaiter mes voeux pour 2016.
Qui vont être tellement banals mes pauvres, que vous pourriez vous en passer.

Evidemment, l’amour, la santé, la joie, bla bla bla.

Mais mes vrais voeux pour 2016, c’est tout simplement de vous souhaiter, comme d’habitude, de croire en vos rêves et en vos objectifs, aussi démesurés soient-ils.
Et de mettre la main à la pâte et d’aller les chercher avec les dents s’il le faut. Vous n’aurez peut-être pas toujours exactement ce que vous vouliez, mais vous en aurez toujours plus que si vous n’aviez rien fait.

Autour de moi, j’entends tellement de gens rêver d’une chose et d’une autre, frustrés de vivre une vie qui ne leur ressemble pas parce que « c’est pas possible », « c’est pas réaliste », « je n’ai pas d’argent », « je n’ai pas le temps » ou qui se laissent tout simplement démonter par le défaitisme de l’entourage.
C’est dommage.

Généralement, rien ne tombe tout cuit dans la bouche. Il faut suer, il faut batailler, il faut se prendre des baffes, encaisser.
Mais faut pas avoir peur d’y aller.
Non on est pas trop vieux, non on est pas trop nuls, non c’est pas grave si on repart de zéro, non tu n’en demandes pas trop, oui on peut se casser la gueule et non ce n’est pas la honte.
Tu te relèves, et tu recommences.

T’as envie d’apprendre la salsa : Just do it.
Tu veux aller voir une Aurore boréale dans le Grand Nord : Just do it.
Tu veux plaquer ton job pour devenir pizzaïolo dans les îles : Just do it.
Tu veux te lancer dans une carrière artistique : Just do it.
Tu veux te teindre les cheveux en bleu : Just do it.
Tu veux traverser l’Europe à pieds : Just do it.
Tu veux te faire tatouer le visage de Nadine Morano sur le dos : Just… Heu… Joker.

Je crois que dans la vie, rien n’est impossible. C’est juste que quand c’est impossible, c’est plus long pour arriver à ses fins. Faut pas partir sur un coup de tête, faut s’organiser, être patient, y aller petit à petit suivant sa situation de départ.
Mais c’est tout.
Arrêtez de vous mettre des barrières et de vous empêcher de vivre.

En 2016, comme tous les ans, il y aura des moments durs. Un climat politique de merde, des attentats et la guerre dans le monde, des déceptions humaines, amoureuses, des coups durs au travail ou en cours, vous tomberez peut-être malade, ou alors un proche… Bref, c’est pas de nous souhaiter la bonne année aujourd’hui qui provoquera le petit tour de magie qu’on attend tous et rendra notre quotidien merveilleux du jour au lendemain. On vous a déjà souhaité bonne année le 1er janvier 2015, et devinez quoi ? Vous en avez chié quand même.
Non, ce sera la même merde que d’habitude, y’a pas de miracle.

Ce qui fera la différence, ce sera toutes ces petites décisions que vous prendrez pour vous-même, en emmerdant royalement le qu’en dira-t-on et les prétendus « impossibles ».
Vous mettre au tango ou apprendre le népalais sera peut-être ce qui fera la différence cette année.
Ce qui provoquera LA rencontre. Ce qui vous donnera cette bouffée d’oxygène.

Tous les ans, j’ai une liste improbable de rêves à réaliser. Qui vont du plus futile (voir la comédie musicale de Dirty Dancing en anglais…), au plus ambitieux (envisager un changement complet de carrière et apprendre un nouveau métier de zéro…).
Et sur cette liste complètement folle, je check, petit à petit, ce que j’ai accompli de ma « dream list ».
Je n’arrive jamais à un 100% de fait, mais chaque case cochée est une victoire de canard.

2015 n’a pas toujours été facile. Pas besoin de jouer à la vie parfaite comme tout le monde se plaît à le faire sur les réseaux sociaux, j’ai mes moments de loose ultime aussi, photos australiennes de rêve ou non.
On me pose souvent la question, alors j’y réponds, oui j’ai toujours des problèmes importants de TCA.
Ma vie sentimentale ressemble un peu à l’outback Australien depuis deux ans : du désert sur des milliers de kimomètres. (Avec un petit chameau sauvage de temps en temps, mais à peine on l’aperçoit qu’il a déjà fuit au loin).
Des longues périodes d’isolement qui vous font sentir comme une petite crotte insignifiante perdue dans l’univers.
Et j’en passe, car je vais pas m’étendre sur les trucs privés.

MAIS.
En 2015 j’ai nagé avec des tortues, des baleines, des dauphins, des raies manta et des requins.
J’ai vu le lever et coucher du soleil sur Uluru dans le désert rouge Australien en écoutant « Circle of Life » du Roi Lion.
J’ai pris des cours de surf à Surfer’s Paradise.
J’ai campé (!!!!).
J’ai fait une soirée filles, champagne et petits fours en plein milieu du désert, sous la voie lactée avec des illustres inconnues qui sont devenues des amies précieuses.
J’ai appris à danser la bachata.
J’ai fait le tour de l’Australie.
J’ai appris la photographie.
J’ai nagé dans la barrière de corail et pleuré sous l’eau d’émotion. Et je peux vous dire que c’était vraiment pas pratique de chouiner avec mon masque et mon tuba.
J’ai organisé des soirées Game of Thrones (qui aura son cru 2016 dès le mois d’avril !).
J’ai caressé un Koala.
Etc.

Et je ne retiendrai de 2015 que ça.

Imaginez si je m’étais dit « Sonia, tu gagnes pas grand chose, tu as l’âge de te poser et pas de partir en sac à dos, tu as peur des bêtes, tu connais pas l’Australie, tu devais partir en couple et finalement tu te retrouves toute seule… ».
Bah ce qui a rendu 2015 si EPIQUE ne serait jamais arrivé.

Donc voilà, mon seul souhait pour vous en 2016, c’est de ne pas vous oublier. C’est de ne pas vous négliger. Et de ne pas avoir peur.
Ayez votre petit jardin secret avec vos rêves dedans, du plus simple au plus démesuré. Et prenez le temps de les réaliser, petit à petit. Personne d’autre le fera pour vous.
Et vous verrez à la fin de l’année, que ces souvenirs prendront le dessus sur le reste et que cette auto-satisfaction n’a pas de prix.

Ne prenez pas que des résolutions auto-flagellation du type « arrêter ci ou arrêter ça », et choisissez plutôt « commencer ceci, entreprendre cela ».
La vie vous flagellera pour vous, donc bon, pas besoin d’en rajouter une couche.

En 2015, au dela de mon voyage initiatique, j’avais d’énormes défis à relever pour préparer les projets de 2016.
Je me suis imposé l’impossible pour ça. En me disant moi-même que je ne voyais pas du tout comment j’y arriverais quand j’ai fait cette promesse d’y arriver…
En faisant insomnies sur insomnies, me disant « Dans quoi je m’embarque, je ne pourrai jamais tenir les objectifs… »

Et pourtant.

Il est encore trop tôt pour que je vous en parle. (Teasing teasing)
Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est la principale raison pour laquelle vous ne me voyez plus bloguer depuis un moment.
Je travaille 7j/7, de tôt le matin jusqu’au milieu de la nuit.
J’en déprime, j’en fatigue, j’en ai marre. Je suis tellement crevée que je passe du rire aux larmes, des moments d’euphorie d’être près du but à une humeur de chien tellement je suis frustrée de ne plus rien faire ni voir personne.
J’ai mis ma vie entre parenthèse depuis quelques temps rien que pour ça, et cette période d’isolation et de transition est longue.
Mais on a rien sans rien.

Et j’en vois le bout.

2016 est là, année de tous les défis pour moi, encore une fois.
L’année du grand saut dans le vide, au sens propre et figuré.

Ce que je peux vous dire…?!

C’est que contre toute attente (même si vous êtes déjà quelques uns à le savoir), je retourne vivre au Japon.
Dans deux semaines.

Je pensais l’avoir quitté pour de bon, mais en 2014, un petit ange sur mon passage a décidé qu’il fallait que j’y retourne, et les choses ont continué à jouer dans ce sens… Alors malgré les défis de taille, j’ai décidé de suivre le petit ange.

Entre deux phrases énigmatiques, vous l’aurez compris : je n’ai pas fini de râler contre les Japinois et leur folie, et les articles à l’ancienne risquent de revoir le jour. Hé hé.

Alors je vous dit à très bientôt. Dès que je retrouve un semblant de vraie vie.
Pour des souvenirs Australiens, pour des anecdotes farfelues pimponaises, et pour vous en dire plus sur ce que je retourne faire au Japon.

Des bisous, et excellente année 2016.

Paris is titanium


Je n’arrive pas à travailler. Je n’arrive pas à me concentrer.
Je suis noyée dans un océan de travail qui atteint le plafond, et je n’arrive à rien.
Pourtant, en Australie, j’ai travaillé dans des bus (avec l’envie de vomir qui va avec), dans des trains, dehors la nuit, les doigts gelés sur le clavier alors qu’il faisait 6 degrés, sur un lit de dortoir avec 7 personnes autour de moi qui faisaient la nouba… Et j’en passe et des meilleures.
On en riait avec des amis : Sonia l’employée de l’extrême, l’aventurière aux heures sups, son ordi et son wifi portable sous le bras en toutes circonstances, penchée sur son photoshop et ses fichiers excels même dans le désert centre rouge Australien.
Et là, je suis seule au chaud dans ma chambre, au calme, le cul posé dans un fauteuil de président, une connexion internet parfaite… A part un petit chien chiant chou qui, à intervalle régulier, vient squatter mes genoux pour taper sur le clavier à ma place, toutes les conditions sont réunies pour que je sois efficace.

Mais depuis 24h, je n’ai pas écrit une ligne. Je n’ai rien fait.
Hier soir, j’étais encore le nez perdu dans mon fichier excel quand j’ai reçu un message, « Tu as vu ce qui se passe au Stade de France ?! ».
Alors, j’ai allumé la télé… et c’était fini. Je ne suis jamais retournée devant mon clavier.

Je ne vais pas vous décrire ma soirée à pleurer jusqu’au milieu de la nuit, à angoisser devant les images, et faire tout mon répertoire parisien pour s’assurer que tout le monde est sain et sauf.
Vous avez, pour la plupart, sûrement vécu la même nuit.

A vrai dire, je n’ai même rien d’intelligent à dire sur le sujet.
Rien de plus que ce qui se dit déjà partout.

Mais comme les idées tournent en rond dans ma tête sans que je puisse penser à autre chose et que je me remets à pleurer indéfiniment (hyper-sensibilité, j’écris ton nom), je me dis que peut-être que si je couchais noir sur blanc tout ce qui me vient en tête, j’arrêterais de tourner en rond et broyer du noir.
Ecrire a toujours été thérapeutique. Je préfère le faire dans d’autres circonstances mais bon.
Et comme je le répète souvent, même si j’aime bien vous faire plaisir quand je peux, ce blog est avant tout un blog personnel, un défouloir, un endroit où j’écris quand je veux (quand je peux) mais surtout ce que je veux.
Là je veux me vider de tout ce qui me pollue le crâne depuis hier.

Je n’ai jamais été vraiment heureuse en France.
Evidemment comme tout le monde, j’ai mes bons souvenirs, mes amis, mes lieux de nostalgie.
Mais pour diverses raisons très personnelles, je n’y ai jamais été heureuse.
De toute façon, bien souvent les personnes qui quittent leur pays ni pour le travail, ni pour un conjoint, fuient souvent quelque chose qui les mine.
Sauf opportunité ou obligation, on ne cherche généralement pas à quitter un endroit où on se sent bien.

Moi, même sans opportunité et sans un sous, j’ai vite rêvé de partir très loin, même pour retrouver d’autres galères.
Ne m’ayant jamais été sentie à ma place dans ce pays qui m’a vue naître et qui m’a élevée, je n’ai jamais eu l’âme très patriote. L’ingratitude de l’enfant envers sa maman je suppose.
Je ne voyais pas ce que la France avait de si extraordinaire.
En toute honnêteté, je pense que chaque pays a quelque chose de merveilleux, juste à l’époque je ne voyais pas tellement ce que c’était pour la France.

