Salut, TCA bien ?

Avant que vous n’avanciez plus loin dans cette lecture, je me dois de vous prévenir : vous n’allez pas rire.

Je sais que beaucoup de mes lecteurs réguliers viennent ici pour se fendre la poire aux dépens de ces pauvres Japonais (sans cœur que vous êtes), mais ça m’arrive, parfois, d’écrire des trucs pas drôles.
Donc comme ça me tient à cœur de faire cet article et qu’il y a trop de vécu pour que ça puisse être réellement poilant, aujourd’hui on va peut-être pas se pisser dessus. Désolée pour les zygomatiques en berne. En plus, ce post sera long… Mais il est important pour moi donc je serai reconnaissante à tous ceux et celles qui pendront la peine de le lire jusqu’à la fin quand même.
Mais bon, c’est pas comme si vous aviez payé une place à 30 boules pour un spectacle de Florence Foresti, donc j’ai le droit de vous laisser sur votre faim de temps en temps.

Justement, la « faim », le thème d’aujourd’hui.
A dire vrai, ça fait déjà un an que je me tâte presque quotidiennement à l’écrire, ce foutu billet. Et si je le fais, est-ce que le je traite comme un dossier sur le Japon qui ne me concerne pas, est-ce que je le tourne en dérision sans rentrer dans les détails ou est-ce que je vous balance tout dans la gueule… ?
Au risque de le regretter et me terrer dans ma honte quelques mois après avoir balancé mon pavé dans la mare, j’ai opté pour la dernière option. Déjà parce que ce billet est important pour la compréhension de certains billets qui suivront.
Mais aussi parce qu’il semblerait que je commence à être lue par pas mal de gens immunisés au rose donc si ça pouvait servir à quelqu’un qui est concerné (et j’en connais déjà une bonne poignée qui l’est…), si je pouvais vous remuer dans vos culottes et dans vos crânes l’espace de cinq minutes, alors c’est l’occasion et je serais lâche de pas le faire.
Assumons qui nous sommes.

Je ne suis pas toujours aussi forte que mes expériences racontées jusqu’ici peuvent vous le faire croire.
Au Japon, j’ai résisté aux horaires de 80h par semaine, aux jobs de merde, aux différences de coutumes,  aux typhons, aux tremblements de terre, à la menace nucléaire et tout plein d’autres choses comme l’odeur des salarymen dans le train et les moustiques (ne sous-estimez jamais les moustiques nippons).

Mais au Japon,  j’ai aussi perdu une immense bataille.
Je suis devenue anorexique et boulimique vomitive.

Historique personnel

Ce serait un raccourci grotesque et erroné de dire que c’est  à cause de la vie au Japon que je suis devenue malade, même si à mon humble avis, ça y a largement contribué.
Mais je pense aussi que j’ai toujours été prédisposée aux TCA (troubles du comportement alimentaires). Du moins qu’avec mon parcours, ça me pendait un peu au pif.
Pour une raison dont je ne suis pas sûre de me souvenir (sur-nutrition ? traitement médical ? tendance familiale au surpoids ? les trois ?), j’ai été obèse dès l’âge de quatre ans. Sur les photos de classe de maternelle, la grosse dondon au double menton graisseux et doigts boudinés, c’était déjà moi. Et en plus, j’avais une coupe de merde : bouclés, court devant et long derrière la tête. La rockeuse de diamant de Catherine Lara version loose ultime.
Dommage que ma mère n’ait pas été visionnaire à propos des tags Facebook, elle aurait peut-être empêché les massacres capillaires de ma grand-mère chez sa coiffeuse préférée « La Gilette » (ça ne s’invente pas).

L’ijime étant une notion malheureusement universelle, il va de soi que j’ai eu une de ces enfances où on se fait régulièrement insulter, que mon deuxième prénom était la « grosse patate pourrie » et que depuis que les crevures de mon quartier m’avaient attachée à leur vélo pour me faire courir en gueulant « sue et maigris grosse vache ! », je prenais grand soin de rester chez moi le mercredi après-midi à faire des dessins de Sailor Moon plutôt que de tenter l’aventure d’aller jouer dehors. Ça se finissait toujours mal.
Rassurez-vous, je n’étais pas une enfant martyre pour autant, je faisais des caprices de chiasse de compétition au rayon Barbie comme tout le monde.
Pardon maman, cette cuisine de Barbie était vraiment indispensable à ma survie et me paraissait à l’époque plus importante que tes fins de mois.

A 9 ans, je suis envoyée dans le sud de la France dans un établissement appelé Les Oiseaux qui soigne les enfants obèses (et enfants à problèmes, ma voisine de dortoir était maigre comme un coucou mais s’était fait poignarder par sa mère…Joyeux.). J’en ressors quelques mois plus tard avec presque dix kilos de moins ce qui est énorme pour un enfant de moins de dix ans.

Je suis restée assez mince quelques années puis à l’adolescence… la nature a fait son travail et j’ai retrouvé mon cul, mes hanches et mon bide. A à peine 12 ans, je venais déjà de passer de longues années à faire des régimes, surveiller tout ce que je mangeais, monter sur la balance chaque semaine pour marquer dans un cahier mon poids et justifier chaque prise de poids même pour 200 pauvres grammes de merde en jurant que « non », je n’avais pas triché. Peu de monde devait se rendre compte de l’ampleur du truc, mais ça régissait vraiment toute ma vie d’enfant et je subissais de nombreuses pressions de personnes dans mon entourage très certainement bienveillantes mais franchement pas pédagogues ni compréhensives…
Alors après quelques années, j’ai commencé à en avoir ras-le-cul de la dictature du régime.
D’autant que j’étais trop jeune pour comprendre que ma prise de poids était aussi due à ma croissance, plutôt qu’à une reprise de graisse et chaque prise de poids inexpliquée me mettait au bout du rouleau.
Incapable de relativiser, je prenais cela comme un échec, et au bout de quelques années, j’ai fini par tout envoyer valser.

Foutez-moi la paix avec vos régimes à la con, j’en ai ras le cul. Mes copines ne se prenaient pas la tête, elles, pour s’enfiler une demi-baguette couverte de Nutella, flinguer les paquets de smarties à la chaîne devant Le Miel et les Abeilles et dépenser tout leur argent de poche en paquets de bonbons monstrueux. Pourquoi moi je me gênerais et culpabiliserais à chaque fois puisque de toute façon les chiffres enflent quand même ?
J’ai donc fait comprendre subtilement aux adultes entourant le suivi de mon alimentation qu’il était temps qu’ils aillent tous se faire foutre car j’en avais ras la minette.

Et comme je n’avais plus de balance, plus de compte à rendre sur des chiffres et que je pouvais enfin manger sans me poser de questions, eh bien c’est ce que j’ai fais : manger.
C’est venu petit à petit, de légèrement enrobée passant à un bon surpoids, pour à la fin du collège, être de nouveau obèse.
Avec tous les complexes et le mal-être qui vont avec.

Mais psychologiquement, il m’était impossible de refaire un régime ou de le tenir. Tout de suite je repensais aux cahiers tenus, à la pesée obligatoire hebdomadaire, à ce mot culpabilisant qui sous-entendait que j’avais peut-être pris deux morceaux de pain plutôt qu’un : « tricher ».
Même plus de quinze ans plus tard, ce mot me fout les nerfs.
Dès que je me remettais au régime, j’avais de nouveau l’impression d’être épiée, de devoir rendre des comptes.

J’ai continué à grossir bien gentiment, ayant une aversion pour le sport assez monumentale (ça me rappelait immanquablement les moqueries en EPS à l’école), de plus en plus complexée et m’enfermant dans des hobbies de plus en plus sédentaires : les livres, les films, la geekerie.

Je me suis passionnée un temps pour la danse, mais trop complexée, j’ai fini par arrêter. Impression d’être la risée de tout le monde. Après tout, qu’est-ce que foutrait cette grosse barrique d’huile pataude dans un groupe de danseurs souples et gracieux.
J’ai arrêté. De toute façon j’avais envie de mourir à chaque fois qu’on me regardait, peu pratique pour danser me direz-vous.

Je ne sais plus à quel âge j’ai passé le stade symbolique des 100 kilos mais je pense que ce devait être autour des 19-20 ans.
Et même si j’avais tendance à passer mon stress et mon mal-être en grignotant, je ne pense pas que j’étais malade. Je grignotais en continue dans la journée mais ce n’était pas des crises de boulimie.  Ou alors de la boulimie douce, juste de temps en temps quand j’étais déprimée mais bon, même gourmande, je ne pensais pas à la bouffe 24h/24, c’était inconscient.
Je pense qu’il est important de faire la petite différence entre la boulimie et l’obésité. Après je ne suis pas médecin, donc peut-être que des spécialistes ou d’autres personnes concernées qui tomberont sur ce billet ne seront pas d’accord avec moi.
Ce n’est que mon humble avis, l’auto-analyse de quelqu’un qui essaie de se comprendre, déterminer pourquoi on est  tombé si bas pour pouvoir essayer de se relever.
Je disais donc, à l’époque, je n’étais pas une vraie boulimique.
C’est assez honteux à dire, mais j’avais une mauvaise hygiène de vie, voilà tout. J’ai mis plusieurs années avant de me l’admettre et ne plus me chercher d’excuses mais c’était le cas. Certains sont malheureusement obèses à cause d’une maladie, mais pas moi. C’était juste de ma faute.
Je restais toujours à la maison à regarder un film ou dévorer un roman, et le reste du temps, j’étais posée devant mon ordi à faire des sites et des montages à la con. Le tout en descendant coca sur coca, grignotant du chocolat, me nourrissant de pâtes et pizzas à profusion parce que han la la, les légumes c’est pas bon.
Pauvre fille.

A 20 ans, les choses se sont compliquées puisque je suis tombée malade des intestins. Pendant deux ans j’ai enchaîné les crises, où la crise la plus violente j’ai perdu 15 kilos en moins de trois semaines.
Pour calmer les crises, on me foutait donc sous cortisone qui – chaque personne ayant déjà pris cette merde le saura – a pour propriété de faire gonfler comme un ballon. Je reprenais donc à chaque fois tout ce que j’avais perdu avec bonus en quelques semaines.
Après deux ans de yoyo entre les crises et la cortisone, je dépasse les 110 kilos.

J’ai 22 ans, je sors d’un traitement de plus de trois mois à forte de dose de cortisone, j’ai le visage boursouflé à s’y méprendre avec un ballon de foot… et c’est l’année de mon échange universitaire au Japon à Osaka.
Si j’étais déjà un gros caisson en France, autant vous dire qu’au Japon, j’étais juste hors norme. Ce qui avait le don de me complexer énormément, je ne vous le cache pas.
Impossible de trouver des vêtements où je rentrais ne serait-ce qu’un bras, très souvent à l’étroit sur les sièges, détonnant complètement sur les photos de groupes au milieu de mes grignettes de copines nippones.
J’ai vécu au cours de cette année-là un nombre assez considérable de mésaventures et d’humiliations dont je vous ai déjà plus ou moins parlé dans cet article donc je ne vais pas revenir là-dessus, sauf peut-être pour vous raconter un des événements qui a provoqué mes premiers comportements à risque.

Pendant les vacances scolaires de printemps, j’ai participé à une soirée spéciale dans un bar. J’ai passé une excellente soirée, à discuter avec plein de monde, boire, rigoler, faire connaissance avec des gens, échanger avec des Japonais.
Je suis rentrée au petit matin, et l’après-midi au réveil, encore toute enchantée de ma super soirée, je me connecte sur la communauté de ce bar pour suivre les conversations sur le sujet. Je vois qu’il existe un topic parlant de la soirée d’hier et espère y retrouver des gens avec qui j’avais discuté la veille.
Mais en haut du topic, une phrase assassine.
「昨日楽しかった!クソデカイ外人がいたんだけど!こんなデブすごいわ!」
« C’était cool hier ! Mais y’avait une étrangère énorme ! Incroyable une grosse pareille ! ».

De ce commentaire, s’ensuivait une conversation peu élogieuse sur ma morphologie. Le topic servait bien plus à se foutre de ma gueule qu’à parler de la soirée en question, tout le monde s’en donnant à cœur joie. Alors qu’on avait passé la soirée à me cirer les pompes à me dire que j’étais mignonne et jolie et que j’avais de la chance d’être Française…
Evidemment, comme j’étais absolument la seule étrangère de la soirée (la salle étant relativement petite), le doute n’était pas permis sur la cible des quolibets.
Autant vous dire que ma soirée cool et enchanteresse avait tout à coup un arrière-goût amèrement dégueulasse. C’était pas la première fois qu’on se foutait de ma gueule, j’ai donné pendant des années, mais je ne sais pas pourquoi, ce jour-là ça m’a fait plus mal que les autres fois. Peut-être parce que les commentaires étaient impitoyablement méchants et moqueurs alors qu’on m’avait encensée à la japonaise toute la soirée avec le sourire.
Ma réaction fut sans appel : je n’ai rien mangé en 8 jours sauf un yaourt. J’ai bu un peu d’eau mais c’est tout.
Au bout des huit jours, mes dents étaient jaunes, mes gencives flasques et avaient perdu de leur couleur, ma bouche pâteuse et blanchâtre. Je n’avais plus de force et ai passé presque toute la semaine à dormir.
Et puis quand j’ai vu les changements dans ma bouche, que je perdais mes cheveux et que la rentrée approchait, je me suis dit qu’il fallait que j’arrête ça et me remette de cette histoire minable. Je me suis donc remise à manger. Un peu.

Cette semaine chaotique de mon séjour à Osaka, personne ne le sait ou presque. Déjà parce que je savais que c’était bête de ma part, mais aussi parce qu’à l’époque, toute à mon amour démesuré, j’étais très soucieuse de l’image que je pouvais donner du Japon et n’avais pas envie d’aborder les expériences réellement négatives.
Bon depuis, j’en ai un peu rien à foutre et balance le très bon comme l’inacceptable. A l’époque je n’avais pas envie de parler des points négatifs de mon séjour car je n’y étais qu’un an et avais envie de ne garder que le meilleur.

Après ce chaotique épisode, la rentrée d’avril a eu lieu et me disant que c’était et l’occasion de me faire des amis et celle de perdre du poids, je me suis inscrite dans un club de sports de la fac. Et au Japon, les clubs sportifs universitaires ne rigolent pas du tout, c’est limite s’ils ne se préparent pas pour les jeux olympiques. Je me suis donc retrouvée, moi sédentaire confirmée depuis plus de vingt ans, avec dix heures de sport par jour avec des enragés.
Je détestais cela, j’étais la plus nulle et le capitaine devait me faire un programme spécial car j’étais la seule dondon du groupe et faisais office de véritable boulet, mais je suis restée jusqu’à la fin.
Ma « punition » pour être ce que j’étais.
Et je l’avoue aujourd’hui, jusqu’à la fin de l’année, je me suis nourris d’un seul et unique onigiri par jour, tous les jours où je n’avais rien de prévu avec des amis.
J’ai perdu 15 kilos entre avril et août 2007, où je suis rentrée en France.
Même si j’étais toujours bien au-dessus de 90 kilos, tout le monde trouvait cette transformation absolument géniale : le Japon m’avait affinée et embellie dites donc !
J’ai donc attribué à tout le monde mon sourire le plus hypocrite en disant que je m’étais mise au sport, ce qui m’avait fait fondre. Ce qui était en partie vrai, mais tout en passant sous silence que je carburais à 300-400 calories par jour maximum, les jours où je n’avais pas à sortir avec des amis.

En rentrant en France, j’ai complètement arrêté ce comportement. Je ne ressentais plus cette pression, ce besoin de maigrir à tout prix. Je n’étais pas belle et loin d’être « bonne », mais je ne me sentais plus inhumaine.
J’ai  repris ma vie d’avant… maison-université, sédentarisation et malbouffe. Accompagnée d’une énorme déprime sur de longs mois pour avoir retrouvé une vie morne et solitaire en France après un an de sorties et activités en tout genre au Japon.
En un an, j’ai repris 20 kilos.

Je l’ai extrêmement mal vécu et c’est pas peu dire. Mais tomber aussi bas (ou aussi haut en poids…) m’a mis la claque dont j’avais besoin. Pour la première fois de ma vie, j’ai admis que si j’étais comme ça, c’était essentiellement de ma faute. Je n’étais pas malade, et le fait d’avoir un corps sujet au surpoids ne faisait pas tout. Je n’avais pas une bonne hygiène de vie, je ne devais mon reflet dans le miroir qu’à moi-même.
C’est dur d’arrêter de se voiler la face, vous savez.
Mais se rendre compte et admettre honnêtement ses travers est le premier pas pour s’en sortir.

En plus je comptais retourner vivre au Japon en 2010 et dans ma tête, j’étais formelle : je ne retournerais pas au Japon obèse. Plus jamais je ne voulais vivre les différentes humiliations que j’avais vécues, (et, comme raconté dans le lien plus haut, venais de revivre quelques semaines plus tôt avec ma Japonaise francophile complètement conne et sa photo de merde).
Je faisais plus de 115 kilos et j’avais un an et demi devant moi pour changer.

J’ai pris la solution de facilité et très à la mode en 2008 : le régime Dukon.
Et j’ai perdu quasi la moitié de mon poids en 11 mois.
Bon, sans cracher dans la soupe, je n’oserais pas vraiment recommander ce régime avec du recul. Déjà parce que même en surveillant, j’ai fini avec de nombreuses carences, des étourdissements réguliers (qui cinq ans après sont toujours là), et à cause des protéines j’ai fais une crise d’acide urique sur la fin et n’ai pas pu marcher pendant plusieurs semaines.

Mais j’étais mince. Pour la première fois de ma vie, j’avais un petit cul mignon qui rentrait fastoche dans du 38. Et quand on plafonne à plus de 100 kilos depuis la fin de l’adolescence, c’est pas rien.
La consécration.
Après 25 ans de complexes, je me trouvais bonne. A moi les fringues sexy et les photos en duck face !

Contrairement à la plupart des gens qui ont fait ce régime, j’ai plutôt bien géré l’après. Je me suis stabilisée à un poids pendant plusieurs mois et suis partie au Japon début 2010 avec ce nouveau corps dans lequel je me sentais bien. Je ne ressentais pas le besoin de maigrir plus, je ne me sentais plus mal dans ma peau et avais tellement envie de me maintenir à ce poids de forme que je maintenais une alimentation variée et un minimum équilibrée.
Et vu que pour la première fois de ma vie je m’étais réellement prise en main, que j’avais réussi quelque chose d’énorme en perdant plus de 45 kilos en moins d’un an et changer complètement de physique, que je faisais enfin partie de la norme et faisais mon shopping comme tout le monde, je dois avouer que jamais je n’aurais pensé qu’on m’emmerde sur mon poids et ma silhouette par la suite.

Mais ça, c’était sous estimer les Japonais.

 Perte de contrôle

Lorsque je suis arrivée au Japon en janvier 2010, ça faisait déjà 5 mois que j’avais arrêté mon régime et stabilisé au même poids. Je ne souffrais pas tellement à ce moment-là des effets yoyo, ni de reprises de poids incontrôlables.

J’étais plutôt bien dans mes pompes, pensant que les mésaventures du moi obèse d’Osaka seraient loin derrière moi et que je n’aurais plus jamais à vivre d’humiliations liées à mon poids.
Mais j’avais tort.
Juste ce n’était plus du même acabit. A Osaka, on a été obligé d’arrêter un manège à cause de moi parce que mon format n’était pas conforme aux normes de sécurité et autres humiliations sans nom… mais je dois avouer qu’à part dans mon dos, comme lorsque j’ai découvert ce qu’on disait de moi sur Internet, on ne m’avait jamais fait de réflexion sur mon poids.
Les Japonais n’abordent pas franchement les problèmes visibles, ils les taisent. Donc un grand machin de 115kg, c’était trop hors normes pour se permettre de faire une quelconque réflexion. On n’aurait jamais osé.
On préférait donc plutôt me passer de la pommade à me conter combien j’étais mignonne et charmante, même si on en pensait peut-être pas moins.

C’est donc, contre toute attente, quand je suis revenue dans une taille 38 que j’ai commencé à m’en prendre plein la tête : mon cas n’était plus désespéré, donc plus tabou.
A l’école, au baito, ou avec des amis, je me prenais très régulièrement des réflexions par la gent masculine du genre « Tu manges du chocolat ? Tu ferais plutôt mieux de faire un régime, attention le ventre. »,  « Sonia, tu as du bide et du cul, tu devrais faire plus de sport »,  « Dommage que tu ne sois pas aussi mince qu’une Japonaise… Mais bon on peut rien y faire, les étrangères sont grosses c’est comme ça. » et j’en passe.

