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Les MICI ? Non, mici.

Un blog catégorie « drôle » écrit à 85% était censé pointer son nez sur ces pages bien avant cet article, qui lui sera un peu moins rigolo.
Mais tant pis, car je voulais poster celui-là le 19 mai.

Le 19 mai, c’est la journée mondiale des MICI.
Et comme je mettrais ma main au feu grégeois que les trois quarts de mes lecteurs penseront « les quoi ? », je me dis qu’un petit article ne pourrait pas faire de mal.
Je préviendrai avant de commencer que je ne serai certainement pas à la pointe des dernières découvertes puisque je ne me tiens pas vraiment au courant, que je ne suis dans aucune association, et que je vis un peu mon quotidien comme si ça ne me concernait pas…
Mon témoignage vaut ce qu’il vaut, mais s’il peut vous apprendre deux trois choses sur le sujet, ou aider des personnes concernées d’une quelconque manière, alors c’est toujours ça.

Les MICI c’est quoi ?

Que de suspense, n’est-ce pas ? Vous brûlez maintenant d’envie – ou pas – de tout savoir sur le sujet.
Alors, les MICI, ce sont les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, qui regroupent deux maladies cousines, la maladie de Crohn (la plus connue des deux et dont vous avez sûrement entendu parler) et la recto-colite hémorragique (bon appétit).

Comme la plupart des gens, je n’avais pas entendu parler de ces maladies jusqu’à l’âge adulte.
Par contre, même si ça ne me concernait pas du tout, je me souviens comme si c’était hier de la première fois dont on m’en a parlé.

J’avais 20 ans, et comme tous les soirs à l’époque, une fois ma journée de cours terminée, je rentrais chez moi, allumais mon ordinateur, me connectais à MSN Messenger pour parler avec mes amis virtuels rencontrés sur des forums divers des vraies choses de la vie : Sailor Moon, Disney, le Seigneur des Anneaux et Harry Potter.
Remplacez le Seigneur des Anneaux par Game of Thrones, et vous obtiendrez plus ou moins le contenu de mes conversations plus de 10 ans plus tard… Je suis quelqu’un qui sait évoluer, que voulez-vous.

Ce soir-là, je parle avec une amie qui ne se sent pas bien et qui est en pleine crise de panique.
Depuis des semaines (des mois ?), elle a des douleurs abdominales violentes inexpliquées qui lui pourrissent la vie.
Après de nombreuses recherches et erreurs de diagnostique, ils ont finalement décidé de lui faire passer une coloscopie pour vérifier si ce n’est pas la maladie de Crohn.
Elle est terrorisée que ce soit le cas.
Elle me raconte alors que la maladie de Crohn est une maladie inflammatoire de l’intestin qui provoque des douleurs intestinales insupportables et des diarrhées incontrôlables qui peuvent s’éterniser sur des semaines ou des mois.
Qu’au long terme, si on a pas de chance, l’inflammation peut s’étendre aux articulations, se transformer en cancer du colon, en découpe de l’intestin, retrait du colon et/ou du rectum et finir à vivre sa vie avec une poche pour récupérer les selles et les gaz.
Elle me raconte son histoire de boucher et son angoisse de ne pas vivre une vie normale, et je suis horrifiée sur ma chaise.
J’ai peur pour elle, je me demande si elle devra réellement vivre comme ça toute sa vie, je n’ai pas les mots.

Quelques temps plus tard, elle a les résultats de ses examens.
Pas de MICI pour elle, tout va bien.
Je pousse un soupir de soulagement, sans me douter une seconde que deux ans plus tard, c’est à moi qu’on va diagnostiquer cette merde. 

Le début des réjouissances

Attention, comme mon blog sur les TCA, j’ai pas l’intention de vous enjoliver l’histoire. Donc si y’a des âmes sensibles des histoires de pipi-caca, je peux vous rediriger sur des pages plus légères et rigolotes de ce blog (comme ici).

La première diarrhée dont je garde un souvenir mémorable remonte à la première semaine de juillet 2004.
Je peux vous le dire aussi précisément parce que c’était la fête du cinéma, et qu’à l’époque c’était mon événement culturel préféré.
Je le faisais tous les ans seule, car mon trip, c’était de faire tous les films que j’avais pas pu voir pendant toute l’année et de me faire un gros marathon cinéma pendant 3 jours, à un rythme et un volume que peu étaient capables de suivre.
Regarder le programme des cinémas, créer mon petit emploi du temps, remplir le petit carnet fourni par les cinémas en écrivant le titre des films que j’avais vus et rédiger mon avis. J’attendais ce moment avec impatience à chaque début de l’été, surtout que je ne sais pas trop aujourd’hui vu que cela fait trop d’années que je ne vis plus en France et que tout augmente, mais à l’époque les séances étaient vraiment données pendant l’événement.

En général, je m’arrangeais pour aller aux cinémas du centre ville qui étaient desservis par les transports en commun, mais cette année-là, dans le cinéma en dehors de la ville –accessible qu’en voiture à l’époque- ils passaient une pépite –que dis-je, un chef-d’œuvre ! – que je REFUSAIS de rater…
Je parle bien entendu de Dirty Dancing 2.

Ouais ouais, c’est ça, riez !

Mais Dirty Dancing reste un classique pour ma génération, et le 2 se passe à Cuba avec de la salsa (oui, j’avais déjà un faible) avec des beaux garçons (qui ne ressemblent pas du tout à des cubains, mais c’est un autre débat…) qui bougent bien leur bassin et il s’inspire en plus d’une histoire vraie, donc ce choix était tout à fait justifié.

Bref, je rappelle qu’on est en 2004, le haut débit commence à peine à se démocratiser, Netflix n’existe pas et trouver des petits films de ce type, c’est pas toujours aisé.
Donc je n’avais pas d’autre choix que de faire chier ma mère pour qu’elle me dépose en voiture à ce cinéma, m’y laisse la journée pour que j’assouvisse mes plus bas instincts de midinette qui apprécie les navets et repasse me chercher en fin de journée.

Sauf qu’en plein film… Je me sens mal.

Des crampes au ventre insupportable. Je serre les dents, commence à transpirer… Même les beaux yeux du ténébreux Javier à l’écran (je parle pas du glandu de Koh Lanta et de son faux collier) n’arrivent pas à me détourner de mes intestins qui semblent participer eux aussi à la révolution cubaine.
Et je vous interdis les réflexions de type « c’est parce que le film est à chier », la vanne est bien trop facile et vous valez beaucoup mieux que ça.
Respectez-vous s’il vous plaît.

Bref, je suis obligée de quitter La Havane en trombe pour me précipiter dans les toilettes du cinéma où je me vide littéralement.
Je ne comprends pas d’où vient cette diarrhée. Je ne me sens pas malade.
Peut-être la chaleur ?
Se taper une tourista à Besançon, c’est quand même triste.

Quand je commence à me sentir mieux, je retourne me poser devant mon film, espérant que les danses et les rythmes cubains me feront oublier ce drôle d’épisode.
Je parviens à terminer le film, mais dois retourner aux toilettes juste après.
Je me sens tellement mal que je renonce à aller voir un second film et reste dans le café du cinéma à attendre que ça passe.

Quand on revient me chercher et qu’on me demande comment était ma journée, je réponds que j’ai eu une diarrhée inexpliquée qui m’a pourri la journée, mais on ne cherche pas plus loin.
Peut être la chaleur, peut-être un truc que j’ai mangé.

En septembre, je pars m’installer à Lyon pour entrer en fac de Japonais. Il m’arrive de temps en temps d’être reprise de diarrhée, je me souviens notamment d’une fois où je devais rentrer à Besançon un week-end et que j’ai finalement pris le train d’après car je me sentais mal.
A chaque fois, je ne m’en formalise pas, car c’est très ponctuel et il se passe des semaines (des mois ?) entre chaque.

C’est peut-être la gastro, c’est peut-être la bouffe, c’est peut-être Chirac Président, que sais-je.

Le fait est que, ça m’handicape sur le moment, mais après je reste tranquille et en forme suffisamment longtemps pour que je ne cherche pas plus loin.

En décembre, après une disparition de quelques jours, on retrouve ma tante décédée.
Si je ne l’exprime pas ouvertement autour de moi, je le vis très mal.
D’autant que l’enterrement aura lieu au moment de mes premiers partiels. Rentrer à Besançon me ferait en manquer plusieurs.
En France, sauf si ça a changé depuis, un décès ou une maladie ne change rien, une absence à un partiel, c’est être défaillant et un 0.

Je pourrais rentrer quand même et repasser des rattrapages en juin, mais à l’époque je ne sais pas si ça peut avoir des conséquences sur mes bourses, sur mon dossier (moi qui veut faire partie des sélectionnés pour être envoyée au Japon) et on me conseille de rester à Lyon passer mes examens tranquillement, que de toute façon je ne peux plus rien faire pour elle.

Je prends cette décision de rester pour terminer mes examens et ne pas aller à l’enterrement, mais je suis rongée par la culpabilité.
Je n’arrive pas à dormir, je n’ai pas envie de parler aux gens et passe mes soirées à jouer à Kingdom Hearts, en attendant que le temps passe et que les vacances viennent pour que je puisse rentrer chez moi.

C’est à ce moment-là que les diarrhées reprennent. Petit à petit, mais elles s’installent dans la durée, de plus en plus violentes.

On m’a souvent dit qu’un choc émotionnel ou un stress pouvaient être le facteur déclencheur. Je suppose que dans mon cas, ça a été cet épisode de ma vie.
Même si cela a pris encore quelques semaines avant que je m’inquiète réellement.

Les fêtes de fin d’années passent, je continue d’avoir des crampes aux ventres et des envies pressantes, mais encore une fois, je pense à la gastro…

C’est la saison, puis en plus on mange mal pendant les fêtes, c’est normal de se sentir barbouillé.
Je vais chez le médecin, mais à chaque fois, verdict qui n’a rien d’alarmant.

La diarrhée, ça arrive tout le temps, après tout.

Diagnostique

Arrive février.
J’ai toujours la diarrhée, maintenant tous les jours. Cela fait bientôt deux mois que ça dure.

Parfois, les douleurs sont tellement fortes, qu’elles me provoquent des nausées et je vomis en même temps. Je dois aller aux toilettes avec des sacs plastiques car ça part des deux côtés.
Je suis de plus en plus fatiguée, cette fois c’est trop long et trop fort pour que ce soit une simple gastro.
Je rentre à Besançon, et me réveille un matin le cou bloqué.

J’ai certainement dormi dans une mauvaise position mais ça commence à faire beaucoup de symptômes bizarres.
Je retourne une énième fois chez le médecin.
J’explique que mes diarrhées, non seulement ne sont pas passées, mais en plus de s’éterniser depuis des semaines, sont devenues tellement violentes que la douleur me provoque des vomissements. Que je dors peu, que je suis fatiguée, et que j’ai fini par me bloquer le cou.

Vomissements, raideur du cou… Et manque de bol, il y a eu des cas de méningite dans le coin quelques temps plus tôt.
Même si le reste de mes symptômes ne correspondent pas, on m’envoie aux urgences.

Ah, les urgences !

Cet endroit merveilleux où on vous fait attendre tellement longtemps en vous ignorant, qu’on finit par se demander si on ne vous a pas oublié dans un espace-temps parallèle et si vous n’allez par ressortir de cet enfer en l’an 2280.
Mon avantage, c’est que comme je suis potentiellement contagieuse, on me fout dans un lit en quarantaine. La VIP du CHU en quelque sorte.

Au bout d’un moment, on m’annonce la bonne nouvelle : je vais avoir droit à une ponction lombaire !
J’ai bien fait de venir, dites.
Allez c’est parti, anesthésie locale et aiguille de 10 cm dans le dos.
Ce n’est pas très douloureux mais extrêmement désagréable, et la sensation perdure longtemps après.
Les résultats viennent assez vite : point de méningite.
« En même temps, vous aviez pas vraiment tous les symptômes, la diarrhée ça n’a rien à voir. »
Oui bah je sais, c’est pas moi qui ai décidé de venir ici me faire charcuter le dos par plaisir.

Après une ponction lombaire, le patient est censé rester en position allongé pendant 6h afin d’assurer l’obturation de la brèche méningée provoquée par l’examen et éviter d’autres effets secondaires pas top.
Mais moi, je n’ai pas de méningite. Mon statut vient de passer de VIP à indésirable, et ça fait à peine une demi-heure, qu’on me demande de prendre mes cliques et claques et laisser la place aux vraies urgences.
Ma mère est soufflée qu’on me mette dehors alors que je peux à peine marcher, mais le verdict est tombé : cassez-vous.
Mode Mère-Courage, elle soutient sa fille plus grande qu’elle de plus de 20cm, clopin-clopant jusqu’à la voiture.
On rentre, et je reste couchée dans mon lit, un peu au bout du rouleau.

Je viens de passer une journée abominable, je me sens mal physiquement, un peu moins que rien psychologiquement, et je sais toujours pas ce que j’ai.

Je reprends les cours, les diarrhées continuent. Elles sont particulièrement fortes le matin et la nuit, avec une accalmie inexpliquée dans l’après-midi dont je profite autant que je peux.
Puis très vite, vient un petit plus : mes selles deviennent rouges.
Elles sont pleines de sang.

Autant j’ai tendance à ne pas beaucoup m’inquiéter pour moi-même, autant chier du sang, je vous le dis tout de suite, ça fait un drôle d’effet.
J’annonce cette évolution à ma mère qui évidemment se ronge les sangs (sans jeu de mots).

Cette fois, on prend mes histoires de caca au sérieux, on m’envoie faire des analyses plus poussées.
Les analyses sont marrantes : je dois leur donner un échantillon de mes selles.
Alors déjà quand tu fais des analyses d’urine, pisser dans un gobelet demande tout un art de maîtrise de soi et de dextérité…
Mais quand tu dois le faire pour la grosse commission, je vous laisse imaginer l’exercice.
Dans ma tête, c’est le branle-bas de combat pour trouver une technique safe de récupérer le paquet sans s’en mettre plein les doigts.

C’est là que commence le début de la perte de ma dignité.
Première aventure d’une longue série bien dégradante.
Après plusieurs essais ratés, je me retrouve donc à chier assise dans ma baignoire, au dessus d’un seau stérilisé. Puis à ramasser le tout à l’aide d’une cuillère et le mettre dans leur gobelet en verre à la con.

Mission accomplie, j’ai capturé la bête.
Je vais donc apporter mon superbe trophée au bureau d’analyses.
Peu de temps après, j’ai le résultat : Oui madame, vous avez bien du sang dans vos selles.

MERCI CAPTAIN OBVIOUS.

Je me sens un peu découragée sur le moment qu’on m’annonce un truc que je sais déjà, mais il paraît que c’est une avancée quand même.
On m’envoie donc chez le spécialiste des caca sanglants : le gastro-entérologue.
Il me pose des questions, m’ausculte, regarde mes résultats d’analyse et m’annonce qu’il me soupçonne d’avoir une Rectocolite ulcéro hémorragique.
Sur le coup, le nom m’emballe pas beaucoup.

Je ne situe pas, et il me demande si je connais la maladie de Crohn.
Je repense à la conversation que j’avais eue avec mon amie un an et demi plus tôt : oui, ça je connais.
Doc : « Hé bien c’est la maladie cousine. » 

Ah. Super.

Autant vous dire que je suis encore moins emballée par cette histoire.
Toutefois, ce n’est pas encore sûr.
Je vais avoir droit au test ultime : la coloscopie (accompagnée d’une endoscopie bonus, juste pour vérifier mon estomac après tous les vomissements).

Pour les épargnés de la vie qui ne savent pas ce que c’est, c’est prendre mon anus pour le tunnel sous la Manche et lui faire passer une longue sonde qui va aller se balader dans mon anus et mon intestin avec une petite caméra.
Un Secret Story de l’extrême, si vous voulez.

