Le Carlton

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Bon, laissons des sujets triviaux tels que la liberté d’expression et le terrorisme de côté pour revenir à des choses bien plus existentielles et importantes aux yeux de l’humanité.
En d’autres termes : moi.
Passons aux choses sérieuses avec mes premières vraies (més)aventures australiennes ! Parce qu’avouez que la dernière fois je vous ai largement arnaqué en vous pondant 6 pages sur une histoire d’escalators…

On va commencer par le logement, puisque trouver un toit était –bizarrement- ma priorité en arrivant.
Comme je l’ai dis dans le post racontant mon arrivée, en Australie que ce soit le salaire ou le loyer, tout fonctionne en weekly, soit à la semaine. Souvent les logements ne demandent pas de durée de séjour minimum, ce qui fait que tout va très vite.
Ce n’est pas comme en France où on commence à chercher des mois à l’avance, le temps de gérer les histoires de préavis et compagnie.
Ici, en général si les gens décident de se barrer du jour au lendemain, ils peuvent. Et comme je le disais précédemment, il est tout à fait possible d’emménager le jour-même de la visite d’une chambre si le courant est bien passé et qu’on vous accorde la chambre.
Donc dans le principe, tout peut aller très vite, et il est parfaitement possible de trouver un logement en quelques jours.

Après en réalité, ça peut s’avérer un peu plus compliqué. L’Australie, et notamment une grande ville comme Sydney, attire énormément de voyageurs et étudiants, et il y a des nouvelles vagues d’arrivants chaque jour. Donc beaucoup de concurrence.
Ensuite, les loyers sont extrêmement chers. Donc pour peu que vous visiez une chambre à petit prix, autant vous dire que vous n’êtes pas le seul coco à avoir eu cette idée et qu’elles partent comme des petits pains. Donc vous avez intérêt à taper dans l’œil de vos futurs colocs pour qu’ils vous laissent la chambre, parce que vous êtes certainement loin d’être le seul sur le coup.
Ensuite, il y a beaucoup de tri à faire !
Entre celles infestées par les cafards (et en toute honnêteté, quand je dis infestée, c’est du niveau olympique… le Japon c’est du pipi de licorne à côté), celles où vous partagez votre chambre-dortoir avec six autres personnes, et celles dégueulasses…
Bref, les logements à prix convenables existent, mais attention aux pièges quand même.

Un logement à Sydney

La magie des mots clés Google aidant, je suppose que mon blog accueillera certainement dans le futur quelques lecteurs cherchant des informations sur l’Australie et le Working Holidays, donc voici un ordre d’idée des prix pour Sydney pour les quartiers près du centre.
Pis ça peut toujours intéresser les curieux, hyènes ascendant fouines (qui se reconnaîtront).

◆Pour une chambre partagée à trois ou quatre personnes dans le centre ou dans un quartier populaire du style Chatswood, comptez 120 à 180$ australien par semaine (soit 80 à 120€ par semaine).
Ce qui nous donne quand même en moyenne 400-450€ de loyer par mois dans une chambre dortoir, pour une colocation à certainement 7 ou 8 (ou plus…) dans un appartement où on a absolument aucune intimité.
◆Pour une chambre partagée à seulement deux personnes, je dirais entre 190 et 250$ par semaine et par personne, selon le standing de l’appartement (soit entre 128 et 170€ par semaine).
◆Enfin, si vous tenez à votre intimité (vous voulez ramener vos conquêtes tranquille dans votre lit, avouez !), comptez entre 300$ et 450$ par semaine pour une chambre privée, non partagée (soit en gros entre 200 et 300€ par semaine… !).