Merci pour l’estime de soi. Au Japon, les hommes ne sont pas tendres et aiment vous rappeler que vous n’avez pas le corps de Kate Moss. On se permet sans complexe des réflexions sur votre tour de taille, de fesse, sur ce que vous mangez, etc. Et ce, devant tout le monde.
Tout le monde ne se permet pas ce genre de choses évidemment, mais ça revient régulièrement.
Les filles, elles, ne font  pas trop ce genre de remarques mais savent quand même vous mettre mal à l’aise avec des: « Tu finis ton assiette ? Oh non, moi je ne peux pas, je n’ai pas un si gros estomac… ».

Même si j’essaie de ne pas tout prendre au pied de la lettre, assez vite, les complexes reviennent, et avec mon IMC à 21, je me sens énorme.

Je suis à nouveau grosse dans ma tête.
Je ne pense pas à maigrir pour autant mais ressens le besoin de surveiller mon poids, pour ne surtout pas redevenir comme avant.
Je me procure donc une balance et le rituel de la pesée recommence.

Avec les différentes sorties, mon poids balance mais toujours de deux-trois kilos et je reviens toujours à mon poids de forme. Tout va plutôt bien, même si je me rends compte que malgré mes efforts, je suis généralement considérée comme toujours en surpoids ici.

En septembre 2010, je tombe amoureuse d’un Japonais rencontré pendant l’été. Je fréquente la personne quelque temps, ça se passe bien. Jusqu’à ce que l’intéressé me dise «Je t’aime bien et tu me plais… mais moi j’aime les filles maigres donc ton corps, je peux pas. Si tu maigris un peu, peut-être que ça irait mais là tu es trop grosse, ça me bloque. ».
Je me prends la réflexion comme un gros coup de massue dans la gueule. Après avoir passé un an à perdre la moitié de moi-même, je ne pensais vraiment pas rebouffer de ce genre d’excuse un jour.
Si aujourd’hui j’aurais le caractère assez fort pour suggérer à cette personne d’aller se faire sodomiser par une poutre en bois vermoulue du 50cm de diamètre, il y a trois ans j’étais encore douce et désespérée.
J’ai donc refais un régime à base de viande et poisson en force et me suis mise à courir tous les jours pour reperdre 6 kilos en un temps-record. J’arrive au poids le plus bas que j’avais jamais atteint dans ma vie d’adulte.
Je revois l’intéressé, fière de mes efforts et de mon nouveau tour de taille en moins.
Mais le verdict est sans appel : « Ça ne suffit pas… il te reste du gras sur le ventre et les cuisses et je peux pas. Je veux que quand on me voit avec ma copine, on soit envieux. Franchement, avec toi j’aurais honte de me promener dans la rue. Vu où t’en es, t’as encore bien 10-15 kilos en trop.».
Lorsque je lui fais remarquer que si je perdais encore 15 kilos, j’avoisinerais les 45 kilos pour 1m75 (et un IMC de 15…), ça ne semble pas le perturber. Oui, et alors, tu serais maigre au moins non ?

Bon. Trop c’est trop, je veux bien être un peu conne mais il ne faut pas abuser non plus. Il était bien sympa au début mais j’ai cerné le connard maintenant, je décide de ne plus le revoir.

Quelques mois plus tard, au début de l’année 2011, je rencontre un autre garçon (je ne m’en rendrai pas compte tout de suite, mais c’est le jaloux psychopathe dont je vous parlais dans le chapitre 1 de la drague). Je le rencontre via une communauté d’anciens obèses. Javoue qu’après mon Pro-ANA de l’été et les commentaires que je me prends régulièrement depuis un an par la gent masculine je suis un peu traumatisée, et j’avais besoin de parler avec d’autres Japonais(e) dans mon cas, pour savoir comment ils vivaient la chose.
Forcément avec ce garçon, je me sens complètement décomplexée puisqu’il a lui-même perdu 50 kilos, il connaît donc aussi bien que moi toutes les souffrances et difficultés liées à l’obésité et au régime à long terme.
Il se montre extrêmement compréhensif et pour la première fois je suis rassurée, je ne me sens plus grosse et je crois avoir trouvé une personne apte à m’accepter comme je suis sans me rabaisser.

Sauf que non. Car au bout de quelques semaines, je me rends compte qu’il souffre de gros troubles du comportement alimentaire, à commencer par de la boulimie.
Très régulièrement, il sort au milieu de la nuit pour acheter un immense sac de bouffe, rempli de tout et n’importe quoi, qu’il dévore en moins de dix minutes. J’avoue en rester pantoise.
Il prend rapidement du poids tandis que j’arrive à maintenir le mien tant bien que mal, ce qui ne semble pas lui plaire.
Il vit mal le fait que j’arrive à stabiliser mon poids depuis plus d’un an alors que lui enchaîne les yoyos violents. Pour reperdre le poids pris après ses crises de boulimie, il ne se nourrit que d’eau pendant des jours.
Puis il recommence.
Lorsque je me rends compte de ce qu’il fait, j’essaie de lui faire comprendre que c’est mauvais et qu’il ne pourra pas s’en sortir, qu’il faut qu’il rééquilibre son alimentation, mais évidemment il dédramatise la chose, ne m’écoute pas.
Pire, il commence à m’acheter des quantités industrielles de bouffe pour que je mange avec lui, parce qu’après tout « je suis mince maintenant, je peux me permettre ! ».  Il semble ne pas vouloir grossir tout seul. Sans avaler tout ce qui passe, je commence à reprendre quelques mauvaises habitudes de grignotage la nuit et de surconsommation de junkfood caloriques quand je suis avec lui. Mon rythme est cassé.
Lorsque pour une longue liste de raisons, je décide de mettre fin à la relation, j’ai repris 7 kilos.

Et Mars 2011 n’arrange rien non plus. Je reviendrai en détail sur 2011 plus tard, mais entre le tremblement de terre, la pénurie de bouffe dans les combini qui pousse à l’achat compulsif quand on en trouve, la solitude, la peur… Je passe mes nerfs sur la nourriture seule dans mon lit.
Puis j’entre dans le monde du travail, dans l’événementiel.
Chanteuses, actrices et mannequins à la taille 32 font mon quotidien. Evidemment, il convient de bien présenter, aussi les remarques que je me prenais depuis que j’étais arrivée au Japon passent au stade supérieur.
Comparaisons régulières entre ma taille boudinée et celle filiforme des mannequins, réflexions désobligeantes, accueil le matin des collègues avec des « Sonia, tu as encore grossi ? Faut faire un régime-là ! ». Quand des clients nous offrent à manger, j’encaisse parfois du « Bon Sonia, toi, pas besoin de t’en donner, tu dois te mettre au régime non ? ».

J’ai repris du poids et déjà que je le vis mal, ces réflexions quotidiennes et cet environnement me rendent malade. Alors que j’ai encore un IMC tout à fait normal et qu’objectivement, je ne suis absolument pas grosse, je me sens de nouveau obèse. Mais pas que dans la tête cette fois, même physiquement.
Je suis prête à tout pour maigrir et avoir enfin la paix. Qu’on me laisse tranquille, qu’on arrête de m’emmerder et me faire des remarques. Que je respire.

J’enchaîne les régimes surprotéinés très stricts. Le Japon pullule de sachets étranges, compléments alimentaires et pilules en tous genre. J’essaie tout.
Si Dukan n’était déjà pas génial point de vue santé, cette fois je suis désespérée et me nourris essentiellement de blancs de poulet, de thon en boîte dégraissé et de sachets protéinés dégueulasses.
Je perds une dizaine de kilos en moins d’un mois, je suis soulagée.

Frustrée par autant de restrictions, ajouté au fait non-négligeable qu’on me laisse rarement prendre ma pause midi avant 16 ou 17h, je suis prise de fringales absolument incontrôlables.
Sans me rendre compte, j’adopte le même genre de comportement que mon ex-copain en partant parfois m’acheter des sacs de nourritures que je dévore en peu de temps. Je me sens mal après, lourde et coupable. Mais sur le moment, j’ai besoin de m’apaiser en dévorant des tonnes de bouffe.
Le début de la boulimie.

Evidemment, après m’être nourrie exclusivement de sachets protéinés pendant des semaines, la boulimie ne pardonne pas. Moi qui avais réussi à stabiliser mon poids pendant presque deux ans, cette fois-ci c’est foutu.
J’ai tout foutu en l’air et l’effet yoyo m’arrive dans la gueule comme une baffe de papa qu’on a pas vu venir. Je reprends tout ce que je viens de perdre avec bonus en peu de temps.

C’est pas grave, je l’ai déjà fait plein de fois, je peux le refaire.
Je rachète des sachets et des compléments alimentaires. Quand les fins de mois sont dures, je me contente d’un yaourt ou d’un onirigi.
Je passe de plus en plus de temps dans les supermarchés, je regarde le nombre de calories d’absolument tous les aliments.
Au-dessus de 150 kcal, je repose.
Je suis obsédée par le nombre de calories que j’ingurgite. Pas plus de 700 par jour.
Le corps s’habitue, au bout de quelque temps, on ne maigrit plus.
Bon alors 500 calories par jour, faisable, tranquille.
Mince, j’ai du mal à maigrir comme ça aussi, mais pourquoi ? Bon, alors un seul repas par jour à 300, ça devrait passer.
Le début de l’anorexie.

Je tiens deux, trois, quatre semaines maximum. Je reperds ma dizaine de kilos, puis je craque.
Et revient la boulimie incontrôlable.
Il faut que je mange, tout, n’importe quoi, maintenant. Dans des quantités industrielles, j’en ai plein la bouche, c’est limite si je peux mâcher tant je fourre tout en même temps.
Ça me détend, me soulage.
Et après je me sens mal. Lourde. Grosse. Grasse.
Je me dégoûte.
Pourquoi j’ai fais ça ?

Bon demain, j’arrête. Je remange normalement, c’est quand même pas bien difficile.
Mais le lendemain, on me retraite comme de la merde au boulot, on m’empêche de prendre ma pause midi jusqu’en fin de journée, je suis stressée, énervée, je n’ai rien mangé depuis tôt le matin… Je sens l’envie de bouffer revenir. Et je cède.

Encore une fois je regrossis. Chaque fois un peu plus.
Je continue de couper mes séances de boulimies par des séances de régimes très strictes qu’on peut franchement appeler anorexie. L’engrenage de ce cycle infernal s’est complètement refermé sur moi et je n’ai plus aucun contrôle.
Ma vie change, ma vie sociale est petit à petit influencée.
Car les invitations à manger d’amis commencent à m’angoisser. Je sais que s’ils me coupent « mon élan », si je remange normalement une fois… C’est ouvrir la boite de Pandore. Le barrage va céder, je n’arriverai plus à me retenir de manger et je me gaverai jusqu’à la nausée. Je mangerai pendant la soirée, puis rachèterai un repas en rentrant chez moi, puis ressortirai pendant la nuit acheter du sucre… et répéterai ce manège jusqu’à ce que je ne rentre plus dans aucun vêtement et sois obligée de retourner à mes yaourts dégraissés et mes sachets de poudre quelques semaines.
J’ai envie de pleurer à chaque fois qu’on me dit, « il faut absolument qu’on se fasse une bouffe ! », ça me terrorise. Car je sais que je perdrai le contrôle. Et à Tokyo, il y a beau y avoir un million de choses à faire, les gens ne vous invitent toujours que pour boire ou manger.

En été, ça fait déjà bientôt six mois que je suis entrée dans mon cycle sans fin d’anorexie-boulimie et mon corps en fait les frais. Je suis capable de prendre 7 kilos en seulement une semaine, la moindre prise de nourriture normale se paye très cher sur la balance, sur laquelle je monte environ 10 fois par jour.
A force d’enchaîner les régimes de protéines en poudre et rien d’autre, j’ai de plus en plus de problèmes de transit.
Je n’arrive plus à aller aux toilettes, j’ai mal au ventre. Il est gonflé et tout dur, on dirait que j’ai grossi alors que je ne mange qu’un repas par jour depuis des semaines.
Dépitée, je vais à la pharmacie demander des laxatifs.
Je prends une dose, me vide, me rend compte que la balance affiche un kilo de moins.
Comme j’ai perdu mon cerveau depuis longtemps, je suis contente de ce résultat.
Le début des laxatifs.

A la fin de 2011, je n’ai que mon poids en tête. Je monte sur la balance tout le temps. Au réveil, après être allée aux toilettes, après avoir déjeuné, les cheveux mouillés, les cheveux secs et j’en passe.
Les chiffres m’angoissent. Quand je ne travaille pas, il m’arrive de jeûner jusqu’au soir pour que le chiffre soit un peu plus bas quand je monte sur la balance.
Je refuse 90% des sorties avec d’autres personnes.
Je prends des laxatifs tous les soirs. Au début une simple dose, puis double parce que ça ne fait plus effet, puis plus.
Je calcule l’heure pour que ça ne me dérange pas en journée au travail. Je me réveille chaque nuit entre 2h et 4h pour me vider, je ne fais aucune nuit entière.
Je bousille mon sommeil en même temps que le reste.

Malgré mes yoyos, j’arrive à maintenir mon poids à un IMC normal, mais ça reste de plus en plus dur, et je suis de plus en plus à la limite du surpoids.
Après presque un an célibataire, je retente le jeu de l’amour avec l’Autochtone, un petit gars que je connaissais depuis quelques mois et semblait posé et sympa… mais comme d’habitude, je me plante et une fois la relation officialisé (traduction : la période de séduction terminée), il a revêtu son costume de Super Connard, comme les autres.
Si la crevure était relativement gentille à deux, en public il se plaisait à m’humilier grâce à des piques assassines devant ses amis.
Par exemple lorsque, pour faire connaissance, un de ces amis me demande si j’aime le sport, l’être « aimé » répond très élégamment : « Attend, t’as vu son corps ? Ça répondrait à ta question, vu comme elle est foutue, c’est clair qu’elle en a jamais fait de sa vie, ha ha ha ».
Élégante façon de parler de sa moitié.

Ayant compris depuis deux ans que les blagues sur le poids des femmes n’étaient pas rares au Japon, je le prends en privé pour lui souligner que c’est le seul sujet sur lequel il ferait mieux de ne pas trop me charrier car j’y suis assez susceptible.
Manifestement le message ne passe pas puisque le soir de Noël – soirée romantique par excellence au Japon… -,le rabouin a, après de nouvelles piques, insisté pour me faire monter sur la balance devant son meilleur ami pour « rigoler » et voir la différence avec le poids des Japonaises.
Gentleman.

Inutile de vous préciser que la relation n’a pas duré, et qu’après cette énième déception, j’ai renoncé à ma vie amoureuse. Le célibat est morne, mais se passe de commentaire désobligeant et c’est déjà ça.

Enfin, pas besoin d’un petit ami pour vous humilier en public.
Début 2012, je rentre dans une nouvelle entreprise après une année d’enfer dans l’événementiel. Je suis contente de repartir de zéro, où les employés ne seront peut-être pas psychopathes et où je pourrai peut-être retrouver une hygiène de vie. Car je perds petit à petit du terrain et affiche, lorsque je suis au plus bas, maintenant 10 kilos de plus que mon poids de croisière, j’oscille donc entre normalité et surpoids.

La première semaine de travail se passe bien ; à la fin de la deuxième, on organise ma soirée d’intégration (la tradition dans les entreprises japonaises).
L’angoisse des repas en société est toujours d’actualité, et je dois déjà me battre contre moi-même pour aborder cette soirée de beuverie avec confiance.
Je suis assise au milieu de la rangée puisque la soirée est en mon honneur, entourée de tous mes nouveaux collègues et mon nouveau patron. Tout le monde est plutôt sympathique.
Mais au milieu de la soirée, tout tourne mal.
Le collègue assis à côté de moi -qui a un peu abusé de la bière pression et du saké chaud- a un sacré coup dans le nez. Il m’appelle d’une voix tonitruante de mec bourré, une voix assez forte pour que tout le monde tourne la tête de notre côté et me balance devant tout le restaurant : « Hé Sonia ! Pourquoi t’es foutue comme ça. Non mais c’est vrai quoi ! T’as un beau visage, tu pourrais être mignonne, mais c’est quoi ce corps ? Pourquoi t’es grosse ? En plus tu as le visage fin, alors que tout soit gras à partir du cou, ça gâche vraiment tout ! Tout ce qui est en dessous du menton : à jeter ! C’est vraiment du gâchis, tu devrais faire un régime ! ».


Je repense à mon passé d’obèse, je repense aux efforts que j’ai fait pour m’en sortir, que j’avais réussi. Je pense aussi au fait qu’à cause de ce genre de commentaire que je me prends depuis deux ans -ALORS QUE J’ETAIS NORMALE BORDEL DE MERDE- que j’ai commencé à faire n’importe quoi. J’ai eu du mal à m’en rendre compte, mais c’est vrai. Depuis un an j’ai tout foutu en l’air, je suis devenue malade. Et je ne m’en sors pas, et je ne sais pas quoi faire.
Alors surtout, qu’il la ferme ce sac à merde. Car 3 grammes dans le sang qui lui font dire de la merde ou pas, il sait pas qui je suis, il sait pas ce que je vis, il sait pas qu’à cause de ces phrases, je passerai les trois prochaines semaines soit à ne rien manger, soit à m’empiffrer, mais que quoiqu’il en soit, la plaquette de laxatifs y passera pour vider ce corps au maximum, jusqu’à l’épuisement pour me punir d’être qu’une grosse vache.

Tout le monde a un petit air gêné, mais on est au Japon. Alors on sourit timidement, et surtout personne ne lui intime de se taire, on fait comme si ce que j’étais en train d’encaisser est parfaitement normal.
Le problème est qu’il ne s’arrête pas.  Il continue à m’humilier devant tout le monde de sa voix pâteuse d’homme ivre.
Je finis par lui demander de s’arrêter, que j’ai bien compris le message mais que j’aimerais bien passer à autre chose maintenant. Il n’a rien à me dire sur le sujet, il ne me connaît même pas.
Mais il continue : « Pourquoi tu le reconnais pas ? Pourquoi tu fais pas un effort pour maigrir ? C’est quand même pas dur d’arrêter de manger et et de faire du sport ! T’habites pas trop loin, pourquoi tu viens en train ? Faut que tu viennes en vélo et comme ça tu maigriras et tu seras plus grosse comme ça ! Car là, un beau visage comme ça sur un corps gras, c’est dégoutant (kimochi warui dans le texte) ».

C’est trop.
Je fonds en larmes devant tout le monde, c’est incontrôlable. Je n’arrive plus à m’arrêter de pleurer. Vous savez ces gros sanglots bruyants et pathétiques qui vous déforment le visage, pas ceux dont les larmes roulent discrètement sur les joues.
Et le pire… c’est que tout le monde m’a regardé avec étonnement.
Je me fais allumer depuis 15 minutes devant tout le personnel de ma nouvelle entreprise par un homme que je ne connais pas, c’est normal. Mais que je craque, ça c’est étonnant.
Une collègue veut dédramatiser : « Il ne faut pas pleurer pour ça ! Moi aussi on me dit souvent que je devrais maigrir et que je mange trop, mais j’ai jamais pleuré ! ».

Oui mais j’en ai rien à foutre connasse que tu dises amen à tout ce que des pauvres machos au QI négatif te balancent en public. Je suis ni sourde, ni soumise, ni mis ma fierté dans ma poche. Et puis surtout, j’ai très certainement beaucoup plus de problèmes avec la bouffe depuis un an que toi en toute une vie, donc ta gueule.
Dans ma tête, je l’incendie. En vrai, je ne dis rien.
Ce n’est pas lui qui a ruiné la soirée en m’insultant, mais manifestement moi en mettant tout le monde mal à l’aise avec mes larmes.
En voyant l’effet de sa longue tirade, mon collègue est choqué et s’excuse. Il me disait ça « pour mon bien. » Il se met à genoux devant moi, le front au sol en répétant avec théâtralité qu’il est désolé, qu’il ne voulait pas me faire mal.
J’ai envie de shooter dans sa tête.
Mais je souris, et m’excuse d’avoir perdu mon sang-froid.
C’était puéril de ma part de le prendre à cœur, bien entendu.

J’attends la fin de la soirée avec impatience, désolée de ce nouveau départ professionnel.
Par la suite, le collègue en question s’est révélé plutôt sympathique (à jeun) et ne m’a plus jamais fait de commentaires sur mon poids directement. Mais lui, comme quelques autres arrivés par la suite et n’étant pas au courant de mon inoubliable soirée d’intégration, feront souvent le compte des bonbons ou autre que je mange en travaillant, comptant les papiers dans la poubelle pour me faire remarquer que j’abuse un peu trop du sucre.
Par contre, personne ne semble remarquer que je ne « mange » qu’un verre de lait à midi pendant des semaines alors que par la suite, j’ai de la bouffe plein le bureau.

Je continue mes yoyos, mes cycles destructeurs, les laxatifs que j’accompagne parfois encore en plus de thé facilitant le transit vendus en pharmacie.
Et bien sûr, je continue de grossir sur la continuité.