Personnellement, j’aurais préféré un week-end à Disneyland, mais puisque c’est la seule chose qu’on me propose, je n’ai pas bien le choix.
La date de l’intervention est fixée, je vais courir les anesthésistes et autres pour me préparer et la veille, je dois commencer le travail : me nettoyer les intestins.

Et non, pour ça je n’ai pas besoin d’un gant de toilettes et de savon de Marseille.

Mon intestin doit être vidé de toute matière fécale, et pour ça, je dois arrêter de manger et boire 2L d’un liquide dégueulasse et visqueux.

La mixture me donnera… bah la diarrhée, tiens.

Ca va, je commence à bien maîtriser le sujet.
Je suis ceinture noire de colique, même pas peur.

Sauf que cette fois, on parle de vider complètement mon intestin. Je passerai donc la nuit sur le trône, à avoir des diarrhées incontrôlables jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien, que mes selles soient presque transparentes et le cul littéralement en feu tellement il est irrité.
Ma nuit est un enfer couplé par un autre putain de coup du sort.

J’ai mes règles.
Je les avais oubliées ces connes.

Ils vont aller m’enfiler des sondes de plusieurs dizaines de centimètre entre les guiboles alors que j’ai mes règles.
Si j’avais l’espoir de rester un minimum glamour, là c’est définitivement mort.
Je sais qu’à ce stade, je ne devrais pas m’inquiéter pour ça, mais quand même, ça me tue au reste.

Le lendemain j’arrive à la clinique, on me prend vite en charge.
Au moment de l’anesthésie générale, je me tourne vers le médecin, morte de honte.
« Je suis désolée, je me suis bien lavée, mais j’ai mes règles. »
Il me sourit : « Ne vous inquiétez pas, je suis médecin, j’ai l’habitude et j’en ai vu d’autres. »
Ces quelques mots murmurés avec bienveillance suffisent à me rassurer, on me fait respirer dans le tube et je m’endors bien tranquillement.

Quand je me réveille, tout est terminé et je suis parquée dans le fond d’une pièce.
On remarque que je ne dors plus et on demande à un infirmier de me déplacer.
Et là, stupeur… L’infirmier est un mec de mon quartier !
Ça fait bizarre de le voir en uniforme bleu et pas en casquette/chaussettes par dessus le jogging, mais je le reconnais.

Raaah !

Je suis nue sous ma blouse, l’œil hagard et le cheveux hirsute, avec la possibilité de me chier dessus ou de saigner à tout moment…
Et je retrouve face à un mec du quartier.
Les Dieux sont définitivement contre moi. Je maudis ce connard de Murphy et sa loi à la con.
Je pensais que le jeune homme ne me situait pas, mais pour une fois mon côté passe-partout m’a fait défaut et lui aussi me reconnaît.

Infirmier « Hé, salut ! Dis, t’étais pas au collège D. toi ? »
Moi : « Si si… »
Lui : « Haaan, trop fort ! Alors, qu’est-ce que tu deviens maintenant ? »

Incroyable, ma coloscopie se termine en retrouvailles façon copains d’avant.
Il ne se rend pas compte de mon malaise et me fait joyeusement la conversation, tout en poussant mon lit dans les couloirs.
Il est très sympathique, ce n’est pas le problème, c’est juste que j’ai un état d’esprit qui est à des années lumières de faire la causette là.
On arrive jusqu’à ma chambre, il me salut d’un « Ça m’a fait plaisir de te revoir ! » alors qu’il ne sait probablement pas comment je m’appelle, je lui renvoie la salutation, soulagée d’avoir évité tout incident sanglant ou fécal pendant cet échange.

Je me change, on vient me chercher, et je rentre chez moi.

 Très vite, je retourne voir le gastro-entérologue qui me donne les résultats : c’est confirmé, j’ai bien une rectocolite (ulcéro) hémorragique.
Il m’explique donc la différence entre la RCH et Crohn, car les maladies sont très similaires mais différentes à la fois.
La RCH, comme son nom l’indique, est plus sanglante, mais ne s’attaque qu’au rectum et au colon, contrairement à Crohn qui peut inflammer tout le système digestif, de l’anus à la bouche.
La maladie est chronique, et sera toujours rythmée de périodes de « poussées » (c’est comme ça qu’on appelle les crises de diarrhée dans le jargon) et des périodes de rémission.

Il n’y a pas de cadence précise. Mes poussées peuvent durer 2 semaines comme 3 mois, mes rémissions 1 mois comme 15 ans.

Il existe juste des traitements qui permettent de rallonger les périodes de rémission.

Si les médicaments ne font plus effet et que les poussées deviennent trop violentes, le seul moyen de « guérir » de la RCH, c’est de tout couper. On vit alors avec une stomie, soit un anus artificiel.

Si j’ai de la chance, mes poussées ne dureront pas et je profiterai de longues rémissions.
Dans le cas contraire, il faudra commencer à jouer au Dr Maboul dans mon anus.

Ma vie de malade de MICI

Maintenant que c’est officiel, je devrai être soumise à un régime sans fibre (ou régime sans résidu) pendant chaque poussée et, laissez-moi vous le dire, cette connerie est pire que Dukan : on a quasiment rien le droit de bouffer.
Si vous voulez un aperçu du programme alimentaire, cela consiste à :

Pas de graines, noix, ou céréales complètes.
Pas de fruits.
Pas de légumes.
Pas de graisses cuites ou de friture.
Pas de sauces, ni de charcuterie.
Pas de poissons en saumures ou fumés.
Pas de viandes grasses (en gros viande blanche et steak dégraissés ok, pour le reste non.)
Pas d’œuf, selon le patient.
Pas de laitage, sauf fromages à pâte cuite (gruyère, emmental, comté…).
Pas de féculents dits complets (riz complet, semoule complète etc.).
Aucune matière grasse pendant les cuissons : donc tout bouilli, cuit à l’eau, à la vapeur, ou grillé (en collant joyeusement à la poêle, du coup).

En gros, reste pas grand chose à part des pâtes natures et des cailloux.

Je dois également prendre un traitement tous les jours, un anti-inflammatoire du nom de Pentasa.
Quand j’ai de la chance, on le trouve en comprimés, mais la plupart du temps, je l’ai sous forme de granulés. Un sachet de mini billes que je dois avaler 2 fois par jour.
Le seul souci, c’est que sous forme de granulés… On les expédie après digestion toujours sous leur forme de petite billes, qui se coincent dans les plis de l’anus et des fesses et que ça irrite fortement au point que vous avez envie de vous arracher la peau du cul.
(Sonyan, à votre service pour toujours plus de glamour.)

Je ne suis donc pas fan, mais le médicament a le mérite d’être efficace, très vite ma poussée se calme, et pour la première fois depuis des mois, je retrouve une vie normale.

Personne n’est au courant de tout ça à part mes très proches, j’arrive à terminer mon année scolaire sans trop de difficulté malgré les absences.

La vie reprend son court.
Quelques mois.

Puis ça revient peu après la rentrée scolaire.
Quand je sens les maux de ventre et vois mes selles rouges dans les toilettes, j’ai envie de pleurer.
C’est reparti.

Encore une fois, les poussées sont très fortes le matin et la nuit, et s’accompagnent de vomissements tant les douleurs sont fortes.

Je recommence à manquer les cours. Je refuse les sorties, soit parce que j’ai peur de ne pas trouver des toilettes quand ça me prendra, soit parce que ce sont des restau et que je ne pourrai pas manger 99% de ce qu’il y a à la carte.
Surtout que j’ai 22 ans, je suis déjà obèse complexée et très mal dans ma peau… Je n’ose pas dire aux gens qu’encore en plus, j’ai une maladie qui fait que je dois chier sans prévenir 10 fois par jour et vomir en même temps.
J’ai déjà l’impression d’être une sombre mocheté qui ne vaut rien et sors depuis peu des moqueries du collège-lycée, je n’ai pas envie de me mettre une étiquette de « pause-caca » encore en plus.

Je l’annonce juste à un ami, qui au début ne mesure pas vraiment la gravité du truc et à quel point c’est handicapant… et je me sens incomprise et me renferme encore un peu plus.

Donc je ne dis rien à personne, et comme c’est une maladie invisible, personne ne remarque rien. Je passe juste pour quelqu’un de lunatique et grognon, la fille pas drôle qui, par période, ne veut jamais rien faire.

C’est reparti pour les rendez-vous chez le gastro-entérologue.
On augmente le pentasa.
Ça ne marche pas.
On passe à l’étape suivante : la cortisone.

Cette merde infâme.

Je pense que toutes les personnes qui ont suivi un traitement à la cortisone seront d’accord avec moi, ce médicament est le bras droit de Belzébuth.
Non vraiment, se soigner à la cortisone, c’est un peu comme vendre son âme au Diable.
La maladie s’en va oui, mais à quel prix ?
Insomnie, mal de tête, tics nerveux, crampes dans les jambes… and last but not least : prise de poids.
On gonfle comme un putain de ballon sans aucun contrôle.

Et je vous parle de moi là : déjà obèse et mortifiée de l’être depuis 1989.

En plus des problèmes de diarrhée qui me font manquer les cours ou courir d’un toilettes public à un autre, en plus de la fatigue, en plus du régime extrêmement restreint et sec qui me donne l’impression de me nourrir de gravier… Ajouter à cela des problèmes de poids qui s’accélèrent.
A cause des diarrhées et des vomissements, je fonds comme neige au soleil… S’en suit un passage sous cortisone où ma tête gonfle en ballon de basket et mon corps en montgolfière, puis la rémission… Où je dégonfle, mais prends du poids quand même car je digère enfin normalement.
Les effets yoyo et les transformations physiques s’enchaînent.

Mon ami peu réceptif de l’an dernier a été témoin de quelques crises et de mes changements de corps et prend un peu plus la chose au sérieux. Il se montre plus présent et à l’écoute.
Pour les autres, je continue de ne rien dire.
Si aujourd’hui je n’en ai plus rien à secouer, à l’époque je suis morte de honte d’avoir cette maladie.
Dans ma tête et celle de beaucoup de gens encore, le caca c’est comme les règles, c’est tabou, on en parle pas.

 Surtout qu’il finit par m’arriver le pire qui puisse arriver à un malade de MICI.
Ce qu’on redoute le plus, une honte dont on ne se remet pas au bout de deux jours.

Je rentre à Besançon, et pour une fois, pour une raison que j’ai oubliée, ma douce maman ne peut pas venir me chercher à la gare. Ce n’est pas grave, je prendrai le bus.
Je fais le trajet en train où je dors pendant les 2h30, sans incident particulier.
Puis on arrive en gare de notre petite capitale comtoise, je descends du train… Et là, je sens que ça vient.

Les crampes sont violentes, je sais qu’il faut que j’aille aux toilettes dans la minute sinon c’est mort pour moi.
Je cours jusqu’aux toilettes… Payants.

Je fouille nerveusement dans mon porte-feuille, AUCUNE PUTAIN DE PIECES DE 50 CENTIMES !
Pas de dame pipi, personne pour me faire de la monnaie.
J’aimerais courir jusqu’aux guichets, mais il y a la queue, et je sens que je n’ai plus le temps.
Sérieusement, ça va m’arriver là ? Comme ça ?
Juste en face de la porte des toilettes désespérément fermée sous mon nez ? Alors que j’ai la main sur la poignée ?

Oui.
C’est arrivé comme ça.
Je me suis littéralement chié dessus dans cette gare maudite, parce que j’avais 1 euro, 2 euros, mais pas de pièce de 50 centimes.

Je m’effondre.

En pleurs, je vais demander à une dame dans la queue d’échanger ma pièce de 1 euro contre deux de 50 centimes.
Elle doit se dire que je suis bien sensible pour chialer pour une pièce.

J’ai l’impression que tout le monde sait ce qu’il vient de m’arriver.
Je cours ouvrir cette foutue porte, me déshabille.
J’ai au moins la chance d’être « en voyage » et donc d’avoir un sac de sport avec des affaires pour me changer.
Je n’ai pas de lingette, donc ma toilette est très sommaire, mais je peux au moins changer de sous-vêtements et de pantalon et ne pas rester patauger dans ma merde et dans mon sang.
Je prends le bus, encore marquée parce qu’il vient de se passer, l’odeur de mes vêtements souillés qui flotte impitoyablement autour de mon sac de sport.
Je pleure tout le long du trajet, rentre chez moi et continue de pleurer toute la journée dans mon lit, humiliée.

Ca fait plus de 10 ans et je m’en souviens encore comme si c’était hier.
Je maudis depuis ce jour chaque WC payant que je vois.
Et encore, dans mon malheur, j’ai de la chance.
J’ai une amie, atteinte de la maladie de Crohn, qui à cause de ce problème est devenue agoraphobe et n’est pas sortie de chez elle pendant des années, poussées ou non.
Terrorisée à l’idée que ça arrive, et il lui a fallu au moins 5 ans pour avoir de nouveau une vie normale.(Une pensée pour toi si tu passes par ici.)
Sans tomber dans l’agoraphobie, moi aussi, je n’osais plus sortir à une période, et m’isolais de plus en plus.

Le premier semestre se finit tant bien que mal. J’en enchaîné poussées et petites rémissions, et traitements à la cortisone.
Arrive le début de l’année 2006.
Année décisive pour moi puisque c’est l’année des sélections pour envoyer une partie des élèves étudier au Japon.
J’ai choisi l’université Lyon III pour ça, parce que c’est celle qui a le plus d’accord avec les universités japonaises et que je rêvais de cette année universitaire au pays des sushi.
Mes notes ne sont pas dégueulasses et j’ai encore toutes mes chances d’y aller.
Ma mère évite un peu le sujet, car je suppose qu’elle ne voit pas trop comment je pourrais partir à l’autre bout du monde si je suis dans cet état.

Mais j’ai décidé que tout ira bien, donc tout ira bien.

Je passe les entretiens, au deuxième semestre, j’ai ma réponse : je fais partie des sélectionnés pour partir, et dans l’université de mon choix.
Si je valide ma deuxième année lors des seconds partiels, je pourrai partir.
Mon rêve que je prépare depuis deux ans.

Maintenant, y’a plus qu’à !

Sauf que mes intestins ne sont pas d’accord. Ils décident de mettre le niveau de difficulté à Expert, et commence alors la pire poussée que j’ai jamais eue.

Le Pentasa ne me fait plus aucun effet, on dirait que mon corps s’y est habitué.
On hésite à me remettre sous cortisone car j’y ai déjà longtemps été ces derniers mois, et que ça commence à craindre un petit peu.

Les poussées restent extrêmement fortes le matin et la nuit avec un moment plus tranquille l’après-midi, donc je rate quasiment tous les cours qui ont lieu avant 13 heures.
La plupart sont des cours magistraux où on ne vérifie pas les absents, donc si ce n’est que je commence à être à la ramasse dans les cours, administrativement parlant, ce n’est pas trop compliqué.
Je rate quelques TD aussi, mais mon médecin traitant me fait des certificats médicaux couvrant toutes les périodes d’absence quand je rentre à Besançon.
Mais la crise s’éternise.

Je suis extrêmement fatiguée et tiens à peine debout.
Je vomis beaucoup aussi.

Je vis en colocation avec une Japonaise qui s’occupe beaucoup de moi et s’inquiète, mais je me sens mal et affreusement coupable. J’ai l’impression de lui pourrir la vie et son expérience en France.

Comme je peux à peine marcher, elle et mon ami m’accompagnent chez un médecin lyonnais près de la maison pour savoir ce que je peux faire en urgence.
Ce dernier me dit d’aller consulter un certain gastro-entérologue de Lyon, réputé pour être un des meilleurs de France, puisque je ne peux pas consulter celui qui me suit depuis le début pour l’instant.