Evidemment c’est un ordre d’idée, il est toujours possible de trouver moins cher, mais la qualité du logement ne suit pas toujours et généralement on s’éloigne de plus en plus dans des quartiers de banlieue peu vivants. Ce qui n’est pas un souci en soi si on recherche une vie calme, mais vous devrez utiliser les transports beaucoup plus fréquemment. Et notez en avertissement que je soupçonne les transports en commun de Sydney d’avoir été créés dans le sombre but de nous faire aimer la RATP.
Très peu de lignes de métros/train,  pour les quartiers hors du centre un train toutes les 15/20 minutes (après Tokyo et ses trains toutes les 2 minutes même dans les quartiers où personne ne va, ça défrise un chouya), et surtout des prix exorbitants… Notez aussi que le train est en travaux quasi tous les weekends et pendant les vacances (on se demande bien ce qu’ils ont à réparer tous les dix jours), et donc qu’à ce moment-là les lignes sont tout bonnement fermées…
Il reste toujours le bus, bien entendu ! Mais ce serait trop facile de se rabattre dessus le cœur léger ! En effet, il existe une loi super rigolote (en tous cas dans l’état de New South Wales), qui pour des raisons de sécurité, interdit à un chauffeur de prendre de nouveaux passagers s’il a plus de 15 ou 20 personnes debout dans son bus !
Et… souvent cette règle est respectée !
Il n’est donc absolument pas impossible qu’on vous laisse moisir bien gentiment à votre arrêt et que PLUSIEURS bus passent gracieusement sous votre nez déconfit, si le chauffeur considère qu’il a déjà trop de gens dans son véhicule.
Alors ok, la sécurité c’est important, tout ça, mais quand tu restes presque une heure coincé à Bondi Beach parce qu’il n’existe pas d’autres moyens de transport pour rentrer en ville, et que tous les connards de bus te passent devant en te tirant la langue pendant que tu te pèles dans la nuit, tu trouves tout de suite cette loi plutôt naze.
Donc quitte à aller habiter en dehors du centre, même si je comprends qu’habiter près d’une des plages les plus célèbres du monde ça fait super cool sur votre cv spécial swag, n’oubliez pas de choisir plutôt un endroit pas trop populaire pour que vous puissiez choper un bus facilement.
Notez que les bus sont loin de passer toutes les deux minutes, eux aussi…

A la recherche du Graal

Bref, après comme pour tout dans la vie, il n’y a pas de solution unique. Chacun choisit son type de logement et le lieu selon son profil, ses envies, ses préférences et sa façon de voir son séjour en Australie.
En ce qui me concerne, j’avais envie, pour une fois dans ma vie, de m’offrir le meilleur cadre possible et des conditions de vie optimum. Histoire de bien commencer le séjour.
Ainsi je voulais une chambre seule, si possible dans un appartement propre et en ville, mais – attention, triple challenge –  comme j’avais lu que ce n’était pas rare dans les grandes villes, je voulais loger dans un immeuble avec salle de sport et piscine privée, dont l’accès illimité est compris dans le loyer.
L’Australie est touchée par la vague du « Healthy way of life », ce qui veut dire qu’outre le fait que dans les parcs on trouve plus de gens qui font du sport que la sieste, il y a des salles de sport partout, notamment dans les immeubles pour inciter les gens à garder la forme. (Sous entendu, se sculpter un corps de rêve pour l’exhiber sur la plage ; le taux de gens bien foutu dans cette ville explose juste tous les records, je me demande parfois si la moitié des habitants n’est pas recrutée sur casting pour vendre du rêve au touriste naïf…)
Etant donné que je cherche à retrouver la forme (comprenez reperdre le poids pris ces deux dernières années de manière saine) et que je travaille à la maison donc bouge peu, avoir ce genre d’équipement sous la main me vendait du rêve. Quant à la chambre en single, quand on traduit plusieurs heures par jour pour le travail, ça me paraissait indispensable niveau concentration.
Et puis si en plus je peux regarder deux trois Tellement Vrai sur youtube en toute impunité, c’est tout benef…

Seulement voilà, je ne gagne pas des millions non plus, et mon prix GRAND MAXIMUM était 300$ par semaine. En gros, je voulais le pack complet grand luxe, pour le moindre prix dans cette catégorie.
Comme d’habitude, je ne choisis pas le plus simple, si je peux me compliquer la vie, autant le faire.

J’avais déjà mis de côté tous les sites populaires pour la recherche d’un logement en Australie, notamment Easyroommate ou encore le très usité Gumtree.
Gumtree a l’avantage d’être gratuit, et surtout d’être très actif. Pour Sydney, il y a une nouvelle annonce environ toutes les cinq minutes.
On peut aussi le faire à l’ancienne en allant courir les poteaux électriques de la ville pour aller y éplucher les petites annonces collées, mais moi j’aime bien avoir des photos du lieu avant de contacter la personne donc ce n’est pas vraiment mon truc, même si ça se fait beaucoup ici.
Je me mets donc en mode psychopathe devant mon écran, à actualiser la page des petites annonces de logement toutes les deux trois minutes pour sauter sur les bonnes affaires qui se présentent.