En mai, trop de choses s’enchaînent. Un retour en France, un mariage, trois anniversaires, des sorties pendant la golden week… Toute cette vie sociale et ces sorties m’angoissent, l’impression de ne faire que manger du soir au matin et je le vis mal. Je ne tiens plus les régimes à 400 calories, j’y arrive une semaine pour enchaîner sur un mois de boulimie.
Ça et une série de sorties inévitables, je me sens pleine, énorme, prête à exploser.
Alors un soir, après une soirée anniversaire où je me dégoûte d’en d’avoir tant dans le ventre, je franchis le pas et mets mes doigts profondément dans ma bouche.
Et je vide tout.
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien, jusqu’à ce que je me sente épuisée et tombe comme une mouche pour m’endormir d’un sommeil de plomb.
Le lendemain… je n’ai pas grossi malgré ma sortie.
Je suis soulagée et contente.
Le début de la boulimie vomitive.

Je sais que c’était bête et qu’il ne faut pas que je recommence. Mais… pour la première fois depuis un an et demi, j’ai mangé sans prendre un gramme, sans avoir à en payer le triple de ce que ça vaut, sans avoir à m’arrêter de manger des jours pour effacer cette soirée.
Je décide de me faire plaisir une fois, rien qu’une fois.
Alors je vais au supermarché, j’achète tout ce que j’ai envie de manger. Un sac entier.
Je rentre, je mange tout, et je vomis tout.
Voilà, je me suis fait « plaisir », je ne recommencerai plus.

Mensonges.
Je recommence dès le lendemain, après une énième crise de boulimie.
Puis le surlendemain. Et en moins de deux semaines, je suis passée vraie boulimique vomitive, tous les jours.
Et je suis incapable de m’arrêter, la perte de contrôle est encore plus rapide et irréversible que tous mes autres travers.
Vomir devient la parade à chaque sortie au restaurant. Je recommence à accepter de sortir avec les gens, mais rien ne reste dans le ventre.
Désolée à toi qui lis ses lignes et es sorti avec moi entre le printemps 2012 et 2013 : quand j’allais aux toilettes, c’était pas pour pisser un bol. Quand je revenais des chiottes avec le nez et les yeux qui coulent, c’était pas les allergies.

Je ne sais pas lequel est le pire, mais les vomissements ont remplacé l’anorexie. Cette fois, je gère mes crises de boulimie à coup de laxatif et de doigts dans la bouche. Evidemment, je prends bien soin de prendre les petits médicaments après m’être déjà vidée, sinon ils risqueraient de ne pas faire effet ! Ce serait ballot !
J’ai bien compris que ça ne faisait pas maigrir, mais je ressens ce besoin de tout vider, je ne supporte pas l’idée de la nourriture en moi.

A la fin de l’été 2012, je suis en dépression profonde. Ça y est, j’ai pris conscience. Je suis vraiment malade.
Et je n’arrive pas à m’en sortir.
Je me déçois. Car je pensais être quelqu’un de posé et pas trop con. Je n’ai jamais eu d’addiction spéciale, jamais fait de grosses conneries, jamais « mal tourné » si tant est qu’avoir été fan des Worlds Apart ne soit pas considéré comme de la petite délinquance.
Et il a fallu que j’arrive à 26-27 ans pour en arriver là.
Pourtant je sais… je sais que les laxatifs ne font pas maigrir, que je perds de l’eau et des selles mais en aucun cas de la graisse. Je sais que c’est dangereux, autant que vomir.
Je sais que ne pas assez manger ne fait pas maigrir, juste le corps s’habitue et fait des stocks pour la prochaine famine, et c’est pour ça que je prends 2 à 3 kg par repas normal.
Je sais tout ça.
Mais quand je monte sur la balance où qu’un aliment passe le seuil de mes lèvres, tout disparaît. Je n’ai plus aucune raison, plus aucun recul. Tout est compulsif, désespéré, incontrôlé.

Et en septembre 2012, j’en suis là.
J’ai pris quinze kilos, je ne rentre plus dans mes vêtements, je prends double à triple de dose de laxatifs tous les jours, je vomis deux à trois fois par jour en me jurant à chaque fois que c’est la dernière fois pour recommencer dès que j’avale quelque chose.

Ma vie est régie par mes vomissements. Je passe parfois jusqu’à une heure à tourner dans les rayons à la recherche de ce que je vais manger. J’ai envie de manger, d’engloutir n’importe quoi, mais une fois que je suis devant la nourriture, elle m’écoeure et je n’ai envie de rien.
Car je sais quel goût elle aura quand elle repassera par ma bouche en sens inverse, sa consistance, sa couleur, la douleur. Et parce que c’est à cause d’elle que j’en suis là.
Je choisis les aliments non plus pour le plaisir qu’ils me procurent mais en fonction de la difficulté à vomir : « non, ça, ça fait trop mal…, ça ouais, ça passe tout seul ». Je peux dépenser jusqu’à 30 à 40 euros de bouffe, je rentre, j’engloutis, je vomis.
Et après, je suis fatiguée et lasse. Je me déteste. J’ai envie de pleurer.
Je me promets encore que c’est la dernière fois, c’est quand même pas si terrible d’arrêter non ?

Mais je n’arrête pas, ça empiète ma vie de partout. Il m’arrive de le faire au travail quand je suis stressée, plusieurs fois dans la même soirée avec des amis. Je ne profite de rien, j’angoisse à chaque nouveau plat sur la table mais garde le sourire et lance les blagouzes qui détendent. Faudrait pas que je manque à ma réputation de rigolote quand même.
Chaque jour je perds un peu plus d’estime de moi-même, je suis une merde.

Si vous êtes déjà allés au Japon, vous aurez certainement remarqué qu’ici, l’eau des cuvettes des toilettes est remplie presque jusqu’au bord de la cuvette.
A se demander si ce n’est pas pour prévenir le vice qui est le mien, puisqu’à chaque fois que je fais mon affaire, le tout gicle dans l’eau pour me rebondir dessus.
Ça me rebondit sur le visage, les vêtements, les chaussures. Je dois tout nettoyer avant de ressortir avec le sourire. Marion Cotillard peut aller se rhabiller, l’Oscar de la meilleure actrice, c’est pour moi.

Je sais, c’est dégueulasse, vous n’avez pas envie de lire ça. Je ne suis pas obligée de tout vous dire dans ces moindres détails.
Mais putain si, je le suis.
Pour toi là, qui peut-être me lit et qui complexe de ton corps. Qui serait prête à tout pour maigrir et a déjà commencé à avoir des comportements dangereux comme une petite pilule par-ci par-là. Et je SAIS, pour vous avoir déjà écouté, que y’en a qui me lisent.
Je veux que tu sois dégoûtée en lisant ça, je veux que tu te dises « je ferai jamais ça pour un kilo perdu», je veux que tu te dises que les remarques des autres ne valent pas de tomber aussi bas.
Et surtout, je veux que tu te dises que ça peut arriver à n’importe qui, même toi. La perte de contrôle ne prévient pas.
Même moi qui suis généralement considérée comme une fille posée, réfléchie et mûre, j’ai chié dans la colle.
Et j’ai rien vu venir.

Donc si je décide de me mettre à poil pour raconter ça, c’est pas pour édulcorer les détails. C’est pour-si j’en ai le pouvoir-  que ça serve à quelque chose comme mettre une baffe à celles qui se pourrissent la vie pour une taille de vêtement. A la longue, on peut déraper et personne n’est à l’abri.

En septembre-octobre 2012, mes dents ont jauni comme quelqu’un qui fumerait comme un pompier depuis 20 ans alors que je ne fume pas, mes gencives pissent le sang pour rien, c’est un remake de Dracula à chaque fois que je me lave les dents.
Je perds mes cheveux, certaines dents commencent à se déchausser.
Putain, c’est ça mon rêve japonais ?

J’ai la visite médicale annuelle imposée par l’entreprise. Les résultats sont envoyés directement à mon patron (le Japon et les joies d’une société patriarcale). D’ailleurs, comme j’avais peur de cette visite médicale et de la réaction du Big Boss, une semaine avant je me suis nourrie que de protéines pour perdre un maximum avant le Jour J. Sympa ce petit système d’intrusion de l’entreprise dans ta vie et les comportements à risques qui en découlent.
Evidemment, les résultats sont mauvais et on note une prise de poids considérable en un an, mon patron me demande de surveiller mon alimentation et perdre un peu de poids.
HA HA HA HA.

Cette fois, j’ai réellement envie de m’en sortir. J’essaie, mais évidemment je n’y arrive pas.
Alors je tente d’en parler à quelques amis… Pas de réaction.
Au final – désolée encore pour les personnes concernées qui lisent – le peu de personnes à qui j’en ai parlé ne m’ont jamais apporté aucun soutien.
Dans la plupart des cas, aucune réaction sur le moment, ou alors un « courage ! tu vas y arriver ! », et après, on ne m’en parle plus jamais. On ne m’a jamais demandé si j’étais toujours malade, si je m’en sortais, si ça allait. Soit j’en parle et on me répond par demi-syllabe (ou mieux, un smiley… j’adore la communication du 21ème siècle), soit je n’en parle pas et on fait comme si je n’avais jamais rien dit.
Comme si ça n’avait jamais existé. On peut dire des Japonais, les Français sont aussi très doués pour faire l’autruche quand on leur parle d’un truc qui les dérange.

Ce n’est pas un reproche, ces personnes ne sont pas médecins spécialisés dans les TCA et n’ont sûrement aucune idée de l’attitude à adopter. Qu’est-ce qu’elles auraient pu faire pour moi au juste ? Rien, certainement. Je ne peux pas leur en vouloir de ne pas savoir gérer un problème de cette envergure et fermer les yeux sur ma détresse.
Moi-même, je ne suis pas sûre que j’aurais pu être une bonne amie dans ce cas de figure, allez savoir, je ne suis pas plus médecin qu’elles.

Mais cette indifférence m’enfonce un peu plus. J’ai l’impression d’être intéressante que si je suis le moulin à blagues ou que je peux rendre service pour telle ou telle chose, mais sinon, je peux patauger dans ma merde, tant que je ne demande rien à personne, ce n’est pas bien grave.
Je me sens insignifiante, abandonnée, moche, grosse, sale.

Mais allez savoir pourquoi dans la vie, il se passe de drôle de choses.
Fin 2012, j’ai perdu ma joie de vivre, j’ai grossi, d’énièmes déceptions humaines annexes de mes problèmes de bouffe achèvent de me faire me rendre misanthrope, je suis au plus bas… et alors que je suis comme un chien abandonné sur la route, un petit bout de Corée tout migon, me ramasse et me prend sous son aile.

Quand je suis au top de l’anti-séduction, on s’intéresse à moi. Je suppose que c’est de là que vient le très exaspérant adage « C’est quand on s’y attend le moins… ».
L’animal est drôle et divertissant, je me rends compte qu’il vaut le coup d’être fréquenté lors de notre première soirée à deux, où j’ai tellement ri et me suis tellement amusée, qu’en rentrant chez moi j’ai passé la soirée à me remémorer ses conneries et sourire.
C’est qu’une fois dans mon lit, à moitié endormie, que je me suis rendue compte que j’avais mangé sans me poser de questions, oublié de passer par le combini pour acheter à manger, manger, vomir et prendre mes poisons pour me vider une deuxième fois pendant la nuit.
Première fois depuis une éternité… même pas que je m’étais retenue : je n’y avais juste pas pensé.
Comme si ça n’avait jamais existé.

Alors quand la relation s’est concrétisé un peu plus tard, j’ai préféré être honnête et dire que j’étais malade, que je voulais m’en sortir mais que ce n’étais pas évident.
Avoir quelqu’un dans ma vie ne pouvait qu’être une motivation pour reprendre une vie saine, je ne veux pas imposer ça à quelqu’un au quotidien.

Alors j’ai arrêté. Tout. Du jour au lendemain.
Bizarrement, quand je fais les choses pour quelqu’un d’autre que pour moi, je suis nettement plus forte.

C’est beau l’amour, vous direz-vous. Il suffisait qu’elle rencontre le prince charmant pour que la vie reprenne son cours, quel magnifique happy end !

Non.
On ne sort pas indemne de presque deux ans de TCA violents et quotidien comme les miens, même avec toute la volonté du monde.
Arrêter les laxatifs et les vomis a un prix.
Le mien a été d’une prise de 20 kilos supplémentaire en moins de trois mois. Tout ça pour ça : je flirtais de nouveau avec l’obésité.
Déjà parce qu’à force d’anorexie et de vomis, mon corps a largement baissé sa consommation de calories par jour. Si une femme adulte normale doit avoir une consommation de 1500 à 2000 calories par jour selon son activité, mon corps grossissait pour une consommation supérieure à 700.
Ensuite, un an et demi de grosses doses de laxatifs quotidiennes ne pardonnent pas. Impossible d’aller aux toilettes, je n’y allais qu’une fois tous les huit ou neufs jours et au prix d’immenses souffrances et ballonnements.
Là où j’ai une chance inestimable, c’est qu’on s’est beaucoup investi pour que je ne replonge pas en cherchant tous les aliments facilitant le transit, et en établissant tout mon programme alimentaire, quitte à se lever tôt pour me cuisiner des repas sains et riches en fibres à emporter au travail.
Pour que j’arrive à aller aux chiottes comme Mr et Mme tout le monde, ça a pris cinq mois.

Ensuite, comme je ne me fais pas traiter médicalement (compliqué ici, nous y reviendrons plus bas), j’essaie de trouver tous les comportements palliatifs qui m’empêcheront de faire une crise de boulimie et de vomir.
Notamment du sport, beaucoup de sport. Il paraît que c’est une forme de TCA aussi d’ailleurs… mais bon.
Au début un peu de temps en temps, car vous l’aurez compris, j’avais pas ça dans le sang. Et puis de plus en plus au fil des mois. Aujourd’hui je me lève 5 à 6 jours par semaine à 6h pour faire un peu de musculation et courir 10 kilomètres avant d’aller au travail.
1) Pour me déstresser et me sentir plus zen
2) Pour reperdre petit à petit les 25 kilos que j’ai toujours en trop.
3) Pour renforcer ma masse musculaire. Plus on a de muscle, plus le corps consomme de calories. Alors j’essaie de renverser la vapeur pour pouvoir manger des repas normaux sans grossir en augmentant un maximum mes dépenses d’énergie.

J’ai reperdu un peu, quelques petits kilos, mais c’est très lent car pour l’instant je me contente de faire du sport mais de ne pas faire de régime alimentaire précis. Je ne veux pas me refrustrer, j’ai besoin de temps. Je ne suis pas encore prête à me limiter ou à penser régime, alors je mange ce que je veux, quand je veux, juste je ne mange plus après 19- 20h pour ne pas me coucher le ventre lourd et ressentir l’envie de tout vider. Je me contente de courir pour déculpabiliser.
Je ne vomis plus quotidiennement, il m’arrive même d’avoir des périodes fastes où je ne le fais pas du tout pendant plusieurs mois. Mais je rechute parfois en cédant au stress, j’avoue.
Comparé aux trois fois par jour d’il y a un an, les erreurs occasionnelles d’aujourd’hui sont une belle victoire mais le chemin est encore très long pour que ça ne me démange pas après chaque repas copieux ou baisse de moral.
Je remange normalement sans grossir, à force de faire beaucoup de sport, j’arrive à 1800-2000 calories par jour sans exploser la balance.
Je ne me pèse plus 40 fois par jour, mais il a fallu la mettre sous clés quelques mois avant que je m’en détache.
Je n’ai pas repris un seul laxatif depuis presque un an.
J’emmerde profondément tous les connards qui me font une réflexion sur mon poids, qui en font en général sur le corps des filles (rondes ou maigres), des abrutis d’expats qui se foutent de la gueule des étrangères qui « cherchent à s’habiller comme les Japonaises alors qu’elles n’en ont pas le corps ».
Je sais, c’est personnel. Mais sachez-le, je vous exècre.

Le seul combat sur lequel je n’ai absolument pas avancé est que je n’accepte toujours pas mon reflet dans le miroir et me dégoûte toujours autant. Alors je ne me regarde plus, sinon tout l’équilibre que je tente de construire menace de s’écrouler.

Je me sens toujours sur le fil, prête à basculer d’un côté ou de l’autre. Et je me demande toujours si j’arriverai à avoir un rapport normal à la nourriture un jour. Je suis assez fataliste en me disant que non. Même si aujourd’hui ça va mieux et qu’il y a des progrès notables, il y aura toujours un risque.
J’essaie d’assumer toutes les conséquences de ce que je me suis infligée –m’inflige encore parfois-, les cheveux abîmés, les dents abîmées, la mâchoire disloquée, la fatigue, et je redoute d’autres conséquences au long terme comme mon foie que j’ai très certainement empoisonné bien comme il faut.
J’espère ne pas payer trop cher le prix de mes conneries dans quelques années.

Aujourd’hui, j’essaie de changer de mentalité. Ne plus penser en termes de poids mais en termes de santé.
Je ne cherche plus le Graal de la taille 36, mais celui de l’esprit sain dans un corps sain.
Je tente parfois aussi des séances de yoga pour canaliser mes angoisses. Vu ma souplesse de baobab, je pourrais finir à un million de vue sur Youtube tant c’est cocasse, mais ça a le mérite de me détendre.
J’ai encore du chemin à faire, et tant que je ne serai pas suivie par un vrai médecin, je continuerai  de devoir me battre comme une lionne pour sortir de la toute seule.

Finalement cette partie sur moi est bien plus longue que ce que je pensais. Mais désolée, elle était nécessaire. Parce que, même si les TCA existent évidemment partout et que la France n’est pas en reste, vous n’avez aucune idée du nombre de Françaises (et autres étrangères ?) qui pètent un boulon ici à cause de la pression morale concernant leur poids.
La plupart penseront « mais non, il n’y en a pas tant que ça ! », mais n’oubliez pas à quel point j’ai été bonne comédienne longtemps.
Depuis que j’assume plus ou moins ouvertement (bon à partir d’aujourd’hui, plus qu’ouvertement) mes problèmes alimentaires, de nombreuses personnes viennent se confier à moi.
Je l’ai constaté à mes dépens, les personnes pas concernées ne réagissent pas ou peu à ce genre de problème et ne manifestent pas vraiment de soutien. On va donc naturellement rechercher des personnes souffrant des mêmes soucis pour se confier. Et depuis que je ne cherche plus à me cacher, on vient à moi.
Mais là où ça me choque, c’est quand j’apprends que des connaissances de longue dates qui avaient toujours été bien dans leur peau en France, ont commencé à prendre des laxatifs ici pour « maigrir » et ne peuvent plus s’en passer pour se « rassurer ». Des personnes qui ne sont pas du tout en surpoids.
J’en connais au moins deux.
Dire que je ne savais même pas que prendre des laxatifs était une forme de TCA et que j’ai développé ça « au hasard » sans savoir que ça se faisait… je suis loin d’être la seule en fait.
Les anorexiques et boulimiques, je ne les compte même pas. Et je sais qu’elles me lisent. Ainsi que d’autres, « juste » complexées.

Donc comme je pense être allée plus loin que la plupart d’entre vous dans les régimes boiteux et comportements à risques, ce billet est pour vous.
Pour vous montrer à quel point c’est triste, vain, misérable et juste destructeur.
Et puis surtout… que ça ne vous fera pas maigrir, hein. Au contraire.
Ça vous fera juste réduire votre espérance de vie, votre santé et votre chance de mettre au monde des petits chiards en bonne santé.
Ne croyez pas qu’on peut se nourrir d’un œuf dur par jour, se gaver de laxatifs ou qu’on peut se faire vomir quotidiennement sans aucune séquelle.
On paie toujours nos travers dans la vie. J’ai payé une partie des frais tout au long de cette année et je ne suis pas certaine d’en avoir fini.
Et franchement, je suis bien placée pour vous le dire, un tour de taille ne mérite pas une telle souffrance physique et mentale. Je le répète, la descente aux enfers ne prévient pas, et vous ne savez pas jusqu’où peut vous mener un régime boiteux.
En espérant que le message ne soit pas complètement vain et parle au moins à une ou deux personnes.

Passons cette – très – longue partie « témoignage », et passons à la partie dossier.

La société japonaise, propice au développement des TCA ?

Les fans invétérés du Japon n’aimeront pas ce titre. Mais ils n’y connaissent sûrement rien.
D’abord entendons-nous bien : le Japon N’est PAS responsable de mes comportements à risque. C’est moi, et seulement moi, qui ai perdu mon combat contre moi-même et suis tombée si bas. D’autant que j’avais des antécédents facilitant la susceptibilité. Tout le monde n’est pas aussi sensible que moi sur le sujet.
Mais l’environnement ici, pousse quand même au vice. Je reste persuadée que je n’aurais jamais été jusque-là en France.