Comble d’ironie, je suis partie m’installer au Japon, pays où la France est bien souvent vénérée. Quand je suis entrée dans le cercle des japonisants et que mon entourage s’est petit à petit composés de Japonais, à chaque fois qu’on me vantait les mérites de la France, je les regardais un petit peu ahurie en me demandant ce qui justifiait tant de passion.
Oui, le pain c’est bon, m’enfin bon.

Il m’a fallu partir pour comprendre et voir les bons côtés.
Après des années de Japon, j’ai appris à apprécier nos villes et leurs vieux bâtiments. Notre architecture remplie d’histoire, nos vieux appartements, nos châteaux, notre gastronomie.
Jusqu’à ce que je m’expatrie, ces paysages, ces plats, c’était l’évidence. Je n’avais pas de point de comparaison, je les avais vus toute ma vie, alors j’y étais habituée.
Mais quand on a vécu dans un environnement extrêmement différent, on redécouvre tout ça.
Après plusieurs années au Japon où, en ville, la plupart les bâtiments sont modernes, ternes, et pris dans une toile de fils électriques, retrouver nos vieux centres villes pavés et aérés m’a émerveillée.

J’ai vécu cinq ans au Japon, quelques mois en Corée du Sud et un an en Australie.
J’ai adoré ces pays, j’y ai vécu des moments extraordinaires et vu des paysages époustouflants. Mais tous, là où ils pèchent, m’ont appris ce qu’il y avait de beau en France.

Au Japon et en Corée, la pression sociale, la culture de l’entreprise, la place de la femme (et même de l’homme) dans la société gangrénée par le sexisme, le rejet de l’homosexualité…
En Australie, je me suis prise le gouffre qui sépare les Australiens « Blancs » aux Australiens Aborigènes en pleine tête et je l’ai émotionnellement mal vécu.
Toutes ces choses m’ont fait ouvrir les yeux sur notre propre ouverture d’esprit, sur nos valeurs d’égalité, de droits de l’homme.
Que France, ça rimait avec différences et avec tolérance.
Que l’émotion n’édulcore pas trop le propos pour en faire un tableau enchanté qui n’existe pas : chez nous aussi, c’est loin d’être parfait. Nous aussi on a des problèmes de sexisme, on a les abrutis de la manif pour tous, et on se traîne nos casseroles d’intégration et de racisme.
Mais après avoir vécu dans des pays où la situation peut être plus extrême, on se dit que pour certaines choses, il fait quand même bon vivre en France.

Tout n’est pas parfait. J’ai encore du mal avec le harcèlement de rue, avec le sentiment d’insécurité, avec le côté arrogant et pessimiste bien franchouillard ou encore- ne me lynchez pas – le roquefort.
Aucun pays n’est utopique, la France ne sera jamais parfaite.

Mais être loin m’a appris à comprendre et aimer certaines de nos valeurs. A savoir pourquoi ce pays pouvait en faire tant rêver d’autres.
C’est dommage que je n’ai pas eu l’occasion de l’apprendre sur place et qu’il ait fallu que je m’en aille pour ça, mais mieux vaut tard que jamais.

Mon année de folie en Australie s’est terminée, et comme vous le savez certainement, je suis rentrée en France il y a déjà quelques semaines.
C’est encore une fois un passage temporaire, une petite période de transition pour préparer la prochaine aventure. Encore une fois, je ne compte pas rester.

En arrivant, petite bouseuse provinciale que je suis, la première chose que j’ai faite a été de prendre des billets de train pour Paris.
Une semaine dans la capitale pour retrouver les amis, et pour profiter – je l’avoue – du passage parisien de Miyavi lors de sa tournée européenne.
Quoi de mieux pour se consoler d’un départ de la merveilleuse Australie que des amis et un concert de Miyou ?!

Je suis restée une semaine, et les dieux de la météo étaient avec moi.
J’ai trouvé que Paris avait changé. Je ne sais pas si c’est parce que ça faisait un an, mais j’ai trouvé que la ville avait été mieux aménagée, les gares plus agréables.
Le beau temps rendait les jardins, l’opéra et autres quartiers clés de la capitale très beaux. J’ai passé quelques heures à flâner avec mon appareil photo pour des promenades détente à profiter du charme à la française.
Pour la première fois, je me suis dit que c’était peut-être vrai que Paris était une des villes les plus belles du monde.
J’ai même pensé, que si ce sentiment n’était pas qu’une impression, je pourrais presque envisager un jour de revenir vivre ici.
Bon alors ne vous emballez pas, c’est encore pas demain la veille, j’ai un million d’autres défis à relever ailleurs d’abord.
Mais SI un jour j’étais fatiguée, SI un jour j’avais besoin d’un retour aux sources, SI un jour je décidais d’être plus près de ma famille et de mes amis, alors peut-être bien que Paris serait envisageable.
C’est un conditionnel fort lointain, mais étant donné que pour moi la France a toujours été synonyme de malaise profond et que je n’ai JAMAIS envisagé la possibilité de revenir y vivre jusqu’à maintenant, je peux vous dire que cette simple hypothèse était peut-être un petit pas pour l’homme mais un saut de l’ange pour Sonia.
Je suis sortie avec mes amis, on a fait du shopping, ils m’ont emmenée dans leurs petites adresses parisiennes, on s’est pété le bide.
C’était bien.

Arrive le vendredi, jour tant attendu. Le jour du concert.
Le jour où j’allais retrouver toutes mes copines de concert, une partie de ma dream-team de Lyon, et où, à l’ancienne, on allait profiter ensemble d’un live enflammé de Dieu ( = Miyavi, suivez un peu).
Avant le concert, on s’est posé en terrasse pour parler de nos années respectives dans un coin différent du globe.
J’ai abusé des Mojito et je suis arrivée complètement pompette – et de fort bonne humeur –  dans la salle.
Là, deux heures de concert de folie.
On se moque de Miyavi qui nous refait à chaque fois ses speech cul-cul la praline sur l’amour, la paix, et sur le fait qu’il est là pour nous unifier grâce à la musique.
Car la musique n’a pas de nationalité, n’a pas de religion, n’a pas de physique, n’a pas de langue.
Elle unit les gens.
A un concert, tu peux triper avec la personne à côté de toi que tu n’as jamais vu avant et rencontrer des gens à qui tu n’aurais peut-être jamais adressé la parole en d’autres situations.
On aime bien se moquer de son speech qu’il nous recycle tous les ans pour prôner la paix, mais en vérité, en bon bisounours, moi je suis toujours un peu fier de lui qu’il insiste à chaque fois sur ces valeurs.
Car les paroles de ses chansons vont toujours dans ce sens, et que j’ai vécu des moments de solidarité avec ses fans comme rarement dans ma vie.

J’ai retrouvé toutes mes amies de concert ce soir-là (sauf Alexiel, petite pensée au passage ), j’ai même une de mes lectrices de l’ombre qui est venue m’aborder à la fin du concert (un bisou aussi si tu me lis).
J’ai retrouvé tous les miens, et c’était une soirée parfaite.

C’était il y a à peine un mois, et c’était au Bataclan.

Il y a un mois, pour la première fois – et après des années à en critiquer sa grisaille – je suis un peu tombée amoureuse de ma capitale. J’ai profité de ses bars, de ses restaurants, de ses jolies rues.
Et un vendredi soir, j’ai vécu un concert de folie au Bataclan à célébrer l’amour et la paix.

Hier, des gens qui profitaient des mêmes choses que moi, qui étaient aux mêmes endroits et vivaient exactement les mêmes choses, se sont fait massacrer.
Pour rien. Pour quelque chose qui ne les concerne pas. Gratuitement.

Un jour, tu te retrouves devant ta télé, et tu vois des images où tu reconnais le lieu où tu t’éclatais un mois plus tôt, terni par le bruit des coups de feu et des tâches de sang.
Un nom qui m’évoquait un super souvenir et qui me mettait la patate rien que d’y repenser est synonyme de boucherie ignoble pour d’autres.

Comment est-ce que ça peut être réel ? Comment est-ce que ça peut être le même monde ?!

Ces gens, ils étaient comme nous. Ils étaient sortis pour profiter d’un moment entre amis, en famille, pour boire un verre, pour se casser le ventre en se marrant, pour kiffer leur vie sur la musique de leur artiste préféré, sauter et pogoter avec des gens qu’ils ne connaissent pas.
Et jamais, comme vous et moi jusqu’à hier, ils se sont dit qu’ils pourraient ne jamais en rentrer vivant.
Et que même s’ils s’en sortaient, ce serait traumatisés à vie par ce carnage.

La convivialité, l’amour, les rires, la musique, le sport… Ces petites choses de la vie qui nous rendent quand même heureux dans ce monde de merde, c’est ce sur quoi on a tiré hier.
On a massacré le bonheur.
On a massacré ces petits épisodes de la vie qui nous font tenir le coup quand le reste nous accable.
On a massacré une ville que je venais tout juste de redécouvrir et apprendre à apprécier.

J’ai – malheureusement – une sensibilité exacerbée qui fait que je suis gravement touchée par tout et rien.
Je pleure tous les jours, pour tout et n’importe quoi, heureux ou malheureux. Une phrase qui m’émeut, un beau paysage, une belle chanson, un témoignage quelconque.
Si je me tiens un minimum au courant de ce qui se passe dans le monde, je ne regarde plus les infos, car je finis toujours déprimée.
La Syrie, les attentats, le conflit israelo-palestinien, les tremblements de terre, tout ce que vous voulez.
Je finis toujours en larmes. Je prends conscience. Je compatie. Je suis suis malheureuse pour eux.
Et puis finalement, je suis comme vous. J’éteins ma télé, et au bout d’un moment, même si je n’oublie pas,  le quotidien reprend le dessus.
Pas par insensibilité, mais par sentiment d’impuissance et parce qu’il faut bien que la vie continue.

Là c’est plus difficile, c’est chez nous. C’est les endroits qu’on connaît, qu’on fréquente. C’est là où vont les gens proches de nous, les gens qu’on aime.
Quand je vois les culpabilisateurs qui viennent troller en disant « Oui, c’est bien beau tout ça, mais y’a des pays où ça arrive tous les jours. », ça me gonfle.
C’est vrai, et putain que c’est triste.

Mais la différence, c’est qu’hier, on a tous eu peur. On s’est tous inquiété pour quelqu’un. On était dedans.
Quand l’horreur se passe sous ta fenêtre, ça rend forcément les choses plus intenses. Ca ne veut pas dire qu’on minimise ce qui se passe ailleurs (après, le traitement des médias est un autre débat, moi je vous parle des gens comme vous et moi) mais c’est justement que ça nous frappe plus fort quand on se sent au coeur du drame.
L’amour et l’instinct de survie fait que l’homme aura toujours une réaction plus forte lorsque quand c’est quelque chose qui le touche directement.
Alors je vois pas l’intérêt de culpabiliser les gens tristes en comparant avec les horreurs qui se passent dans d’autres pays. Pleurer la blessure de son pays ne veut pas dire qu’on méprise celle des autres.
A Beyrouth les gens pleurent très certainement plus leurs morts que les nôtres, et c’est normal.
C’est humain.
Dans la douleur, il n’y a pas d’échelle du plus méritant en matière de condoléances.

Les gens sont tristes pour des raisons qui leur sont propres, respecter ça est la moindre des choses.

Personnellement, rien ne justifie que je pleure et déprime depuis 24h au point de ne pas arriver à me concentrer sur autre chose.
Je vais bien, ma famille va bien, mes amis proches vont bien.
Je n’étais même pas sur place.

C’est juste le choc de cette réalité qui vous rattrape. De cette horreur qui existe vraiment.
De cette ignominie, qui t’attend là, au coin de la rue, alors que tu vis ta vie sans faire chier personne.
Mes amies et moi qui étions au Bataclan il y a peu, mes amis parisiens qui passent par ces rues quotidiennement, mon amie d’enfance qui avait l’habitude d’aller au Petit Cambodge, une autre amie qui adore Eagles of Death Metals et qui, si elle n’était pas en train de terminer son séjour australien, avait toutes les chances d’aller les voir en concert hier…
Dans la roulette russe de la mort, ça aurait pu être n’importe qui. Un timing légèrement différent, et ça aurait pu être moi, ça aurait pu être les gens que j’aime.
Car en vérité, il faut qu’on se le dise, ça n’arrive plus qu’aux autres.
Ce ne sont que des si, et au final je suis une chanceuse, je ne suis pas touchée. Mais ces si rendent la chose tellement réelle, tellement proche.
Les gens qui sont décédés hier, qui ont été blessés ou qui ont perdu quelqu’un, c’était vous et c’était moi.
Ces Français de l’ombre tellement loin des conflits, des délires extrémistes, des Kalachnikov et autre kamikazes.