Qu’il me fasse un certificat pour une absence prolongée pour ne pas avoir de problèmes avec mes bourses scolaires, et que je reste alitée le plus longtemps possible pour ne plus me fatiguer et éviter le moindre mouvement de mes intestins.

Je me rends donc chez la star des Gastro-entérologues, que nous appellerons le Dr Clounet.
Pour franciser, what else.

Le bougre m’accueille comme une porte de Guantanamo. Raide comme un piquet sur sa chaise, j’ai l’impression d’être un cafard sur un plan de cuisine.
Dr Clounet « Et vous voulez que je vous fasse un certificat médical pour une absence ? »
Moi : Oui, j’ai raté presque toute la semaine, et je ne suis pas en état d’y retourner avant un moment… Mon traitement ne fait plus effet.
Dr Clounet : Et vous vomissez, vous dites ?
Moi : Oui.
Dr Clounet : Ça ne fait pourtant pas partie des symptômes des MICI, une inflammation de l’intestin c’est des diarrhées possiblement sanglantes, pas de vomissements.
Moi : Ben moi je vomis. Parce que les douleurs sont trop fortes.

C’est évident, il ne me croit pas du tout.
Il n’a pas envie de me faire un justificatif d’absence, ça se sent. Il a l’impression que je me fous de sa gueule pour rater les cours ou quelque chose comme ça.
En tous cas, je ne me sens vraiment pas du tout comprise, et sur ma chaise, j’ai l’impression d’être une criminelle qu’on essaie de faire avouer.

Il me dit qu’il va m’ausculter et me demande de me déshabiller et de me mettre à quatre pattes sur la table d’examen.
Je déchante complètement.

Déjà qu’il ne me met pas du tout à l’aise, je sens que l’examen qu’il va me faire ne va pas me plaire.
Euphémisme.

Cul nu, à quatre pattes sur une table, je le sens m’enfoncer un long cône en métal dans l’anus.
Le toucher rectal version Premium.
Le résultat est sans appel, crampe abdominale, giclée de sang et je vomis tout ce que j’ai dans l’estomac sur sa table d’examen.

Allez hop, ça c’est fait.
Je lui dis que je sens la diarrhée venir et que je dois aller aux toilettes.
Il me laisse me rhabiller rapidement et courir jusqu’aux toilettes où à peu près tout le cabinet m’entend me vider et vomir mes tripes.
Je ressors blanche comme un linge, et quand je retourne dans la pièce, le médecin est devenu une toute autre personne.
Cette fois, il est inquiet et me dit que l’inflammation est violente et que vu mon état, je dois être hospitalisée, voire envisager une première intervention chirurgicale.

Quand il me dit ça, c’est la panique dans ma tête.
Des images d’anus artificiel, de poche et autre dansent dans ma tête. Je m’étais préparée à ce que ça m’arrive un jour, mais pas à 22 ans, c’est trop tôt.
Et puis je dois réussir mon année pour partir au Japon, je ne peux pas être hospitalisée des semaines.
Et puis je ne veux pas être hospitalisée seule à Lyon.

Bordel, il va pas me foutre dans un hôpital des semaines pour me découper et ruiner mes efforts pour partir au Japon.
Je refuse.

 Je lui dis que je veux rentrer chez moi, et tenter encore un peu le traitement.
Il me fait promettre que si d’ici une certaine période (je ne me souviens plus exactement du délais qu’il m’a donné) je ne vais pas mieux, alors je devrai me faire hospitaliser.
Je promets.
Il me redonne pentasa, cortisone, me fait un justificatif pour une longue absence et je retourne me coucher.

Je ne veux pas rester à Lyon seule à pourrir ma coloc dans cet état, mais je ne suis pas assez vaillante pour prendre le train.
Aussi dévouée que jamais, ma mère prend son super bolide (sa fidèle clio) et se tape 500 km aller-retour pour venir me chercher.
Un trajet retour difficile où je suis couchée à l’arrière, où elle doit rouler doucement et s’arrêter en urgence de temps à autre pour que je puisse donner un peu d’engrais à Mère Nature, cachée entre deux portières.

Ah, le bon vieux temps.

 Une fois rentrée chez moi, je suis restée alitée longtemps. Je ne me souviens plus exactement.
Je me souviens juste que j’avais perdu près de 15kg en 3 semaines, et que quand mon père m’a vue, pour la première fois de ma vie, je l’ai vu pleurer.
Une des seules preuves que j’ai eue à ce jour qu’il y avait un petit cœur sensible qui battait sous ces bouclettes.

Couchée dans un lit à regarder des disney, pour ne me lever que pour manger des trucs secs et sans fibre, prendre mon traitement et, bien sûr, aller aux toilettes.

Je ne sais plus combien de temps ça a pris, mais la poussée est passée.

Pile pour la fin d’année et que je puisse aller passer mes examens.
Hors de question que je rate mon année bien partie et mon année au Japon pour cette merde.
Je buche, je buche, je buche.
Je vais pleurer les cours à des personnes de ma promo.
La plupart n’ont aucune idée de ce qui m’est arrivé et certainement rien remarqué, mais certains ont remarqué que j’avais un peu une tête de fantôme et sont venus me demander si j’avais des soucis de santé.

Arrive le jour de mon partiel de linguistique japonaise, un cours qui avait lieu de 8h à 10h pendant l’année, soit l’horaire où les poussées étaient les plus fortes, et donc où je n’avais quasiment jamais mis les pieds.
La prof, japonaise, distribue les sujets, et s’arrête en me voyant.
« Vous êtes dans ma classe, vous ? 
– Oui.
– Eh bien vous vous êtes pas beaucoup fatiguée pendant l’année. L’horaire était trop tôt peut-être ? A ce stade, vous n’êtes pas obligé de passer l’examen. »

Je n’ai pas relevé la pique et me suis dit qu’heureusement que les examens étaient anonymes, que sinon je me ferais sûrement lyncher.

Mais cette petite dame n’était pas indispensable à mon savoir, qu’elle le sache.
J’avais acheté son bouquin de linguistique qui reprenait mot pour mot ses cours, et j’ai eu 18 à son partiel à la con.


In your face, bitch.

Malgré toutes ces absences et péripéties, l’année se termine bien, je passe les partiels sans trop de difficulté, obtiens mon année tranquille Emile, et mon départ à Osaka pour un échange scolaire est confirmé.

A la grande inquiétude de tout le monde : est-ce raisonnable ?

 Mon principal argument étant que la RCH était une maladie chronique dont les poussées pouvaient être déclenchées par du stress, de la fatigue ou autre état psychologique négatif, si j’allais au Japon, je serais heureuse et bien dans mes pompes, donc j’aurais pas de poussée.

On y croit ou on y croit pas, ma grand-mère était une barreuse de feu.
Une sorte de magnétiseuse, si vous voulez.
Personnellement, je ne sais même pas si j’y crois moi-même, mais le fait est que petite, ma grand-mère m’avait déjà soignée des choses où les médicaments n’avaient rien fait.
Elle a voulu me barrer avant mon départ au Japon pour que je n’y sois pas malade.
Comme de toute façon il n’y a rien à perdre et que la pensée positive peut toujours avoir un effet sur le corps, je l’ai fait.

 Et je n’ai pas été malade pendant cette année au Japon.
Mieux, je n’ai pas été malade pendant dix ans.
Une belle rémission de dix ans.

Où j’ai oublié que j’étais malade. Où je ne prends plus mon traitement depuis longtemps, parce qu’à le prendre en continue, il ne faisait plus effet et qu’on était obligé de jouer la surenchère pendant les poussées.
Qu’à cause de ça j’ai été sous cortisone des mois et suis passée à deux doigts de l’opération chirurgicale.

C’est peut-être inconscient, mais à partir du moment où je ne suis pas malade et que je ne me sens pas en danger, je continue de faire comme je l’ai décidé.
Je préfère avoir un corps sevré des anti-inflammatoires et qu’ils fassent réellement effet le jour où j’ai de nouveau une poussée violente.
Je ne suis pas médecin, peut-être que ma décision est la mauvaise et je ne conseille à personne de faire pareil.
Mais  personnellement je n’ai pas eu à m’en plaindre pendant 10 ans. 

10 ans de rémission après cet enfer.
10 ans, où j’ai fait tellement de choses.
Le Japon, les Etats-Unis, la Corée, l’Australie, la Nouvelle-Zélande… Tant de vadrouilles, tant d’aventures où j’ai sincèrement oublié que j’avais cette épée de Damoclès au dessus de la tête.

Pour être honnête, mes poussées ont repris très légèrement depuis mai l’année dernière.
J’ai eu un gros passage à vide à la fin du printemps, et pendant 2 mois, mes diarrhées ont repris le matin.
Ensuite elles sont parties, et sont revenues en pointillé depuis fin janvier cette année.
Mais pas de sang, et rien d’ingérable, donc je vous avoue que ça ne m’empêche pas de vivre, et que personne n’est au courant (bon, maintenant si, si les gens ont vraiment eu la foi de lire 16 pages parlant de caca).
Je n’en parle pas, pas parce que j’en ai honte comme avant –concrètement, depuis mon coming-out sur les TCA en 2013, je n’ai plus honte de rien niveau maladie -, mais juste parce que je ne me considère même plus comme malade.
Je l’oublie la plupart du temps et je ne le vis pas mal.

Quand ça arrive, je fais attention à ce que je mange, je me repose, et voilà.
L’an dernier j’ai hésité à aller consulter car ça a duré quand même longtemps, mais au Japon je ne savais pas trop où aller (bon je ne me suis pas renseignée non plus… J’ai une capacité à ne pas m’occuper de moi-même qui est assez impressionnante).
Il n’y avait pas de sang, la poussée est passée, donc je n’ai pas cherché plus que ça.

D’autant qu’on peut reprocher au Japon beaucoup de choses, mais c’est le pays rêvé des personnes atteintes de MICI : des toilettes partout, publiques, et non payantes.
Donc quand ça vient, dans les 20 secondes je suis sûre de trouver des toilettes et ça ne m’handicape pas plus que ça.

Après, comme je sens que les envies impromptues reprennent de temps en temps depuis un an, je réfléchis à reprendre un suivi, pas me faire surprendre comme la première fois et me retrouver alitée du jour au lendemain.

Le mot de la fin

Voilà mon témoignage sur les « joies » des MICI.
Il vaut ce qu’il vaut, et je ne sais pas s’il vous a appris quoi que ce soit.

Le principal souci des MICI c’est que ce sont des maladies invisibles et complètement imprévisibles.
Comme on ne voit rien, sauf dans les cas graves où on perd beaucoup de poids et autre, on a tendance à ne pas comprendre la gravité d’une poussée d’un malade.
Aussi, je sais que les gens ont souvent eu du mal à comprendre que je puisse être dans un état lamentable entre 5h du matin et 13h, et me sentir très bien à partir de 14h jusqu’en fin de journée.
Je sais que j’ai pu passer, parfois, pour quelqu’un qui me sert d’une maladie pour sécher les cours que le matin alors que je ne suis pas si malade que ça.

Pour ceux qui viennent d’être diagnostiqués et qui, comme moi, ont imaginé le pire et paniquent, ben je peux juste vous dire que même quand on a vécu des épisodes violents, ils peuvent passer, et qu’on peut vivre une vie tout à fait normale et faire plein de choses sans rester bloqué toute sa vie dans ses chiottes. Il y a encore de bons moments à venir.
D’autant plus maintenant où les traitements sont de plus en plus efficaces.
Profitez des moments de rémissions au maximum, et vous découragez pas quand ça revient.

Je sais qu’on est pas tous égaux face à cette maladie et que certains ont des épisodes plus nombreux et plus violents que d’autres, mais dans ma grande impuissance, c’est tout ce que je peux vous dire.

Ah, et si un politicien passe par là : AUGMENTEZ LE NOMBRE DE VOS PUTAIN DE CHIOTTES ET LAISSEZ PASSER LES GENS MALADES.

Voilà.

Bisous magiques et paillettes sur vous les amis.
Sur ce, merci d’avoir –peut-être – tout lu.
Je vous laisse retourner regarder le Royal Wedding du Prince Harry.

Le blog de l’année !

Le blog de l’année.
J’aimerais pouvoir vous dire que c’est parce que c’est le meilleur, mais c’est plus parce qu’il n’y en a qu’un par an…

Après des mois sans y avoir mis les pieds, je reviens, comme chaque année, dépoussiérer ce blog mort.

Un peu parce que vous me manquez, un peu parce que j’en ai envie, et aussi parce qu’OVH vient, comme chaque année, réclamer ses deniers pour me laisser le droit de laisser mourir ce blog sur la place publique.
D’habitude, je mets la main à la carte bleue sans réfléchir pour renouveler l’abonnement, mais je dois avouer que cette fois-ci, je me pose la question.

Est-ce que je dois vraiment renouveler encore une fois, peut-être pour rien ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de m’épargner 70 euros l’année pour un site où je ne mets plus les pieds ?

Remise en question

Comme j’en ai déjà parlé récemment, ceux qui me suivent sur Twitter savent que je vis ma petite crise existentielle des réseaux sociaux et de ma présence virtuelle en ce moment.
J’ai réalisé ces derniers mois que j’avais une sorte d’autocensure chronique sur le fait de poster un truc ou un autre.
Une des raisons étant que mes comptes ne sont depuis longtemps plus du tout anonymes. Avant, je n’avais qu’une petite poignée de gens de mon entourage parmi les gens qui suivaient mes aventures, pour une grosse poignée d’inconnus. Maintenant j’ai l’impression que c’est le contraire.
Des contacts professionnels, des amis d’amis, des personnes que j’ai rencontrées dans un cadre précis, et qui font que, pour une raison ou pour une autre, je ne vais plus oser dire telle ou telle chose.
Il y a une certaine liberté dans le fait d’être complètement anonyme. On peut se permettre d’arrêter de suivre une personne qui nous ennuie, alors que quand il y a une connexion avec le réel, le geste a parfois des conséquences. Il y a tous ces nouveaux outils de « mute », de filtrage et compagnie, mais dans le fond le trouve ça un peu hypocrite aussi.
D’un côté c’est bête, j’ai appris depuis longtemps qu’on ne pouvait pas plaire à tout le monde et je suis bien assez grande pour écrire ce qui me plaît et n’interagir qu’avec les personnes qui m’intéressent. Mais je crois qu’il faut une phase d’adaptation pour pouvoir dépasser ça, et je n’ai pas encore suffisamment apprivoisé mon je-m’en-foutisme.

Donc voilà, il y a une certaine liberté dans le fait d’être complètement anonyme qui me manque un peu.

Au delà du côté auto-censure, j’ai parfois du mal avec le fait d’être hyper connectée tout le temps avec tout plein de gens « du réel » dont on a pas forcément envie d’avoir des news ou connaître les états d’âme toutes les 5 minutes.
Je ne sais pas si c’est Black Mirror qui me monte à la tête, mais je trouve notre façon de communiquer en permanence avec les gens qu’on connait un peu tordue, et malsaine parfois. 
Attention, je suis la première utilisatrice de tous ces moyens de communication, et je trouve merveilleux qu’on puisse rester en contact avec des personnes qui ont partagé ne serait-ce qu’un court instant de notre parcours de vie, etc. C’est juste que parfois, je trouve les limites difficiles à délimiter pour que ça ne devienne pas étouffant.
Je vais sonner comme une vieille avant l’heure, mais avant les réseaux sociaux, il y avait (en tout cas pour ma part) une véritable séparation entre ma vie réelle et ma vie virtuelle.
Les gens que je voyais en cours, au boulot, dans mes activités extra-scolaires, et ceux avec qui je parlais sur les forums que je fréquentais et les sites que j’administrais étaient complètement différents, nos sujets de discussions aussi.
Aujourd’hui, tout est un peu mélangé, il n’y a plus de limite précise. Et l’objet de nos publications est bien souvent la mise en scène de nos propres vies. 
Je fais partie de ce système, je le nourris, et pourtant moi aussi parfois, il m’épuise et j’ai besoin d’une pause.