D’abord comme vous l’aurez sûrement remarqué, ici se prendre des réflexions dans la gueule sur son poids, notamment quand on est une femme, c’est récurrent. Ou alors j’ai vraiment pas de chance, mais je doute être la seule.
Pas besoin de faire une taille 46 pour se faire tailler en pièces.

L’Occident aussi bien sûr, entretient le culte de la minceur. Même si les choses tendent à se bousculer légèrement pour montrer des silhouettes bien en chair dans certaines publicités, la majorité revient quand même à l’encensement du ventre plat.
Mais au Japon… le phénomène est poussé à son extrême, à un niveau assez malsain.

Revenons par exemple aux magazines féminins. On vous propose des pilules plus que douteuses pour perdre jusqu’à 20 kilos en un mois, mais surtout on vous vend ça :

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Ici, on vous propose le plus naturellement du monde, de peser en dessous de 40 kilos. Par exemple, la demoiselle photoshopée à gauche est censée faire 37 kilos.
Oui je sais, les otakus du Japon me diront « oui, mais les Japonaises sont plus petites, donc c’est normal ».
Non, sombre abruti, ce n’est pas normal. 37 kilos c’est le poids d’un enfant de 11 ou 12 ans, pas d’une femme adulte. Les Japonaises ne font pas toutes 1m40, faut arrêter d’être con au bout d’un moment.
Je n’ai rien contre les personnes qui pèsent pas lourd (ou le contraire, on s’en fout !), mais il faut relativiser, on ne peut pas conseiller à tout le monde de faire ce poids. Ce n’est absolument pas une question d’esthétique mais une question de santé.

Ci-dessous, on vous propose de se créer un corps pour « se sentir en confiance pour porter des bikinis et faire l’amour ! », le dossier ne parle pas forcément de régime mais aussi d’épilation etc. Mais regardez le mannequin choisi…

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Tout est fait pour nous conditionner à penser que ce genre de corps doit être la norme, jusqu’aux très appréciés purikura.

Lors de mon premier voyage au Japon il y a dix ans, les purikura c’était des petites photos sympas qu’on décorait avec des petits mots et des petits lapins rigolos.
Il y a quatre ans, quand je suis revenue, plus moyen d’avoir un visage normal sur un purikura : ils vous déforment les yeux pour qu’ils fassent la moitié du visage et que vous puissiez avoir de grands yeux de Roswell  biches. Supayr.
Mais depuis peu, les purikura servent aussi à vous allonger et affiner les jambes pour vous faire des super photos souvenirs, dignes d’un poster Pro-ANA.

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Conclusion : les purikura, c’était mieux avant.
Maintenant, on ne peut même plus se prendre en photo tranquillement sans se souvenir qu’il convient de se montrer aussi maigre que possible. Ce serait dommage de se montrer tel qu’on est quand même.Bref, même un simple purikura est devenu un reflet de plus de cette société moisie et de cette façon de penser gerbante.

Ce sont des petites choses : des pubs, des purikuras, des icônes… Mais le problème, c’est qu’à force, on tend à penser que la norme c’est ça. Et les filles arrêtent de bouffer, et les mecs se permettent d’être odieux.
On nous fait complexer sur une multitude de petites choses via des publicités et dossier divers. Ici,  par exemple, on vous propose une méthode pour maigrir (parce que la version de gauche est grosse ?), parce qu’un jean est mieux porté lorsqu’il y a un écart entre les deux cuisses.

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Au Japon, la minceur se calcule aux genoux cagneux et à l’os des hanches qui ressort. J’avais d’ailleurs vu dans un reportage un jour, que c’était pour ça que les lolitas avaient la cote au Japon : elles ont encore les os des hanches qui ressortent, ce critère de beauté et de minceur.
L’Indice de Masse Corporel, on peut se le foutre au derche, il ne semble pas faire partie du paysage.

Le Japon, c’est aussi la foire aux régimes à la con. Oui en France aussi, certes. Mais ici, on a quand même son pesant d’or en régimes foireux et limites niveau santé.
Les pharmacies pullulent de rayons régimes (et croyez-moi, je les connais par cœur) vendant tout et n’importe quoi. Des repas en sachet à 20 calories seulement, aux pilules capteurs de graisses qu’on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans concrètement, aux trucs dans lesquels ont doit s’enrouler pour comprimer notre corps et perdre en taille.

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Bon, ce n’est pas tant la pratique qui me dérange, il y a pire comme méthode pour perdre des centimètres. Ce qui me gêne surtout, c’est que dans cette pub, la demoiselle insiste sur le fait qu’elle veuille maigrir… alors qu’elle est déjà très maigre !

Une entreprise de régime par patch (pour réduire la faim etc.) s’est même emballée dans ses pubs au point de présenter un « résultat » tellement photoshopé qu’il n’en est même plus humain. A part une envie de vomir, ça ne m’inspire vraiment pas grand chose.
Mais qu’est-ce qui se passe dans la tête de ces marketeux ?

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Je ne parle pas de ces fameux magazines dont je vous ai parlé la dernière fois, dans lesquels j’ai trouvé des dossiers minceurs où on donnait tous les conseils possibles pour arriver à arrêter de manger.
Le top conseil de ce dossier pour arrêter de manger et lutter contre la faim ?
Dormir.
Sans commentaire.

Tout est fait pour se sentir gros et mal dans sa peau. Et on vous encourage à faire n’importe quoi comme si c’était normal dans l’indifférence générale.

Au delà des régimes de merde, il y a toute une mentalité et des codes hommes femmes derrière la nourriture.

Par exemple, on m’a dit à plusieurs reprises que manger peu était une forme de « féminité ». Eh oui, pour certaines personnes ici, finir votre assiette remettrait en question votre féminité. Ah, la jeune demoiselle frêle à l’appétit d’oiseau, l’image même de la grâce de la femme !
Vous n’avez pas idée du nombre de filles/femmes ici qui laissent la une partie de leur assiette, a fortiori lorsqu’il y a des hommes à table.
D’ailleurs, ça gêne souvent ces derniers au final. On m’a dit plus d’une fois qu’il était plus agréable d’avoir à table des filles qui mangent plutôt que des filles qui font les précieuses (alors qu’elles crèvent surement la dalle…) et se retrouver à manger seul.
Ainsi, on saluera souvent le fait de manger avec appétit… mais comme ici rien n’a de logique, pour ne pas hésiter derrière à vous proposer de faire un régime ou faire attention.
Une fois – avant que je ne tombe dans mes travers- on m’a demandé de but en blanc de manger  lorsque j’étais accompagnée mais que je m’abstienne et sois au régime le reste du temps. Comme ça je reste mince, mais ma compagnie reste agréable.
Ou l’art d’être une petite poupée qui mange sur commande, bien entendu.

On note aussi d’autres codes culturels. Comme le fait que la viande serait plutôt pour les hommes et le poisson pour les femmes. Rien de bien méchant mais qui font parfois naître des complexes absurdes comme celui d’aimer un steak.
Lors du lunch mensuel obligatoire avec mes collègues, je remarque parfois que certaines n’osent pas prendre un plat « masculin » soit avec beaucoup de viande. C’est seulement quand j’en commande un sans complexe (j’en ai déjà bien trop pour ajouter celui-là) que parfois une de mes collègues change d’avis pour annoncer avec un sourire gêné : « bon, alors finalement moi aussi ».
Rien de dramatique en soi, mais ce sont des petites choses que je trouve tristes.

Il faut être mince, il faut être féminine en se montrant délicate avec la nourriture, mais il faut savoir aussi enchaîner les beuveries entre amis et entre collègues, les nomikai étant un peu le pilier de la vie sociale au Japon.
Sans oublier que les Japonais sont de fins gourmets, adorent manger et qu’ici, aller manger au restaurant, ce n’est pas une fois de temps en temps comme chez nous, mais quotidien.
Ajoutez à cela une vie speed (notamment dans les grandes villes) où le travail occupe la majeure partie de la journée. On part tôt, on rentre tard, on mange sur le pouce au bureau. Tout est fait pour ne pas avoir le temps, pour se rabattre sur les plats tout préparés, la junk food, la mauvaise hygiène de vie. C’est valable dans chaque grande ville du monde, mais intensifié ici.
Combien, une fois entré dans la vie active, ne prennent plus la peine de rien cuisiner et se contentent de petits restos et bento de combini acheté sur le chemin du retour à la maison.
Je le sais, j’ai fais pareil.

C’est tellement tentant. On vous le sert tout chaud, on a la fausse impression que c’est pas cher (car on compare à la France, mais au quotidien ce n’est pas avantageux), tout est prêt, on vous donne même les couverts.
Mais vous êtes vous déjà penchés sur les étiquettes des bentos tout prêts ?
La plupart frisent les 1000 calories. Du riz, de la mayonnaise, et A CHAQUE FOIS, des aliments frits. Que ce soit des katsu, des karaage ou des tempura, il y a des éléments frits dans chaque repas préparé.
Je ris doucement quand j’entends ceux qui débarquent s’extasier sur ces repas nettement plus équilibrés qu’un Mc Do et sur la bouffe japonaise tellement saine.
Car je doute qu’ils se nourrissent exclusivement de soupe miso, de wakame et de konjac.

Peu de temps pour bien cuisiner, de la malbouffe partout déguisée en plat équilibré, des nomikai à n’en plus finir… mais on se doit de rester mince.
Tomber dans les travers des petites pilules, sachets de poudre et compléments alimentaires est un jeu d’enfant quand on essaie de combiner les deux (et beaucoup essaient).
Et quand on est pris d’une envie de se gaver, les combinis ouverts 24h/24 ainsi que la multitude de chaînes proposant bouffe et boissons à volonté sont là pour répondre à nos désirs de gavage. Tu as honte de recommencer dès le lendemain ? Pas de problèmes, des combinis y’en a tous les dix mètres, il suffit de changer et faire un roulement, personne ne saura tout ce que tu es capable d’engloutir en une soirée.
L’air de rien, être boulimique au Japon est encore plus difficile à maîtriser qu’ailleurs. Ta crise peut venir un dimanche à 2h du matin, tu trouveras toujours tout ce qu’il faut d’ouvert pour te vendre ta dose de gras et de sucre. Et comme la plupart des produits vendus sont en édition limité, on a toujours de nouvelles choses à se mettre sous la dent, à acheter en stock avant que ça ne disparaisse des rayons et j’en passe.
Toutes ces choses de la vie quotidienne qui se transforment en enfer quand on est malade.

Enfin, pour se pencher un peu plus sur le cas des étrangères expatriées au Japon, sans forcément développer des troubles du comportements alimentaires, un large pourcentage développent de gros complexes sur leur corps au bout de quelques mois.
Pourquoi ?
Bon, déjà y’a qu’à regarder dans la rue. La plupart des nanas font la moitié de nous-même. On se sent assez vite hors norme.
Et si en France on faisait son shopping sans problème, au Japon on peine à s’habiller même pour une petite taille 38 ou 40.
Des hanches un peu larges ? Adieu le beau jean. Une paire de sein au delà du bonnet B ? Va reposer cette robe tout de suite.
Tu es venue au Japon parce que tu adores la mode ? Tu adoreras surement aussi  la Tour 109 dont la dizaine d’étages ne propose quasiment que des vêtements entre le 32 et un petit 38.
Pour espérer trouver un 42 ou un 44 (voire un 46 mais au delà faut quand même pas déconner), on peut toutefois se tourner vers des chaines étrangères comme H&M, mais si tu rêvais de vêtements visu ou gyaru made in Japan, arme-toi de patience pendant ton shopping, ici le public visé se doit d’être filiforme et petit.
Et tant pis pour les quelques japonaises grandes ou enrobées, elles avaient pas qu’à !
Quelques enseignes japonaises comme UNIQLO font dernièrement l’effort d’ouvrir éventail de leurs tailles pour aller jusqu’au XXXL.
Mais sur la publicité ça donne quoi ?
Deux japonaises frêles pour les tailles XS et M et une étrangère nettement en surpoids pour la taille XXXL (et pas de tailles entre ?).

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Le message est d’une finesse… Je vous laisse méditer dessus.

Bref, une société qui favorise une hygiène de vie discutable mais qui cautionne en même temps les corps filiformes et les régimes en tout genre, le tout avec quelques piques supplémentaire pour toi l’étrangère qui a un format king size comparée à la norme locale.

Si tu es déjà bien ronde et complexée, outre le problème des vêtements, tu ne vivras peut-être pas forcément mal ton embonpoint ici. Comme je l’ai dit plus haut, à Osaka mon surpoids étant tellement énorme qu’il en devenait un problème, donc un tabou. Donc, on ne m’a jamais trop embêtée.
Par contre, si tu vis ici au long terme et que tes rondeurs n’atteignent pas encore le seuil du tabou, prépare-toi a encaisser si tu es susceptible sur le sujet.
(Apres tout, certains ne se formalisent pas pour si peu non plus).
Faut pas renoncer à la vie au Japon pour autant, mais savoir se blinder le mental.

Et les malades dans tout ça ?

Bon, j’ai parlé beaucoup de moi, j’ai parlé du Japon… et les malades de TCA au Japon alors ?
Je ne saurais vous faire un dossier complet (sinon on est encore la pour 50 pages) mais je peux aborder un minimum le sujet.
Il y a un an, lorsque je touchais le fond, que j’étais désespérée et que j’ai compris que mes amis ne me donneraient pas l’épaule que j’avais besoin pour pleurer ma misère, j’ai essayé de chercher des personnes dans le même cas que moi, ne serait-ce que pour me renseigner au niveau des traitements et suivis psychologiques possibles au Japon.
J’ai été effarée par ce que j’ai trouvé. Le Japon, ou l’art de me faire perdre toujours un peu plus foi en l’humanité.
Lorsque j’ai fais des recherches en français, je suis tombée sur des forums et communautés de malades et proches de malades cherchant des solutions, racontant leur parcours pour s’en sortir, ou demandant de l’aide.
Lorsque j’ai fais la même chose en japonais avec les mêmes mots clés (traduits) pour essayer de trouver des témoignages qui m’aideraient à trouver un traitement adéquat sur place, je suis tombée sur des communautés plus malsaines les unes que les autres.
Suivies par des milliers et milliers de jeunes filles, les conversations n’avaient en aucun cas pour but de s’en sortir ou de guérir.
Non, on racontait avec fierté ses exploits (tant de vomis dans la journée, moins de 200 calories depuis deux jours et j’en passe) et on S’ENCOURAGEAIT en tenant un journal, chacune se soutenant les unes les autres dans leur connerie.

Je suis passée sur mixi, un forum sur la boulimie vomitive. Aucun topic d’entraide ou de proposition de traitement. Non, à la place, des topics pour apprendre à bien vomir, la liste des aliments faciles à rendre, ceux qui font mal, et j’en passe.
Le tout, sans aucun modérateur.

Ça a touché le fond (et j’avoue en avoir pleuré tant j’étais choquée) avec un topic de photos, où chaque participante devait mettre la photo de la main avec laquelle elle se faisait vomir, afin d’y exposer en trophée la cicatrice laissée par les dents lors des vomissements.
Et chacune légendait sa photo avec le nombre d’années que ça avait pris, le nombre de vomis par jour et j’en passe. Certaines postaient leur main en disant « je n’ai commencé il n’y a que quelques mois donc ça se voit peu, mais ça va venir ! Gambaru ! »…
Les bras m’en sont tombent.

Quand bien même elles soient dans un délire d’autodestruction complètement aveugle, comment est-ce que les administrateurs peuvent laisser vivre des communautés aussi malsaines ?

Facebook est peut-être la lie d’Internet, mais il me semble pas que de telles activités resteraient ouvertes au public sans censure ni suppression de page.
Ce jour-là, j’ai explosé de colère et envoyé un mail explosif à l’équipe de mixi ou j’ai déversé toute ma haine et frustration dans un argumentaire bien senti.
Le topic de photos glauques a été effacé après cela, mais pas les communautés qui existent toujours et sont toujours actives…

Au début de l’été, quand j’ai décidé de ne pas me dégonfler et écrire cet article, pour la première fois depuis des mois, je suis allée voir si ces communautés existaient toujours.
Evidemment oui.

Parmi elles, ma « préférée ». Une communauté suivie par plus de 5200 personnes et active en toute impunité depuis 2006. Le titre de la communauté annonce la couleur (ainsi que sa photo de profil) : « Maigrir de façon malsaine»…

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La description de la communauté est toute aussi éloquente (« les régimes sains c’est chiant »), mais je l’epargne aux non-japonisants pour passer directement au contenu.
Le topic le plus populaire, actif depuis 2007 s’intitule sobrement « Allez, arrêtons de manger ! ».

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Le premier post écrit pour lancer le topic propose de s’arrêter de manger pour ne boire que de l’eau. Et sur des pages et des pages, on a des commentaires suivant cette invitation.
« A partir de lundi, j’arrête encore de manger, je vais faire de mon mieux (*^o^*) ». La suivante répond qu’elle aussi elle s’y met, la deuxième qu’elle ne s’autorisera que des pilules de compléments alimentaires et a boire.
Parfait. Pas besoin de vous en dire plus, c’est ça sur 450 messages.

Dans un autre topic, les membres doivent se présenter et donner leurs objectifs de régime.

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Non : « 1m54, 45 kilos… Je suis enooormeee ».
Chiruko : « 1m58 pour 42 kilos. On m’a fait grossir pour soigner mon anorexie, et après être tombée en boulimie j’ai dépassé les 40 kilos. Je veux retourner a l’époque ou j’étais la plus maigre ! ».

Sur qu’a 42 kilos pour presque 1m60 elle doit friser le mètre cube.

La plupart des membres pèsent entre 45 et 30 kilos, et toutes veulent maigrir plus, a n’importe quel prix mais surtout pas celui de l’équilibre. Aucune ne dit a l’autre qu’elle n’a pas besoin de maigrir plus, je ne sais même pas si elles s’écoutent entre elles a part pour s’encourager dans leur dangereux délire.
Les communautés de boulimiques vomitives existent aussi toujours également, avec leurs topics pour apprendre a vomir et autres horreurs.
Par contre, je m’abstiens de traduire quoi que ce soit. J’ai pas envie de faire circuler malgré moi ce genre de conseils et donner l’envie à quelqu’un de tester.

Vu la mentalité générale, impossible d’essayer de parler de sa maladie avec les personnes concernées sur le net. Elles sont complètement déconnectée de la réalité, ne semblent avoir aucune envie de s’en sortir et se tirent les unes les autres vers le fond.
Le tout dans indifférence générale des administrateurs de mixi et autres forums japonais. Et certainement le silence de celles qui veulent vraiment s’en sortir.

Sur Twitter ? La même. Quelques bonnes âmes qui font la morale mais une majorité de tweets alarmants sur des régimes qui consistent tout simplement à ne plus manger du tout.

Bref, je n’ai pas besoin de vous traduire tout le web, magazines et retranscription de conversations. Je pense que vous m’avez compris et les japonisants peuvent chercher eux-mêmes.

Les TCA, ou une des nombreuses face cachée de l’iceberg Japon.
Encore une fois, pas que j’accuse en oubliant de regarder l’Occident ; l’Europe et l’Amérique sont loin d’être épargnés.
Mais à part des personnes vivant au Japon, on parle généralement de troubles du comportement alimentaire seulement en Occident, ces belles femmes asiatiques étant menues naturellement.
Même s’il est vrai que nous n’avons pas les mêmes carrures en général, le fait est que les maladies mentales liées à la nourriture se développent de plus en plus au Japon.
Dans un mémoire sur les troubles du comportement alimentaire au Japon (dont je vous laisse le lien plus bas), on apprend qu’au début des années 2000, 50% des jeunes étudiantes (entre 18 et 22 ans donc) avaient déjà fait un régime, 40% avaient déjà eu recours à des régimes à base de pilules et de boissons et que 18% avaient un IMC d’anorexiques.
Sachant qu’en dix ans, la situation n’a cessé de se détériorer. Dans le même mémoire, on apprend qu’en 1999, plus de 10% de femmes japonaise ayant un IMC normal avaient répondu prendre des laxatifs dans le but de maigrir et plus de 3% des diurétiques (et je vous le répète, ça ne fait pas maigrir…).

Et pour celles qui ont conscience d’être malade et veulent s’en sortir, qu’est-ce qui se passe ?
En Occident, nous avons des maladies mentales sur la nourriture, c’est connu, on ne s’en cache pas. On conséquence, même si je n’ai pas testé le système donc ne saurais dire s’il est efficace, on peut quand même se vanter d’avoir une palette de centres spécialisée, de médecins et psychologues dont la spécialité est les troubles alimentaires.
La journaliste Georgia Hania a fait un dossier poussé sur les TCA au Japon, et lève le voile sur l’insuffisance des médecins et les difficultés des malades cherchant a se faire soigner.
Sur 80 écoles de médecines au Japon, seulement trois professeurs spécialisés dans les troubles du comportement alimentaire.
Les listes d’attente sont longues, les établissements non spécialisés collectionnant les échecs sont nombreux, les établissements reconnus proposent des rendez-vous pour dans six mois a un an..
Peu de spécialistes, peu de docteurs juges compétents dans le domaine. Quand on a un docteur renomme et dont les méthodes ont fait leur preuve comme le Dr. Yamaoka, la liste d’attente pour un rendez-vous peut aller jusqu’a sept ans (sources dans les liens plus bas).
Les spécialistes se dédoublent et partent en déplacement dans les établissements en échec pour apporter leur aide et sont donc moins disponibles pour leurs propres patients.
Il y a quelques associations, mais peu de budget, des projets d’ouverture de nouveaux établissements mais toujours pas de spécialistes.
Si on abandonne les traitements spécialisés faute d’attente ou de suivi compétent pour faire une thérapie chez un psychologue, la séance peut aller jusqu’à 100 euros de l’heure.