Ce monde infernal alternatif est venu bousculer notre réalité paisible, il s’est incrusté dans notre monde.

Et puis, même si on est pas touché directement, on a tous un peu l’ami d’un ami…
Personnellement, ma timeline est remplie de gens qui pleurent un disparu. Ma vie nomade a fait que j’ai rencontré beaucoup de monde dans ma vie, et que comme souvent, on garde un lien – même superficiel – via les réseaux sociaux.
Et depuis hier, je vois quelques unes de ces personnes, qui ont été touchées par cette tragédie. Des personnes qui ont partagé quelques instants de ma vie seulement, alors je n’ose pas aller leur parler pour leur dire que je suis désolée, que je compatie.
Je vois juste leurs messages défiler et j’ai mal pour eux.

Comme selon les personnes la limite entre la décence et la curiosité malsaine est placée à un niveau différent, je préfère ne rien dire et laisser ces personnes se recueillir dans un cercle privé.
Mais sachez que je pense fort à vous et vous présente toutes mes condoléances.
Et vous autres aussi, que je ne connais pas, je pense à vous.

2015 a été une belle année de merde. Elle a mal commencé et se termine mal aussi.
Charlie Hebdo, décapitations et autres faits divers sordides, et maintenant ça.
Personnellement, j’ai aussi la prise d’otage de Lindt Café à Sydney sur mon CV, qui m’avait déjà bouleversée pendant des jours.
Je n’ai pas blogué dessus car je n’avais pas envie de faire dans le sensationnalisme, mais c’était à deux rues de chez moi, j’entendais les coups de feu de l’assaut depuis ma chambre en me disant, angoissée, « Putain, je suis au chaud dans mon lit et à 200 mètres des gens sont en train de se faire tuer. ».
Je passais devant Martin Place tous les jours, et le destin étant toujours aussi ironique, avec un ami fan de chocolat on s’était promis une virée au Lindt Café incessamment sous peu pour envoyer Dukan se faire foutre.
La prise d’otage du Lindt Café était un acte isolé – bien qu’inspiré d’ISIS quand même -, mais déjà à l’époque, je m’étais dit « Putain, c’est arrivé à deux pas de ta porte. ».

En mai, c’est quand j’étais à Melbourne qu’un raid a eu lieu à quelques kilomètres, empêchant une attaque terroriste à la bombe apparemment imminente dans le centre de la ville.

A quel moment le monde est tellement parti en couille que plusieurs fois dans l’année tu te trouves confronté à ça ?
Que se trouver face au terrorisme devient un événement récurent dans ton quotidien. Que tu te sentes plus en sécurité nulle part.

C’est plus à la télé les amis. C’est là, c’est partout.
C’est la merde.

Et ça me fait peur.
Après, comme en 2011 avec Fukushima, même si j’ai peur, je ne m’arrêterai pas de vivre. Je continuerai d’aller à des concerts, à des rassemblements, je continuerai de prendre l’avion (mais avec une peur en plus que celle du simple crash…)…
Je continuerai de faire ce que j’ai envie de faire, et profiter de cette vie qui peut t’être si injustement arrachée du jour au lendemain.

Et je vous invite à faire pareil.
A ne pas gaspiller votre énergie dans la haine facile et les débats contre-productifs, mais de regarder le ciel et de respirer. D’aimer vos proches, de profiter d’eux,  de prendre le temps.
Je me sens tellement nulle et impuissante, que je ne trouve rien d’autre à vous dire que ça.
Vivez.
Et vivez dans la bienveillance.

Tomber dans les discours haineux, c’est finalement continuer dans ce cercle vicieux qui plombe notre société depuis tant d’années et ne fait qu’empirer depuis le 11 septembre. C’est donner la victoire aux connards responsables de toute cette merde.
Pleurons aujourd’hui, car il faut le temps d’encaisser ce coup de poing.
Mais demain, on se relève, on se tient par la main et on se marre.

Répondez à la mort par un hymne à la vie.

C’est un blog un peu décousu, sans but précis, qui part un peu dans tous les sens. Je l’écris pas mal pour moi, je vous l’avoue.
J’ai juste vidé le trop plein d’émotions et de réflexions qui m’envahissent depuis hier.
J’espère que les débats nauséabonds en commentaires me seront épargnés, sinon vous n’aurez rien compris à ce message.

Une énorme pensée à toi Paris, qui saigne aujourd’hui.
Ce soir, j’ai mis pour toi sous ma fenêtre ma plus belle bougie.
Une bougie achetée l’an dernier, parce qu’il était écrit « Bougie de la Forêt des Elfes» sur la boîte. Je m’étais dit que je me l’allumerais un soir où j’aurais envie de rêver un peu, de fantasmer mes mondes merveilleux et féériques.
Ce soir, ma flamme brille pour pour toutes les personnes touchées par ce drame, de près ou de loin. Je vous offre un peu de mes chimères en attendant des jours meilleurs.
Car dans mon monde, les terroristes n’existent pas.

bougieparis
**********************************************************************************************************************
You shoot us down but we won’t fall
We are titanium

(Parce que j’écoutais cette chanson en écrivant)
**********************************************************************************************************************

Joyeux Tanjobi-wan Kenobi

Chers amis, rien ne va plus.

Je bascule chaque jour un peu plus du côté obscur des blogueurs disparus.

Dernier post écrit : le 19 janvier.
Sans parler de tous les adorables commentaires, lus bien entendu, mais laissés sans réponse…

Pire du pire ? Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du blog.
Le 7ème.
Sachant que comme je ne suis pas très originale, le numéro 7 est mon chiffre préféré, alors je voulais faire les choses en grand.
Et résultat des courses… je n’ai même pas eu le temps ne serait-ce que de faire le blog traditionnel pour faire le bilan.

Je suis sincèrement désolée.

Que vous dire ?
Je suis en train de parcourir toute l’Australie seule, je n’ai pas internet (sauf un petit wifi portable qui me coûte les yeux de la tête mais que je n’utilise que pour le travail car les données sont limitées), je crapahute, campe, teste de choses nouvelles… et travaille le reste du temps, car faut bien se nourrir occasionnellement (non je ne chasse pas encore le crocodile à main nue).

Ma vie actuelle ne me laisse vraiment pas l’opportunité de bloguer, alors c’est bien misérablement que pour ce 7ème anniversaire, je n’ai rien d’autre à vous proposer que mes plus plates excuses.

Cette année a encore été pleine de rebondissements. Je réalise nombreux rêves de ma « dream list » (celle que je dois remplir avant de devenir vieille, sinon j’aurai raté ma vie), je relève les challenges que je m’étais imposée pour cette année, je m’amuse, je découvre, je m’émerveille, j’hésite,je papillonne, je me casse le nez, je ne sais plus où j’en suis, je me relève et j’avance.
Je prépare également 2016 qui sera une nouvelle aventure, différente mais toute aussi intense.

Un an en Australie m’aura apporté cent fois plus que je ne l’espérais ou même ne l’imaginais.
Le temps viendra d’écrire tout cela rose sur blanc, mais en attendant juste ce petit message pour vous dire merci d’être toujours là, de commenter, de partager, mais surtout d’attendre…
La patience est plus qu’une vertu au royaume du WTFLand, c’est une condition de survie !

En attendant, si le blog vous manque, j’essaie de partager un minimum mes expériences via Instagram ou Twitter, vous pouvez jetez un coup d’oeil si vous le souhaitez.

Un Joyeux Tanjobi-wan Kenobi au blog, ainsi qu’à Mimi, fidèle lectrice depuis bien des années.
Si j’avais une tradition à respecter du blog anniversaire, c’était bien de ne pas oublier de lui souhaiter !

Je vous embrasse tous, et que la force soit avec vous !

souslocean« Sous l’océan y’a pas d’internet, On déambulle, on fait des bulles, sous l’océaaaaan »

Le Carlton

Bon, laissons des sujets triviaux tels que la liberté d’expression et le terrorisme de côté pour revenir à des choses bien plus existentielles et importantes aux yeux de l’humanité.
En d’autres termes : moi.
Passons aux choses sérieuses avec mes premières vraies (més)aventures australiennes ! Parce qu’avouez que la dernière fois je vous ai largement arnaqué en vous pondant 6 pages sur une histoire d’escalators…

On va commencer par le logement, puisque trouver un toit était –bizarrement- ma priorité en arrivant.
Comme je l’ai dis dans le post racontant mon arrivée, en Australie que ce soit le salaire ou le loyer, tout fonctionne en weekly, soit à la semaine. Souvent les logements ne demandent pas de durée de séjour minimum, ce qui fait que tout va très vite.
Ce n’est pas comme en France où on commence à chercher des mois à l’avance, le temps de gérer les histoires de préavis et compagnie.
Ici, en général si les gens décident de se barrer du jour au lendemain, ils peuvent. Et comme je le disais précédemment, il est tout à fait possible d’emménager le jour-même de la visite d’une chambre si le courant est bien passé et qu’on vous accorde la chambre.
Donc dans le principe, tout peut aller très vite, et il est parfaitement possible de trouver un logement en quelques jours.

Après en réalité, ça peut s’avérer un peu plus compliqué. L’Australie, et notamment une grande ville comme Sydney, attire énormément de voyageurs et étudiants, et il y a des nouvelles vagues d’arrivants chaque jour. Donc beaucoup de concurrence.
Ensuite, les loyers sont extrêmement chers. Donc pour peu que vous visiez une chambre à petit prix, autant vous dire que vous n’êtes pas le seul coco à avoir eu cette idée et qu’elles partent comme des petits pains. Donc vous avez intérêt à taper dans l’œil de vos futurs colocs pour qu’ils vous laissent la chambre, parce que vous êtes certainement loin d’être le seul sur le coup.
Ensuite, il y a beaucoup de tri à faire !
Entre celles infestées par les cafards (et en toute honnêteté, quand je dis infestée, c’est du niveau olympique… le Japon c’est du pipi de licorne à côté), celles où vous partagez votre chambre-dortoir avec six autres personnes, et celles dégueulasses…
Bref, les logements à prix convenables existent, mais attention aux pièges quand même.

Un logement à Sydney

La magie des mots clés Google aidant, je suppose que mon blog accueillera certainement dans le futur quelques lecteurs cherchant des informations sur l’Australie et le Working Holidays, donc voici un ordre d’idée des prix pour Sydney pour les quartiers près du centre.
Pis ça peut toujours intéresser les curieux, hyènes ascendant fouines (qui se reconnaîtront).

◆Pour une chambre partagée à trois ou quatre personnes dans le centre ou dans un quartier populaire du style Chatswood, comptez 120 à 180$ australien par semaine (soit 80 à 120€ par semaine).
Ce qui nous donne quand même en moyenne 400-450€ de loyer par mois dans une chambre dortoir, pour une colocation à certainement 7 ou 8 (ou plus…) dans un appartement où on a absolument aucune intimité.
◆Pour une chambre partagée à seulement deux personnes, je dirais entre 190 et 250$ par semaine et par personne, selon le standing de l’appartement (soit entre 128 et 170€ par semaine).
◆Enfin, si vous tenez à votre intimité (vous voulez ramener vos conquêtes tranquille dans votre lit, avouez !), comptez entre 300$ et 450$ par semaine pour une chambre privée, non partagée (soit en gros entre 200 et 300€ par semaine… !).