A l’époque où mon blog était mis à jour et un peu populaire, c’était même parfois malaisant. Très régulièrement, je pouvais croiser des gens de mon entourage qui me disaient « J’ai vu que tu avais blogué, mais désolé(e), je n’ai pas encore lu. »

Deux fois, je suis tombée sur des personnes qui me disaient «Je lis tout ce que tu écris ! Tous les articles ! J’adore ! » alors que ce n’était manifestement pas vrai.
Une fois, je ne sais plus exactement le propos, mais j’ai répondu en faisant une allusion à mon tristement célèbre article sur les TCA.
XX : TCA ? C’est quoi ?
Moi : Troubles du comportement alimentaire… ?
XX : Oh. Je lis tout sans faute, donc j’ai dû le lire il y a longtemps mais tes blogs sont tellement longs, je ne me souviens pas de tout par coeur !

Oui, alors… Pour le coup, permettez-moi de douter très fort qu’on puisse oublier celui-là si on l’a vraiment lu.

Pourquoi mentir, je ne demande pas de compte, moi ?
Je veux dire… Pas de malaise, hein ? Je ne fais pas d’interrogations surprises, je le promets. Concrètement, je ne force personne à lire ou commenter ce que j’écris. Se connaître IRL ou même être amis ne pousse à aucune obligation.
Je ne me définis même pas comme blogueuse. Ici, c’est juste un défouloir quand j’en ai l’envie, le temps ou l’inspiration.

Je suis contente si on me lit ou si on me dit un petit mot, les encouragements qui boostent le moral ont un effet salvateur, je ne vous le cache pas. Mais ça me touche si on le fait parce qu’on en a envie et qu’on passe un vrai bon moment sur ces pages, sinon je m’en fiche pas mal, et je ne me définis pas seulement par un article écrit tous les 4 mois en période de grande forme. 
Si ça peut vous déculpabiliser, sachez que moi, je ne lis quasiment aucun blog des gens que je connais, et pour le coup, je ne culpabilise pas une seconde.

Bref, je ne sais pas, à un moment donné, ce blog avait légèrement biaisé la relation que j’avais avec les gens IRL. A fortiori une fois revenue au Japon, puisque c’est dans la communauté nippophile que mes articles ont le plus été lus.
Entre ceux qui croyaient  tout connaître de moi grâce à mes articles (spoiler : non), ceux qui avaient une image très précise de moi qui ne correspondait pas forcément à la réalité avant de me rencontrer, et certaines personnes déjà proches qui se sentaient obligés de lire ou suivre par loyauté…
A une période, j’avoue avoir trouvé ça un peu oppressant et je dois avouer que je n’avais pas envie qu’on me parle de mon blog en dehors du moment où j’étais en ligne pour m’en occuper.
Je sais que souvent ces personnes n’avaient aucune mauvaise intention donc ce n’est pas un reproche, c’est juste que comme tout le monde faisait un peu pareil, ça revenait régulièrement pour moi et a fini par me mettre un peu mal à l’aise. 
Mais le problème vient de moi, car j’ai la chance jusqu’ici d’être relativement épargnée par les haters, donc pour le coup, je ne peux pas dire qu’on m’ait dit des choses désagréables.

Et dire que je me plains de la pression en ayant eu que quelques milliers de lecteurs à un moment donné, heureusement que je ne suis pas EnjoyPhoenix, car je ne sais manifestement pas gérer le fait d’avoir un petit auditoire (et je n’y connais rien en produits de beauté de toute façon).

Je n’arrive pas à savoir si ce que je dis est ingrat ou non… ? 

En un sens oui, on est toujours heureux d’avoir des gens qui vous suivent et qui vous lisent.
Et je reçois bien souvent des messages bienveillants qui font aussi chaud au coeur (et pour lesquels je vous remercie du fond du coeur).
Mais je n’ai pas bien su gérer la partie IRL et la partie virtuelle, que ce soit ici ou sur Twitter, et à un moment donné tout s’est mélangé et je n’ai plus ressenti la même liberté qu’avant pour m’exprimer.

Crise de confiance 

Au delà de ça, ces dernières années ont été un peu compliquées, l’année 2017 particulièrement difficile, et j’y ai laissé quelques plumes.
Je vous ai souvent teasé à propos d’un projet que je préparais depuis plusieurs années et qui était la raison de mon retour coup de théâtre au Japon.

Et bah patatatra, ce projet ne verra jamais le jour.

En tout cas, pas avec moi et pas au Japon (c’est ballot).

Et mon ressenti vis à vis de ça est extrêmement complexe.
Je vous passerai les raisons troubles de ce terrible échec humain (une histoire qui pourtant vous passionnerait puisqu’elle inclut courses poursuites en voitures de police dans les montagnes japonaises avec girophares arc-en-ciel, fratricide, coup d’état, violence, sexe, drogues et Benjamin Castaldi en crocs sur une plage de Normandie), mais le fait est que ça a été un gros coup de pied dans le château de cartes fragile de ma vie.

D’un côté, je sens au fond de moi que c’est une bonne chose. Car comme je n’étais pas seule dans cette histoire, j’avais tendance à m’oublier et mettre de côté mes propres désirs pour ça, voire à ressentir une certaine culpabilité si j’avais d’autres envies et ne plus oser à 100% faire des activités rien que pour moi.
Aujourd’hui, mon destin m’appartient de nouveau, et si on essaie d’être positif, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Le problème, c’est que moi qui suis à la base quelqu’un qui aime travailler seule, j’ai réfléchi et fonctionné à deux pendant trois ans où j’ai eu tendance – inconsciemment – à bloquer mes envies personnelles et mes besoins.

Aussi, avant d’aller en Australie, je sortais d’une relation amoureuse avec une personne qui s’est avérée très toxique et qui avait déjà salement cassée mon estime de moi (déjà qu’elle vole pas bien haut de base).

Résultat, j’arrive à une période charnière de ma vie, où je dois me relever seule, m’écouter, savoir ce que je veux et croire en moi pour y arriver.
La belle affaire.

Parce que quand sur les quatre dernières années, on vous a détruit psychologiquement et que vous avez fait l’erreur de vous reconstruire non pas seule mais en binôme et en vous reposant sur cette personne, c’est devenu quelque chose de super difficile.

Pour la première fois depuis des années, j’ai l’impression d’être seule avec moi-même et de ne plus être capable de rien.
Il y a un côté d’exaltant dans le fait d’être de nouveau maître de ses envies et cette impression que tout est possible… Mais c’est aussi terrifiant de se dire que cette fois on ne suit plus personne, car dans le fond « je ne suis qu’une merde et je ne vaux rien. »

Cela fait des années que je ne dessine plus, que je n’écris plus, que je ne créé plus rien. Que je n’ai rien fait de valorisant complètement seule.
Rien qui n’appartienne qu’à moi et qui aurait pu m’aider à reconstruire l’estime de moi envolée aux quatre vents.

Ça a pris une éternité mais ces derniers mois l’inspiration est revenue. L’envie aussi.
Mais la confiance n’est plus là. Et au moment de me mettre à l’attaque, je me sens moins que rien, et rien ne sort.

Je me rends compte que je me sens vivante et légitime d’exister que quand je fais quelque chose de vraiment extraordinaire : faire le tour d’Australie seule, sauter d’un avion pour un skydiving (alors que je tremble de vertige sur un escabeau…), nager avec des raies manta ou plier ma langue en forme de U.
Alors je suis fière et j’ai de l’estime pour moi et je me sens capable.
Cinq minutes.

Et puis tout s’écroule de nouveau.

Je suis devenue incapable de garder cet esprit de conquérante au quotidien. Je vais regarder un clavier ou une feuille blanche en me disant « j’ai envie » et ressentir un immense blocage que je n’avais pas avant.
Et plus mon envie est forte, plus ce blocage devient frustrant et démoralisant.

  

Aussi, j’ai eu l’opportunité de devenir manager du service international d’une entreprise cet été.
Je n’en avais aucune envie, déjà parce qu’après trois ans à bosser à la maison en pyjama, dans des cafés en musique ou en road trip à l’autre bout du monde, revenir m’enfermer 9h par jour dans un open space me donnait envie de me tirer une balle. Aussi, parce que ne plus travailler avec des Japonais c’était un peu ce qui m’avait réconcilié avec le Japon, et j’avais peur que devoir de nouveau rentrer dans le moule du travail japinois me tape sur le système nerveux assez rapidement (spoiler : oui).
J’ai finalement accepté parce qu’avec l’échec de mon projet, je n’avais plus aucune visibilité sur mon avenir et sur ce dont j’avais envie et que j’avais besoin d’un coup de pied au cul.
Je me suis dit qu’au lieu de broyer du noir, devoir être obligée de me lever tous les matins pour rendre des comptes à un patron serait un bon stimulant. Et puis, je me suis dit que diriger une équipe, apprendre à analyser des chiffres et des budgets pourrait m’apprendre des choses et que ça me servirait pour mes projets futurs.
C’est le cas, moi qui n’ai qu’une formation littéraire et culturelle, j’apprends, malgré mon amateurisme, plein de choses.

Mais ce qu’on ne m’avait pas dit avant, c’est que si on cherchait un manager d’urgence, c’était parce que l’entreprise était en train de se casser la gueule et qu’il fallait très vite quelqu’un pour recadrer le truc et empêcher le Titanic de couler.
En fait, plus que manager, j’ai été embauchée dans le rôle de rustine.

 

Donc autant vous dire que mon retour dans le monde standard du travail aurait pu être plus joyeux et moins stressant, et que comme il fallait mettre les bouchées doubles, les premiers mois ont été terribles, avec de nombreuses journées au bureau jusqu’à minuit ou une heure du matin.
Résultat, plus le temps d’aller au sport, plus le temps d’aller danser la salsa (tristesse, j’écris ton nom), le cul posé sur une chaise 14h par jour, stressée H24, peu de sommeil…
→PRISE DE 20 KILOS EN SIX MOIS.

Bim.

 

Voilà voilà.
En plus, je suis la professionnelle des kilos émotionnels : dès que quelque chose ne va pas dans ma vie, que je garde quelque chose pour moi, que je me sens mal dans mes pompes, je continue de gonfler comme un putain de ballon sans raison.

Vous commencez à me connaître, je vous laisse imaginer mon état psychologique actuel et mon désespoir face à un miroir.

Et donc, énième prise de poids, détestation de sa personne et de son image, baisse d’estime de soi, s’il en reste.
Le cercle vicieux s’accélère.

Ajoutez à cela d’autres soucis de la vie, une période générale de creux dans tous les domaines et une année épuisante derrière soi, et ça vous donne une Sonyan qui a le pelage rose en berne.
Je n’ai pas le moral, j’ai du mal à retrouver l’envie (qu’on me donne l’enviiiie, l’envie d’avoir enviiiiie… Voilà, mon hommage à Johnny moi aussi), à m’amuser pour de vrai, à rire de bon cœur et à accepter le fait que je doive vivre seule et pour moi.

J’ai l’impression de jouer la comédie la plupart du temps où je suis en société, pour m’effondrer dès que je suis rentrée chez moi.
Alors comme toujours, j’essaie de m’occuper pour ne pas penser. Ces derniers temps je décore un peu mon appartement qui ressemblait un peu à une chambre d’hôpital, et je me bas avec mon chat qui détruit au fur et à mesure ce que je fais.
Enfoiré.

Un peu de positif, bordel !

 

Bref, on vient de passer 5 pages à chialer dans les chaumières, on va peut-être s’arrêter là et passer à autre chose.
Non, 2017 n’a pas été un bon cru. Une petite piquette de bas étage, tout au mieux.

Mais ça ne change rien au fait que je crois que la chance ne vient pas, et qu’on la crée soi-même.
Alors c’est ce que j’ai fait.

En 2017, j’ai commencé l’année en fanfare en faisant le tour de la Nouvelle-Zélande pendant un mois (île nord et sud), et avant de m’enfermer dans les bureaux de l’entreprise, je suis aussi allée crapahuter dans le sud de Taïwan.
Deux beaux voyages qui m’en ont mis plein les mirettes.
IMGP2773
IMGP2761_1
IMGP2099
IMGP3152

IMGP5001
IMGP5018
IMGP5080
IMGP5112

Aussi, comme j’en avais envie depuis très longtemps, et que je souffre terriblement de la solitude, j’ai adopté un chat.
Comme je pourris UN PEU mon snapchat de sa perfection immaculée, je pense que pas mal d’entre vous le savait déjà.
IMGP4480
(D’ailleurs, pour éviter le spam trop intensif, mon roi a son propre instagram : @king.balerion) 

Cet être diabolique pourri mes nuits en me sautant sur le visage et bousille mes murs pour faire sa manucure (oui il a un arbre à chat, oui je lui ai acheté des trucs de cartons et autres, et oui, j’ai des mis des protections sur mes murs, BUT STILL è_é), mais je l’aime plus que tout au monde.

Il a changé ma vie.

Déjà, je n’ai plus aucune chaussette sans trou puisqu’il adore jouer au foot avec et les décortiquer.  Donc j’ai régulièrement les doigts de pieds au frais.
(Quand je vous disais que c’était un enfoiré).
Mais surtout, je n’ai plus ces crises d’angoisses quand je rentre à la maison le soir et qu’il n’y a personne.
Cela faisait des années que je ne rentrais pas chez moi avant 23h ou minuit pour éviter de me retrouver seule, des années que j’avais des insomnies, des années que je n’arrivais plus à apprécier un film et une série car le sentiment de solitude une fois rentrée à la maison était tellement oppressant qu’il me rendait impossible le moindre moment de détente en solo.

Résultat, j’ai des années de séries en retard, et une amie m’a donné son compte Netflix.


Adieu vie sociale

Maintenant, limite il me tarde de rentrer chez moi le soir pour le retrouver, l’instant glandouille devant une série avec lui qui ronronne dans mon cou est le meilleur moment de la journée, et si je ne dors pas la nuit, c’est seulement parce que ce fifrelin a décidé qu’il était l’heure de me mordiller les doigts de pieds.

 

Voilà, je suis passée du côté obscur des vieilles à chats, gaga de leur boule de poils.
Cliché de la trentenaire célibataire, je suppose.

Sinon, j’ai décidé que mon expérience à temps plein dans le monde de l’entreprise avait assez duré, mais comme je voulais conserver mon travail, un salaire, et mon titre de manager pour plus tard, j’ai demandé à ne travailler plus que le matin dans les bureaux. 

Je viens le matin, je fais le tour des chiffres, de ce qu’il y a à faire, je fais le point, et je me casse ensuite pour faire ma vie. Je travaille tranquille sans bruit de gens qui machouillent la bouche ouverte où se râcle le fond de gorge toutes les deux secondes, et si j’ai besoin de faire une pause d’une heure ou deux pour aller marcher, courir, faire une course ou autre, hé bien je le fais.

Je dois encore apprivoiser ce nouveau rythme, mais ne plus rester enfermée dans un bocal dans le même bureau avec les mêmes personnes du matin au soir me fait déjà du bien.

En 2017, j’ai fait une immense peinture d’1m50 sur 3m qui a pris un bon mois à réaliser, à deux.
Bon, ce n’était pas pour moi donc ce n’était pas sur un sujet qui me parle beaucoup (le portrait d’une équipe de foot…), mais moi qui n’avais jamais peint avant, je me suis peut-être découvert un autre hobby.
C’était vraiment relaxant de rentrer chez soi le soir, et peindre en musique.