Bref.
Je ne connais certainement pas toutes les solutions possibles, mais autant dire que dans la plupart des cas on se retrouve bien souvent tout seul avec ses démons.

Ce billet est déjà bien long, et ce sujet mériterait un propre mémoire pour pouvoir être abouti.
Je vous laisse donc avec une série de dossiers, d’études et d’articles de journaux sur le sujet.
Par contre, la francophonie n’étant pas tellement alerte sur le sujet, toutes les sources sont en anglais.
L’occasion pour vous de bosser un peu la langue de Shakespeare, bande de feignasses !

LIENS
PDF d’un mémoire de recherches sur l’émergence des TCA au Japon
PDF d’un dossier sur l’image du corps et les troubles du comportement alimentaire chez les adolescents Japonais
Reportage de Georgia Hanias sur l’anorexie au Japon
Blog sur les TCA au Japon
Article de journal
Article de journal
Article sur l’obésité devenue illégale au Japon

Merci d’avoir tout lu, en espérant – même si c’est surement présomptueux – qu’il aura fait réfléchir quelques personnes, et ouvert les yeux a d’autres mal dans leur peau.
L’important c’est surtout la sante, même si ça sonne barbant. J’espère non plus ne pas trouver des commentaires faisant l’apologie des rondes avec des propos virulents contre les maigres comme on en voit parfois, vous seriez passé à côté du sujet.
Ce billet n’est pas pour raconter mes malheurs mais une mise en garde, n’est pas engagé spécialement pour la cause ronde en particulier mais pour le respect du corps et des différentes silhouettes en général.
On est comme on est.

Allez, merci aux braves qui ont lu jusqu’ici et à tout vite, pour un billet beaucoup plus joyeux !

174 Louanges

  1. Bonjour Sonia,
    je dois vous avouer un truc, je n’ai pas lu votre article en entier, allez… j’ai lu 90%… Parce qu’il m’a fait mal et surtout parce que j’en connais le contenu. J’ai des TCA depuis 2002, je suis anorexique depuis 2007. L’année où je suis partie au Japon pour la première fois. J’ai pour ma part volontairement accepté la pression sociale, et je m’impose de perdre entre 5 et 10 kilos avant chaque départ. Mon mec est japonais, ce qui explique… A l’heure actuelle je pèse 48 kilos pour 1m63, et je reviens à Tokyo dans 4 semaines. Je suis potentiellement GRASSE à ses yeux bridés (et aux miens). Ca signifie que j’ai un mois de boulettes de riz devant moi.

    L’anorexie, au Japon, ça n’existe pas. Du moins dans l’opinion générale. Il y a les belles (=les maigres) et les autres. Celles qui ne font pas d’efforts. J’ai opté pour la première option, et je me ferais tailler les cuisses si besoin en était.
    Je sais que c’est mal et je l’assume. Je m’en fous, je vis avec depuis 10 ans, parfois pendant des années ça va, même si je me pèse deux fois par jour, et que je vomis à peu près 5 repas par semaine. J’essaie de ne pas dépasser. Je gère. Parfois pas du tout. Les communautés de meufs qui se font vomir et s’encouragent, ça existe partout, j’en ai fait partie. Je connais tous les trucs et astuces, comme vous, du vinaigre aux laxatifs.

    Je poste ce message, je ne sais pas pourquoi. Je ne crois pas qu’il soit possible de changer le regard du Japon sur vous. Et je sais que quand on souffre comme vous souffrez, ce n’est pas la peine de vous dire de changer ou même d’essayer. La seule option étant l’acceptation de ce qui se passe. Car on ne contrôle finalement pas grand chose.

    Je vous souhaite uniquement du courage et de la force.
    Je n’ai que ça.

    • theCow(et fière de l'être)

      Désolée de te dire ça mais… ton mec est un PUTAIN DE CONNARD ! Sérieux, il compte vraiment pour toi ? Parce que si non, plaque se connard au moindre écart. Il te mérite pas O.o tu es mince, belle… magnifique ! Pourquoi te briser pour se connard ? Excuse moi, je ne le connais pas, mais de savoir que tu brises ta vie pour un homme qui ne se gêne surement pas pour manger (après je sais pas), ben c’est dérangeant, autant que voir une femme se faire battre. Quand je t’entend, j’ai juste envie de te prendre dans mes bras et te consoler (*o/////o*) Comme je prendrais dans mes bras mon petit frère qui viendrait de tomber de tout son long dans du gravier<3
      Courage !

  2. Alizée

    J’ai lu tout l’article… que dire à part qu’il est criant de vérité.
    Je n’ai pas là tout de suite assez de recul pour faire une longue réponse, trop de vécu similaire et d’histoires qui me retournent…
    mais MERCI pour cet article, il faut en parler. Ce n’est pas en restant chacun silencieux, dans son coin et en ayant honte que les choses changeront.
    je ne souhaiterais même^pas à mon pire ennemi de faire l’expérience des TCA ne serait ce qu’une semaine. C’est l’enfer au quotidien et pour bien trop longtemps…
    Si jamais tu souhaites parler, je suis là. Ce n’est pas une parole en l’air, j’ai été de nombreuses fois trop décue moi aussi par un entourage qui ne comprends pas, des amies qui voient ca comme un caprice…
    courage en tout cas et BRAVO pour ces derniers mois!

  3. Sophie

    Bonjour Sonia,

    Je viens de lire votre post, guidée par l’envie d’en savoir plus après votre publication dans le Huffington Post. Vous avez su avec brio décrire la partie cachée de l’iceberg, cette partie qu’on préfère sans nul doute ignorer, au profit de l’image « santé » des régimes type Okinawa que les médias mettent en avant lorsqu’ils évoquent le mode de vie alimentaire des Japonais(es).

    En effet, j’ai longtemps pensé que la grande majorité des Japonais compensaient le côté malsain de leur monde du travail en allant vers une hygiène de vie irréprochable, Et là, horreur, stupeur, (et tremblements?), je découvre que la pression sociale subie par les personnes vivant au Japon dépasse largement leur vie professionnelle. Elle est pernicieuse, elle entre dans votre tête allant même jusqu’à dépasser le statut de diktat: Big Brother is watching you, et il est partout, au travail, dans votre salle de bains, sous vote balance… Celà s’apparente bel et bien à un véritable conditionnement, une manipulation éhontée d’êtres humains qui, comme vous le décrivez si bien, modifient de facto leurs comportements.

    Les photos issues de publicités que vous publiez sont très choquantes, l’obsession pour la minceur qui transpire de ces clichés l’est tout autant dans la mesure où elle ne s’attache pas à promouvoir ce qui à mon sens, est le plus important et surtout le plus naturel pour l’Homme: le bien-être. Car oui, la minceur est d’une certaine façon naturelle (je doute que les chasseurs cueilleurs et autres hommes « d’avant » eurent été obèses), mais malheureusement elle ne l’est plus dans une société qui propose de pouvoir manger des combinaisons détonnantes à base de frituresgrassucre à toute heure. Comble du sordide et de l’anti-naturel, on vous propose ensuite des techniques et astuces pour vomir, et j’en passe. Quid du bien-être? Quid de la santé? Quid de la vie?

    Ecrire ce billet est une initiative courageuse, je vous rejoins lorsque vous dites qu’ « un tour de taille ne mérite pas une telle souffrance physique et mentale ». L’identification des travers de cette société est à mon sens une preuve d’intelligence, de par le recul qu’elle suggère. Je vous souhaite sincèrement de réussir à vous sentir bien et à dépasser ce lobby en vous recentrant sur un concept qui semble dépassé ici et ailleurs: le sens de la vie (être mince pour correspondre à une norme sociétale ne semble en effet pas être une fin en soi)…

    Trouver un sens à sa vie pour avoir la force d’être soi-même, en voilà un, un véritable sacerdoce.

  4. nadianne

    bonsoir Sonia
    je suis atterrée par ce que je viens de lire, je n’imaginais pas que ce fut aussi grave que cela au japon et le degré d’humiliations que vous avez subit est incroyable. je vous conseillerai de vous tourner vers les technique de concentration, méditation comme la sophrologie, pour renouer avec votre schéma corporel, et retrouver une image de vous bienveillante. je n’ai pas compris si vous étiez toujours là bas au Japon, mais si c’est le cas, de ne pas se laissez insulter par ces réflexions. non pas en rentrant dans le lard de ces cons, (encore que…) mais en étant si confiante en vous que ces réflexions n’auront plus de prise sur vous. la sophrologie permet cela, si l’on pratique. je vous souhaite de retrouver une paix intérieure qui vous assure un bien être et une harmonie avec vous même.

  5. Sophie

    Désolée que vous ayez eu à subir ce genre de choses. Le reste des commentaires exprime suffisamment de sympathie, alors je vais plutôt dire autre chose.

    Je comprends que les commentaires sur votre poids découverts sur internet vous aient blessée, mais en prenant justement cela en compte, trouvez-vous ça réellement acceptable de vous-même commenter le poids de ces jeunes filles sur la communauté mixi dont vous avez posté des captures d’écran ?

    • Si vous bloquez sur le fait que je commente leur poids très bas, c’est que vous êtes passée à côté du texte.

      Je commente leur poids non pas parce que ça me dérange que quelqu’un fasse en dessous de 40 kilos, mais parce qu’elles ont déjà un indice de masse corporel très bas et arrêtent de manger encore en plus, et personne ne réagit en leur disant « tu n’as pas besoin de perdre du poids ».
      Et vous savez, c’est un comportement qui envoie les gens à la morgue ça.

      Ce que je veux souligner (et que je fais maladroitement) c’est le danger. Qu’elles sont déjà en sous poids et que s’entêter à maigrir de façon si extrême, c’est creuser sa propre tombe et dans l’indiférrence générale en plus.
      Ce qui me dérange n’est pas un problème d’esthétique ou de chiffre qui dans le fond ne veulent pas dire grand chose, mais de vie ou de mort.

      Je me fiche complètement qu’on soit gros ou maigre, sinon je ne demanderais pas en fin de message à ce que cet article de ne devienne pas la cause uniquement des rondes pour pouvoir taper sur les personnes maigres.

      Merci pour ce commentaire 🙂

  6. Annick

    Mais mon dieu qu’elles sont laides ces japonaises, je suis attérée !

  7. Barbara

    Je lis ces mots et je retrouve mon propre chemin de croix. J’ai eu la chance d’être en France et d’avoir pu être aidée par une psychiatre pendant 2 ans, aidée aussi il faut le dire par une pharmacopée assez lourde. Aujourd’hui, plus de 10 ans après, je suis mariée, j’ai 3 enfants, j’aime cuisiner et recevoir… Mais il faut aussi regarder la vérité en face : quelque part je reste une ancienne boulimique vomitive. On s’en sort mais il faut rester toujours sur ses gardes et vigilante… Il faut aussi du temps, et beaucoup de force de caractère. Alors courage, tu vas sortir de tout ça, sois plus tendre avec toi-même.

    • LN

      Complètement d’accord avec vous. J’ai été anorexique pendant un an, ce fut le départ d’une longue descente au enfer : presque 10 ans de boulimie. Aujourd’hui, on peut dire que je m’en sors mais comme vous le dite ce statut reste collée. Je ne pourrais jamais manger une gourmandise, une sucrerie, toute mon alimentation est contrôlée, avec cette peur constante de retomber. Contrôler parce que finalement on ne contrôle pas grand chose, comme vous dîtes.

      Beaucoup de courage à vous, et merci pour ce témoignage. Ce sujet reste tabou, et ca fait un bien faut de sentir que d’autres comprennent et vivent comme nous.

  8. Alice

    Tu sais, je ne me suis jamais rendue compte de l’ampleur de tout ça.
    J’ai pu dire des choses blessantes, je suis tellement désolée.
    C’est mon mariage dont tu parles, hein ? Si j’avais eu idée…
    Je me demande même… m’as-tu déjà envoyé un message que je n’ai pas capté, ou bien ne t’es-tu pas tournée vers moi ? Je crois que je dois faire corriger mes antennes ^^
    Ce que je veux dire, c’est qu’en te lisant, lorsqu’on t’a rencontrée, on se demande à quel point on est bigleux. Est-ce qu’inconsciemment on se protège en niant ?
    C’est véritablement dangereux par son aspect social.
    Tu sais, j’ai une connaissance qui est dépressive comme moi. Elle vit seule et c’est dur.
    Mais je l’ai refoulée, prétextant que c’était trop dur pour moi, que souffrant du même mal on ne pouvait pas tenir sur l’autre. Je crois toujours cela, on s’enfonce entre dépressifs. Mais n’est-ce pas un peu de l’abandon de personne en danger ? Qui plus est, des personnes que l’on connait, que l’on apprécie, que l’on aime parfois ?
    Te souviens-tu combien je suis maladroite ? Quand j’ai tenté de te dire que tu ferais bien de voir ton médecin, que tu me semblais aussi dépressive que moi, tu le niais et je n’ai jamais su amener ça avec un minimum de psychologie…
    Tes écrits me bouleversent toujours, me font toujours méditer. Les joyeux et délires comme les autres ! Je me dis souvent que tu a choisis la voie que j’ai mis de côté, te lire est aussi une forme d’introspection pour moi.
    Je t’aime toujours autant, tu restes mon héroïne sailormoonesque, et mon soutien, même s’il n’est qu’inutilement moral, je te l’envoie de tout mon cœur.
    Je t’embrasse <3

  9. Ride

    Je fais donc partis des lauréats qui ont été jusqu’au bout de ton article (non pas à cause de sa longueur mais plutôt de vérité crue qu’il mets au jour).

    (je me permet de te tutoyé, on est dans la même tranche d’âge, j’espère que ca ne te gênera pas)
    Je pense que tu as déjà du avoir une avalanche de compliment ou de message de soutient, alors je vais te faire grâce des banalités sur plusieurs lignes. Principalement parce que ce n’est pas la raison qui m’a poussé à rédiger ce commentaire.

    Comme beaucoup de personne, le poids est un sujet qui me préoccupe mais j’ai réussis à ne pas en faire une obsession. J’ai eu une prise de poids conséquente suite à deux longues années à travailler au McDo, où il est stipulé dans le règlement intérieur que tu n’as pas l’autorisation d’apporter de la nourriture pour manger sur ton lieu de travail et où j’ai donc mangé fast-food environ 5 à 6 jours par semaine. Bien évidement, rien de « m’obligeait » à manger fast-food mais quand on travaille au mcdo, c’est pas l’argent qui pleut alors faire l’économie d’un repas (qui nous était déduis sur le salaire quand le prenait au boulot à raison de 0,72€), on se tait et on avale son bigmac. Tout ça pour en arriver au résultat après 2ans et demi à plus de 10kg de pris.

    En soit, je n’étais pas en surpoids avec mes 65kg pour environ 1m65 mais je me sentais mal. Par-dessus ça, les attaques verbales « gentillettes » des membres de ma famille se faisaient de plus en plus nombreuses. « Oh mais dis donc, y a du laisser aller » suivit d’un petit gloussement. Rien de bien méchant en soit mais rajouter au rappel constant de ma mère (clairement dans la tranche obésité de l’IMC) qu’elle, à mon âge, elle était bien plus mince, ça m’a toujours pesé. Je ne veux pas en arriver au point où elle en est. J’ai donc décidé d’arriver à un poids qui ME conviendrait tout en mettant une barrière de sécurité, un poids en dessous duquel il ne faudrait jamais que j’aille sous peine de répercussion sur ma santé. Je n’ai pas eu recours à des régimes draconiens, je ne me suis pas arrêté de manger, j’ai simplement réduit la quantité de nourriture que je mangeais jusqu’à ce que mon estomac finisse par s’habituer à une certaine quantité de nourriture par repas. Ca m’a pris un an. Alors oui, maintenant, je ne peux plus manger une pizza junior à moi toute seule (pas en une fois), je suis « une plaie à faire manger » et il m’arrive de faire un repas avec trois tuc et une cannette de soda. Je ne mange pas « équilibré », je ne mange pas plus de légume vapeur qu’avant et je reste en surveillance constante de mon poids dans cette « zone de sécurité » de poids que j’estime être celle où je me sens le mieux physiquement.

    Alors c’est vrai que je n’ai jamais été dans la même situation que toi. Beaucoup de gens me disent que ce que j’ai fais « oh bah c’est rien » même si ca m’a demandé beaucoup d’efforts. « Oh mais tu n’en avais pas vraiment besoin, tu es pas grosse. » a souvent été quelque chose qu’on m’a répété quand je disais que, non merci, je préfère faire attention à pas trop manger.
    Surement que ma maigre expérience n’est qu’anecdotique et en plus, ce n’est même pas pour ça que j’écrivais ce commentaire.

    J’ai été dans le rôle de « l’amie qui n’aide pas » ou plutôt dans celui de la personne qui essaye d’aider. J’ai essayé d’aider une personne autant que possible, sans me prétendre médecin, juste pour montrer ma présence. Ce que j’en ai retiré ce sont des reproches, des engueulades et encore des reproches. Et pourtant, la personne en question me demandait mon aide, entre deux crises de culpabilisation et de « tu ne sais pas ce que c’est toi, t’es bien foutue », un peu comme un drogué qui, entre deux crises de manque, supplie pour qu’on l’aide à s’en sortir. Après, je ne te connais pas personnellement, je ne connais pas tes amis. Tout ce que je sais de ce genre de situation, c’est que parfois, aider n’est pas une chose qui est à la portée de tout le monde mais ca ne veut pas nécessairement dire que les gens ne tiennent pas à toi ou qu’ils ne s’inquiètent pas de ta santé. Ce n’est ni de l’indifférence, ni de l’abandon. Parfois, c’est de l’impuissance, juste ça. Et pour ceux qui abandonnent en cours de route, c’est surement tout bonnement de l’épuisement.

    Mon commentaire n’a pas du tout pour but de faire des reproches. J’avais juste envie de partager un point de vue. Parfois, une même situation n’est pas vécue de la même façon pour les différents acteurs qui y participent. Et parfois, trouver quelqu’un qui a eu le même rôle dans une situation similaire n’est pas nécessairement une aide en soit.

    Je suis malgré tout ravie de voir que tu t’en sors, petit à petit, à ton rythme. Je te souhaite de réussir à garder le cap.

  10. B.

    Bonjour Sonia,

    Je suis un homme et j’ai vécu, je vis, la même chose que vous… (Oui, ça arrive même aux hommes) boulimie, anorexie, laxatifs, vomissements etc… Votre récit me parle. J’aurais pu écrire quasi le même article tellement mon parcours est similaire au votre (excepté le Japon). Cette vie est un enfer. On fait de notre mieux pour nous en sortir mais c’est tellement difficile…
    Je vous souhaite plein de courage.
    B.