Evidemment c’est un ordre d’idée, il est toujours possible de trouver moins cher, mais la qualité du logement ne suit pas toujours et généralement on s’éloigne de plus en plus dans des quartiers de banlieue peu vivants. Ce qui n’est pas un souci en soi si on recherche une vie calme, mais vous devrez utiliser les transports beaucoup plus fréquemment. Et notez en avertissement que je soupçonne les transports en commun de Sydney d’avoir été créés dans le sombre but de nous faire aimer la RATP.
Très peu de lignes de métros/train,  pour les quartiers hors du centre un train toutes les 15/20 minutes (après Tokyo et ses trains toutes les 2 minutes même dans les quartiers où personne ne va, ça défrise un chouya), et surtout des prix exorbitants… Notez aussi que le train est en travaux quasi tous les weekends et pendant les vacances (on se demande bien ce qu’ils ont à réparer tous les dix jours), et donc qu’à ce moment-là les lignes sont tout bonnement fermées…
Il reste toujours le bus, bien entendu ! Mais ce serait trop facile de se rabattre dessus le cœur léger ! En effet, il existe une loi super rigolote (en tous cas dans l’état de New South Wales), qui pour des raisons de sécurité, interdit à un chauffeur de prendre de nouveaux passagers s’il a plus de 15 ou 20 personnes debout dans son bus !
Et… souvent cette règle est respectée !
Il n’est donc absolument pas impossible qu’on vous laisse moisir bien gentiment à votre arrêt et que PLUSIEURS bus passent gracieusement sous votre nez déconfit, si le chauffeur considère qu’il a déjà trop de gens dans son véhicule.
Alors ok, la sécurité c’est important, tout ça, mais quand tu restes presque une heure coincé à Bondi Beach parce qu’il n’existe pas d’autres moyens de transport pour rentrer en ville, et que tous les connards de bus te passent devant en te tirant la langue pendant que tu te pèles dans la nuit, tu trouves tout de suite cette loi plutôt naze.
Donc quitte à aller habiter en dehors du centre, même si je comprends qu’habiter près d’une des plages les plus célèbres du monde ça fait super cool sur votre cv spécial swag, n’oubliez pas de choisir plutôt un endroit pas trop populaire pour que vous puissiez choper un bus facilement.
Notez que les bus sont loin de passer toutes les deux minutes, eux aussi…

A la recherche du Graal

Bref, après comme pour tout dans la vie, il n’y a pas de solution unique. Chacun choisit son type de logement et le lieu selon son profil, ses envies, ses préférences et sa façon de voir son séjour en Australie.
En ce qui me concerne, j’avais envie, pour une fois dans ma vie, de m’offrir le meilleur cadre possible et des conditions de vie optimum. Histoire de bien commencer le séjour.
Ainsi je voulais une chambre seule, si possible dans un appartement propre et en ville, mais – attention, triple challenge –  comme j’avais lu que ce n’était pas rare dans les grandes villes, je voulais loger dans un immeuble avec salle de sport et piscine privée, dont l’accès illimité est compris dans le loyer.
L’Australie est touchée par la vague du « Healthy way of life », ce qui veut dire qu’outre le fait que dans les parcs on trouve plus de gens qui font du sport que la sieste, il y a des salles de sport partout, notamment dans les immeubles pour inciter les gens à garder la forme. (Sous entendu, se sculpter un corps de rêve pour l’exhiber sur la plage ; le taux de gens bien foutu dans cette ville explose juste tous les records, je me demande parfois si la moitié des habitants n’est pas recrutée sur casting pour vendre du rêve au touriste naïf…)
Etant donné que je cherche à retrouver la forme (comprenez reperdre le poids pris ces deux dernières années de manière saine) et que je travaille à la maison donc bouge peu, avoir ce genre d’équipement sous la main me vendait du rêve. Quant à la chambre en single, quand on traduit plusieurs heures par jour pour le travail, ça me paraissait indispensable niveau concentration.
Et puis si en plus je peux regarder deux trois Tellement Vrai sur youtube en toute impunité, c’est tout benef…

Seulement voilà, je ne gagne pas des millions non plus, et mon prix GRAND MAXIMUM était 300$ par semaine. En gros, je voulais le pack complet grand luxe, pour le moindre prix dans cette catégorie.
Comme d’habitude, je ne choisis pas le plus simple, si je peux me compliquer la vie, autant le faire.

J’avais déjà mis de côté tous les sites populaires pour la recherche d’un logement en Australie, notamment Easyroommate ou encore le très usité Gumtree.
Gumtree a l’avantage d’être gratuit, et surtout d’être très actif. Pour Sydney, il y a une nouvelle annonce environ toutes les cinq minutes.
On peut aussi le faire à l’ancienne en allant courir les poteaux électriques de la ville pour aller y éplucher les petites annonces collées, mais moi j’aime bien avoir des photos du lieu avant de contacter la personne donc ce n’est pas vraiment mon truc, même si ça se fait beaucoup ici.
Je me mets donc en mode psychopathe devant mon écran, à actualiser la page des petites annonces de logement toutes les deux trois minutes pour sauter sur les bonnes affaires qui se présentent.

Pour augmenter les chances, au lieu de seulement répondre aux annonces que je trouve intéressante, je poste également ma propre annonce. Très vite, mon téléphone se met à sonner toute la journée, mais je réponds négativement à la plupart des annonces : soit on vient me gratter « l’amitié » et ça ne m’inspire pas confiance (mec, j’ai posté mon annonce dans « colocation », pas sur Adopte un mec), soit ce sont des logements à très court-terme (genre 4 semaines), soit c’est vraiment très loin en banlieue et pas franchement pratique.

Répondre aux annonces qui ont déjà deux trois jours est souvent une perte de temps, dans la plupart des cas ils ont déjà trouvé quelqu’un.
Donc n’écoutant que mon courage, je continue d’actualiser la page en luttant contre les crampes aux doigts (je sais, je vous impressionne), et trier les dernières annonces postées.

Après plusieurs heures, deux annonces se détachent du lot et correspondent exactement à ce que je souhaite.
Elles ont tous mes critères : une chambre privée, dans un appartement qui semble très propre et plutôt grand, une piscine, une salle de sport, un sauna, un jacuzzi, 100 balles et un mars.
La première, située en plein CBD (Central Business District), est à 300$ par semaine, tout compris : internet, eau, electricité, gaz et, last but not least… le papier toilette.
Oui, en Australie, le PQ est souvent compris dans les charges…
Bon ça surprend, mais c’est pas si con !
Etant un pays fonctionnant énormément à la colocation, ils ont du comprendre depuis longtemps tous les conflits existentiels du type :  « Putain, mais qui n’a pas racheté du PQ ?! Il reste une feuille et le paquet de pruneaux d’Agen que j’ai bouffé hier commence à sonner à la porte ! ».
C’est fou comme quand on habite seul on oublie jamais d’acheter son paquet de six rouleaux, alors qu’en coloc on oublie systématiquement, ou alors c’est toujours les mêmes qui s’y collent…
Ici on évite de se prendre la tête pour des broutilles, c’est le master de la colocation qui s’en charge et c’est compris dans le loyer.
Le seul point noir de cette première annonce, est qu’il est précisé que la chambre est en fait une « sunroom » transformée en chambre. Comprenez par là une terrasse fermée (ou jardin d’hiver) qui  a été réaménagée en chambre. Ce qui explique sûrement le prix « raisonnable » comparé au standing du logement et son emplacement en plein coeur de la city.

La deuxième est un peu moins chère, 295$ par semaine, dans un immeuble situé à Circular Quay, soit le quartier le plus populaire et touristique de Sydney, puisque c’est là où il y a l’Opéra, le Harbour Bridge et une des entrées du gigantesque Royal Botanic Garden.
Les photos de l’appartement vendent du rêve, la vue sur Circular Quay est absolument splendide, la chambre semble vraiment charmante avec une petite coiffeuse à côté du lit.
Elle date déjà de la veille, donc je me dis qu’à ce prix–là et vu la beauté de l’appartement c’est sûrement mort, mais qui ne tente rien n’a rien, j’envoie quand même un message pour me présenter, car à priori, c’est ma grande favorite.

Je reçois assez vite un message de Tury, la personne qui s’occupe de la première annonce, qui me propose une inspection dès le lendemain matin à 10h, sans chercher beaucoup plus loin.
Après avoir passé les trois quarts de la journée devant mon ordinateur à regarder des annonces, je décide de sortir un peu mon nez dehors pour allez visiter le centre de Sydney.
Toute à ma découverte de la ville et du fonctionnement chaotique des transports, je loupe un appel de Tom, le mec de la deuxième annonce.
Il me laisse un message visiblement contrarié que je n’ai pas répondu, en me disant qu’il a pour habitude de faire un entretien par téléphone avant d’accepter de donner rendez-vous à un « candidat » pour une visite de l’appartement. Que ce serait bien que je le contacte pour lui dire quand je suis libre pour cet entretien téléphonique.
Oui, moi je veux bien, mais le petit génie a appelé en appel masqué et ne laisse pas de numéro de téléphone pour que je puisse le joindre.
Il est con ou quoi.
Ayant vraiment eu le coup de cœur pour cette chambre, je me dépêche de trouver une connexion wifi gratuite pour me reconnecter au site d’annonces, et lui envoyer un nouveau message pour lui dire de me rappeler le soir à 20h, que je serai disponible.

A 20h tapante, il rappelle, toujours en appel masqué. Il se présente brièvement, et me dit qu’en effet l’annonce date déjà de plusieurs jours, mais qu’ils sont assez tatillons sur le choix de leur prochain colocataire, donc qu’ils préfèrent prendre le temps d’auditionner différentes personnes, afin de trouver le « perfect flatmate » qui serait à la hauteur de ce magnifique appartement et de cette colocation géniale.
Humilité, j’écris ton nom.

Il commence donc une série de questions sur ce que je fais dans la vie, mes habitudes au quotidien, mes hobbies, ma vision d’une colocation réussie et pourquoi j’ai « postulé » pour cet appartement en particulier.
L’espace d’un instant, je ne sais plus si je l’ai contacté pour une colocation ou pour devenir cadre
chez Sony.
Après avoir répondu à toutes ses questions, il me dit qu’il doit maintenant contacter les autres pour un debriefing et qu’il me dira demain si je suis selectionnée.
Qu’alors il m’enverra un sms, mais qu’ATTENTION, je ne dois en aucun cas le divulguer à qui que ce soit, car il ne veut pas que son téléphone sonne à tord et à travers à chaque fois qu’il passe une annonce.
Donc que je me tienne prête, il risque de me contacter de son numéro super secret pour me dire si j’ai accès à l’étape 2.
Ce message s’autodétruira d’ailleurs très certainement trois secondes après sa réception.

Dans la soirée, j’apprends avec joie que je fais partie des rares élus et qu’il me donne rendez-vous pour une inspection de l’appartement à 17h.
Cool, première journée de recherche et j’ai déjà deux visites pour le lendemain dans mes deux apparts coup de cœur.

Levée de bonne heure, je pars donc de bon matin pour le centre afin d’être à 10h à la première visite.
J’arrive devant un grand immeuble situé dans un des coins les plus populaires de la ville, à seulement deux minutes de Darling Harbour.
Quelques minutes plus tard, le dit Tury vient m’accueillir – dans un pyjama bariolé gravement déconseillé par la fashion police –, un sourire chaleureux jusqu’aux oreilles.
On fait connaissance dans l’ascenseur, il est Malaysien et vit en Australie depuis déjà 4 ans. A peine arrivée, habitude restée de mes années au Japon, j’enlève mes chaussures pour entrer dans l’appartement.
Il me regarde non sans émotion, la larmichette de gratitude dans le regard : « Merci, tu es la première à avoir ce réflexe !! Tu comprends en Asie, on aime pas trop les chaussures à la maison ». Je lui réponds que j’ai vécu cinq ans au Japon donc que pour moi ce genre de choses sont normales, et là je sens que je viens de faire exploser le score de points de sympathie.
Je reviendrai là-dessus plus tard tant c’est vraiment marqué, mais le clivage Occidentaux – Asiatiques est vraiment très fort ici. Les communautés ne se mélangent pas vraiment, les Blancs restent généralement entre eux, et les Asiatiques aussi. On voit peu de groupes mixtes, et encore moins de couples.
Alors une Européenne à l’âme un peu bridée, ça parait tout de suite plutôt cool.