Si j’arrive à vaincre ce foutu blocage, j’aimerais bien recommencer pour quelque chose de plus personnel et ancré dans mon univers cette fois.

En 2017, j’ai battu mon record de concerts de Miyavi sur l’année. Ils étaient tous merveilleux (la question ne se pose même pas), et je remets ça dès le mois de mars.
J’ai ainsi achevé en beauté ma 14ème année de fangirl.

En 2017, j’ai déménagé dans un appartement plus grand, et pour la première fois depuis plus de 10 ans que j’ai quitté le cocon familial, j’ai un vrai appartement qui n’est ni une coloc, ni un petit studio. Enfin un grand espace pour moi (enfin je veux dire pour le chat, il a la gentillesse de me laisser squatter les lieux).

En 2017, j’ai retrouvé des idées, des objectifs personnels, et des projets.

Oui, des projets

Après des années à avancer avec en tête un objectif qui a disparu, ça a été vraiment le trou noir.
Que faire de ma vie ?

J’ai eu au moins raison sur un truc dernièrement, c’est que revenir en entreprise m’a un peu remise sur les rails.
Je recommence à délimiter ce que je n’ai pas envie de faire (travailler) et ce que j’ai envie (danser nue sur la plage un mojito à la main).
A avoir de vrais projets (si si), qui m’appartiennent.

Le seul problème, c’est ce que je vous écrivais plus haut.
Arriver à surmonter le blocage qui s’est créé ces dernières années, ce manque de confiance.

Alors comme on me l’a conseillé, je vais essayer de commencer petit à petit.
Avec des choses anodines. Recommencer à lire, à faire des photos. A tenter un dessin par là, peut-être encore une peinture.
A écrire.
(Le sachiez-tu : j’ai trois articles de blogs entamés sur ce disque dur jamais achevés « parce que c’est nul ». Tss.).

Peut-être qu’en faisant ça, j’arriverai à ressentir un peu de satisfaction à faire quelque chose de valorisant et arriverai à reprendre confiance.

Arriver aussi à surmonter mes problèmes de gestion de mes passe-temps virtuels qui empiètent un peu sur mes interactions IRL.
Pour l’instant, je suis un peu en ON et OFF.
Quand j’ai envie de poster quelque chose, je le poste.
Quand j’ai besoin de souffler et de me déconnecter de la vie des autres et qu’on m’oublie un peu, alors je désactive tout quelques jours ou quelques semaines.

Je suis en train d’envisager de reprendre un blog de créations (critiques de lectures, écritures de fictions, dessins, etc) que j’avais à un moment sous un autre pseudo.
Pour ce blog-là, peut-être que j’arriverai à finir ceux que j’avais entamés (faut que je paye OVH aussi…)
Je regarde aussi des stages et bootcamp divers à l’étranger dans des domaines qui me parlent et qui me feraient du bien.

Bref.
Petit à petit.
Pierre par pierre.
On va essayer.

Si vous entendez parler de moi cette année, c’est que j’ai réussi. Si je continue d’apparaître en pointillée, c’est que je me débats encore dans mon labyrinthe. 

Plus qu’un blog de nouvelles, ceci est un blog d’auto persuasion.
Tout écrire pour le graver quelque part, se motiver.

Aussi pour rappeler à ceux qui en ont besoin aussi que votre pire ennemi, c’est vous même.
Votre propre prison, c’est vous même.
Qu’il faut se battre, tout le temps. 
Même si des fois, on s’en sent plus la force.

 Allez 2018, on y croit.
Plein de bonnes ondes, des bisous, des câlins et bon courage pour vous aussi.

COMMENT LE JAPON M’A RENDUE NATURISTE !

Ah bah oui.
En me permettant de vous envoyer sur les monts venteux pendant plus d’un an sans un seul billet, il fallait bien au moins un bon titre putaclic pour vous faire revenir sur ce blog poussiéreux.
Les techniques de communication sur le web ont évolué, je m’adapte, que voulez-vous.

Bref, vous allez être déçus, je ne suis pas plus naturiste que Geneviève De Fontenay (Quoique… Après tout, on ne sait pas tout.)
Même si c’est vrai que depuis 2016, je me mets régulièrement à poil en public, mais je reviendrai plus en détails sur ce point plus bas.
(Et non, je ne suis pas devenue stripteaseuse non plus. Tu lis et tu arrêtes de m’interrompre, merci.)

Donc déjà un an que je n’ai pas blogué.

Je ne vais pas vous refaire en détails mes vœux de nouvelle année, car pour être honnête, ils ressembleraient ligne pour ligne à ce que je vous ai écrit l’an dernier.
Croyez en vos rêves, faites vous des listes de choses à accomplir, de la plus insignifiantes à la plus démesurée, et réalisez ce que vous pouvez sur le chemin. Et à la fin de l’année, malgré toutes les galères que vous avez eues, malgré les possibles maladies, les déceptions, le climat politique de plus en plus MERDIQUE (et franchement, le mot est faible), hé bien c’est ce que vous avez accompli que vous retiendrez. Et c’est aussi ça qui donnera à votre vie cette petite saveur spéciale qui la rend digne d’être vécue.
Moi c’est comme ça que je fonctionne. J’oublie tout ce qui ne va pas dans ma vie (et malgré les apparences, la liste est longue) en m’offrant tout ce que je peux m’offrir en expériences et en défis.
Et ça me rend triste quand je vois des gens qui rêvent en voyant la vie des autres sans oser.
Donc je recycle ma vieille rengaine, 2017 est vôtre, OSEZ FAIRE CE QUE VOUS VOULEZ.

Aussi, cela fait un an déjà que je suis retournée au Japon.
Et ça a été une année bien chargée.

Honnêtement, je ne saurais vous dire si ça a été une bonne année ou non. A la fin de l’année, j’avais tendance à dire que ça avait été une année de merde bien comme il faut, mais je crois que c’est surtout le climat anxiogène actuel du monde qui me donne ce ressenti.
D’un point de vue personnel, ça n’a pas toujours été une année confortable psychologiquement, mais je pense encore une fois en avoir bien profité, et avoir beaucoup avancé dans mes projets et mon travail sur moi-même.

Beaucoup m’ont demandé pendant l’année qu’est-ce que ça me faisait de retourner au Japon après deux ans et demi d’absence. Je vais en profiter pour vous faire un peu le point là-dessus.

J’ai déçu pas mal de personnes avec cette réponse, mais je dois avouer que ça ne m’a pas bouleversée plus que ça en fait.
J’ai été contente de retrouver certaines choses, d’autres me gavent toujours autant, et voilà. Je pense que j’y ai vécu trop longtemps et en ai été absente trop peu de temps pour vivre une véritable nostalgie. D’autant plus que j’y étais revenue 3 semaines en 2014 donc la coupure n’a pas été aussi nette que ça.

Donc non, je n’ai pas eu cette émotion qui vous prend aux tripes que beaucoup ont cru que j’aurais, j’ai juste eu l’impression d’être revenue à la maison après des vacances. 
Certaines choses ont changé, pas mal de mes adresses préférées n’existent plus, mais pas dans des proportions assez importantes pour que je me sente perdue.

Par contre, mon rapport avec le Japon en lui-même a lui beaucoup changé, et donc mon état d’esprit au quotidien aussi. Je pense ne plus du tout avoir la même vie que celle que je menais il y a 3 ans, et je ne vis plus du tout le même Japon qu’à l’époque. Et je pense que c’est pour le mieux.
Certains vont peut-être trouver ça triste, mais je n’ai plus cette passion du Japon, il ne me fait plus vibrer.
Ne vous méprenez pas, ça ne veut pas du tout dire que je n’aime plus le Japon, je l’aime toujours et je l’aimerai toujours. Il représente une partie bien trop énorme de ma vie pour devenir insignifiant un jour.
Mais il ne me passionne plus. Je ne lis plus beaucoup de littérature japonaise, je ne regarde plus trop de films japonais, je ne regarde plus de drama, niveau musique je n’ai aucune idée de ce qui passe à la radio… Et surtout, je ne cherche plus du tout à avoir des amis Japonais, à vivre à la Japonaise, ou à vouloir rester dans ce pays à n’importe quel prix.
Et c’est ce qui fait toute la différence.

Déjà, je ne serais pas revenue si ce n’était pas les conditions dans lesquelles je suis aujourd’hui. Je travaille seule, à mon compte, sans être obligée d’aller à l’entreprise. C’est un mode de vie très isolé et faut vraiment se sortir les doigts du cul faire des efforts pour arriver à se créer une vie sociale mais c’est aussi une liberté qui n’a pas de prix. Je ne me coltine plus les rush hour, les open space, les horaires fixes et compagnie.
Je vais à l’entreprise une fois par semaine pour un meeting d’une heure et point barre. Et même si j’aime bien cette entreprise, je suis heureuse comme ça et je n’ai pas envie d’y retourner.
A côté, j’ai mes loisirs et des projets qui m’appartiennent et m’épanouissent autant que possible.
Je ne serais plus capable d’accepter un job de merde, pour une paye de merde, avec des conditions de merde, juste pour avoir un visa comme je l’ai fait entre 2011 et 2012.
Je ne regrette pas de l’avoir fait plus jeune car c’était une étape à passer, et que ça a fait de moi qui je suis aujourd’hui. Mais je sais aussi ce que ça coûte psychologiquement à côté et que ça peut juste vous dégoûter de ce pays (ou de n’importe quel pays d’ailleurs).
Avant, parce que j’avais envie de m’intégrer, parce que je voulais améliorer mon Japonais, et parce que j’étais passionnée, je voulais avoir un entourage exclusivement Japonais.
Aujourd’hui, en toute honnêteté, ça me passe complètement au dessus. Je m’en fiche. J’ai toujours quelques amis Japonais, j’en rencontre aussi via mes loisirs, mais je ne cherche plus à tout prix à créer de liens. Ils se créent naturellement, ou non. Et soyons honnête, bien souvent c’est non.
Résultat, je n’ai plus toutes les déconvenues que j’ai pu vivre avant, et les fameux « Oh oui, il faut trop qu’on se revoit !!! » et ne jamais revoir la personne malgré moult invitations.

Aussi, je dois avouer que vivre en Australie m’a énormément changée. Retrouver un mode de vie occidental m’a redonné le goût des rencontres spontanées.
Peut-être par lassitude, je joue de moins en moins le jeu des conversations codifiées des Japonais et leurs figures imposées qu’on retrouve à chaque fois :
「どこから来たんですか?」« D’où est-ce que tu viens ? »,   「ええ、日本語うまいですね!」« Oooh, que tu parles bien le Japonais. », 「日本の何が好きですか?」 « Mais qu’est-ce que tu aimes au Japon ? » , 「日本料理が好きですか」 « Tu aimes la cuisine japonaise ? » et j’en passe…
Ca fait dix ans que j’ai cette conversation en boucle à chaque rencontre, que je réponds les mêmes choses et que j’obtiens exactement les mêmes réponses à la virgule près.
Je ne jette pas la pierre aux Japonais, cela fait partie de leur culture de communication que d’approcher l’autre avec ces questions neutres qui reviennent à chaque PUTAIN DE fois.
Et les premières années, quand on ne parle pas très bien la langue, quand on cherche à rencontrer de nouvelles personnes, quand on ne sait pas trop quoi dire pour ne pas faire de faux pas, ces conversations formatées sont rassurantes.
Mais au bout de dix ans, elles sont devenues –en ce qui me concerne- gonflantes.
Alors j’ai tendance à ne plus faire d’efforts pour entretenir ces conversations bateaux quasi obligatoires et les Japonais avec qui j’arrive à tisser des liens ont soit vécu longtemps à l’étranger, soit sont un peu perchés et sortent des cases.

Ces quelques détails ont changé ma vie, en mieux.

Je ne vis pas à la Japonaise, mon entourage n’est pas exclusivement Japonais, le Japon ne me fait plus rêver comme avant.
Et paradoxalement, j’en profite plus qu’avant.
J’ai plus de temps pour moi et je n’ai plus une paye qui m’enterre sous le seuil de pauvreté.

Alors je voyage. Rien qu’en 2016, je suis allée à Hokkaido, pour la première fois à Okinawa et à Kyushu, et plusieurs fois dans le Kansai.
Je sors beaucoup plus qu’avant dans certains quartiers ou jardins pour y faire de la photo, je tente de nouvelle expériences culturelles (comme une soirée épique au théâtre Nô… Il faut que je vous en parle un jour, j’ai failli en faire pipi dans ma culotte), parfois au musée (et me transforme en Samurai au passage).

image1 (2)Que trépasse si je faiblis !

Donc paradoxalement, le Japon ne me fait plus vibrer, mais j’en profite beaucoup plus qu’avant. Je ne me mets aucune pression pour y rester à tout prix, pour avoir des amis Japonais, un mari Japonais (mon discours depuis 2012 et mes blogs sur le petit ami japonais n’a pas changé, je passe mon tour sur ce point et je vous les laisse) et « devenir Japonaise ».
J’en profite et j’apprends à redécouvrir le Japon en tant que pays d’accueil, sans me dire que je veux y rester, sans me déraciner… Et c’est la formule qui marche le mieux pour moi aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé d’autre ?

– Je suis devenue une Roppongi-Girl.

Quelle horreur. Sachez que le moi du passé me jette actuellement une grosse pierre bien aiguisée en me jugeant, les sourcils froncés.

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Roppongi, le quartier que je déteste le plus par excellence. Le quartier glauque où quasi à chaque fois que j’y vais, je vois des mecs complètement bourrés se foutre sur la gueule, le quartier qui te rappelle la France avec son harcèlement de rue de merde, le quartier dégueulasse des rabatteurs qui te tirent sur le bras vers son boui-boui louche en te disant « Hey Baby ! Come in my bar !», le quartier qui sent le graillon avec ses Kebab tous les 2 mètres et le vendeur qui te crie inlassablement à chaque passage « No Kebab, No life !  No Kebab, No Life !».
Gros, j’ai rien contre les kebabs mais là il est minuit, j’ai mis mes habits de lumière pour faire ma belle sur le dancefloor, j’ai moyen envie de m’enfiler un Kebab au risque de baptiser ma nouvelle robe H&M de mayonnaise et avoir l’haleine qui pue l’oignon jusqu’au matin. Merci de ta compréhension.

C’est aussi, à d’autres heures de la journée, le quartier des boutiques de luxe et des restaurants hors de prix, mais ce n’est pas spécialement mon délire donc ça ne rattrape pas forcément les choses à mes yeux.

Bref, je n’aime tellement pas ce quartier qu’en ayant vécu 5 ans au Japon avant, j’avais dû y aller environ 2 ou 3 fois à tout casser. Dont deux fois sous la contrainte.
Et maintenant, j’y vais presque toutes les semaines. Pardon à tout ceux que j’ai déçu, je comprends… *se flagelle*
Pourquoi un tel revirement ? Parce que vivre avec des Colombiens en Australie a changé ma vie et que je me suis mise en tête d’apprendre la salsa et la bachata en 2016. Que c’est devenue ma passion et que les seuls endroits sympas où je peux aller danser toute la nuit sur un air latino, bah c’est Roppongi.
Alors je me maudis à chaque fois que je traverse ce triste quartier et qu’on me tire sur le bras, qu’on me fait un commentaire dégueulasse ou que je slalome entre deux âmes perdues qui font connaissance à coups de poings… Jusqu’à ce que je passe la porte d’entrée et que les rythmes endiablés d’Amérique Latine m’accueillent en me disant que finalement, ça valait la peine de faire la traversée des Enfers.

Donc oui, depuis que je suis revenue à Tokyo, la danse latine a pris une place immense dans ma vie. C’est pas très Japonais me direz-vous, mais c’est fort épanouissant et vu comme je suis mordue, ça ne risque pas de s’arranger.