  11. Mp

    Comme toi et bien d’autres j’ai connu des années de tête-à-tête avec la cuvette des chiottes, les stratégies à la con pour se goinfrer en paix et vomir l’esprit tranquille mais toujours avec ce vieux relent de dégoût de soi, d’échec parce qu’au final se qu’on voudrait c’est se vider entièrement et disparaître. Et puis un jour, une rencontre, quelque chose ravive en toi l’instinct de survie. On retrouve un semblant d’équilibre, on vit, on redécouvre la faim, le plaisir de manger. Mais elle rode encore, la grosse s’accroche et je crois malheureusement qu’elle sera toujours là à guetter les moments de faiblesse. Alors on trébuche parfois, ça fait mal toutefois il faut voir d’où l’on vient et une chute si blessante soit elle n’enlève rien à l’immense chemin parcouru. Merci pour ce post

  12. Muf

    Bonjour, je suis tombée sur ton article grace à ta publication dans le HP… Il a attiré mon attention car pendant des années (et encore aujourd’hui) j’essuie de violentes critiques sur mon poids… Je pèse 42kg pour 1m65, je suis une crevette ok mais je n’arrive pas a grossir, quoi que je fasse, quoi que je mange. Donc dans l’autre sens je comprends ce que tu as vécu. Pour ma part j’ai mangé à me rendre malade juste pour grossir un peu, à 22 ans j’ai le corps d’une fillette de 8, aucun sous-vêtement ne me va, alors que j’aimerais être féminine, on va dire que dame nature ne my aide pas. Toute mon adolescence m’a forcée à fuir la piscine, les vestiaires de sport et les relations intimes (on m’a répondu un jour qu’il n’y avait que les chiens qui jouaient avec les sacs d’os… Les français aussi sont parfois inspirés). Du coup au lycée j’ai décidé que perdu pour perdu autant que je les fasse parler pour quelque chose. J’ai arrêté de manger. C’était stupide. Une fois à l’hôpital j’ai compris combien j’étais conne de leur donner raison comme ça. J’ai été prise en charge et aujourd’hui ça va mieux (même si je ne digèrerais jamais plus normalement, fallait bien que je paie mes conneries comme tu dis)
    Je commente ton post car je voudrais te remercier de la tolérance dont tu fais preuve. Tu as vécu l’horreur, à un degré que je n’ai jamais vécu et pourtant tu n’a aucune haine envers ces filles qui renvoient cette image de « standard » qui pourtant n’a aucun avantage à mes yeux (mais bon avis perso ). J’ai pris l’habitude de ne pas parler des insultes dont je fais l’objet car j’ai tout simplement peur de me faire incendier par celles qui font la guerre aux kilos… Je voulais juste parler un peu pour celles qui font la guerre aux kilos, dans l’autre sens 🙂 ta maturité, le recul que tu prends me force à l’admiration. Aujourd’hui j’ai appris à m’accepter grace à quelqu’un qui a su m’aimer comme je suis et qui me fais même parfois me sentir belle… Je te souhaite de trouver ton équilibre aussi, on ne se trouvera jamais canon (cela fait peut être de nous des êtres mois cons ) mais on a le droit d’être heureuses, et les duck-face, je les laisse volontier aux autres 🙂

  13. maxime

    Bonjour Sonia,
    Je tombe sur ce blog et sur ce post un peu par hasard (via le huffingtonpost) et j’ai envie de faire deux choses.
    Dans un premier temps, de te féliciter pour ton article. Ce n’est pas la première fois que je lis sur ce genre de maladies (TCA) mais c’est la première fois que je lis quelque chose d’aussi personnel, et je dois bien dire que tu fais preuve de beaucoup de talent lorsqu’il s’agit de retranscrire les choses telles qu’elles doivent être pour toi. L’article est tout simplement bluffant de vérité et m’a permis, un petit peu, de me « mettre dans la peau » des personnes atteintes de TCA.
    Dans un second temps, j’aimerais dire à toutes les filles qui passent par ici que ces nanas que l’on voit sur les photos sont tout bonnement horribles aux yeux de 95% de la population masculine mondiale : ça c’est dit.
    Que les TCA sont une maladie et qu’il n’y a aucune fierté à accepter de vivre sous l’emprise de ce genre de choses (pour Aurélie, qui semble avoir un copain mais n’a pas l’air de piger qu’à 40ans elle crèvera de sa maladie et laissera ses deux gosses derrière elle par stupidité).
    Et enfin que le Japon est tout bonnement un pays de malades sexuels. Entre les garçons qui veulent sauter des gamines de 10 ans (parce qu’il ne faut pas se voiler la face, cette course à la minceur c’est surtout la course à la candeur et à l’innocence de la petite pucelle pas encore formée physiquement), ceux qui finissent par se masturber devant leur vidéo porno dans leur petite pièce de 3m carré (ils sont apparemment des centaines de milliers chaque soir à faire ça alors même qu’ils sont en couple), les vidéos pornos censurées depuis des décennies (ce qui n’arrange pas le problème), les hentais, les femmes mariées qui ne veulent plus faire l’amour qui se comptent par millions (pas intéressées, la faute à qui ?), les récents cas de déviances graves (pulsions sexuelles se transformant en attirance pour les yeux, en besoin de « manger » au sens strict la personne, etc etc….), ce pays n’est pas à cours d’idées pour démontrer au monde entier à quel point la censure du sexe peut transformer un peuple entier en dégénérés.
    Si dans notre monde occidental on montre du doigt le « tout sexuel », on a au moins l’intelligence d’en parler, d’avoir des personnes défendant les deux opposés, et de remettre en cause ces idéaux que les médias tentent de nous imposer.
    Au Japon, ce travail de réflexion n’existe pas car le sexe (tout cela se rapporte au sexe, bien entendu) est entièrement tabou, et nous voyons les dégats que cela cause.

    Tout cela est bien triste, je désespère de voir tout la gente féminine d’un peuple civilisé de plus de 130 million d’habitants tomber dans de pareil excès, extrêmement néfastes pour leur santé, sous l’impulsion de la gente masculine pervertie par ses frustrations sexuelles mises en écho par des médias prêts à tout pour se faire du pognon et sans aucune considération pour l’impact grave qu’ils peuvent avoir sur la jeunesse de tout leur pays 🙁

  14. Galatae

    Je me reconnais parfaitement dans ta description de l’adolescence, et celle des crises de boulimie (jamais vomitive dans mon cas).
    Merci pour cet article informatif, personnel, touchant, critique et utile.
    Aujourd’hui je suis à peu près en paix (à un IMC de 32 et plus de 100 kilos) et je m’essaie à la rééducation alimentaire, tranquillement, toute seule dans mon coin. Je fais du sport une fois par semaine. Je ne mange pas vraiment équilibrée. A côté de ça, j’ai une vie sociale épanouissante et je fais plein de projets, même si je suis célibataire.
    Mais il n’y a pas encore un jour qui passe sans que je pense à ce que serait ma vie si j’étais mince et sans que je ne culpabilise sur ce que je mange.
    Donc merci pour cet article. Ca ne fait que deux ans que je me mets à réfléchir à mon corps, au poids, à la société, et des posts comme le tien sont à la fois douloureux et réconfortants.
    Courage à toi.

  15. Aurore

    Je suis le genre de fille toujours mince « sans effort » à qui on a maintes fois répété « nan mais toi tu grossis pas c’est un truc de fou », et pourtant j’ai frôlé le TCA et ton article me parle, moi qui ne suis jamais allée « aussi loin ». Et rien que de frôler ça ne m’a pas laissée indemne alors je n’imagine même pas pour toi. C’est vrai que les autres ne se rendent pas compte. Pourtant, c’est au début qu’une simple conversation, un simple mot qui va dans le bon sens et on peut se reprendre. Pour ma part, c’est le médecin qui m’a grondé, et j’ai réussi à faire marche arrière. Pour d’autres, ce sera peut être ce billet ? Adieu la balance! Mais dans ma tête, c’est resté encore 5 ans. Et aujourd’hui, j’ai décidé qu’à bientôt 30 ans, je n’avais pas à faire le poids d’une jeunette. Le corps d’une femme s’adapte dans le temps et se prépare, au plus on saura l’accepter, malgré le bourage de crâne ambiant, au mieux ce sera. Le plaisir de manger sain et équilibré n’est pas inné, mais c’est un apprentissage indispensable (parents, c’est à vous de jouer!). Moi aussi, c’est l’idée de « santé » qui m’a permis de cesser de me faire du mal. C’est une telle violence qu’on se fait à soi même, à son corps et à son âme… Vraiment, tu dis être déçue d’être « tombée dans le panneau », après tout, l’apparence ne devrait pas être si importante! Comme tu es dure avec toi même. Dans ton témoignage il y a beaucoup de souffrance, d’abandon, mais aussi énormément de courage dans ce combat de chaque instant, et d’indignation. Face à une telle pression, je ne sais pas comment tu as pu résister si longtemps… J’espère que les moments où tu n’y penses plus deviendrons de plus en plus nombreux. Prends le temps de te réapproprier ton corps, d’en faire un ami. Sois indulgente avec toi même, les autres se chargeront d’être durs, ne te punis pas plus! Les Japonais ne changeront pas leurs préjugés, laisse-les se bousiller la santé tous seuls. Et encore bravo pour ton article.

  16. AudreyH

    Je n’ai rien vécu de similaire personnellement, mais ton parcours est hallucinant. Je voulais juste te dire bravo pour avoir écrit toutes les difficiles étapes qui ont jalonnées ta vie, en espérant que ça ne puisse qu’aller de mieux en mieux! Je pense comprendre d’avantage ce genre de comportement, et je me dis que c’est appréciable si j’apprends qu’une connaissance souffre de tels soucis. Bonne soirée =)

  17. Antoine

    Et bien, et bien ….
    Super article, super bien écris. Je ne peux pas rajouter une éloge avec tout ce qui a déjà été dis. En tout cas ton expérience est vraiment interessante et bien raconté, en plus enrichie avec le rapport au Japon. C’est vraiment super d’avoir fait partagé ton histoire.
    Bon courage pour la suite
    Antoine P.

  18. LilyL

    Bonjour,

    Je peux tout à fait comprendre ce que tu vis.
    J’ai passé une année au Japon. Je pensais qu’être poins de la France m’aiderait à me sortir de mes TCA, mais tu as raison, ça n’a jamais été aussi dur que dans ce pays où les gens ont un rapport si bizarre avec la nourriture. Tout le monde me forçait à manger, avant de me dire que je grossissais et que je devais moins manger. Tout le monde a toujours un petit biscuit, chocolat ou chips à te proposer, et autours d’un paquet de bonbons, le sujet reste inlassablement les régimes, les poids idéaux et toutes ces conneries. On dirait parfois que toutes les filles/femmes que j’ai rencontré étaient schizophrènes avec la nourriture, même encore plus que moi et ma maladie. J’ai pris plus de 15 kilos pendant cette année, et j’ai pleuré après mon premier purikura « jambes de biche ».

    Je pense que le pays est (pour absolument tout) beaucoup trop dans l’extrême, et la facilité d’accès des combinis (tu l’as dit, ouverts n’importe quand, et tellement peu cher par rapport à la France ! un onigiri 1€) la sur-consommation en général, rendent tout ce qui touche à la nourriture beaucoup plus dur à gérer qu’en France.

    Bon courage à toi qui a décidé d’y rester !
    Et si tu as besoin de cracher un peu sur certaines habitudes japonaises, pour évacuer la pression, tu as mon mail 🙂

  19. Fée

    Bonsoir !
    J’ai lu ton article et j’ai pas pu décrocher tellement il est…bouleversant. Je savais que la Japon n’était pas un pays parfait, qu’il y avait beaucoup de « vices », mais pour ce sujet là, je n’imaginais pas ça à ce point…C’est vraiment incroyable, je suis tellement sur le cul (pardon), je ne sais même pas quoi dire. Pourtant, je n’ai jamais connus ce genre de calvaire (car faut le dire, c’est un calvaire..), je ne connais pas de TCA et tout ça mais je me dis que ce genre de chose peut arriver à n’importe qui, à des gens minces ou en surpoids ou même maigre…Ca pourrait très bien m’arriver demain, il suffit d’un rien…En tout cas ton article est tellement…je sais pas, je dois le dire j’ai presque pleuré tellement ça me faisait mal de voir tant de souffrance et pourtant tu as essayer de toute tes forces d’être bien. Je penses qu’une leçon qu’on peut en tirer, c’est biensûr de préserver sa santé, quoiqu’il arrive, mais aussi peut-être -de mon point de vu-, ne plus s’adapter aux autres, à la société, aux codes qu’on nous impose et s’accepter.
    En tout cas je te souhaite bon courage pour la suite, malheureusement, le monde n’est pas rose et le Japon n’est pas une exception à la règle, mais du courage et de la force il en faut et je te souhaite le meilleur pour l’avenir !
    A plus ! :3

  20. Violaine

    Salut Sonia.

    J’ai 20 ans. Je suis boulimique, depuis, euh, dix ans. Oui ça peut commencer très très tôt croyez le ou non, moi je sais ça pour en avoir fait l’expérience.
    En fait ça va mieux maintenant, parce que le temps permet non pas de contrôler, mais d’accepter plutôt qui l’on est et comment notre sensibilité réagit au monde et a ses « dictatures » en tout genre.

    Quel plaisir de lire des mots simples et clairs qui énoncent une réalité passée sous silence, avec un recul à la fois suffisant pour se faire comprendre, et impliqué pour ne pas trahir l’enfer des faits. Je trouve ça tellement génial que des filles (ou mecs) en parlent, et c’est pourquoi je publierai ce commentaire avec mon vrai nom, et c’est pourquoi je parlerai avec toute mon honnêteté ici.

    J’ai lu tout ton article, je n’ai pas eu de mal tant il me parlait. Tes remarques sur le poids, ton désarroi face à ses commentaires, et la pression permanente ressentie à être mince, je la connais par coeur. En France aussi tu sais c’est terrible, même si je viens de réaliser qu’au Japon ça l’est également (et ailleurs aussi sans doute, finalement). On en oublie qu’on est pas seul(e) à vivre cela, au delà des continents !

    J’aimerais dire ceci : je suis sûre que l’on peut s’en sortir, sortir de cette maladie. Mais ça demande surtout de pouvoir se détacher de ce que dise les autres et de l’incompréhension (ou l’envie de ne pas comprendre) de ce fléau. Parce que des remarques, des regards terribles (à partir du collège : « t’as de bonne jambe quand même » jusque pas plus tard qu’hier encore à la piscine, cette fille, alors que je lui souris, qui me dévisage de haut en bas sous les douches, avec insistance et dédain parce que c’est vrai, je suis ronde) il y en aura TOUJOURS. D’ailleurs, je ne sais pas s’il y a un moyen de ne pas avoir de remarque où qu’on soit et qui que l’on soit.

    Tu manges trop ou tu ne manges pas assez. J’ai entendu ça toute ma vie. Je me suis isolée. Mais à un moment donné, il faut bien vivre, pour ne pas laisser ces futilités avoir le dessus sur ta vie. Car c’est ça le pire. Ce sont ceux qui ont tord de faire de telles remarques qui prennent le pouvoir en nous faisant douter et culpabiliser, quand ça devrait être l’inverse. Voilà pourquoi aucune d’entre nous ne devrait se laisser atteindre par ça (et je sais combien il est plus facile de le dire que de le faire). Mais si on lutte, si on refuse, et si on ose DIRE même, de quoi on souffre, ou dire à l’autre qu’il n’a aucune remarque à nous faire (quitte à déclencher une dispute, peu importe) c’est déjà un grand pas pour chacune d’entre nous, et croyez moi, un grand pas pour vous même.

    Parfois je n’hésite même plus à dire lors d’une remarque sur ce que je mange :  » Oui c’est parce que je suis boulimique, je suis assez sensible à ce sujet, et je m’emmerde toujours au niveau des doses, alors évite de me faire la remarque et concentre toi plutôt sur ta propre assiette, d’ailleurs la tienne est-elle si convenable ? » (Tout cela dit avec le sourire d’ailleurs…)

    Bref, je vous assure que rien ni personne ne vous empêche de vous exprimer. Et d’ailleurs, si ceux qui faisaient des remarques savaient que ça n’avait pas d’impact sur nous, peu à peu, ils arrêteraient. Tout comme les publicitaires arrêteraient le diktat de la mode si les filles s’en foutaient et arrêter d’acheter leur fringue pour bouffer ce qu’elles veulent quand elles ont FAIM, pas quand on leur dit de ne pas avoir faim.

    Ecoutez vous. Vous valez mieux que ça.
    Merci Sonia pour cette voix de plus, on en manque et ça fait du bien !

    Violaine

  21. Madeleine

    Merci pour la persévérance de ta narration et ton authenticité.

    Je suis boulimique vomitive depuis 6 ans (après la bonne vieille anorexie pendant 5 ans).
    A cela s’ajoute une addiction au médoc depuis 1 an.
    Malgré tout, je me bats chaque jour pour atteindre « une » guérison quelqu’elle soit….en étant la plus sincère et la plus douce envers moi-même. Dieu que c’est dur mais c’est encore la seule chose que je me sens capable de faire.

    Je te trouve particulièrement courageuse. Je me déteste de faire semblant sans cesse surtout quand je me trouve devant ton témoignage (je suis pleine d’admiration). Parfois je me dis que je commencerais vraiment à m’en sortir le jour où je placerais sur fb : « je suis boulimique et alors??? »

    Je suis disponible si tu as besoin de soutien. Tu m’as bcp touchée et je serais heureuse d’alléger un peu ta peine.

    Prends conscience de cet instinct de survie qui est si fort en toi et qui transpire de ton témoignage.

    Pour finir, un mot sur le Japon que je ne connaissais pas sur ce plan là…une catastrophe…

  22. Pffffiou ! J’ai tout lu, tellement absorbée, je ne me suis pas rendue compte qu’une heure entière venait de s’écouler, qu’il était 21h et que je n’avais pas encore dîner. Tellement je me suis reconnue en ton discours. Non, je n’ai jamais été boulimique, « juste » anorexique, vomitive à mes heures. Le « principe » n’est pas le même, mais la souffrance l’est. J’ai tellement mal depuis la mi-janvier (où j’ai été reconnaître mon potentiel agresseur – qui n’était pas celui que j’avais cru reconnaître sur les photos), j’ai l’impression que tout tourne tout le temps autour de moi, j’en perds la tête, me martelant qu’en étant maigre, ce serait « mieux », qu’on ne m’agresserait pas. Le problème de base n’est pas le même, mais la suite oui. L’idée de maigrir par rapport à une espèce de norme sociale. Que ce soit au Japon, en France, ou ailleurs dans la population occidentale.
    Mais je suis particulièrement choquée par cette culture japonaise et les normes qu’elle impose. Je ne pensais pas que l’on pouvait être rendu à ce point là. Je comprends mieux les quelques publicités vues avec des nanas tellement menues (pour ne pas dire « maigres »). La photo que tu as mise sur cet article est particulièrement révélateur. Et à nouveau, j’avoue que je n’aurais jamais pensé à ça. Je comprends mieux aussi : on dit souvent du Japon que les personnes vivent plus longtemps grâce à leur manière de se nourrir et de vivre, mais au final, des dérives, il y en a partout, et bien plus graves que ce que l’on pourrait s’imaginer aux frontières du possible. Incroyable (ou presque, une fois qu’on a vu les photos).

    Bref, pour finir mon message : merci à toi d’avoir témoigné ainsi, dénonçant une communauté entière. J’ai vraiment du mal à comprendre comment est-ce que l’on peut vouloir et propager de telles idéologies… !? Je me demande quand même comment le vivent les japonaises… ? Evidemment, on ne le saura sûrement jamais, vu qu’apparemment, c’est le genre de choses que l’on ne dit pas… C’est bien dommage, ça pourrait être le début de la fin, une sorte de dénonciation, comme ce que tu as fait là. Bravo, j’ai un grand respect pour toi, tant parce que tu as dénoncé ce qu’il se passait là-bas, mais aussi pour ton parcours. Surtout, garde courage !

    Je pense que pour le coup, je continuerai à te suivre 🙂

  23. dufour

    bonjour je souhaiterais entrer en contact par mail avec sonia car cela fait trop longtemps que ça dure dans ma vie. J’ai besoin de communiquer mais tout en restant cachée derrière mon écran. SVP!!!!! Merci

    • Tu peux m’écrire à l’adresse email donnée en encadrée en haut à droite, je te répondrai au plus vite, promis.

  24. Panda Blond

    Bon je vais devoir faire la fin de mon commentaire ici, mon portble a décidé de m’enquiquiner.
    Donc juste merci. Tu m’as fais réalisé bcp de choses sur mon poids, mon futur et ma Santé. Donc simplement merci. Ton article n’est pas passé sous les yeux d’une aveugle.Mon « courage!  » est très maladroit, je m’en excuse, mais simplement que tu en as eu par moment, tu t’es secouée et malgré tes rechutes, tu en ais aujourd’hui à un point plein de progrès. Alors n’abandonne pas.

    [ Mon commentaire est foullis et peu clair, maladroit, mais j’espère que tu en auras compris l’essentiel ]

    Ça doit faire 6 fois que je recommence mon début de commentaire, alors je crois que je vais abandonner les salamaleks et juste te dire une sorte de <>. Ma soeur ayant eu des problèmes de TCA, je crois que grâce à ton article, j’ai compris une période de sa vie qui me semblait très floue.
    D’autre part, je te remercie de ton témoignage. J’ai 15 ans, mesure 1m61 et pèse 91.4g. J’ai mis du temps à m’en rendre compte mais oui, je suis obèse ( J’ai une sorte de chance – ou malchance – mon corps en paraît 70 ) et j’essaye de perdre du poids ( pour ma santé principalement ) Malheureusement, pour le faire, ma pensée allait de plus en plus aux régimes draconniens et autres super conseils sur le culte de la minceur. Plus c’est vite mieux c’est. Quand on a une famille qui n’aime pas les gros, c’est pas simple. Et donc pour en revenir à ton article, qui m’a foutu une certaine claque, merci. Tu m’éviteras de belles conneries, je l’espère.