Tout en faisant connaissance, il me fait visiter l’appartement qui est vraiment spacieux, superbe et surtout super propre. On se reflète dans le carrelage et on pourrait bouffer sur la moquette.
Il me montre la fameuse « sunroom » transformée en chambre, et bonne surprise, c’est moins petit que ce que je pensais. Certes, ça reste un balcon fermé, mais plutôt bien aménagé, avec tout ce qu’il faut : un lit, des lampes, une grande armoire avec beaucoup de rangements, une table de nuit. Un accès à la deuxième terrasse et surtout, SURTOUT, une immense baie vitrée donnant sur Darling Harbour.
La vue depuis la chambre m’a juste conquise. Je m’y voyais déjà, m’endormir en regardant la ville illuminée. Et Tury de me donner le coup de grâce « Il y a des feux d’artifices tous les samedi soirs tirés de Darling Harbour, on peut les voir depuis cette chambre ! ».
Le luxe ! Des feux d’artifices depuis mon lit tous les weekend, s’il vous plaît !
Il me demande si visiter les commodités de l’immeuble m’intéresse aussi, et je lui dis que la salle de sport et la piscine ont motivé à 50% ma venue ici, puisque je cherche un logement où je pourrais faire du sport tous les jours pour retrouver la ligne.
Le charmeur m’adresse alors son plus beau sourire, et alors qu’il me met la main sur la taille pour me diriger vers ascenseur, il me dit avec chaleur « Don’t worry darling, you’re perfect. ».
Et là j’ai réalisé deux choses : 1) ce mec savait parler aux femmes et je n’étais pas insensible à un peu de flatterie (tout est bon à prendre pour un égo en crise), et 2) vu le ton et les manières employées, il aimait fort probablement les zizi.
Ce qui pour moi était plutôt un bon point, puisque j’ai un côté un peu vieux jeu qui fait que la colocation avec le sexe opposé peut dans certains cas me mettre un peu mal à l’aise, du moins si je ne connais pas bien la personne. Malaise pas du tout insurmontable, mais c’est vrai que pour une raison obscure, je me sentirais plus tranquille à l’idée de vivre avec des hommes gay qu’hétéro.

Il me fait donc visiter l’immeuble et sa salle de gym, sa grande piscine, son spa et jacuzzi, son sauna et sa salle de jeux avec billards, tables de ping pong et même jeux de société et livres à emprunter…
Je suis CONQUISE.

En plus, le courant passe plutôt bien entre moi et Tury, j’ai un bon feeling.
Je lui demande donc s’il y a beaucoup d’autres personnes qui ont visité la chambre, et il me dit qu’il y a déjà deux trois autres filles sur le coup venues la veille, que je suis la dernière à visiter mais qu’en toute honnêteté il a eu le coup de cœur pour moi, donc si possible, il aimerait que ce soit moi qui emménage.
Il me dit qu’on partage l’appartement à six, lui et son mec dans une chambre, sa petite sœur dans le salon (ils ont aménagé une chambre dans une partie du salon tant il est grand), et deux étudiantes colombiennes venues apprendre l’anglais qui vont emménager dans la deuxième chambre le lendemain. Et donc, potentiellement, moi.
Je réponds que j’ai une deuxième visite dans l’après-midi, que j’aimerais pouvoir visiter avant de donner ma réponse définitive.
Il me dit qu’il attendra, et que si finalement je prends l’autre, alors il se décidera entre les autres qui ont visité avant moi.

Marché conclu.
Je sors de cette visite ravie, et surtout rassurée. Quoiqu’il advienne de la deuxième visite : j’ai déjà trouvé !

L’après-midi, je me rends donc à Circular Quay pour la deuxième visite avec l’homme mystère. Le coquin qui se payait le luxe de râler car je n’avais pas répondu au téléphone au premier appel est en retard d’une demi-heure.
Heureusement pour lui, la découverte de l’Opéra me fait passer le temps bien vite.
Il arrive finalement, et tout de suite, je sens la différence avec ma visite du matin.

C’est à peine s’il me sourit, et le temps qu’on marche jusqu’à l’appartement, il ne me décroche pas un mot. Il est Européen, mais il ne précise pas quel pays, et l’appartement est partagé avec trois autres personnes, lui et deux autres filles qu’il ne présente pas non plus.
On arrive à l’appartement, qui semble tout en marbre et en verre; jusqu’aux meubles et à la décoration. Il est beau et propre aussi, mais je ne me sens pas très à l’aise et j’ai l’impression que je vais tout casser si je bouge d’un centimètre de trop.
Il m’emmène directement à la chambre, et j’ai du mal à cacher ma déception.
Déjà, ce n’est pas une chambre, mais une espèce de remise derrière la salle à manger. Une pièce très petite certainement censée servir de cagibi ou garde-manger…  Et sans porte; s’il vous plaît ! Bonjour intimité !
Les photos étant bien prises,  contrairement à l’autre appartement, la chambre est deux fois plus petite que ce qu’elle semblait sur l’annonce, très étroite et avec un placard minuscule.
Coup de grâce, la vue superbe sur le port et Harbour Bridge montrée dans les photos n’est pas celle de la chambre, mais du salon. La chambre, elle, est très sombre avec une toute petite fenêtre qui donne sur un autre immeuble.
Je tente quand même de demander : « C’est définitif qu’il n’y a pas de porte ? ».
Il répond oui, mais qu’il y a un petit rideau.
Non mais je m’en tamponne de ton rideau coco. Même si on ne me voit pas, niveau pollution sonore d’un côté comme de l’autre, c’est quand même pas terrible.
Seule la coiffeuse à côté du lit me plaît toujours, sinon j’avoue être déçue et pas très à l’aise.
Et comme pour enfoncer le clou, Tom me dit froidement qu’il aimerait maintenant passer au deuxième entretien.
Et là, j’ai de nouveau droit à tout plein de questions sur moi, sur ma vision de la colocation, sur ce que m’inspire cet appartement et pourquoi je serais la colocataire idéale pour  cette habitation.
Il me dit pompeusement que pour eux, une colocation ne se résume pas à des personnes qui partagent une cuisine et une salle de bain, mais aussi à créer des liens proches de l’esprit de famille, qu’ils aiment se retrouver dans la semaine autour d’un verre de vin pour faire des débats ou écouter de la bonne musique.
Il me demande d’ailleurs qu’est ce que j’écoute comme « bonne » musique. Consciente que si je lui avoue que j’ai « Cuitas les patatas » de Philippe Risoli sur mon disque dur je suis disqualifiée direct, je trouve aussi au passage sa question un peu conne.
Y’a rien de plus subjectif que l’idée de « bonne musique ».
Au fur et à mesure de notre échange, je commence à me dire que je n’ai vraiment pas le coup de cœur pour cet appart, mais surtout pour la mentalité. Il m’est complètement antipathique, et les autres que je croise en coup de vent ne me font pas meilleur effet.
Il me fait un speech sur les valeurs d’une colocation alors qu’avec sa connerie élitiste, il créé absolument l’effet inverse.
Je ne me sens pas du tout comme un être humain bienvenu dans un cocon chaleureux, mais plutôt comme une sombre bouse qu’on teste pour savoir si on la juge à la hauteur d’être collée sous la semelle de ces messieurs ou non.
L’andouille croit me flatter en ajoutant : « En tous cas tu peux être fière, des nombreux messages qu’on a reçu pour cet appartement, tu es une des très rares à l’avoir vu de tes yeux. 90% des candidats échouent à l’épreuve de l’entretien par téléphone. Ce qui prouve que tu mérites quand même d’être là ».
Et alors quoi au juste ? Je dois te dire merci et te faire une offrande en signe de gratitude, connard ?!
Au lieu de me sentir flattée, sa façon de me le dire le rend particulièrement prétentieux et pédant à mes yeux.

Il me dit qu’ils sont certes pointilleux avec leurs différents entretiens, mais parce que pour eux la communication avec l’autre est primordiale, et ils veulent être sûrs de bien connaître la personne avant de la choisir.
Avec du recul, je regrette d’avoir joué son jeu jusqu’à la fin et de ne pas avoir été plus honnête, en le remettant à sa place, lui et son appartement de caste supérieure.
Parce qu’autant je suis d’accord sur le fait qu’apprendre à connaître la personne est important, autant cette façon de faire comme si j’étais un morpion sans background postulant à un poste à responsabilité me gonfle quand même copieusement. Ça coupe au contraire toute communication et échange naturel.
D’ailleurs, quand il me demande si j’ai des questions et que j’essaie d’apprendre à les connaître, il est avare en détail et coupe par un « de toute façon, on aura tout le temps de faire connaissance si tu emménages ».
Au final je n’apprends donc pas grand-chose. Je reviens donc à des questions plus pragmatiques en demandant confirmation que le prix inclus bien toutes les charges, et là, oh surprise, il me répond que non, comme si c’était tout naturel.
Encore une fois, je trouve l’annonce pas bien honnête… On ne dit pas que la chambre n’en est pas une et qu’elle n’a pas de porte, on fait croire que la vue est celle de la chambre alors que non, on ne dit même pas que le prix n’inclus pas les charges…
Au moins dans l’autre annonce, Tury avait fait preuve de transparence en écrivant en gros dans le titre que la chambre était à la base une terrasse…

Je demande pour la forme à voir quand même la salle de bain puisqu’il ne me fait rien visiter d’autre que la chambre, et il ne m’emmène même pas voir le reste de l’immeuble avec la salle de sport et la piscine, malgré ma demande…
Il conclut juste d’un « bon, maintenant on va délibérer, je te contacte d’ici deux jours pour te dire si tu es retenue ou non. ».

A peine sortie, le doute est peu permis : je préfère de loin la première visite.
Le côté « terrasse » de la chambre me fait un peu peur niveau isolation, mais je relativise en me disant que l’hiver vient de terminer et je serai partie avant la fin de l’été, donc que je ne risque pas d’avoir froid.
Je n’hésite donc pas longtemps avant d’envoyer un message à Tury pour lui confirmer que je vais prendre la chambre.
J’envoie aussi un message à Tom pour lui dire que désolée, l’appartement est vraiment bien situé, très propre et très plaisant, mais que j’ai eu un meilleur feeling avec d’autres personnes, et que comme il le disait si bien, pouvoir habiter avec des personnes qu’on considère comme sa famille est important. Que je lui souhaite bonne chance dans sa quête du coloc parfait et que j’espère pour lui qu’il trouvera cette personne digne d’eux.
Je ne sais pas si Mr La-Communication-C’est-Important  a décelé l’ironie de mon message, mais en tous cas il n’a jamais pris la peine de répondre.
Çà a dû lui en défriser les poils du zboub que j’ose dire non à son appartement super parfait.
Et je mentirais si je disais que je n’ai pas un petit sourire narquois à cette simple pensée.

Mais trêve de mesquinerie : mission réussie !
J’ai trouvé un appartement, et un peu l’appart de rêve si vous voulez mon avis ! Jugez plutôt :

IMGP6246
IMGP6260
IMGP6254
IMGP6267
IMGP6276
IMGP6269

IMGP6272
IMGP6281
IMGP6289
IMGP6292
IMGP6296

Et trouvé en moins de 48h, s’il vous plaît !

Le mystère Tury

Tury m’annonce que je peux emménager dès le lendemain, mais comme je ne pensais pas trouver aussi vite et que j’ai payé le logement chez Linda jusqu’à la fin de la semaine, je lui dis que je vais emmener mes affaires au fur et à mesure dans la semaine, pour emménager définitivement au début du weekend.
Ça m’évitera comme ça des aventures rocambolesques dans des escalators car je ne m’en sors pas avec tous mes bagages…

Il m’annonce qu’il n’y a pas de problème, que les Colombiennes ont emménagé, que sa petite sœur sait que j’emménage aussi et qu’avec son copain ils m’ont acheté un ventilo, des draps et une nouvelle lampe pour ma chambre.

Je passe payer les « bond », soit ce qui sert de caution (2 semaines de loyer) pour qu’il me donne la clé. Le bâtiment est très sécurisé, et en fait j’ai besoin de la clé électronique pour, rentrer chez moi bien entendu, mais aussi pour entrer dans le bâtiment, accéder à ma boite aux lettres ou même prendre l’ascenseur.
Impossible de monter à mon étage ou à la salle de sport sans la clé. Clé qui d’ailleurs ne débloque aucun autre étage que le mien, impossible d’aller à ailleurs.
Autant vous dire que si j’avais l’intention de cambrioler l’étage du dessous, mes plans ne seraient pas sans obstacles.

Je mets donc mes plans à exécution en apportant un sac d’affaires à  l’appartement à chaque fois que je vais dans le centre, et déménager petit à petit.
Passant en pleine journée, l’appartement est toujours vide, et je peux profiter de sa magnificence en toute impunité.
Il est si grand, si beau, si propre… Je trépigne à l’idée que bientôt, il sera mien. BWAH HA HA HA *rire démoniaque*

Il faut que je le baptise.
Si vous me lisez depuis longtemps, vous le savez : c’est la tradition !  Tous mes appartements ont un nom !
Mon premier à Tokyo que j’avais eu tant de mal à trouver, était Charlie (oui avec les événements récents, ça sonne bizarre maintenant). Le deuxième, où je ne suis pas restée longtemps, Lulu (comme ça pas de jaloux).
Le troisième, pour ses mezzanines-cabanes qui inspiraient l’aventure s’appelait le Pékin Express (avec une chambre César, et une chambre Denis).