  • Je me fous régulièrement à poil en public

Nous y voilà.
Je sais bien que c’est ce que vous attendiez de savoir depuis le début, bande de dégoûtants ! Pardon, la réalité est clairement moins croustillantes que le titre.
Mais habituez-vous, la vie est souvent comme ça. 

Bref, comme ceux qui me lisent depuis longtemps le savent, je suis la personne la plus complexée du monde.

En 2017, j’en suis toujours là, je hais mon corps. 

Expliquez-moi comment on apprend à s’aimer, parce que moi je commence à perdre espoir. Je ne pige pas quel est le secret de l’acceptation de soi (et pourtant j’en ai fait des trucs) et je ne sais toujours pas me regarder dans une glace sans éprouver un profond dégoût.
De ce fait, j’ai bien du mal à me déshabiller, voyez-vous.

L’Australie m’a réconciliée – un peu – avec le maillot de bain. Cela faisait plus de dix ans que j’évitais un maximum de me mettre en maillot pour me baigner. Au point que sur les 15 dernières années, je peux vous citer précisément les deux fois où je me suis mise en maillot en public sur une plage.
En Australie, même si j’ai été loin d’en profiter autant qu’une personne qui n’a pas ce problème, j’ai bravé le regard des autres avec mon deux pièces sur la plage quelques fois.
Les premières fois n’ont pas été faciles (surtout sur Bondi Beach où tout le monde semble être choisi sur casting…), mais j’ai fini par me faire violence.

Voyez qu’avec ce niveau, j’étais loin de pouvoir profiter d’un des plus grands avantages de la culture japonaise : les onsens.
Hé oui. Depuis la première fois où j’ai foutu les pieds au Japon en 2003, je n’avais jamais baqué mon cul dans les célèbres sources d’eau chaude qui font la fierté du pays du soleil levant.
Je me suis toujours cachée derrière l’excuse du « Je suis tatouée, je peux pas »pour éviter ce supplice.(Alors que concrètement, en cherchant, il y a des onsens où ça passe… Et il y a aussi les auberges avec bain privé, mais ça j’avais pas les moyens, ce qui est un autre problème) 

Mais ça m’a toujours titillé.
C’est que tout le monde a l’air d’adorer ça. Et que ça fait partie des « must-do » au Japon.
Imaginez l’effarement des gens quand je leur sors qu’après plus de 10 ans de Japon, je n’ai jamais essayé.

Et puis, comme je suis la douce @_Alicedelice_ sur Twitter ou Instagram, ambassadrice officielle des Sento (bains publics japonais) et de loin la personne la plus passionnée par les bains que je connaisse, ma curiosité n’a fait que s’amplifier.
Surtout qu’en partie grâce à son influence, la communauté française au Japon fréquente de plus en plus les bains publics et en vantent les mérites.
Donc j’ai commencé à me dire que j’avais envie d’essayer. Mais diantre, se foutre à poil en public quoi…
Résultat, les premières fois où des amies m’ont invitée à aller au sento, je me suis toujours défilée.
Pas prête.

Et puis finalement, en mars, avec une  amie nous avons décidé d’aller à Hokkaido… et de prendre un hôtel avec onsen.
Je me suis dit que c’était l’occasion rêvée. Je suis loin, je suis avec une des personnes avec qui je me sens le plus à l’aise au monde et en qui j’ai confiance…
Bref, pour la plupart des gens, aller au onsen pour la première fois est anecdotique, pour moi ça a été la plus grande révolution personnelle qui soit.

Je ne me suis pas dégonflée et je l’ai fait.

Même si pour être tout à fait honnête, au moment où je me suis déshabillée et que je me suis retrouvée nue, j’avais envie que la terre s’ouvre sous mes pieds et m’enterre à jamais. J’avais les larmes aux yeux, je me sentais mal, et j’avais envie de mourir.
Rien que ça.
Tout le passage de la douche avant de passer dans le bain a été un supplice, recroquevillée sur mon petit tabouret (oui, les Japonais se lavent assis, les bougres), me savonnant machinalement pendant que mon esprit sombrait complètement dans un sentiment d’humiliation complètement fabulé.
Comme quoi, tu peux accomplir tout ce que tu veux dans la vie, avoir été la risée de l’école à cause de tes bourrelets te poursuit toujours un peu. 

On est entrées dans le premier bain en intérieur, ce qui m’a soulagée car on me voyait moins, mais ce n’était pas encore l’éclate.
Donc autant vous dire que les 15-20 premières minutes de cette expérience ont été franchement une épreuve et que je ne voyais pas encore l’intérêt de m’infliger tout ça.

Et puis finalement, on a décidé de passer au bain extérieur.
Aller dehors nue comme un vers quand il fait -10 degrés. Concept.

Mais à peine a-t-on ouvert la porte, que l’expérience s’est métamorphosée.
Le bain charmant et son petit jardin, ses petites cascades, les pierres, les lanternes, la fumée qui s’échappe du bain, et la vue sur les montagnes enneigées…
La chaleur de l’eau dans le froid de l’hiver provoque une petite buée qui fait qu’on ne se voit pas trop les uns et les autres, il fait si froid que si plonger est un délice. La neige qui tombe sur le visage et les épaules pour te rafraîchir.
Et très vite, les minéraux rendent la peau douce et lisse…
Le bonheur.
Très vite, on s’en fiche d’être à poil. Surtout que, concrètement, les Japonais s’en foutent.

Personne ne te regarde, chacun kiffe son bain tranquille, et la magie de l’eau chaude qui détend chacun de tes muscles fait le reste.

J’ai tellement apprécié que j’ai voulu recommencer dès le lendemain. Impensable.

En rentrant de voyage, je me suis renseignée sur les sento de mon quartier et me suis dit qu’il fallait battre le fer pendant qu’il était encore chaud.
Donc j’ai commencé à y aller de temps en temps seule, après une longue journée de travail. Les bains chauds, les bains au citron, les bains massants, les bains en plein air avec vue sur petit jardin…
COMMENT J’AI FAIT POUR VIVRE SANS ?!

En juin, je me suis inscrite à la salle de sport. Et j’adore ponctuer ma séance par un petit sauna.
Mais le sauna au Japon, même combat, tout le monde à poil (hommes et femmes séparés, bien entendu). Alors en avant Guingamp, on fait tomber le T-shirt et le jogging trempés de sueur. 
Le moment de me déshabiller me coûte toujours un peu, mais il n’y a plus cette détresse, cette envie de pleurer, cette envie de mourir. Il ne me reste plus que ma pudeur.

Et c’est ainsi que moi qui ai évité les maillots de bain pendant plus de dix ans… ai fini en 2016 par me mettre complètement nue en public 4 à 5 fois par semaine.
Je connais tellement de gens à Tokyo pour qui ça ne pose strictement aucun problème, que ça paraît peut-être ridicule, mais je vous jure, pour moi c’est énorme.
Un petit pas pour l’homme, un saut de l’ange pour Sonia.

C’est aussi une excellente thérapie, car jamais de ma vie je n’ai vu autant de corps de femmes.
Et vous savez quoi ?
Ils sont tous imparfaits.

Bourrelets, cellulite, ventre rond ou qui pend, cicatrices, fesses plates, seins tombants ou inexistants… Au sento ou au sauna, personne n’est photoshopé.
On vient tous avec nos défauts. Et on se rappelle qu’on est normal.

Alors voilà, mon corps ne me plaît toujours pas. Je déteste mon ventre, mes cuisses, mon gras.
Si je pouvais signer un contrat avec Ursula en échange de ma voix pour m’en débarrasser, je mets mon nom direct.

ursulaL’une rêve d’être un squelette et l’autre cherche une amourette, et moi qu’est-ce que je dis ? JE DIS OUI !

Mais le fait est que maintenant le problème est purement personnel et je le sais. Je ne me pose plus la question du regard des autres, car finalement les autres, avec leurs corps différents, elles sont quand même comme moi. Donc je me fiche pas mal de ce qu’elles pensent, et d’ailleurs, très certainement qu’elles ne pensent rien. Elles ne me regardent même pas.
Le problème est avec moi-même, les autres ne me stressent plus.

Et voilà qu’aujourd’hui, même avec toutes les casseroles que je me traîne, me mettre nue en public ne me pose plus tant de problème. 
J’ai toujours des réserves à y aller avec des personnes que je connais, je préfère être avec des inconnus, mais le fait est que quelque chose qui m’a été impensable pendant une décennie fait partie de mon quotidien aujourd’hui.
Et quel pied, parce que ça fait tellement de bien ces moments de détente dont je me suis privée si longtemps !

Une si belle découverte que j’ai bien envie de vous écrire un jour sur le sujet des onsens/sento plus en détails, donc si ça vous intéresse n’hésitez pas à me le dire et je creuserai un peu le sujet pour vous en parler en plus de mon expérience personnelle.
En attendant, n’hésitez pas à suivre Dame Stéphanie ici pour en découvrir un peu plus.

  • Les menus en anglais

Les jeux olympiques de 2020 se rapprochent à grands pas et ça se sent ! De plus en plus de choses sont mises en place – à Tokyo en tous cas – pour faciliter la vie des étrangers touristes au Japon. Dont, de l’anglais un peu partout.
Quand je repense à mon premier Tokyo d’il y a 13 ans où tout était en Japonais partout et démerde-toi, c’est vraiment le jour et la nuit.
Et donc, j’ai eu la surprise de constater à mon retour que maintenant, la plupart des restaurants et des cafés ont un deuxième menu entièrement en anglais.
Donc évidemment, quand mon visage pâle entre dans un nouvel établissement, on me refourgue bien souvent le menu en anglais.
Bon personnellement je ne m’en offusque pas, ce n’est pas marqué sur mon front que j’habite ici et que je lis le japonais, alors menu anglais ou japonais, peu importe.

Sauf qu’à chaque fois que je commande avec leur menu en british, il se passe une couille.
Le guss comprend pas ce que je commande, ou bien ne se souvient plus à quoi ça correspond en japonais et ne m’apporte pas ce que j’ai commandé. En résulte des situations un peu loufoques où je me mets à commander en anglais avec le meilleur accent japonais possible ou que je tente de traduire moi-même le nom du plat pour être sûre d’avoir ce que je veux.
Bref, l’intention est là mais nos amis japinois ne sont pas au point et va peut-être falloir prendre quelques cours du soir pour paufiner tout ça…
En attendant, bah je fais mon arrogante et finis par leur demander le menu écrit en Japonais quand je vois la personne me tendre le menu anglais, les mains tremblantes et la sueur au front en mode « Pourquoi c’est tombé sur moiiiii ? ».

(Ils ne sont pas tous comme ça, mais en rajouter est ma marque de fabrique.)

– La France fait moins rêver.

Combien de fois sur ce blog me suis-je plaint que les Pimponais me gavaient à résumer la France à un sac à main Vuitton et à la fantasmer romantique, propre et élégante (qu’elle est parfois, mais pas toujours, admettez.).
Autrefois, quand on me demandait d’où je venais et que je répondais que j’étais Française, on me répondait par 「おぉ、フランスはおしゃれですね!」(« Oh, comme la France est raffinée ! ») ou 「素敵です!」(« C’est merveilleux ! ») et je devenais le sommet de l’élégance sans même avoir rien fait.
Aujourd’hui, la réponse est toujours systématique d’une rencontre à une autre, mais a changé de registre.
Maintenant j’ai droit à 「テロは大変でしたね 」(« C’était terrible, vos attaques terroristes. »).
Hé oui, après Charlie Hebdo, le Bataclan et Nice, on est passé du luxe et du raffiné au terrorisme.
Je ne suis plus au sommet de l’élégance mais une pauvre enfant de la guerre.

Les deux fois où je suis rentrée en France en 2016, j’ai eu à chaque fois un ou deux gugusses pour me dire  d’un air malheureux「テロは気をつけてね。頑張って!」 « Fais attention au terrorisme ! Courage ! ».
Merci coco de me casser mon groove alors que j’étais au taquet de retrouver ma mère et mon chien.
Bon, je ne le prends pas vraiment mal car je sais que ça part d’un bon sentiment mais… On ne vit pas encore sous les bombes non plus.
Et j’aimerais bien qu’on m’explique comment on fait attention à pas se retrouver dans un attentat. Le principe d’une attaque terroriste c’est que c’est surprise-surprise. Je vais peut-être pas aller au géant casino acheter mon fromage de chèvre avec un gilet par balles, un casque et des chaussures de sécurité. (On y viendra peut-être ceci dit.)
Je ne leur jette pas la pierre, Pierre, mais c’est vrai que passer d’un truc réducteur à un autre sans transition me blase un peu, surtout que je ne sais pas toujours quoi répondre à leur air grave et désolé.
Et ce que je dois prendre un air triste ? Est-ce que je dois balayer le sujet avec un sourire avec un « Ca va aller ! » ?

Surtout quand on m’enchaîne des commentaires du type 「イスラムは怖いですね。日本はそういう問題がないので、ここに来てよかったね!」 (« L’Islam, ça fait peur, hein ? Au Japon on a pas ce genre de problèmes, donc heureusement que t’es venue ! » ou 「昔のフランスの方がよかったなぁ…」(« La France, c’était mieux avant… »).

Bref, encore une fois je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment et que la complexité du problème leur passe un peu au dessus, mais je ne sais jamais vraiment quoi répondre à chaque fois qu’on me fait ces réflexions. Et je ne sais pas si c’est encore moi qui ai pas de chance, mais j’ai ce genre de réflexions de plus en plus souvent.
 
Voilà en gros pour les choses qui ont changé dans ce nouveau Japon que j’expérimente depuis un an.
Sinon, il reste fidèle à lui-même…

Les sushis, c’est la vie.
La pollution sonore est insupportable, le bruit dans les gares me stresse (mention spéciale à Shinjuku) et me donne parfois envie de me taper la tête contre les murs.
On se sent en sécurité et personne ne m’emmerde dans la rue et ça n’a pas de prix.
Il y a trop de monde partout et les fils électriques qui gâchent 95% des paysages me dépitent.
Tout est super pratique et à portée de main.
Les cafards sont toujours au rendez-vous.
On trouve tout, à n’importe quelle heure et c’est génial. 
La plupart des bâtiments sont moches.
Le Fuji est si majestueux qu’il me donne envie de pleurer à chaque fois que je l’aperçois.
Il faut faire la queue pour chaque truc sympa.
Les massages du crâne chez le coiffeur sont un cadeau des dieux.
Les Japonaises parlent avec le nez.

Bref, du bon, du moins bon, du génial, de l’horripilant, de la détente et du stress.
Le Japon dans toutes ces extrêmes et ses nuances.

Ainsi s’est passé 2016.

Et ainsi commence 2017. Ou presque.
Puisque si vous me suivez sur les réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Snapchat… Non je n’ai pas de vie, oui je suis dépendante de mon téléphone), vous savez que j’ai passé tout le mois de janvier en Nouvelle-Zélande pour accomplir ma quête de l’anneau unique.
Je rentre à peine au Japon en fait.

Je vous ai promis plusieurs fois en 2016 le retour du blog et en bonne politicienne, j’ai menti à chaque fois. Mais j’ai vraiment travaillé comme une dingue jusqu’en automne avec un petit burn-out des familles début d’été tellement j’étais pressée comme un citron et que je n’en pouvais plus.
Depuis j’ai fait embaucher 3 personnes et mon travail a été divisé par 4 donc autant vous dire que ma vie a littéralement changé, mais j’avais tellement plus de jus et j’en avais tellement marre d’être assise devant mon ordinateur que dès que j’avais fini de travailler, je le fuyais… Pas pratique pour bloguer me direz-vous.
J’ai mis toute la fin d’année à récupérer, retrouver l’envie et me réorganiser.