  25. Myrrha

    Je sais pas si certain(e)s se sont donnés la peine de lire les liens annexes, mais j’aime beaucoup la théorie du Dr Masayuki Yamaoka. Les troubles alimentaires seraient dus à l’absence d’amour maternel. Donc si maman choisit d’être indépendante, fifille sera anorexique/ boulimique. Magnifique, et pas du tout culpabilisant pour les femmes.

  26. Debbie

    Sonia, vous êtes magnifique. Merci pour ce post. Je suis malade (j’ai rechuté) et je vais sauvegarder cette page pour continuer à essayer de m’en sortir.

  27. Luciole

    Merci pour cet article, je me sens tellement moins seule ! J’ai été boulimique pendant 3 ans, depuis mes 14 ans, m’enfermant dans la sur-bouffe après la mort d’un proche, la dépression de ma mère qui était également blessée au dos et ne pouvait médicalement pas quitter son lit. Je me suis retrouvée seule à gérer une maison, les études, la musique à haut niveau (et contrairement à ce qu’on pourrait croire, nous sommes sélectionnées sur le physique aussi), et pour une fille très sensible et instable en pleine crise d’ado il n’en fallait pas plus pour devenir totalement accro à la nourriture. J’ai commencé à me faire vomir après la charmante phrase de ma « meilleure amie » : « mais non les légumes ne peuvent pas être bons pour la santé, Lucie en mange et pourtant elle est grosse ! »… Je faisais du 34 pour 1m60. J’ai alors pris 15 kilos en 6 mois, ce qui est terrible quand on entre au lycée, passant donc en un an de la taille 32 (j’étais naturellement menue) à un bon 40. C’est alors un garçon fantastique qui m’a aidée à m’en sortir en me soutenant à chaque crise, nuit et jour. Malheureusement il s’est avéré être une enflure et m’a quittée pour la charmante ancienne « amie » qui m’avait critiquée avant. Dès lors se sont enchaînées les rechutes, avec en plus la pression du bac, des concours… Je pense m’en sortir maintenant, malgré quelques crises parfois, et voudrais consulter un spécialiste pour venir à bout de ce calvaire.
    Merci encore infiniment pour cet article, un grand bravo et bon courage pour la suite.

  28. bluelight

    Bonsoir Sonia,
    j’ai lu attentivement votre billet, et j’avoue que je me suis reconnue là à quelques variations près. Pour ma part, j’ai sombré dans l’anorexie il y a maintenant presque quatre ans. Tout à commencer quand j’ai dû me rendre à l’évidence: je devais arrêter mes études d’architecture car je n’y arrivais pas. A l’époque, j’étais seule dans mon appartement et en pleine dépression. Je me trouvais grosse, laide, capable de rien. Alors j’ai commencer à faire un régime hypocalorique, vous savez ces plats qui tournent à 180-250 kcal maximum. Un de ces plat et une pomme, c’est tout. Un grand bol de soupe pour le dîner avec une grosse pomme. J’avais la sensation d’être repu, comme après un repas très copieux. J’ai vite perdu quelques kilos. Puis, je suis rentrée chez moi, juste pour un temps, histoire de prendre un peu de recul. Ce fut l’inverse, je me suis gavée, mais pas avec n’importe quoi, des « bons aliments » comme du miel, des noix. En plus du traditionnel « entré-repas-dessert », mais comme je mangeais le miel à la petite cuillère et les noix par dizaine, j’ai vite pris du poids. Je réalise à l’instant que j’ai toujours eu un comportement étrange avec la nourriture. Petite, j’étais très gourmande et fine, ce n’étais pas rare que je m’enfile un paquet de biscuits en une soirée, sans être malade, sans compter le chocolat, les bonbons et les crèmes desserts avalés dans la journée, c’était mon mode d’alimentation. Puis, l’adolescence est arrivée et bien évidemment avec ce genre d’alimentation, j’étais ronde. Personne ne m’avait fait de remarque au collège ni dans ma famille, mais par comparaison aux autres jeunes filles, je me sentais grosse, laide. Je mangeais alors encore plus quand j’étais mal ou stressée, un paquet de biscuits et ça me soulageais. Je n’aimais pas le collège alors j’étais souvent au plus mal, les médecins disaient que je souffrais d’une « phobie scolaire ». Admettons…. Alors j’ai commencé à faire un régime « sain », faire du sport (je me suis mise au kung fu) et une alimentation saine. Ce fut une réussite, je suis passée de 60 kilos à 48 kilos pour 1m65 en quelques mois. J’avais trouvé mon rythme de croisière et je me privais de rien, sans manger plus qu’il ne le fallait. Pour revenir à l’époque 2010-2011, tout à basculé quand je suis rentrée chez moi. Mes parents m’ont dit que j’étais la fierté de la famille quand j’étais à l’école d’architecture, et là je n’étais plus rien, pas la honte mais presque, l’horreur. Seule, chez moi, je commencé à faire beaucoup de sport mais tout en mangeant normalement, mais je ne perdais pas assez vite. La descente aux enfers. A chaque repas, je me fixais la limite de 300 kcal par repas, soit 900 kcal par jour. Moins si je le pouvais, toujours accompagné d’une grande activité physique. Ensuite, ma mère à fait une grave déprime. Comme je travaillais à l’époque avec elle une heure et demi par jour, elle m’a demandé de prendre la relève. Je ne me sentais pas le droit d’échouer une nouvelle fois……Mais j’étais très maigre, 34 kilos seulement. Le week end, je m’autorisait à manger tout ce que je voulais, comme quand j’étais petite. Cela a vite tourné à la boulimie avec son lot de souffrance. Mes parents commençais à s’inquiéter de ma perte de poids, mais je leur répondais que j’allais bien, de toute façon ma mère allais plus mal que moi, j’avais la maison et le travail de ma mère à gérer, dans ma tête, j’allais forcément bien car on avait besoin de moi. Il y a seulement deux ans que j’ai réussi à m’en sortir, j’ai fini par me voir maigre, en effet, je ne trouvais plus de vêtements à ma taille, je les perdais tous. C’est à peine si j’avais assez de forces pour me laver. J’ai décidé par aller chez le médecin quand ma mère à commencer à se rétablir. J’ai accepté de me faire soigner, à une seule condition: ne pas aller à l’hôpital.J’ai toujours nié mon anorexie, jusqu’à ce jour, y compris à mon médecin. Car pour moi, les anorexiques sont celles qui veulent maigrir pour ressembler aux mannequins dans les magasins et qui sont idiotes, ce n’étais pas mon cas, apparemment, je voulais juste disparaître. Je suis donc restée chez moi et j’ai commencer à remanger correctement. Si la maladie est infernale, la phase de guérison aussi: mots de têtes, vertiges, grande fatigue, palpitations tellement le corps n’est plus habitué à assimiler autant de nourriture. Puis, j’ai repris quelques kilos, et mes efforts ont payés. En revanche, dans ce commentaire, je pousse volontiers un coup de gueule sur la prise en charge en France des TCA. A part me faire dresser un journal de mon alimentation et me conseiller de manger toujours plus voire de me gaver, mon médecin n’a pas fait grand chose. Mais quand on est anorexique, devoir remplir un journal et compter les calories absorbées, le but étant qu’en ingurgiter le plus possible, c’est perturbant……. Mon médecin m’avait aussi envoyé chez une endocrinologue. Elle m’a hurlé mon anorexie au visage, me le reprochant, me disant que si je n’avais pas de petit ami, c’est parce que j’étais trop maigre et donc moche, capable de rien. Pour couronner le tout, elle avait conclue en me disant que si elle en avait le pouvoir, elle me ferait interner, seule dans une chambre et qu’on me forçerait à manger tout ce qu’il y avait sur mon plateau-repas. Aujourd’hui, je l’aurais volontiers envoyée baladée mais j’en étais incapable à l’époque. Les médecins manquent cruellement de psychologie. Entre ceux qui vous traite comme des cinglés qu’on doit enfermer et les gaver et ceux qui vont font faire ce que vous avez toujours fait mais sans le sens inverse, c’est pas top. J’ai dû également faire face à une réalité, comme vous Sonia, les gens n’aiment pas les ceux qui sont malades et qui vont mal. Ma meilleure amie d’enfance m’a laissée tombée, je ne valais plus grand chose pour elle non plus. A l’été 2012, je pesais 54 kilos. Ce n’étais pas encore assez pour mon médecin. Là j’ai dit stop, je voulais être en bonne santé et avoir un poids normal mais pas non plus revenir aux 60 kilos à l’époque du collège….Depuis, j’ai repris des études, en psychologie (il n’y pas de hasard….) et je mange tout à fait normalement. Cependant, je suis en vacances et depuis cette période de grande inactivité et de dépression. Même après une période de révision intense et avoir enduré les épreuves des partiels, les vacances me pèse, je m’ennuie et me sens inutile. En effet, on reste fragile. Dès lors, j’aspire à perdre un ou deux kilos…. J’essaye de me maîtriser mais ce n’est pas facile. La corde reste sensible. Enfin, depuis toutes ces années, je n’avais jamais réussi à admettre la vérité, merci Sonia, votre histoire m’a touchée et quelque part, je suis contente de constater que ne je suis pas la seule dans une société, quelle soit japonaise ou française, le sujet reste tabou, la preuve on ne se confie que très rarement. Les TCA sont terribles car contrairement aux addictions à la drogue ou aux alcools, on a besoin de se nourrir pour vivre et la bouffe et la malbouffe sont partout. Merci encore, surtout prenez soin de vous, que vous soyez ronde ou fine. Nous sommes ce que nous sommes et ceux qui méritent de vraiment compter dans nos cœurs sont bel et bien ceux qui ne voyent pas notre apparence comme un frein ou un trophée. Ils nous aiment, c’est tout.

  29. Cédille

    Bonjour Sonia,

    Merci pour cet article qui me fait comprendre un certain nombre de choses.
    Ça fait toujours à la fois drôle – et à la fois cela provoque un certain soulagement, comme une reconnaissance – de lire des ressentis datant de l’enfance, qui rappellent tellement ce qu’on a vécu soi : la mise à l’écart, les insultes, les moqueries… Bref, l’âge cruel, dont on a la chance de pouvoir à peu près quitter passé l’adolescence, pour peu qu’on fasse quelques belles rencontres, et qu’on arrive à s’entourer de gens pas trop bêtes.
    Bien sûr cela ne fait pas tout, même en étant bien entouré, et sans problème de poids à priori – avec pour ma part un imc à 24 au départ – les accidents et circonvolutions de la vie peuvent bien vite faire basculer vers un petit régime, et puis plus, et puis la culpabilité de manger qui revient sans cesse, jusqu’à se restreindre beaucoup trop… Je mène mon combat de ce côté là, comme tant d’autres.

    Bref, je t’écris surtout car je suis inquiète pour une amie, qui m’est très chère, une amie française qui vit depuis quelques années au Japon. Je suis inquiète par rapport à son moral : souvent triste, à poster des messages de déprime. Et quand je suis allée la voir, il y a quelque temps, j’ai pu mesurer quelle place avait pris le contrôle de son corps. D’abord, c’est déjà un petit gabarit à la base, et elle a beaucoup beaucoup maigri – à tel point que lorsque j’ai montré nos photos prises ensemble à nos amis français, une fois de retour, il m’ont demandé d’emblée si elle n’avait pas des problèmes d’anorexie. Effectivement, elle est vraiment très très fine, et je ne sais pas combien de fois je l’ai entendu me répéter qu’elle était grosse, pendant que j’étais avec elle. Elle fait beaucoup de sport, et dès qu’elle en fait moins aussitôt elle culpabilise, elle mange moins etc.
    Moi et ma taille 42, on a vite compris en débarquant là-bas qu’on détonait sérieusement dans le paysage, mais ce ne fut rien à côté de ses remarques à elle. Ça m’a fait un choc, d’abord je ne le prenais pas super bien, ensuite, jamais ô grand jamais je ne l’avais connu comme ça, et n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse, le plus sérieusement du monde, m’assener ce genre de remarques et questions assassines : « t’as pas peur pour ta santé en mangeant autant de bonbons? » « Tu fais jamais de sport? T’as pas peur de plus pouvoir te bouger dans quelques années? » Et subtile phrase finale « moi je te dis ça parce que je m’inquiète pour ta santé, tu es mon amie ». Franchement, j’étais heureuse de revenir en France, de quitter cette oppression constante, ce contrôle, ces calculs permanents, cette culpabilisation implicite, latente, omniprésente.
    J’en arriverais aujourd’hui facilement à la détester, cette amie, alors qu’on a partagé nos plus belles années d’adolescence, sans complexes, soudées et liées, juste et simplement heureuses.
    J’ai pris de la distance depuis ce voyage, et vraiment, aujourd’hui je suis inquiète, et surtout je ne sais pas quoi faire. Elle ne parle jamais de souffrance autour de son poids, sa déprime est toujours verbalisée par rapport à son boulot et à son manque de « vrais amis » là-bas. Je n’ose pas aborder le sujet avec elle, ou plutôt je ne sais pas comment. J’ai peur de la blesser, d’être à côté de la plaqué et qu’elle cristallise ses défenses à ce sujet.
    Ton article m’a déjà aidée à mieux comprendre, à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti là-bas, et à croiser un regard avec le mien. Merci pour ça. Bon courage pour la suite…

  30. Bonjour Sonia,

    Je viens de lire votre billet (en entier, ce qui m’a pris une bonne heure, bien joué !) et bien que je ne sois pas concerné (je suis clairement en surpoids mais j’ai la chance de m’en foutre et je n’ai jamais foutu les pieds au Japon), je suis malgré tout très sensible à ce genre de sujets et tenais simplement à vous témoigner toute ma sympathie et mon admiration pour ce texte à la fois touchant de sincérité et clairement nécessaire. J’apprécie aussi que vous parliez des TCA chez les hommes, même si c’est via une expérience pour le moins déplaisante. Les TCA sont encore trop souvent compris comme un trouble exclusivement féminin, alors que c’est loin d’être le cas. C’est ce qui les rend dangereux : ils peuvent toucher tout le monde.

    Voilà, c’est tout. Juste un gros merci.

    Cédric

  31. aspho

    Salut Sonia,

    C’est par ce billet que j’ai découvert ton blog (via l’article du Huffington post) et j’ai été ravie de lire tes différents témoignages si justes sur la vie au Japon, surtout les deux billets sur le petit ami japonais (vécu inside aussi).
    J’ai récemment décidé d’ouvrir un Ameblog pour travailler mon japonais (on se motive comme on peut) et l’accès à cette plateforme m’a donné une vision du Japon à côté de laquelle j’étais passée (même si je feuillette les magazines de mode et malgré mes deux voyages sur place), effectivement, c’est bourré de blog et de groupe de meufs qui parlent de leur motivation à faire 40kg (le poids d’un enfant de primaire), qui ont peur de devenir obèse (oui je dit bien obèse) parce que parfois elles s’autorisent une douceur. Et je ne parle pas des sollicitations publicitaires incessantes pour des produits miracles de régime.
    Mais le pire, c’est que dernièrement, je feuilletais un magazine Non-no, un magazine connu et pas midinette (la cible c’est plutôt les 20-30 ans) et je suis tombée sur une grelucherie commune aux magazines féminins « le cahier de régime pour être belle l’été », soit ! Mais ce qui m’a mise en colère, ce sont les exemples de nana choisit ! Des filles avec un IMC plus qu’honorable à la base (52kg pour 1m60 par ex) qui exposaient leur régime miracle qui les avaient fait tomber sous la barre des 50kg, il y a avait même un cas dans les 30kg! Ce magazine de grande diffusion prône le sous-poids et les IMC d’anorexiques! C’est joli et normal de peser le poids d’un enfant de CM1 à 30 ans au Japon.
    Plus loin, je fais du lèche vitrine sur Rakuten, et là dans le détail des tailles d’un article, j’apprends que l’on est « pocchari » (entendre grande et grosse taille ou plus size, XXL pour chez nous) quand on fait 58kg pour 1m60 !
    (l’article en question, c’est à vomir : http://item.rakuten.co.jp/andit/s10640699/?l2-id=Ranking_PC_daily-100371-d_rnkRankingMain&s-id=Ranking_PC_daily-100371-d_rnkRankingMain_3)
    C’est n’importe quoi ! Apparemment, au Japon, être belle et mignonne c’est d’avoir l’air perdue dans des vêtements amples et grands (en France on qualifierai ça d’être « habillée comme un sac ») que l’on superpose à l’envie.
    Une belle femme, c’est pas une femme avec des seins, des fesses et des hanches, habillée en coupe droite et près du corps, non c’est d’avoir l’air d’un môme pré pubère habillé trop grand par maman. Pour être épousable, faut ressembler à la petite nièce de 9 ans (d’ailleurs, dans le groupe C-ute à ses débuts, certaines membres avaient 9ans! je rappelle que c’est un groupe d’idols destiné à des mec majeurs). Le Japon aurait-il un problème avec la féminité?
    Je me souviens aussi que lors de mon dernier voyage au Japon en 2012, j’avais aussi ressenti un malaise face aux tailles proposées en magasin et aux femmes si petites. J’avais même refusé d’aller dans un parc d’attraction aquatique. Je me sentais comme un éléphant avec mes fesses et mes hanches. Je pense que si j’avais vécu sur du long terme au Japon, moi aussi, je serai tombé dans les régimes incessants, car tout y incite fortement. La norme obligatoire, n’est pas d’être mince mais maigre!

  32. Hime

    Coucou, je cherchais des images de purikura sur internet et puis j’ai vu celui-ci qui m’a interpellée… Ensuite j’ai lu ton article, c’est très intéressant et construit, etc. J’ai bien aimé le lire, bien que ce ne soit pas très joyeux… ça donne envie de voir tout ton blog *_* Mais je dois avouer que de savoir ça m’a fait me sentir grosse ; _ ;

  33. Sylvain

    Bon, je n’ai pas lu les commentaires des autres lecteurs tu me pardonnera. Du moins pas encore. Ton article est passionnant. Et éclaire beaucoup de choses, pourquoi les collègues filles changeaient tout à coup leur comportement ici. C’est bien d’avoir dit aussi ce que tu avais vécu. Pas drôle mais important. Je suis très intéressé par ta remarque sur l’absence de filet communautaire. Les communautés qui n’aident pas, l’absence de spécialistes, etc. Je pense que y a un certain décrochage avec la réalité ici, de plus en plus fort, pas uniquement sur le problème de la bouffe, dans d’autres domaines aussi….
    Mais je n’ai pas ton talent d’écrivain. Je t’ai découverte par un retweet, je vais m’empresser de faire de même.

    • Merci beaucoup, ça me fait plaisir.

      Et je suis contente aussi quand parfois j’ai une réaction ou un avis masculin. Si toi-même tu as remarqué des changements de comportements avec tes collègues…

      Par contre tu as totalement raison sur le fait que l’absence de communauté d’entraide etc, n’est pas que concernant les TCA, j’ai l’impression quand même qu’au Japon les problèmes sont « tabou » ou en tous cas souvent laissés de côté.

      J’ai vu qu’il y avait des choses qui commençaient à se démocratiser (comme l’ouverture d’un magasin grande taille à la tour 109 de Shibuya), mais ça reste des petits pas de fourmis…

  34. Bonjour, je suis tombée sur ton article un peu par hasard, et je l’ai lu jusqu’au bout… Parce qu’il me touche (la grosse sur la photo de primaire c’était moi), et sans avoir eu une histoire aussi violente, je suis passée par des épreuves vraiment proches (les régimes, les proches, la boulimie, ne plus manger, compter, faire du sport à outrance, les remarques …).

    Et je vis au Japon. Grâce au mouvement GROS (je ne sais pas si tu connais), aux livres de Zermati et d’Apfeldorfer, je me suis sortie d’années de souffrance vis à vis du poids, et j’ai frôlé les TCA de peu.

    J’ai rencontré un japonais, je me suis mise en couple, et je suis venue vivre au Japon. Mon nippon, le poids ne le dérange pas, heureusement. Une fois seulement, j’ai eu une remarque un peu bizarre, en mode « je t’aime comme cela, mais c’est vrai que ça ne fait pas en bonne santé ». On a eu une discussion sur la santé, le poids, et finalement, son amour pour mes petites rondeurs l’ont emporté.

    Par contre, arrivée au Japon, moi, j’étais mal. J’avais déjà pas mal voyagé dans l’archipel et avait été très mal à l’aise (aucune envie de tester le shopping par exemple). Comme si mon corps « doublait » de volume en comparaison des japonaises. Qu’est-ce que j’ai fait à peine deux semaines sur place ? Un régime à la con. Les pilules, les sachets, les protéines. Ah mes progrès, ils étaient loin (comme quoi, c’est bien une maladie, un peu comme l’alcoolisme … on replonge …). Je deviens chiante, je ne veux plus sortir. Je regarde les magazines, deviens un peu crédule.

    Un an plus tard, j’ai réussi à arrêter. Un espèce de deuil. Je ne serai jamais foutue comme une nipponne. Tant pi.