Il faut que lui trouve un nom aussi.
Le luxe qu’il dégage, fait que je décide tout naturellement de l’appeler « Le Carlton ».
Faut dire aussi que la danse de la joie qu’il m’inspire dans le salon quand j’y suis toute seule ressemble assez à ça :

A la fin de la semaine, n’y tenant plus et malgré les propositions de Linda de rester plus longtemps chez elle, j’emménage enfin définitivement au Carlton et croise mes premières colocataires.
Comme elles ne sont pas bridées, j’en conclus donc que ce sont les Colombiennes.

On fait connaissance, et sans m’attarder sur le fait que l’une des deux est blonde aux yeux bleus, je lance sûre de moi : « Alors comme ça vous venez de Colombie ?! Hola, como estas ?! ».
Regard incrédule de mon interlocutrice : « Heu… non, on est Allemandes. ».

Ah… oups.
Ich bin l’air con.

« Ah ? Bon… Tury m’a dit que vous étiez colombiennes, désolée.
– Non non, pas du tout ! Mais toi par contre tu l’es, colombienne, n’est-ce pas ?!
– Heu non, je suis Française… ? ».

On se regarde les trois, un peu cons.

Froncement de sourcils. Pourquoi avoir dit d’un côté comme de l’autre qu’on était colombiennes alors qu’on est Européennes ?
J’en conclus que le père Tury a dû recevoir beaucoup de mails et de visites, et qu’il s’est un peu emmêlé les pinceaux dans les profils.
Ou alors il a une passion refoulée pour la Colombie et il faut qu’il consulte.

Je continue : « Alors, vous êtes étudiantes ?! Vous êtes en échanges universitaires ?
– Heu non, non plus. On est en visa working holidays en fait, on visite l’Australie.
– Ah comme moi alors… Je ne sais pas, Tury m’a dit que vous étiez étudiantes à la fac… »

Nouveau froncement de sourcils.

Une des Allemandes ajoute finalement « En tous cas, on est un peu soulagée car on nous avait dit que la dernière colocataire à venir était une vieille dame ! ».
Je m’étouffe dans mon ego :  « Quoi ?! Par la barbe de Merlin, je suis sûrement la plus âgée de l’appartement, mais de là à me décrire comme une vieille dame, il y va un peu fort quand même…
– Non non, mais il nous a dit une vieille dame de 60 ans… Donc justement, on trouvait un peu bizarre dans une coloc comme ça, avec trois étudiants Malaysiens et nous en working holidays de choisir une colombienne de 60 ans… On se disait qu’elle devait être vraiment sympa, car ça collait pas trop avec les autres colocs… »

Notre énième froncement de sourcils creuse un peu plus notre ride du lion.
C’est quoi ce bordel.
Alors que je me demande, non sans vexation, pourquoi on m’a décrite comme une sexagénaire alors que pour mon âge j’ai encore grave le swag des djeunz (nan mais oh), une des Allemandes me donne le coup de grâce :
« D’ailleurs, c’est qui Tury ? Personne s’appelle Tury ici… ».

Heu… Stop ?!
Temps-mort les mecs, je suis plus là.
Je suis tombée dans la 4ème dimension ou quoi ?! Je suis pas dans le bon appart, c’est pas possible.
Je commence à être méfiante, décrivant alors le jeune homme qui m’a fait visiter, et mes interlocutrices, reconnaissant le bougre un peu fofolle aux pyjama improbables,  m’apprennent qu’il ne s’appelle pas Tury mais Heng, et qu’il ne s’est jamais présenté comme étant Tury.
Ah…

Interloquées, on échange donc quelques infos sur l’étrange damoiseau.
Et d’ailleurs, à peu près rien de ce qu’il a raconté à l’une et aux autres ne correspond. Il m’a dit qu’il travaillait à Pie Face et Uniqlo en plus de l’école, quand il leur aurait dit qu’il travaillait dans un restaurant thaïlandais…

 Notre première rencontre se solde par un sentiment un peu étrange. On ne sait plus trop à qui on a affaire et on se dit en rigolant qu’on va peut-être mener l’enquête, pas qu’on se retrouve aux prises de la mafia malaysienne pour un trafic d’Européennes avec les Farks…

Comme tout le monde fait de gros horaires entre l’école et les petits boulots, j’ai souvent le Carlton pour moi toute seule (et je danse…), et je mets plusieurs jours avant de croiser tout le monde.
Au bout d’une semaine, je fais finalement la rencontre de Milo, la petite sœur.
Pour faire la conversation, je lui demande d’où elle vient  en Malaysie, bien qu’il y ait toutes les chances du monde que je n’ai aucune idée d’où ça se trouve sur une carte.
Et là, elle me répond étonnée « Je ne suis pas Malaysienne, je suis Thailandaise. ».

Putain, ça recommence !

mushu

Tury-Heng a organisé un Cluedo géant pour me bizuter ou quoi.

« Mais, Heng est bien Malaysien non?!
– Si si, il est Malaysien.
– Ben c’est pas ton frère ?
– Non pas du tout. »

Je reste sans voix, tandis que ma mâchoire se décroche pour tomber lâchement sur le sol.
Je ne pige plus rien.

Voyant mon désarroi, elle ajoute « C’est pas Heng mon frère, c’est Mike, son petit ami.
– Donc il n’est pas Malaysien non plus lui, il est Thailandais comme toi ?
– Oui voilà. »

OK, j’y vois un peu plus clair, mais c’est quand même pas très sérieux tout ça : j’ai annoncé à tout le monde que je vivais avec trois Malaysiens et deux colombiennes, et au bout de dix jours, je découvre qu’en fait c’est un Malaysien, deux Thailandais et deux Allemandes.
Rien à voir.
Moi qui commençais déjà à claironner que j’allais remettre à niveau mon espagnol, je peux toujours essayer…

Récapitulons :

Misterheng

Sinon, je vous sers un petit doliprane avec votre aspirine ?

Je commence à me demander où je suis tombée et me dire qu’il faut que je tire tout ça au clair quand même. Tury-Heng m’avait fait bonne impression pendant la visite, mais là y’a juste pas une version qui se tient d’une personne à l’autre et ça devient un peu déroutant.
Un peu plus tranchantes, les Allemandes décident que de toute façon Heng est un peu trop efféminé pour être honnête (?!… Christine Boutin, sors de ce corps! ) et exaspérant car un peu trop à cheval sur la propreté,  donc qu’elles ne l’aiment pas et ne veulent pas avoir affaire à lui.
Amen.

Personnellement mon côté bisounours et amoureux de l’humain l’emporte, je me dis qu’il y a bien une explication à tout cela.
Et oui, après avoir acheté une loupe et l’imperméable de Columbo pour mon enquête, il y en a bien une.

Tury-Heng s’appelle bien Heng, il utilise juste de temps en temps – comme la plupart des Asiatiques ici – un nom anglophone pour l’intégration et éviter les problèmes de racisme.
Il n’a jamais dit que la nouvelle coloc qui arriverait à la fin de la semaine était une « old lady » de 60 ans, mais que la nouvelle coloc arriverait à la fin de la semaine car pour l’instant elle séjournait chez une « old lady » de 60 ans (en effet, Linda chez qui je séjournais au début était une sexagénaire et j’avais dit que je finirais la semaine chez elle car elle se sentait un peu seule et m’avait demandé de rester).
Que mes premiers cheveux blancs se rassurent, ils sont encore bien cachés sous ma teinture rouge et on ne me considère pas encore comme une vieille dame.

Il n’a pas non plus dit qu’il travaillait dans un restaurant Thaïlandais mais que son copain Mike, lui, y travaillait. Heng travaille bien dans sa boutique de tartes et à Uniqlo comme je l’avais compris.
Ainsi, nos amis Allemandes auraient eu quelques soucis de compréhension de travers pour ces quelques points.

Il a décrit Milo comme sa petite sœur car c’est la sœur de son mec et que pour lui c’est tout comme, et qu’en Thailande (un peu comme ailleurs en Asie d’ailleurs), quand on est très proche d’une personne dont on prend soin comme de la famille, on peut très bien l’appeler « grand frère » ou « petite sœur » même s’il n’y a pas de lien du sang. Et comme j’avais habité en Asie, il n’a pas cherché à nuancer en l’appelant « petite sœur », se disant que j’étais déjà familière avec cette façon d’appeler ses proches.
Pensant qu’ils étaient de la même famille et comme il n’avait pas précisé, j’avais pensé que tout le monde était Malaysien comme lui sans chercher plus loin.

Quant à la Colombie… le mystère reste entier, mais il semblerait en effet qu’il se soit mélangé les pinceaux dans les profils de toutes les personnes qui l’avaient contacté.

Ca fait quand même beaucoup de quiproquo pour un seul homme, mais me voilà un peu rassurée.

Mes amis, mes colocs, mes emmerdes

Après tous ces mystères résolus, le quotidien a donc repris son cours au Carlton.
Complètement amoureuse de cet appartement, je m’y suis très vite sentie comme un poisson dans l’eau. Nos amis Thaïlandais et Malaysien se montraient peu présents, mais j’ai assez vite sympathisé avec nos voisines allemandes.  Bon, avec dix ans de différence on avait pas forcément toujours les mêmes sujets de conversations (j’ai failli déclarer la troisième guerre mondiale quand elles m’ont annoncé ne pas connaître Game of Thrones mais étaient fan des One Direction…).
Chaleureuses à l’européenne et voyant que je ne connais encore personne, elles ne tardent pas à m’inviter pour diverses sorties comme un pique-nique devant l’Opéra ou autres balades à la plage.

Pour des raisons qui leur appartiennent, elles n’apprécient pas du tout nos autres colocataires et comme elles déclinent systématiquement toute invitation, ceux-ci finissent donc par les éviter soigneusement.
Avec moi, ils prennent le temps de discuter un petit peu lorsque je suis seule, mais disparaissent dès que l’Allemagne est dans le coin.
Personnellement, malgré les quiproquos bizarres des premiers jours, j’apprécie les deux côtés et ça me chiffonne un peu d’avoir le cul entre deux chaises, j’aurais clairement préféré qu’on soit tous proches. Mais bon je suppose que dans une colocation à six avec des personnes qui ne se connaissent pas ni ne viennent des mêmes pays, c’est toujours un peu difficile de créer une harmonie parfaite.
L’entente reste cordiale, ce qui reste le principal.

Dans la chambre du « master », il y a Heng et son copain. Dans la deuxième chambre, les deux Allemandes, sur la terrasse fermée moi, et dans une partie du salon, Milo la petite sœur thaïlandaise.
L’appartement est vraiment spacieux, et une partie du salon a donc été sacrifié en chambre avec une série de grosses armoires collées les unes aux autres en forme de carré pour faire des cloisons.
Un peu comme ma chambre-balcon, je me dis que ce n’est sûrement pas bien conventionnel tout ça, mais que c’est sûrement pour se faire plus d’argent…

Sans savoir quoi, je soupçonne donc une vague entourloupe dans ces chambres qui n’en sont pas, mais à vrai dire je m’en fiche un peu.
Malgré tout l’appartement est bien agencé, super bien équipé, très propre, tout le monde est silencieux et respectueux des autres…  Donc même s’il s’avérait qu’ils avaient créé des chambres en plus pour se faire un peu de pognon sur notre dos, ma foi peu importe. Ce n’est pas comme si j’allais vivre là toute la vie.
Je ne cherche donc pas plus loin.

Jusqu’à un soir où je passe chez moi avec un ami prendre quelques affaires, qu’il regarde les cloisons faites maison de la chambre de fortune dans le salon et qu’il me dise « Tu sais que c’est illégal, ça ?! ».
Et là, il m’annonce que les fausses chambres sont synonymes de sous location illégales et donc formellement interdites. Qu’on est clairement pas les seuls à le faire en Australie, a fortiori dans les grandes villes, mais que vraiment je fasse attention et me méfie, car si on l’apprend, on peut avoir de gros problèmes.