Aujourd’hui ça va, et j’arrive petit à petit à redébloquer un peu de temps pour moi et pour mes loisirs.
Et comme écrire me manque, ce blog fait partie de mon Top 3 des choses à faire cette année.

Alors j’espère que ce ne sont pas des promesses dans le vent, surtout que je vous dois toujours certains sujets et que j’en ai d’autres sur le feu.
Et si vous avez des requêtes, je suis toute ouïe.

Croisons les doigts pour que je ne retombe pas dans mes vieux travers du surmenage et que j’arrive à reprendre mon clavier en main.

C’est le dernier jour de janvier donc j’ai encore le droit : Je vous souhaite une excellente année 2017.
Elle sera pourrie, bien entendu (regardez les news pour en être convaincus) alors n’hésitez pas à la prendre en main vous-même pour vous créer votre propre bonheur au milieu de toute cette merde.
N’attendez pas le bonheur, allez le chercher.

Je vous embrasse et remercie aussi toutes les âmes bienveillantes qui m’envoient régulièrement des petits mots réconfortants alors que je n’écris rien.

A très vite.
Avant 2018.
Promis.

Le 2016 de l’impossible

Chers lecteurs,

J’ai failli à ma promesse facebookienne de bloguer avant la fin de 2015. Pourtant le sujet est déjà choisi, les vannes sont déjà préparées et j’avais même demandé l’accord des personnes concernées pour écrire dessus…
Mais le temps me manque, comme d’habitude.

Vous allez finir par vous lasser de cette excuse, mais si ça peut vous rassurer, d’ici quelques semaines, cela devrait se calmer (un peu).

Je vais donc juste vous faire un petit mot pour vous souhaiter mes voeux pour 2016.
Qui vont être tellement banals mes pauvres, que vous pourriez vous en passer.

Evidemment, l’amour, la santé, la joie, bla bla bla.

Mais mes vrais voeux pour 2016, c’est tout simplement de vous souhaiter, comme d’habitude, de croire en vos rêves et en vos objectifs, aussi démesurés soient-ils.
Et de mettre la main à la pâte et d’aller les chercher avec les dents s’il le faut. Vous n’aurez peut-être pas toujours exactement ce que vous vouliez, mais vous en aurez toujours plus que si vous n’aviez rien fait.

Autour de moi, j’entends tellement de gens rêver d’une chose et d’une autre, frustrés de vivre une vie qui ne leur ressemble pas parce que « c’est pas possible », « c’est pas réaliste », « je n’ai pas d’argent », « je n’ai pas le temps » ou qui se laissent tout simplement démonter par le défaitisme de l’entourage.
C’est dommage.

Généralement, rien ne tombe tout cuit dans la bouche. Il faut suer, il faut batailler, il faut se prendre des baffes, encaisser.
Mais faut pas avoir peur d’y aller.
Non on est pas trop vieux, non on est pas trop nuls, non c’est pas grave si on repart de zéro, non tu n’en demandes pas trop, oui on peut se casser la gueule et non ce n’est pas la honte.
Tu te relèves, et tu recommences.

T’as envie d’apprendre la salsa : Just do it.
Tu veux aller voir une Aurore boréale dans le Grand Nord : Just do it.
Tu veux plaquer ton job pour devenir pizzaïolo dans les îles : Just do it.
Tu veux te lancer dans une carrière artistique : Just do it.
Tu veux te teindre les cheveux en bleu : Just do it.
Tu veux traverser l’Europe à pieds : Just do it.
Tu veux te faire tatouer le visage de Nadine Morano sur le dos : Just… Heu… Joker.

Je crois que dans la vie, rien n’est impossible. C’est juste que quand c’est impossible, c’est plus long pour arriver à ses fins. Faut pas partir sur un coup de tête, faut s’organiser, être patient, y aller petit à petit suivant sa situation de départ.
Mais c’est tout.
Arrêtez de vous mettre des barrières et de vous empêcher de vivre.

En 2016, comme tous les ans, il y aura des moments durs. Un climat politique de merde, des attentats et la guerre dans le monde, des déceptions humaines, amoureuses, des coups durs au travail ou en cours, vous tomberez peut-être malade, ou alors un proche… Bref, c’est pas de nous souhaiter la bonne année aujourd’hui qui provoquera le petit tour de magie qu’on attend tous et rendra notre quotidien merveilleux du jour au lendemain. On vous a déjà souhaité bonne année le 1er janvier 2015, et devinez quoi ? Vous en avez chié quand même.
Non, ce sera la même merde que d’habitude, y’a pas de miracle.

Ce qui fera la différence, ce sera toutes ces petites décisions que vous prendrez pour vous-même, en emmerdant royalement le qu’en dira-t-on et les prétendus « impossibles ».
Vous mettre au tango ou apprendre le népalais sera peut-être ce qui fera la différence cette année.
Ce qui provoquera LA rencontre. Ce qui vous donnera cette bouffée d’oxygène.

Tous les ans, j’ai une liste improbable de rêves à réaliser. Qui vont du plus futile (voir la comédie musicale de Dirty Dancing en anglais…), au plus ambitieux (envisager un changement complet de carrière et apprendre un nouveau métier de zéro…).
Et sur cette liste complètement folle, je check, petit à petit, ce que j’ai accompli de ma « dream list ».
Je n’arrive jamais à un 100% de fait, mais chaque case cochée est une victoire de canard.

2015 n’a pas toujours été facile. Pas besoin de jouer à la vie parfaite comme tout le monde se plaît à le faire sur les réseaux sociaux, j’ai mes moments de loose ultime aussi, photos australiennes de rêve ou non.
On me pose souvent la question, alors j’y réponds, oui j’ai toujours des problèmes importants de TCA.
Ma vie sentimentale ressemble un peu à l’outback Australien depuis deux ans : du désert sur des milliers de kimomètres. (Avec un petit chameau sauvage de temps en temps, mais à peine on l’aperçoit qu’il a déjà fuit au loin).
Des longues périodes d’isolement qui vous font sentir comme une petite crotte insignifiante perdue dans l’univers.
Et j’en passe, car je vais pas m’étendre sur les trucs privés.

MAIS.
En 2015 j’ai nagé avec des tortues, des baleines, des dauphins, des raies manta et des requins.
J’ai vu le lever et coucher du soleil sur Uluru dans le désert rouge Australien en écoutant « Circle of Life » du Roi Lion.
J’ai pris des cours de surf à Surfer’s Paradise.
J’ai campé (!!!!).
J’ai fait une soirée filles, champagne et petits fours en plein milieu du désert, sous la voie lactée avec des illustres inconnues qui sont devenues des amies précieuses.
J’ai appris à danser la bachata.
J’ai fait le tour de l’Australie.
J’ai appris la photographie.
J’ai nagé dans la barrière de corail et pleuré sous l’eau d’émotion. Et je peux vous dire que c’était vraiment pas pratique de chouiner avec mon masque et mon tuba.
J’ai organisé des soirées Game of Thrones (qui aura son cru 2016 dès le mois d’avril !).
J’ai caressé un Koala.
Etc.

Et je ne retiendrai de 2015 que ça.

Imaginez si je m’étais dit « Sonia, tu gagnes pas grand chose, tu as l’âge de te poser et pas de partir en sac à dos, tu as peur des bêtes, tu connais pas l’Australie, tu devais partir en couple et finalement tu te retrouves toute seule… ».
Bah ce qui a rendu 2015 si EPIQUE ne serait jamais arrivé.

Donc voilà, mon seul souhait pour vous en 2016, c’est de ne pas vous oublier. C’est de ne pas vous négliger. Et de ne pas avoir peur.
Ayez votre petit jardin secret avec vos rêves dedans, du plus simple au plus démesuré. Et prenez le temps de les réaliser, petit à petit. Personne d’autre le fera pour vous.
Et vous verrez à la fin de l’année, que ces souvenirs prendront le dessus sur le reste et que cette auto-satisfaction n’a pas de prix.

Ne prenez pas que des résolutions auto-flagellation du type « arrêter ci ou arrêter ça », et choisissez plutôt « commencer ceci, entreprendre cela ».
La vie vous flagellera pour vous, donc bon, pas besoin d’en rajouter une couche.

En 2015, au dela de mon voyage initiatique, j’avais d’énormes défis à relever pour préparer les projets de 2016.
Je me suis imposé l’impossible pour ça. En me disant moi-même que je ne voyais pas du tout comment j’y arriverais quand j’ai fait cette promesse d’y arriver…
En faisant insomnies sur insomnies, me disant « Dans quoi je m’embarque, je ne pourrai jamais tenir les objectifs… »

Et pourtant.

Il est encore trop tôt pour que je vous en parle. (Teasing teasing)
Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’est la principale raison pour laquelle vous ne me voyez plus bloguer depuis un moment.
Je travaille 7j/7, de tôt le matin jusqu’au milieu de la nuit.
J’en déprime, j’en fatigue, j’en ai marre. Je suis tellement crevée que je passe du rire aux larmes, des moments d’euphorie d’être près du but à une humeur de chien tellement je suis frustrée de ne plus rien faire ni voir personne.
J’ai mis ma vie entre parenthèse depuis quelques temps rien que pour ça, et cette période d’isolation et de transition est longue.
Mais on a rien sans rien.

Et j’en vois le bout.

2016 est là, année de tous les défis pour moi, encore une fois.
L’année du grand saut dans le vide, au sens propre et figuré.

Ce que je peux vous dire…?!

C’est que contre toute attente (même si vous êtes déjà quelques uns à le savoir), je retourne vivre au Japon.
Dans deux semaines.

Je pensais l’avoir quitté pour de bon, mais en 2014, un petit ange sur mon passage a décidé qu’il fallait que j’y retourne, et les choses ont continué à jouer dans ce sens… Alors malgré les défis de taille, j’ai décidé de suivre le petit ange.

Entre deux phrases énigmatiques, vous l’aurez compris : je n’ai pas fini de râler contre les Japinois et leur folie, et les articles à l’ancienne risquent de revoir le jour. Hé hé.

Alors je vous dit à très bientôt. Dès que je retrouve un semblant de vraie vie.
Pour des souvenirs Australiens, pour des anecdotes farfelues pimponaises, et pour vous en dire plus sur ce que je retourne faire au Japon.

Des bisous, et excellente année 2016.

Paris is titanium


Je n’arrive pas à travailler. Je n’arrive pas à me concentrer.
Je suis noyée dans un océan de travail qui atteint le plafond, et je n’arrive à rien.
Pourtant, en Australie, j’ai travaillé dans des bus (avec l’envie de vomir qui va avec), dans des trains, dehors la nuit, les doigts gelés sur le clavier alors qu’il faisait 6 degrés, sur un lit de dortoir avec 7 personnes autour de moi qui faisaient la nouba… Et j’en passe et des meilleures.
On en riait avec des amis : Sonia l’employée de l’extrême, l’aventurière aux heures sups, son ordi et son wifi portable sous le bras en toutes circonstances, penchée sur son photoshop et ses fichiers excels même dans le désert centre rouge Australien.
Et là, je suis seule au chaud dans ma chambre, au calme, le cul posé dans un fauteuil de président, une connexion internet parfaite… A part un petit chien chiant chou qui, à intervalle régulier, vient squatter mes genoux pour taper sur le clavier à ma place, toutes les conditions sont réunies pour que je sois efficace.

Mais depuis 24h, je n’ai pas écrit une ligne. Je n’ai rien fait.
Hier soir, j’étais encore le nez perdu dans mon fichier excel quand j’ai reçu un message, « Tu as vu ce qui se passe au Stade de France ?! ».
Alors, j’ai allumé la télé… et c’était fini. Je ne suis jamais retournée devant mon clavier.

Je ne vais pas vous décrire ma soirée à pleurer jusqu’au milieu de la nuit, à angoisser devant les images, et faire tout mon répertoire parisien pour s’assurer que tout le monde est sain et sauf.
Vous avez, pour la plupart, sûrement vécu la même nuit.

A vrai dire, je n’ai même rien d’intelligent à dire sur le sujet.
Rien de plus que ce qui se dit déjà partout.

Mais comme les idées tournent en rond dans ma tête sans que je puisse penser à autre chose et que je me remets à pleurer indéfiniment (hyper-sensibilité, j’écris ton nom), je me dis que peut-être que si je couchais noir sur blanc tout ce qui me vient en tête, j’arrêterais de tourner en rond et broyer du noir.
Ecrire a toujours été thérapeutique. Je préfère le faire dans d’autres circonstances mais bon.
Et comme je le répète souvent, même si j’aime bien vous faire plaisir quand je peux, ce blog est avant tout un blog personnel, un défouloir, un endroit où j’écris quand je veux (quand je peux) mais surtout ce que je veux.
Là je veux me vider de tout ce qui me pollue le crâne depuis hier.

Je n’ai jamais été vraiment heureuse en France.
Evidemment comme tout le monde, j’ai mes bons souvenirs, mes amis, mes lieux de nostalgie.
Mais pour diverses raisons très personnelles, je n’y ai jamais été heureuse.
De toute façon, bien souvent les personnes qui quittent leur pays ni pour le travail, ni pour un conjoint, fuient souvent quelque chose qui les mine.
Sauf opportunité ou obligation, on ne cherche généralement pas à quitter un endroit où on se sent bien.

Moi, même sans opportunité et sans un sous, j’ai vite rêvé de partir très loin, même pour retrouver d’autres galères.
Ne m’ayant jamais été sentie à ma place dans ce pays qui m’a vue naître et qui m’a élevée, je n’ai jamais eu l’âme très patriote. L’ingratitude de l’enfant envers sa maman je suppose.
Je ne voyais pas ce que la France avait de si extraordinaire.
En toute honnêteté, je pense que chaque pays a quelque chose de merveilleux, juste à l’époque je ne voyais pas tellement ce que c’était pour la France.

Comble d’ironie, je suis partie m’installer au Japon, pays où la France est bien souvent vénérée. Quand je suis entrée dans le cercle des japonisants et que mon entourage s’est petit à petit composés de Japonais, à chaque fois qu’on me vantait les mérites de la France, je les regardais un petit peu ahurie en me demandant ce qui justifiait tant de passion.
Oui, le pain c’est bon, m’enfin bon.

Il m’a fallu partir pour comprendre et voir les bons côtés.
Après des années de Japon, j’ai appris à apprécier nos villes et leurs vieux bâtiments. Notre architecture remplie d’histoire, nos vieux appartements, nos châteaux, notre gastronomie.
Jusqu’à ce que je m’expatrie, ces paysages, ces plats, c’était l’évidence. Je n’avais pas de point de comparaison, je les avais vus toute ma vie, alors j’y étais habituée.
Mais quand on a vécu dans un environnement extrêmement différent, on redécouvre tout ça.
Après plusieurs années au Japon où, en ville, la plupart les bâtiments sont modernes, ternes, et pris dans une toile de fils électriques, retrouver nos vieux centres villes pavés et aérés m’a émerveillée.

J’ai vécu cinq ans au Japon, quelques mois en Corée du Sud et un an en Australie.
J’ai adoré ces pays, j’y ai vécu des moments extraordinaires et vu des paysages époustouflants. Mais tous, là où ils pèchent, m’ont appris ce qu’il y avait de beau en France.

Au Japon et en Corée, la pression sociale, la culture de l’entreprise, la place de la femme (et même de l’homme) dans la société gangrénée par le sexisme, le rejet de l’homosexualité…
En Australie, je me suis prise le gouffre qui sépare les Australiens « Blancs » aux Australiens Aborigènes en pleine tête et je l’ai émotionnellement mal vécu.
Toutes ces choses m’ont fait ouvrir les yeux sur notre propre ouverture d’esprit, sur nos valeurs d’égalité, de droits de l’homme.
Que France, ça rimait avec différences et avec tolérance.
Que l’émotion n’édulcore pas trop le propos pour en faire un tableau enchanté qui n’existe pas : chez nous aussi, c’est loin d’être parfait. Nous aussi on a des problèmes de sexisme, on a les abrutis de la manif pour tous, et on se traîne nos casseroles d’intégration et de racisme.
Mais après avoir vécu dans des pays où la situation peut être plus extrême, on se dit que pour certaines choses, il fait quand même bon vivre en France.