    Question remarque, je n’en ai jamais eu. Mais je ne fréquente pas beaucoup de japonais et encore moins de japonaises (avec qui le contact passe plutôt mal, je n’ai pas de bons souvenirs de soirée avec des filles, me regardant en coin, avec des sourires faux).

    Bref, ton témoignage me touche, et malgré mon amour pour le Japon, il a des aspects complètement tordu, et ça fait du bien de rappeler qu’il n’existe pas d’Eden et que chaque pays a des tares particulièrement hardcore. J’espère que tu vas mieux, que tu t’en sors.

    Amélie

  35. moka

    Merci pour ce partage

    Je m’y reconnais trop bien

  36. Hell’O ;0)

    Arrivé par le plus grand des hasard chez toi, j’ai lu de bout en bout cet article hyper touchant !!!
    J’ai eu des soucis de poids au debut de ma vie de jeune adulte, et 20 ans après je me sors vraiment de mon surpoids !!
    124kg à 19ans & un peu plus de 73 à ce jour (pour 1.70) à 40 piges ! Des annees de n’importe quoi (mais pas de tca extremes)… Et un jour un declic… Sport sport & alim variée ss privation ! Y’a pas de secret….

    La société ce sont les gens qui la font, on est complètement schizo lol je ne pensais que c’était aussi hard au Japon !!

    Bref j’espère que tu vas bien !!

    Mes amitiés !!!

  37. Cam

    Salut.

    J’annonce : je n’ai aucun problème avec mon poids, hors les difficultés de Monsieur et Madame Tout-le-monde à ce sujet.

    Mais ça fait longtemps que je désire ardemment le Japon (je n’emploie pas le terme par hasard mais sans rapport avec la connotation sexuelle…), jusqu’au court voyage que j’ai pu y faire tout récemment.

    Sans vouloir trop raconter ma vie parce que c’est pas le but de la manoeuvre, j’ai longtemps eu du Japon l’image qu’on en donne aux occidentaux. Et bien sûr, s’y rendre en touriste ne fait pas tomber le masque, au contraire, il a tendance à le renforcer. Le touriste, au Japon, est chouchouté. Comme je ne suis pas stupide au point d’idéaliser ce pays sans limites, j’ai fini par commencer une entreprise de démystification qui me semblait capitale, puisqu’il n’est pas possible d’être réaliste si on n’a pas vu les deux côtés de la médaille.

    J’ai pas choisi d’aimer ce pays, de le désirer à ce point, et parce que j’éprouve une profonde frustration de ne pas pouvoir y accéder comme je le voudrais, j’ai besoin de le désaimer. Non pas que je chercher à détester le Japon, mais je veux le voir tel qu’il est.

    J’ai vu et lu pas la de choses négatives, dont la plupart tournent autour des relations sociales. Et puis je suis tombée sur ton blog, dont je me suis surprise à lire certains articles en entier, dont celui qui relate les moments difficiles que tu as passé là-bas en rapport avec les TCA. J’avoue être horrifiée par ce que j’ai lu, m’être sentie mal à l’aise devant le caractère impitoyable que tu dépeins. Je retiens par-dessus tout l’anecdote du restaurant avec tes nouveaux collègues et ce mec beurré qui déballe ses conneries, devant laquelle j’ai tout bonnement halluciné, oscillant entre horreur et misanthropie sévère.

    Je laisse ici un message pour te remercier et te féliciter, d’abord d’avoir eu la force et le courage de délivrer ton expérience, certainement utile aux personnes qui partagent les mêmes difficultés que toi. Ensuite, mais c’est plus personnel, pour m’avoir permis d’avancer dans ma quête de désamour de ce foutu pays qui m’obsède.

    En espérant que demain sera plus heureux qu’hier.

  38. Q'lotte

    Hello Sonia !
    J’ai lu toute la partie « témoignage » et franchement, il a du t’en falloir du courage pour tout partager avec nous, merci beaucoup !
    Moi même boulimique vomitive depuis 3 ans, j’ai du en parler très rapidement a deux de mes meilleures amies qui, malgré le fait quelles soient exceptionnelles, ne m’ont apporté aucun soutien de ce coté la …!
    J’ai vraiment aimé te lire, souvent je me disais  »oh comme moi » … Bordel, j’aimerais vraiment sortir de la mais impossible… J’ai pas le courage, en plus davoir une tendance dépressive, la bouffe et mon poids me hantent…
    Merci encore pour cet article, il me donne encore plus envie de me battre :3
    Charlotte

  39. HolicRepublic

    Waw, je n’ai pas réussi a lire ton article en entier (je peu pas rester concentrer aussi longtemps je suis désoler xD) mais je me reconnais un peu (beaucoup), il y a presque deux ans j’ai franchie la barre des 157kg, toute mon enfance je n’ai eu que des « boudin »  » gros tas »  » une fille aussi grosse beurk » « fait un régime tu va casser ton vélo » « marche plus loin le type se moque de toi » « je ne parle pas aux baleines » « je vais te planter partout tu perdras peu être du poids » « tu devrais mourir » « tu ne mange pas se soir tu es au régime » « comment je pourrai être ami avec une personne aussi grosse ?! » et d’autres sévices physiques, mes profs de sport et mes sœurs se faisait un malin plaisir a se servir de moi comme exemple « tu veux finir comme ça ? », »on vois tout de suite que tu ne fait aucun effort » je suis tomber dans la phobie scolaire et j’ai manquer bien la moitié de mes années d’école (mon orthographe et mon aisance en maths en témoigne -_-) je suis une idiote pacifiste et on vois tout de suite que je ne suis pas du genre violente ou a tenir tête a un groupe, j’était le souffre douleur du ce1 a ma première alors que j’ai changer 6 fois d’école, à 19ans j’ai péter un câble et j’ai j’ai perdu 70kg en un an, j’ai frôler l’anorexie (manger qu’une tranche de blanc de poulet par jour durant 3mois par exemple) et je commence a la toucher ses dernier temps et j’ai des crises de boulimie juste pas possible a cause de la pression que je me met, pourtant rien ne change, quand toute contente je dit a mes collègue « j’ai perdu 70kg c’est super non ? » je juste des « avec ton corps actuel ? mais tu voulais faire concurrence a mobidic ou quoi ? tu devais être enoooooooorme hahaha », je ne tiens pas vraiment a raconter ma vie car ton expérience est 100fois pire que la mienne, je t’admire pour avoir supporter tout ça, mais j’ai besoin d’en parler même si personne n’y fait attention, je suis presque devenus muette a cause de tout ça (j’oublie encore de parler parfois, je suis dans mon monde presque 80% du temps, une fujoshi complètement a l’ouest et je n’arrive pas a faire de longue phrase sans me sentir intérieurement critiquer, j’ai envie de pleurer a chaque fois que quelqu’un me regarde et ne sors jamais si j’ai le choix) les gens n’on aucune conscience de leurs parole « c’est pour rire » « rooh fait pas ta chochotte » « t’as l’habitude non ? » mais non…juste non…bon je fini la car sinon j’en ai pour encore 1semaine xD
    Prend soin de toi !!!!!!!!! 😀
    BisouuuuUXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

    • A vrai dire ton commentaire m’a fait pleurer. Ce n’est pas le premier qui m’émeut, je crois que cette page web est pleine de témoignages plus tire-larmes les uns que les autres mais… Les commentaires que tu as du encaisser et que tu encaisses toujours, cette méchanceté inconsciente et constante des personnes autour…
      Prends bien soin de toi surtout, et n’hésite pas à aller voir une professionnelle (psy, nutritionniste, peu importe) pour vider ton sac et avoir une oreille attentive et surtout INTELLIGENTE.
      Ca fait du bien.

      Courage et sois forte, et encore merci pour ton commentaire.
      Prends bien soin de toi aussi.

      • HolicRepublic

        Oh je ne voulais pas te faire pleurer pardon o.o oui j’en ai lu plusieurs et j’ai vraiment eu mal au coeur…les gens ne font pas attention et pense qu’on passe au dessus par habitude et se lâche, ils sont pire que les enfants de se coter la.
        Haha j’ai pourtant mis les plus gentils xD mais oui à me relire je suis un peu étonnée, mais bon on refait pas se qui a été fait hein x) j’ai toujours du mal, à chaque fois que j’avale un truc je me dis « je vais grossir je doit plus manger » et je stress…du coup je mange encore plus et stress encore et encore (j’en perd même mes cheveux en se moment @_@).
        J’ai déjà vu plusieurs psy sans grand résultat car mon obsession à penser que je suis juger m’empeche de parler face à face, mais booooooooooon je te souhaite beauuuuucoup de bonheur soit heureuse :-DDDD

  40. He bien…. Moi qui part au Japon 3 mois à partir de mars 2015, ça choque cette réalité. Surtout que je vais faire du WWOOFing (si tu connais) alors du coup, j’ai un peu peur d’entendre ce genre de propos.

    Pour ma part, je fais 110kg (ou plus, je me suis pas mal goinfré ces temps). J’ai déjà fais Weight Watchers, où j’étais passé de 100 à 75 kg mais je me suis sentis prisonnière d’un engrennage sans fin. Il me suffisait de manger un truc pour que je me dise, ou qu’on me dise « ho attention ça fait tant de points ! »… Franchement, vous pouvez m’expliquer la différence avec ceux qui compte les calories? Moi j’en vois pas.

    Aujourd’hui je ne fais plus de régime. Je pense même que c’est précisément parce que j’ai tellement peur de retomber dans cette enfer de tout vérifier, tout calculer, tout contrôler. Et je dois bien l’avouer, l’effort de devoir perdre du poids, franchement. Faisons pas nos autruches. Rien que de penser ce qu’il faut perde, ça décourage.

    J’ai toujours supposer que mon problème ne doit pas passer par un diététicien, mais par un psychologue, car malgré tout mon problème est mental avant d’être simplemet physique. Les problèmes sont là depuis l’enfance – même s’ils le nieront en force toute leur vie, mes parents ont toujours offert plus à ma soeur qu’à moi même.
    Cependant, un psy c’est pas gratuit et j’ai jamais eu l’occasion de m’en payer un. C’est fou comme on peut remettre à plus tard nos problèmes! C’est tellement plus simple de les fuir… Mais en même temps, c’est vrai aussi, et dans mon beau pays qu’est la Suisse, c’est pas pris en charge sauf en cas de maladie. Sauf que mon cas est pas considéré comme tel.

    Enfin bon, pour en revenir à ton article (que j’ai réussi à lire jusqu’au bout tellement ça m’a pris…. oups désolée patron, je travaillerai après!), je me dis que je ne tomberai jamais dans cette extrème des TCA, je suis trop fière et je suis plutôt du genre à foutre une claque à celui ou celle qui me fais une remarque (genre occupe toi de ton cul plutôt que du mien, j’suis au courant, merci). Mais je te trouve extrèmement courageuse, extraordinaire, et j’ai juste un seul mot à te dire: Merci.

    Merci pour cette note de courage dont on a tous besoin tous les jours. C’est un soutien indirect tellement puissant. Savoir que l’on n’est pas seul (on a tellement tendance à le croire lorsqu’on est face à un problème) peut suffire à nous redonner un peu d’énergie et de force pour la suite du combat (ou le début).

    Tu as su parlé d’un tabou avec une franchise sans équivoque, qui remet l’église au centre du village. Tu as su me faire réfléchir, et alors que j’ai quand même envie de me goinfrer de chocolats, je me dis aussi « Mais tu as toujours le choix, Maude, de changer ». Je ne pense pas, à 2 semaines des fêtes de fin d’années, que commencer un régime soit vraiment la meilleure solution. Mais une petite graine s’enfonce directement dans mon coeur, et elle mûrit…. Lentement. Sûrement. Et elle va finir par m’apporter un meilleur choix que le déni.

    Si durant mes 6 mois en Asie, je perd un peu de poids, je vivrai malgré tout au quotidien la dure réalité de mes 110 kg (oui, parce qu’assis sur une chaise devant un ordi, y’a pas de réalité), je me souviendrai chaque jour (ou presque) de ton billet et ce même s’il parle de quelque chose que je n’ai jamais vécu. Pour la simple et bonne raison qu’il m’a prouvé que même en étant un bas de l’échelle, il suffit de monter les échelons un à un pour sortir du puit. Glissants et difficiles à attraper les échelons (genre t’es au fond et on va pas t’aider à remonter aussi facilement, non mais!).
    Mais j’ai déjà conscience du problème, je n’ose simplement pas l’affronter. Au moins, je vois l’échelle, je la regarde. Un jour, j’oserai la grimper.

    Un jour, je pourrai poster un billet n’importe où et dire « moi aussi, j’ai réussi à me battre contre moi-même et à m’en sortir (ou presque). »

    Ce jour là, je dédierai mon billet pour toi, Sonia.

  41. Anne

    Je vis au Japon et je me sens concernee par ton message. Bien que souvent on s’extasie sur le fait que je ne sois pas une grosse etrangere, on m’a fait par deux fois la remarque que je grossissais et je ne compte plus le nombre de fois ou on s’alarme (avec le sourire bien sur) sur tout ce que je mange. Bien dans ma peau, j’ai toujours pris ca en rigolant, mais comme j’ai commence a grossir, c’est bien que je sois avertie que le standard imaginaire japonais n’est pas sain.
    Merci d’avoir pris le temps d’ecrire ce message et d’avoir publiquement partage ton experience. Ca m’a permis de bien mieux comprendre la logique des personnes souffrant de TCA, d’etre plus avertie sur la culture cachee de la maigreur et les regimes au Japon, et de pouvoir venir en aide a quelqu’un si jamais je croise sur mon chemin une personne ayant des TCA.
    Merci encore !

  42. Baleine-jaune

    Hello, je poste ce court commentaire pour te dire que j’avais lu ton article le jour de sa publication. (Un bon gros choc frontal). Un an plus tard, (après ces douloureuses périodes de fêtes…) , je m’en souviens encore et j’ai eu grand besoin de le relire pour peut-être m’empêcher de sombrer. Ton article est efficace et dissuasif comme il faut, il m’avait permis à l’époque de ne pas pousser la connerie trop loin.
    Au fil des mois qui passent j’y pense de temps à autre. Alors un gros merci et bonne continuation à toi. Tu ROCKS !

  43. Lolotte

    Bonsoir Sonya, je suis arrivée ici par le biais de Joranne et de ton histoire de jeu de mot carotte, et j’ai lu pas mal de tes articles ou j’ai ri et où ça m’a fait un bien fou, et tout cet article où j’essaie de ressentir et de comprendre ce que tu as vécu. Ton enfance ressemble beaucoup à la mienne ou je mangeais de trop et ou on me traitait sans vergogne de grosse patate, même si, quand je revois les photos, je n’étais pas si grosse, à peine en surpoids. Les vannes vont vite…
    J’ai bien failli tomber dans l’univers des TCA à ce moment d’adolescence ingrate ou j’avais peur de manger…
    Maintenant que je m’apprête à partir au Japon, je vais m’armer fermement contre ces psychopathes de la maigreur et du Photoshop. Déjà que je trouve qu’on abuse complètement en France avec les magasines et tout le tralala et que je m’apprêtais à boycotter le petit rayon pilules mange-graisse et sachet protéines de la pharmacie, je pense faire des ravages là bas…
    Je te trouve très courageuse, et au vu de ton age, ton foie et tout le reste se répareront assez facilement. Comme quand on dit que ça prend à peine 5 ans à tes poumons de se refaire entièrement quand ils ont subi le tabagisme pendant 15 ou 20 ans.

    Heureusement le corps se reconstruit, mais à chacune de nos déprimes, il peut vite souffrir. Je souhaite de tout coeur que tu puisses te regarder et te trouver belle, moi non plus je n’y arrive pas pour le moment, mais j’y arriverai et toi aussi ! ^^
    Merci pour ce billet et cette « alerte », nous en avons tous bien besoin 🙂

  44. Ewann

    Chère Sonia.
    Je suis tombée par hasard sur ton témoignage et il m’a fait monter les larmes aux yeux. Je t’admire pour avoir remonté cette montagne toute seule.
    J’ai aussi eu ma période un peu dure. Dépression sévère, 38kg pour un mètre soixante cinq au plus grave et aucune conscience de mon état. J’avais quatorze ans et je mangeais qu’un repas par jour, et encore. J’ai eu des gens pour m’aider à remonter la pente, le bon coup de pied au derrière qui te rappelle que tu es vraiment pas bien et qu’il faut faire quelque chose. Je me suis rendu compte que j’avais un vrai problème quand j’ai pleuré dans les bras de mon meilleur ami, après avoir arrêter le lycée pour phobie sociale et scolaire. Le monde fait peur, ton témoignage en est la triste preuve. Je pleurais parce qu’en il était venu me voir et qu’il m’avait trouvée dans mon lit en train d’observer les entailles sur mon avant bras. C’était pas une tentative de suicide mais une perte de contrôle. Je m’étais scarifié et comme pour les deux fois précédentes, je ne me souvenais pas avoir fait le geste. Il est allé me chercher du pain et du chocolat chaud, m’a mis des pansements et traité d’abrutie. On s’est fait un petit-dèj dans ma chambre en parlant de ce qu’on allait faire plus tard. Ma première phase de TAC était en quatrième, j’avais quatorze ans, j’étais une gamine mal dans sa peau. Il y a eu un mieux en troisième mais ça aurait été trop beau sans la violente rechute de ma première seconde. C’est la que j’ai arrêté le lycée . C’est aussi a ce moment la que ma mère a caché la balance, les rasoirs, les objets coupants et ma enlevé le miroir de ma chambre. comme la dit mon meilleur ami. Tu dois voir avec tes doigts, pas avec tes yeux. J’étais un squelette ambulant pale et c’était pas beau. Je rentrais dans un jean ski n’y en taille 32 sans rien ouvrir ou défaire.
    J’ai déménagé, j’habite dans un pays du golf persique a présent. Grace a ma psy, mes parents, ma soeur qui s’est effacé pendant que je plongeait, mes meilleurs amis qui ne m’ont pas lâchés, j’ai réussi a retourner au lycée, a refaire une seconde un peu dure mais honorable. Je suis passée en première et j’ai eu dix-sept ans et je continue de monter tout les dimanches du l’impedancemètre, j’ai encore mon jean en taille 32 bien rangé au fond de l’armoire. Je sais que je ne rentre plus dedans mais je le garde comme sécurité. Je sais que le jour ou je reporterais ce jean, c’est qu’il faudra a nouveau tout recommencer. Entre août 2013 et décembre 2014, j’ai réussi a prendre 10 kilos. Je pèse entre 50 et 52 kilos pour le poids maximum que je n’ai jamais atteint. J’ai encore l’impression d’être grosse dans le miroir et sur la balance, de me trouver des défauts que la plupart des filles dans leur bienveillante hypocrisie (comme quoi il n’y a pas que les japonais) m’assurent être purement inventés. Ah, et j’ai aussi commencé a admettre le fait que j’avais des problèmes avec la nourriture et que j’étais anorexique, c’est un petit pas pour moi, et pour le reste, je crois que l’humanité n’en a rien a secouer…
    Merci encore pour ton témoignage et la force que tu nous donne dans tes mots.

  45. Jay

    Bonjour.

    Merci infiniment pour ce billet fascinant. Je me permets de commenter car il m’a particulièrement ‘parlé’, et c’est peu dire : le Japon en moins, j’ai connu à quelques détails près exactement la même descente aux ‘enfers alimentaires’ (dans les comportements, les phases, l’effet ‘de mal en pis’…). Seulement, je suis un homme. Ça peut paraître anecdotique, mais ça ne l’est pas : si 80/90% des personnes souffrant de TCA sont des femmes, vous imaginez assez facilement qu’il est encore plus difficile d’en parler quand on est de l’autre sexe (d’ailleurs, et ce n’est pas un reproche, toutes les références que vous faites au lecteur sont féminines, excluant de facto le rare spécimen mâle qui pourtant s’est senti hyper concerné, c’est représentatif.). Les sites de soutien sont exclusivement féminins (la quasi totalité des posts commençant par « salut les filles »…), les hommes ne sont pas pris au sérieux quand il s’agit de participer à un forum sur les TCA. Alors c’est vrai que la pression pour être mince n’est pas du tout la même, voir inexistante pour les hommes : nous il faut qu’on soit grands, musclés, virils (mais enlevez vous ce poil au torse que je ne saurais voir !), et même si une pression commence vraiment à se faire sentir, ça reste bien plus soft que pour vous, mesdames… (le ‘bidon de bière’ demeure mignon dans l’inconscient collectif)

    Mon commentaire commence à partir un peu à côté… Bref, merci pour ce partage, les émotions et ce sentiment de ne pas être seul au monde (je le savais déjà, hein, mais j’insiste sur l’impressionnante similarité de nos parcours). Courage pour la suite !

    Et si d’autres messieurs lisent, vous n’êtes pas seuls non plus.

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