Voilà qui est rassurant…
Je me doutais bien que faire une chambre dans un salon n’était pas forcément bien vu, et c’est vrai que quand j’épluchais les petites annonces pour chercher un logement je lisais régulièrement « Personne ne dort dans le salon ! », mais de là à ce que ce soit carrément illégal… ?! En France, tu peux même dormir dans ta cuvette des chiottes si tu veux, tant que tu payes ton loyer tout le monde s’en fout, non ?
Je retiens donc l’information, en me demandant ce qu’il entend exactement par « gros problèmes ».

Telle une prophétie, la mise en garde de mon ami ne tarde pas à devenir réalité.
Pas moins de trois jours après, on m’annonce en panique que les Allemandes doivent quitter l’appartement au plus vite, car on a une inspection au cul en cours de route.
… !

Et là, j’apprends que non seulement dormir dans le salon est illégal, mais en plus que vivre à plus de 4 personnes dans l’appartement est aussi interdit par la loi !
Il est vrai que depuis le début, il n’y avait que 4 clés et passes pour tout le monde, mais je pensais juste qu’ils n’avaient pas pris le temps d’en faire faire de nouveaux.
Partageant leur chambre à deux, les Allemandes devaient donc aussi partager leur clé.
Malheureusement, l’une travaillant de 6h du matin jusqu’en milieu d’après-midi, et l’autre du milieu d’après-midi jusqu’à minuit, n’avoir qu’une clé pour deux n’était pas bien pratique.
Et comme moi n’ayant absolument aucune idée des lois australiennes concernant la colocation en appartement, elles avaient donc trouvé une solution en… laissant leur clé à la réception pour que chacune puisse rentrer quand elle veut… !
En d’autres termes, elles se sont juste jeté dans la gueule du loup.

Très vite, les gardiens de la réception se sont demandés pourquoi deux filles se partagaient une seule clé… Autre fait qu’on ne savait pas, notre clé électronique est carrément enregistrée avec notre passeport, quand on la bippe, notre photo et informations apparaissent sur l’écran du gardien !
Autant vous dire que ça rigole pas, pour emménager dans une coloc dans ce type d’immeuble, t’es pisté comme un mec soupçonné de bosser pour Al Caida.

Réalisant très vite qu’on était plus de 4 dans l’appartement, une enquête a donc démarré sur nous et le responsable de l’immeuble viendra donc pour une inspection des lieux dans pas moins de quatre jours.
Ainsi, l’Allemagne doit quitter le navire au plus vite si on ne veut pas de problèmes…

C’est un peu l’hécatombe. L’Allemagne est sidérée que Heng ne nous ait pas prévenu que c’était illégal et ne nous ait pas demandé de faire attention, et de son côté l’Asie est sidérée que l’Allemagne se soit montrée assez stupide pour aller fourguer ses clés à la réception sans réfléchir.
Personnellement, j’échange discrètement mon drapeau français pour celui de la Suisse et me met à chanter des cantiques prônant la paix dans le monde.

C’est vrai que ça n’a pas été très honnête de sa part de ne pas nous dire dès le début qu’on était censé être que quatre dans l’appartement, qu’on devait se montrer très discret et surtout pas s’attarder à la réception pour quoi que ce soit si on était pas enregistré légalement dans l’immeuble.
D’un autre côté, avec du recul… maintenant que je suis là depuis quelques mois, je reconnais que c’est de notoriété publique que la plupart des gens dépasse le nombre de 4 personnes dans une coloc, mais que ce n’est pas légal et donc qu’il faut faire profil bas. Les histoires de ce genre de colocs illégales pullulent en ville, et tout le monde fait son affaire en prenant bien soin de ne pas se faire prendre. Ainsi, quand on a emménagé, ils ne l’ont juste pas souligné dans la mesure où c’était l’évidence même… Un peu la faute à pas de chance si on était en Australie depuis 3 jours et qu’on en avait aucune idée.

Leçon australienne numéro 1 : Quand la moitié des annonces écrivent en gros « PERSONNE DANS LE SALON ! » c’est pas seulement pour faire joli, mais surtout pour préciser que ce n’est pas une colocation illégale. Et se lancer dans une colocation illégale n’est pas rare en soi, mais il faut savoir se faire petit quand c’est le cas.

Je ne peux m’empêcher de remarquer au passage que j’ai un peu le cul bénit… Car dans l’histoire, c’est moi qui n’ai pas une vraie chambre et qui ne devrais pas être enregistrée. Mais comme je ne la partage avec personne, j’ai ma propre clé et du coup c’est moi qui suis une locataire légale de l’appartement… Sinon, ça aurait été à moi de dégager.

Heng s’en veut de ne pas avoir précisé les choses et fait tout pour faire amende honorable. Il ne fait pas payer les Allemandes pour les dernières nuits qu’il leur reste, passe deux nuits blanches à écumer les petites annonces et ses après-midi à les accompagner dans des visites pour leur trouver une chambre du même standing,  pour exactement le même prix et dans la rue d’à côté, soit à moins de cinq minutes…
Même si cela ne calme pas la fureur Allemande qui se sent toujours dupée dans l’histoire, on ne peut quand même pas lui enlever sa bonne volonté, il s’est coupé en quatre jusqu’à ce qu’elles soient de nouveau logées, juste à côté dans un endroit aussi bien (ou finalement elles ont même préféré leurs nouveaux colocataires).

Nos amies européennes relogées… Heng peut enfin se concentrer sur le véritable problème : l’inspection.
Déjà qu’il a une légère tendance maniaque, le joyeux trublion se transforme soudain en M. Propre sous amphèt. Je le vois s’afférer dans tous les sens, laver, cirer, briquer jusque dans des recoins que je n’avais même jamais remarqué en un mois. Il me demande la mort dans l’âme si ça me dérange de déménager ma chambre une journée dans la véritable chambre où étaient les Allemandes.
Il déménage tout, et en moins de 24h, l’appartement est méconnaissable. D’ailleurs, je ne comprends même pas tout ce qui se passe. On me dit de ne m’occuper de rien, de continuer ma journée comme j’en ai l’habitude, qu’eux ont trouvé une solution pour que tout se passe bien…

Je regarde donc du coin de l’œil sans comprendre tout le monde s’affairer et transformer l’appartement.
Ma chambre-terrasse est aménagée en studio photo, et la partie chambre du salon complètement repensé en espèce de magasin, avec les armoires qui servaient de cloisons alignées le long du mur, remplies de rayons de livres, de casquettes, de chaussures en tout genre.
Chaque rayon est équipé d’étiquettes avec des notes diverses, et des prix.
Moi qui bosse généralement seule dans le salon, Heng installe tout à coup un bureau à côté du mien, y dépose toutes ses affaires et se créé un espace travail juste à côté de moi.
Il ouvre son ordinateur et autres iPad sur des pages Ebay diverses.

Je ne vois pas le rapport et ne pige rien à tout ce cirque.

Mais je fais comme il dit, je continue ma journée comme si de rien n’était tout en regardant du coin de l’œil ce qu’il se passe.
Si Milo s’était affairée toute la matinée avec Heng pour tout nettoyer et réaménager, 30 minutes avant l’heure de l’inspection et l’arrivée du manager… la voilà qui se met en pyjama, et va se coucher dans la chambre où ont été rangés ses affaires et les miennes, comme si nous partagions la chambre.

Siriusly ? Elle va se coucher maintenant ?

Entre l’un qui attend qu’on ait une inspection pour lancer un business ebay et l’autre qui va se coucher juste avant l’arrivée des inspecteurs…
Mes colocataires sont définitivement une énigme. Je nage dans le flou artistique.

On sonne à la porte… et là un grand moment de cinéma commence alors sous mes yeux.
Déjà je réalise le sérieux de la situation quand n’arrive pas juste le manager de l’immeuble pour une simple inspection des lieux… mais le manager de l’immeuble, accompagné d’un mec avec un appareil photo et d’un autre avec un bloc note.
Et pendant qu’il commence à inspecter l’appartement et son agencement, les deux autres s’empressent de tout prendre en photos, et tout noter dans leur fiches…
Mes cheveux se dressent sur la tête et je me rends compte que ça va super loin quand je les vois ouvrir chaque foutu tiroir ou placard pour prendre en photo l’intérieur…

Le manager demande qu’est ce qu’est que cette installation dans le salon, et Heng explique joyeusement qu’il s’est fait un petit business sur Ebay de vente en ligne. Il montre alors ses stocks, ses ventes en cours sur le net, la terrasse transformée en studio photo, et que c’est pour ça qu’il avait besoin d’un si grand espace et de beaucoup de rangement. Que ça lui permet d’arrondir les fins de mois et mettre de côté.
Je continue de travailler l’air de rien, en me disant naïvement que je ne savais même pas qu’il avait un business sur Ebay.

Ils continuent leur inspection et prennent tout en photo.
Ils entrent alors dans la chambre, où Milo dort… ou en tous cas, fait semblant de dormir.
Ils veulent fouiller, et commencent à retourner les couvertures pour vérifier ce qui se cache sous les lits, mais voyant quelqu’un dormir en petite tenue et se réveiller toute pâteuse, ils se sentent un peu gênés et remettent vite les couvertures en place.
Ils se contenteront de vérifier le contenu de nos armoires et tables de nuit.

L’inspection se déroule alors dans un climat faussement détendu, où Heng fait semblant de blaguer avec le manager tandis que je fais de mon côté semblant de travailler tout en maudissant ces malotrus qui osent prendre des photos de mon tiroirs à culottes.  Je veux bien qu’ils fassent leur travail rigoureusement mais de là à chercher des locataires clandestins dans mes soutifs, j’y vois un peu d’excès de zèle quand même…

Au bout de 15-20 minutes qui paraissent une année, le manager demande finalement à Heng de le suivre en bas à la réception pour lui poser deux trois questions et que tout sera terminé.
Il les suit donc et tandis que la porte d’entrée se referme sur eux, Milo sort de la chambre, manifestement en pleine forme et pas du tout endormie.
Devant mon air un peu ahurie et complètement à côté de la plaque, elle me confirme que tout était pure comédie…
Ils ont toujours les sommiers des lits des Allemandes et ne savaient pas quoi en faire, donc ils les ont cachés sous son lit à elle. Mais comme ils savaient qu’ils fouilleraient partout et prendraient des photos, elle a fait semblant de dormir pour les mettre mal à l’aise et qu’ils évitent de fouiller son propre lit.
Quant à l’histoire du business sur Ebay, c’est évidement un mensonge aussi…
Mais pourquoi partir si loin dans le mensonge ?
Tout simplement pour justifier le nombre d’armoires dans le salon. Autant d’étagères alignées et vides aurait été bizarre, d’autant plus qu’on voit toujours des traces sur la moquette de leur précédente installation en forme de carrés pour créer des cloisons.
Histoire de ne pas attirer leur attention sur le sol et trouver une raison à toutes ces armoires, Heng a décidé de les occuper autrement.

Je me sens conne en me disant qu’ils sont partis quand même super loin. Voyant mon air sceptique, Milo m’annonce « S’ils avaient eu la preuve qu’on a vécu à six dont une personne dans le salon et qu’on avait pas respecté les règles, on aurait eu 24h pour quitter l’appartement et ils ne nous rendaient pas notre caution. A nous tous, ça fait 3000$ de caution et on se serait retrouvés à la porte. C’est pour ça qu’on était un peu tendu tu comprends. Surtout qu’heureusement que le veilleur de nuit est venu nous prévenir en douce qu’on avait une inspection au cul, sinon on aurait jamais rien su, ils auraient débarqué aujourd’hui et ils nous auraient foutu tous les six dehors ».

…!
Et on ne me dit rien ?! Je réalise alors que même concernant l’inspection elle-même,  on était pas censé être au courant et que si un bienveillant n’avait pas eu l’idée de nous vendre la mèche, on aurait été carrément dans la merde… Je suis soufflée qu’on ne m’ait pas dit clairement à quel point c’était chaud pour nos miches quand même.
Depuis le début que je demande si c’est grave cette inspection et si on peut avoir des problèmes, on ne me répond à l’autralienne que des « No worries », alors que pour le coup, y’avait carrément worries là !

Leçon australienne numéro 2 : Même quand les gens vous répètent à tout bout de champs qu’il n’y a pas de soucis, inquiétez vous quand même juste au cas où…

Finalement Heng s’en est sorti par une pirouette en disant qu’il y avait effectivement des Allemandes pendant quelques jours car c’était des amies qui venaient d’arriver en Australie et qu’on avait dépanné mais qu’elles n’avaient jamais habité là définitivement.