Tout n’est pas parfait. J’ai encore du mal avec le harcèlement de rue, avec le sentiment d’insécurité, avec le côté arrogant et pessimiste bien franchouillard ou encore- ne me lynchez pas – le roquefort.
Aucun pays n’est utopique, la France ne sera jamais parfaite.

Mais être loin m’a appris à comprendre et aimer certaines de nos valeurs. A savoir pourquoi ce pays pouvait en faire tant rêver d’autres.
C’est dommage que je n’ai pas eu l’occasion de l’apprendre sur place et qu’il ait fallu que je m’en aille pour ça, mais mieux vaut tard que jamais.

Mon année de folie en Australie s’est terminée, et comme vous le savez certainement, je suis rentrée en France il y a déjà quelques semaines.
C’est encore une fois un passage temporaire, une petite période de transition pour préparer la prochaine aventure. Encore une fois, je ne compte pas rester.

En arrivant, petite bouseuse provinciale que je suis, la première chose que j’ai faite a été de prendre des billets de train pour Paris.
Une semaine dans la capitale pour retrouver les amis, et pour profiter – je l’avoue – du passage parisien de Miyavi lors de sa tournée européenne.
Quoi de mieux pour se consoler d’un départ de la merveilleuse Australie que des amis et un concert de Miyou ?!

Je suis restée une semaine, et les dieux de la météo étaient avec moi.
J’ai trouvé que Paris avait changé. Je ne sais pas si c’est parce que ça faisait un an, mais j’ai trouvé que la ville avait été mieux aménagée, les gares plus agréables.
Le beau temps rendait les jardins, l’opéra et autres quartiers clés de la capitale très beaux. J’ai passé quelques heures à flâner avec mon appareil photo pour des promenades détente à profiter du charme à la française.
Pour la première fois, je me suis dit que c’était peut-être vrai que Paris était une des villes les plus belles du monde.
J’ai même pensé, que si ce sentiment n’était pas qu’une impression, je pourrais presque envisager un jour de revenir vivre ici.
Bon alors ne vous emballez pas, c’est encore pas demain la veille, j’ai un million d’autres défis à relever ailleurs d’abord.
Mais SI un jour j’étais fatiguée, SI un jour j’avais besoin d’un retour aux sources, SI un jour je décidais d’être plus près de ma famille et de mes amis, alors peut-être bien que Paris serait envisageable.
C’est un conditionnel fort lointain, mais étant donné que pour moi la France a toujours été synonyme de malaise profond et que je n’ai JAMAIS envisagé la possibilité de revenir y vivre jusqu’à maintenant, je peux vous dire que cette simple hypothèse était peut-être un petit pas pour l’homme mais un saut de l’ange pour Sonia.
Je suis sortie avec mes amis, on a fait du shopping, ils m’ont emmenée dans leurs petites adresses parisiennes, on s’est pété le bide.
C’était bien.

Arrive le vendredi, jour tant attendu. Le jour du concert.
Le jour où j’allais retrouver toutes mes copines de concert, une partie de ma dream-team de Lyon, et où, à l’ancienne, on allait profiter ensemble d’un live enflammé de Dieu ( = Miyavi, suivez un peu).
Avant le concert, on s’est posé en terrasse pour parler de nos années respectives dans un coin différent du globe.
J’ai abusé des Mojito et je suis arrivée complètement pompette – et de fort bonne humeur –  dans la salle.
Là, deux heures de concert de folie.
On se moque de Miyavi qui nous refait à chaque fois ses speech cul-cul la praline sur l’amour, la paix, et sur le fait qu’il est là pour nous unifier grâce à la musique.
Car la musique n’a pas de nationalité, n’a pas de religion, n’a pas de physique, n’a pas de langue.
Elle unit les gens.
A un concert, tu peux triper avec la personne à côté de toi que tu n’as jamais vu avant et rencontrer des gens à qui tu n’aurais peut-être jamais adressé la parole en d’autres situations.
On aime bien se moquer de son speech qu’il nous recycle tous les ans pour prôner la paix, mais en vérité, en bon bisounours, moi je suis toujours un peu fier de lui qu’il insiste à chaque fois sur ces valeurs.
Car les paroles de ses chansons vont toujours dans ce sens, et que j’ai vécu des moments de solidarité avec ses fans comme rarement dans ma vie.

J’ai retrouvé toutes mes amies de concert ce soir-là (sauf Alexiel, petite pensée au passage ), j’ai même une de mes lectrices de l’ombre qui est venue m’aborder à la fin du concert (un bisou aussi si tu me lis).
J’ai retrouvé tous les miens, et c’était une soirée parfaite.

C’était il y a à peine un mois, et c’était au Bataclan.

Il y a un mois, pour la première fois – et après des années à en critiquer sa grisaille – je suis un peu tombée amoureuse de ma capitale. J’ai profité de ses bars, de ses restaurants, de ses jolies rues.
Et un vendredi soir, j’ai vécu un concert de folie au Bataclan à célébrer l’amour et la paix.

Hier, des gens qui profitaient des mêmes choses que moi, qui étaient aux mêmes endroits et vivaient exactement les mêmes choses, se sont fait massacrer.
Pour rien. Pour quelque chose qui ne les concerne pas. Gratuitement.

Un jour, tu te retrouves devant ta télé, et tu vois des images où tu reconnais le lieu où tu t’éclatais un mois plus tôt, terni par le bruit des coups de feu et des tâches de sang.
Un nom qui m’évoquait un super souvenir et qui me mettait la patate rien que d’y repenser est synonyme de boucherie ignoble pour d’autres.

Comment est-ce que ça peut être réel ? Comment est-ce que ça peut être le même monde ?!

Ces gens, ils étaient comme nous. Ils étaient sortis pour profiter d’un moment entre amis, en famille, pour boire un verre, pour se casser le ventre en se marrant, pour kiffer leur vie sur la musique de leur artiste préféré, sauter et pogoter avec des gens qu’ils ne connaissent pas.
Et jamais, comme vous et moi jusqu’à hier, ils se sont dit qu’ils pourraient ne jamais en rentrer vivant.
Et que même s’ils s’en sortaient, ce serait traumatisés à vie par ce carnage.

La convivialité, l’amour, les rires, la musique, le sport… Ces petites choses de la vie qui nous rendent quand même heureux dans ce monde de merde, c’est ce sur quoi on a tiré hier.
On a massacré le bonheur.
On a massacré ces petits épisodes de la vie qui nous font tenir le coup quand le reste nous accable.
On a massacré une ville que je venais tout juste de redécouvrir et apprendre à apprécier.

J’ai – malheureusement – une sensibilité exacerbée qui fait que je suis gravement touchée par tout et rien.
Je pleure tous les jours, pour tout et n’importe quoi, heureux ou malheureux. Une phrase qui m’émeut, un beau paysage, une belle chanson, un témoignage quelconque.
Si je me tiens un minimum au courant de ce qui se passe dans le monde, je ne regarde plus les infos, car je finis toujours déprimée.
La Syrie, les attentats, le conflit israelo-palestinien, les tremblements de terre, tout ce que vous voulez.
Je finis toujours en larmes. Je prends conscience. Je compatie. Je suis suis malheureuse pour eux.
Et puis finalement, je suis comme vous. J’éteins ma télé, et au bout d’un moment, même si je n’oublie pas,  le quotidien reprend le dessus.
Pas par insensibilité, mais par sentiment d’impuissance et parce qu’il faut bien que la vie continue.

Là c’est plus difficile, c’est chez nous. C’est les endroits qu’on connaît, qu’on fréquente. C’est là où vont les gens proches de nous, les gens qu’on aime.
Quand je vois les culpabilisateurs qui viennent troller en disant « Oui, c’est bien beau tout ça, mais y’a des pays où ça arrive tous les jours. », ça me gonfle.
C’est vrai, et putain que c’est triste.

Mais la différence, c’est qu’hier, on a tous eu peur. On s’est tous inquiété pour quelqu’un. On était dedans.
Quand l’horreur se passe sous ta fenêtre, ça rend forcément les choses plus intenses. Ca ne veut pas dire qu’on minimise ce qui se passe ailleurs (après, le traitement des médias est un autre débat, moi je vous parle des gens comme vous et moi) mais c’est justement que ça nous frappe plus fort quand on se sent au coeur du drame.
L’amour et l’instinct de survie fait que l’homme aura toujours une réaction plus forte lorsque quand c’est quelque chose qui le touche directement.
Alors je vois pas l’intérêt de culpabiliser les gens tristes en comparant avec les horreurs qui se passent dans d’autres pays. Pleurer la blessure de son pays ne veut pas dire qu’on méprise celle des autres.
A Beyrouth les gens pleurent très certainement plus leurs morts que les nôtres, et c’est normal.
C’est humain.
Dans la douleur, il n’y a pas d’échelle du plus méritant en matière de condoléances.

Les gens sont tristes pour des raisons qui leur sont propres, respecter ça est la moindre des choses.

Personnellement, rien ne justifie que je pleure et déprime depuis 24h au point de ne pas arriver à me concentrer sur autre chose.
Je vais bien, ma famille va bien, mes amis proches vont bien.
Je n’étais même pas sur place.

C’est juste le choc de cette réalité qui vous rattrape. De cette horreur qui existe vraiment.
De cette ignominie, qui t’attend là, au coin de la rue, alors que tu vis ta vie sans faire chier personne.
Mes amies et moi qui étions au Bataclan il y a peu, mes amis parisiens qui passent par ces rues quotidiennement, mon amie d’enfance qui avait l’habitude d’aller au Petit Cambodge, une autre amie qui adore Eagles of Death Metals et qui, si elle n’était pas en train de terminer son séjour australien, avait toutes les chances d’aller les voir en concert hier…
Dans la roulette russe de la mort, ça aurait pu être n’importe qui. Un timing légèrement différent, et ça aurait pu être moi, ça aurait pu être les gens que j’aime.
Car en vérité, il faut qu’on se le dise, ça n’arrive plus qu’aux autres.
Ce ne sont que des si, et au final je suis une chanceuse, je ne suis pas touchée. Mais ces si rendent la chose tellement réelle, tellement proche.
Les gens qui sont décédés hier, qui ont été blessés ou qui ont perdu quelqu’un, c’était vous et c’était moi.
Ces Français de l’ombre tellement loin des conflits, des délires extrémistes, des Kalachnikov et autre kamikazes.

Ce monde infernal alternatif est venu bousculer notre réalité paisible, il s’est incrusté dans notre monde.

Et puis, même si on est pas touché directement, on a tous un peu l’ami d’un ami…
Personnellement, ma timeline est remplie de gens qui pleurent un disparu. Ma vie nomade a fait que j’ai rencontré beaucoup de monde dans ma vie, et que comme souvent, on garde un lien – même superficiel – via les réseaux sociaux.
Et depuis hier, je vois quelques unes de ces personnes, qui ont été touchées par cette tragédie. Des personnes qui ont partagé quelques instants de ma vie seulement, alors je n’ose pas aller leur parler pour leur dire que je suis désolée, que je compatie.
Je vois juste leurs messages défiler et j’ai mal pour eux.

Comme selon les personnes la limite entre la décence et la curiosité malsaine est placée à un niveau différent, je préfère ne rien dire et laisser ces personnes se recueillir dans un cercle privé.
Mais sachez que je pense fort à vous et vous présente toutes mes condoléances.
Et vous autres aussi, que je ne connais pas, je pense à vous.

2015 a été une belle année de merde. Elle a mal commencé et se termine mal aussi.
Charlie Hebdo, décapitations et autres faits divers sordides, et maintenant ça.
Personnellement, j’ai aussi la prise d’otage de Lindt Café à Sydney sur mon CV, qui m’avait déjà bouleversée pendant des jours.
Je n’ai pas blogué dessus car je n’avais pas envie de faire dans le sensationnalisme, mais c’était à deux rues de chez moi, j’entendais les coups de feu de l’assaut depuis ma chambre en me disant, angoissée, « Putain, je suis au chaud dans mon lit et à 200 mètres des gens sont en train de se faire tuer. ».
Je passais devant Martin Place tous les jours, et le destin étant toujours aussi ironique, avec un ami fan de chocolat on s’était promis une virée au Lindt Café incessamment sous peu pour envoyer Dukan se faire foutre.
La prise d’otage du Lindt Café était un acte isolé – bien qu’inspiré d’ISIS quand même -, mais déjà à l’époque, je m’étais dit « Putain, c’est arrivé à deux pas de ta porte. ».

En mai, c’est quand j’étais à Melbourne qu’un raid a eu lieu à quelques kilomètres, empêchant une attaque terroriste à la bombe apparemment imminente dans le centre de la ville.

A quel moment le monde est tellement parti en couille que plusieurs fois dans l’année tu te trouves confronté à ça ?
Que se trouver face au terrorisme devient un événement récurent dans ton quotidien. Que tu te sentes plus en sécurité nulle part.

C’est plus à la télé les amis. C’est là, c’est partout.
C’est la merde.

Et ça me fait peur.
Après, comme en 2011 avec Fukushima, même si j’ai peur, je ne m’arrêterai pas de vivre. Je continuerai d’aller à des concerts, à des rassemblements, je continuerai de prendre l’avion (mais avec une peur en plus que celle du simple crash…)…
Je continuerai de faire ce que j’ai envie de faire, et profiter de cette vie qui peut t’être si injustement arrachée du jour au lendemain.

Et je vous invite à faire pareil.
A ne pas gaspiller votre énergie dans la haine facile et les débats contre-productifs, mais de regarder le ciel et de respirer. D’aimer vos proches, de profiter d’eux,  de prendre le temps.
Je me sens tellement nulle et impuissante, que je ne trouve rien d’autre à vous dire que ça.
Vivez.
Et vivez dans la bienveillance.

Tomber dans les discours haineux, c’est finalement continuer dans ce cercle vicieux qui plombe notre société depuis tant d’années et ne fait qu’empirer depuis le 11 septembre. C’est donner la victoire aux connards responsables de toute cette merde.
Pleurons aujourd’hui, car il faut le temps d’encaisser ce coup de poing.
Mais demain, on se relève, on se tient par la main et on se marre.

Répondez à la mort par un hymne à la vie.

C’est un blog un peu décousu, sans but précis, qui part un peu dans tous les sens. Je l’écris pas mal pour moi, je vous l’avoue.
J’ai juste vidé le trop plein d’émotions et de réflexions qui m’envahissent depuis hier.
J’espère que les débats nauséabonds en commentaires me seront épargnés, sinon vous n’aurez rien compris à ce message.

Une énorme pensée à toi Paris, qui saigne aujourd’hui.
Ce soir, j’ai mis pour toi sous ma fenêtre ma plus belle bougie.
Une bougie achetée l’an dernier, parce qu’il était écrit « Bougie de la Forêt des Elfes» sur la boîte. Je m’étais dit que je me l’allumerais un soir où j’aurais envie de rêver un peu, de fantasmer mes mondes merveilleux et féériques.
Ce soir, ma flamme brille pour pour toutes les personnes touchées par ce drame, de près ou de loin. Je vous offre un peu de mes chimères en attendant des jours meilleurs.
Car dans mon monde, les terroristes n’existent pas.

bougieparis
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You shoot us down but we won’t fall
We are titanium

(Parce que j’écoutais cette chanson en écrivant)
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