Ainsi s’est terminée cette sombre histoire d’inspection et de locataires illégaux… Même s’il y a eu plus de peur que de mal au final et que tout s’est plutôt bien terminé pour tout le monde (les Allemandes ayant finalement trouvé une coloc où elles se sentaient encore mieux ensuite), je me suis demandé s’il était bien raisonnable de rester.
Le fait qu’on ne m’ait rien expliqué clairement sur la situation et tous les mensonges mis en place pour se sortir du pétrin ne m’ont pas vraiment mise en confiance…
Déjà qu’en un mois on avait accumulé les malentendus ce qui n’avait pas vraiment aidé.

J’avoue avoir hésité quelques jours à déménager puis finalement renoncé. Déjà j’aimais un peu trop le Carlton et je suis un être faible… La piscine, la salle de sport et le sauna, la chambre single et la vue superbe… Comment leur dire adieu ?
Et puis surtout je savais que j’étais là pour du court terme, encore maximum deux ou trois mois, pas plus. Donc j’avais pas envie de me prendre la tête à redéménager et j’ai décidé de rester.

Peut-être conscients de mon malaise, à partir de ce moment là Heng et Mike ont fait tous les efforts du monde pour me mettre à l’aise et me tenir compagnie. En commençant par me rapporter de la bouffe de temps en temps pour manger ensemble, puis finalement m’inviter au restaurant, au cinéma, en balade, me présenter leurs amis… Et comme je ne désistais pas leur invitation, on a finit par sortir ensemble plusieurs fois par semaine. Jusqu’à ce qu’on noue de véritables liens d’amitiés et que vivre avec eux s’avère vraiment super cool, comme mon tout premier feeling me l’avait laissé présager.

Bientôt quatre mois dans cet appartement de rêve. A profiter de la salle de sport, et du sauna 4 à 5 fois par semaine. A m’accorder une tête dans la piscine presque tous les soirs et un moment de grâce au spa entre deux trucs pour le boulot quand je suis stressée.

A admirer presque tous les weekend les feux d’artifices depuis ma chambre.
IMGP6843
IMGP7010
A faire des barbecues sur la terrasse avec les amis.

IMGP7984
Ou siroter un bon cidre en admirant la vue pendant un coucher de soleil…

IMGP7075

Quatre mois de félicité dans l’appartement du bonheur… que je m’apprête à quitter.
Hé oui, quatre mois à Sydney c’est le maximum que je comptais m’accorder, si je veux faire tout ce que je voulais faire. L’Australie est immense les enfants, et il me reste tant à voir.

Je pars donc mercredi prochain pour Melbourne et vais devoir tout reprendre depuis le début ! Je pense revoir à la baisse mes standards pour pouvoir me permettre de mettre de l’argent de côté en choisissant un logement plutôt bon marché.
En espérant que je ne passe quand même pas du « Carlton » au « Cozette »…

En attendant, je vous laisse et retourne faire la danse de Carlton, tant que je le peux encore.

Moi aussi, je suis Charlie.

« Oh non encore un article sur l’attaque de Charlie Hebdo ! Même Sonyan s’y met. »

Ouais les mecs, ouais.
Ce blog en général, il parle pas d’actualité (même si ça m’est déjà arrivé), il parle juste de ce que je vis, de mes expériences, de ce qui me touche et me chiffonne, ou de ce dont j’ai envie de parler au point que les mots se bousculent et que j’ai l’impression que je vais exploser.

Et là pour le coup, on est en plein dedans. Comme beaucoup, et même à 16 000km de là, cette fusillade à Charlie Hebdo a été un gros poing dans la gueule.
Une belle soufflette en pleine face.
Je n’ai pas compris et je suis malheureuse.

A tous les trolls sans empathie qui diront « Ce genre de choses arrivent tous les jours en pire dans d’autres pays, pourquoi se mettre dans cet état ? »
Alors c’est bien simple et il me semble l’avoir déjà dit dans le passé dans d’autres articles, mais ce type d’argument vaseux du style « pourquoi t’es malheureux alors que y’a bien plus grave dans le monde », c’est juste BULLSHIT.
A quel moment dans la vie, on devrait se sentir rassuré, content, soulagé de savoir qu’il y a pire ailleurs ?
En quoi, l’idée que des pays vivent cette horreur tous les jours encore en 2015 devrait m’empêcher de me sentir dévastée ?
Je trouve au contraire cette perspective de devoir se consoler en se disant que c’est pas le pire encore bien plus déprimante. Et quoiqu’il en soit, on est pas dans un concours d’atrocité, décidée sur une échelle de gravité bien précise.
Un malheur reste un malheur.

Si ça me fait mal, c’est pas seulement parce que ça se passe chez nous, ce n’est pas seulement parce que c’est Charlie Hebdo. Ne soyons pas hypocrites, c’est bien dommage mais je n’ai jamais acheté ce journal de ma vie (j’ai jamais rien achété à part Star Club et Dorothée Magazine, je le confesse), et très certainement qu’une bonne partie de mes lecteurs non plus. Sinon le journal n’aurait pas eu tant de mal à boucler les fins de mois. Les caricatures de Charlie Hebdo, je tombais dessus sur le net de temps en temps, dans un tweet, dans un scandale sur untel froissé par tel dessin… et comme j’ai un humour un peu lourd en plus d’être de mauvais goût, bien souvent ces dessins me faisait plutôt marrer.

Je suis de la génération Coluche et des Inconnus les enfants. De Desproges et même si je ne regarde plus depuis longtemps, des Guignols.
J’ai grandit en banlieue où y’en avait pas un de la même couleur. Dans mes amis d’enfance, il y a des Français, des Asiatiques, des Arabes, des Noirs, des métisses et même pire : une rousse.
J’appelais avec grand plaisir mon ami Cambodgien « Rebut de rizière » car cette insulte m’avait fait pleurer de rire dans Gran Torino (avant de pleurer tout court). Je m’étais étouffé en gloussant quand un ami ayant fait tomber un papier parterre m’avait dit d’un ton impérieux « Ramasse ça… l’arabe ! » (Ramasse, sale arabe… et oui j’ai trouvé ça très drôle, vous savez pourtant depuis longtemps que j’ai un humour pourri, ne me blâmez pas maintenant).
A l’époque on s’insultait dans tous les sens en riant de concert.
Ça ne veut pas dire qu’à l’époque le racisme n’existait pas, mais ça veut dire que je me suis généralement entourée de personnes qui savaient en rire et que chacun en prenait pour son grade, quelque soit son origine ou sa religion.
Vous imaginez les gars, si on avait pas le droit de rire des religions, on aurait manqué des sketchs mythiques comme celui-la :


« Vous allez finir par vous aimer les uns les autres bordel de merde ? »

Personnellement, je ne peux pas imaginer un monde où je n’aurais pas grandit en me poilant devant ce genre de vidéo.
Je fais partie de ceux qui ont gardé cet esprit, pendant que la France, elle, régresse.
De plus en plus de tabou, de politiquement correct, de surfaces lisses et hypocrites.

Mais heureusement, il reste quelques trublions joyeux, qui continuent d’emmerder royalement le monde et de rire de tout. Des gens comme eux, qui préfèrent « mourir debout que vivre à genoux ».

Moi, j’aime cette France, qui se moque mais qui reste unie. J’aime cette France qui tourne en dérision pour dédramatiser.
Parce qu’un rire vaut mieux qu’une larme. Sauf si c’est une larme de rire.

Oui, des fois on tombe sur un sujet qui nous touche personnellement et ça pique. Quand Jeremy Ferrari fait des blagues sur les gros, ça me fait un peu moins rire que sur autre chose. Parce que mon corps est le drame de ma vie, mon combat de tous les jours et mon top 1 des sujets auxquels je suis très susceptible.
Mais ça reste un de mes humoristes préférés, je respecte ce qu’il fait et il ne me viendrait pas à l’idée de le haïr ou me sentir trahie et déçue.
Oui, c’est aussi une question de timing. Les blagues sur les tsunami ne m’ont pas fait rire au début, et même maintenant elle ne me font « que » sourire.
A partir du moment où ce n’est ni dit sérieusement, ni malveillant, ça reste de l’humour, que ça nous plaise ou non. Même si moi, ça fait écho à des souffrance, qui suis-je pour priver les autres de se marrer, parce qu’à moi ça ne me plaît pas ?
Ce grand débat du « Peut-on rire de tout ? » est sans issue, car trop subjectif.
Parce qu’on est tous différent, parce qu’on vit tous des choses qui feront échos à quelque chose d’important dans notre vie, on blessera toujours quelqu’un. Mais dans ce cas, tout devient tabou et ma dernière envie c’est qu’on arrête de rire.
L’important est de s’ouvrir l’esprit pour apprendre à tolérer qu’on puisse rire de soi et de ce qui nous tient à coeur. Ou simplement apprendre à passer son chemin si ça nous indispose réellement.

J’aime l’esprit des Lumières et je suis pour la liberté d’expression. Même si les trucs que je lis me plaisent pas toujours, c’est le jeu que voulez-vous. J’aime notre culture de la satire (non les mecs, Molière c’est pas chiant, relisez le Bourgeois Gentilhomme, c’est drôle).
Et qu’on ait été assidus en cours ou non, on a tous eu une éducation un minimum influencée par cet héritage culturel.
La satire, la caricature, le droit de parler de tout, c’est une partie de la culture française, et ça peu importe ton origine à la base, tu l’as en toi aussi. Par exemple, même sans être forcément un grand fan de l’humour qui pique, chaque Français d’aujourd’hui s’est au moins payé un fois la tête d’un de ses hommes politiques. C’est typiquement français.  Allez vivre en Asie ou ailleurs, vous verrez que dans d’autres culture, ces concepts ne sont pas du tout évident.

Et c’est en partie pour ça que la réaction est si intense. C’était un attentat terroriste symbolique.
En plus de l’ignominie de l’acte déjà intolérable à la base, on a touché en plus à une part de notre identité. On a touché à notre humour. On a touché à notre liberté de penser et de s’exprimer. On a touché à la presse, et tout ce que ça représente.
Et on a pas envie de vivre dans un monde où on tue quelqu’un pour un dessin, humoristique qui plus est.
Parce que ça paraît aberrant qu’un artiste qui nous faisait marrer petits avec Le nez de Dorothée se soit fait exécuter de manière aussi barbare.
Ca n’a aucun sens. Même en y réfléchissant, je ne comprends pas comment ça a pu arriver.

Quoi, on peut plus s’amuser ?
Vous imaginez vous ? Une Sonyan qui prendrait des gants ?
Qui ne caricaturerait pas tout avec mauvaise foi ? Qui ne se moquerait plus des Japonais, qui ne critiquerait plus sans vergogne tous les pays où elle passe ?
…Avouez que vous vous feriez bien chier, vous ne me liriez sûrement même plus, bande de petites crapules !

Alors toi, cher terroriste qui pointe ton arme sur un crayon, sache que je te conchie.
Et je conchie avec toute personne incapable de réagir à ce genre d’événement avec mesure, intelligence, objectivité et bienveillance.

Ces douzes personnes sont mortes car un journal refusait le politiquement correct, elles sont mortes parce que des courageux voulaient se battre contre la bêtise avec du papier et un sourire.
Je leur tire mon chapeau d’avoir eu les couilles d’aller jusqu’au bout, et je leur dis merci de nous rappeler que certaines valeurs importantes ne sont jamais acquises pour toujours et qu’on doit rester soudés : la liberté de la presse et d’expression, et le droit de rire.
Merci à vous, Charb, Mustapha, Cabu, Ahmed, Franck, Renaud, Wolinski, Honoré, B Maris, Frédéric, Elsa et Tignous.

Pour qu’ils ne soient pas morts pour rien, riez les enfants, et riez ensemble. Commencez pas à chier dans la colle en vous montant les uns les autres, car sinon c’est les mecs en cagoules qui auront gagné.

Que tu sois blanc, noir, jaune, violet, grand, petit, gros, musulman, chrétien, juif, scientologue, athé, ou fan de Nikos Aliagas, sache que je t’embrasse bien fort et que j’espère que toi aussi t’es capable de faire pareil.
Au pire, même si on pense différemment sur des trucs, on pourra toujours se dire qu’on est au moins d’accord sur le fait qu’on est pas d’accord.

Un peu de tolérance, bordel !

jesuischarlie