Pour augmenter les chances, au lieu de seulement répondre aux annonces que je trouve intéressante, je poste également ma propre annonce. Très vite, mon téléphone se met à sonner toute la journée, mais je réponds négativement à la plupart des annonces : soit on vient me gratter « l’amitié » et ça ne m’inspire pas confiance (mec, j’ai posté mon annonce dans « colocation », pas sur Adopte un mec), soit ce sont des logements à très court-terme (genre 4 semaines), soit c’est vraiment très loin en banlieue et pas franchement pratique.

Répondre aux annonces qui ont déjà deux trois jours est souvent une perte de temps, dans la plupart des cas ils ont déjà trouvé quelqu’un.
Donc n’écoutant que mon courage, je continue d’actualiser la page en luttant contre les crampes aux doigts (je sais, je vous impressionne), et trier les dernières annonces postées.

Après plusieurs heures, deux annonces se détachent du lot et correspondent exactement à ce que je souhaite.
Elles ont tous mes critères : une chambre privée, dans un appartement qui semble très propre et plutôt grand, une piscine, une salle de sport, un sauna, un jacuzzi, 100 balles et un mars.
La première, située en plein CBD (Central Business District), est à 300$ par semaine, tout compris : internet, eau, electricité, gaz et, last but not least… le papier toilette.
Oui, en Australie, le PQ est souvent compris dans les charges…
Bon ça surprend, mais c’est pas si con !
Etant un pays fonctionnant énormément à la colocation, ils ont du comprendre depuis longtemps tous les conflits existentiels du type :  « Putain, mais qui n’a pas racheté du PQ ?! Il reste une feuille et le paquet de pruneaux d’Agen que j’ai bouffé hier commence à sonner à la porte ! ».
C’est fou comme quand on habite seul on oublie jamais d’acheter son paquet de six rouleaux, alors qu’en coloc on oublie systématiquement, ou alors c’est toujours les mêmes qui s’y collent…
Ici on évite de se prendre la tête pour des broutilles, c’est le master de la colocation qui s’en charge et c’est compris dans le loyer.
Le seul point noir de cette première annonce, est qu’il est précisé que la chambre est en fait une « sunroom » transformée en chambre. Comprenez par là une terrasse fermée (ou jardin d’hiver) qui  a été réaménagée en chambre. Ce qui explique sûrement le prix « raisonnable » comparé au standing du logement et son emplacement en plein coeur de la city.

La deuxième est un peu moins chère, 295$ par semaine, dans un immeuble situé à Circular Quay, soit le quartier le plus populaire et touristique de Sydney, puisque c’est là où il y a l’Opéra, le Harbour Bridge et une des entrées du gigantesque Royal Botanic Garden.
Les photos de l’appartement vendent du rêve, la vue sur Circular Quay est absolument splendide, la chambre semble vraiment charmante avec une petite coiffeuse à côté du lit.
Elle date déjà de la veille, donc je me dis qu’à ce prix–là et vu la beauté de l’appartement c’est sûrement mort, mais qui ne tente rien n’a rien, j’envoie quand même un message pour me présenter, car à priori, c’est ma grande favorite.

Je reçois assez vite un message de Tury, la personne qui s’occupe de la première annonce, qui me propose une inspection dès le lendemain matin à 10h, sans chercher beaucoup plus loin.
Après avoir passé les trois quarts de la journée devant mon ordinateur à regarder des annonces, je décide de sortir un peu mon nez dehors pour allez visiter le centre de Sydney.
Toute à ma découverte de la ville et du fonctionnement chaotique des transports, je loupe un appel de Tom, le mec de la deuxième annonce.
Il me laisse un message visiblement contrarié que je n’ai pas répondu, en me disant qu’il a pour habitude de faire un entretien par téléphone avant d’accepter de donner rendez-vous à un « candidat » pour une visite de l’appartement. Que ce serait bien que je le contacte pour lui dire quand je suis libre pour cet entretien téléphonique.
Oui, moi je veux bien, mais le petit génie a appelé en appel masqué et ne laisse pas de numéro de téléphone pour que je puisse le joindre.
Il est con ou quoi.
Ayant vraiment eu le coup de cœur pour cette chambre, je me dépêche de trouver une connexion wifi gratuite pour me reconnecter au site d’annonces, et lui envoyer un nouveau message pour lui dire de me rappeler le soir à 20h, que je serai disponible.

A 20h tapante, il rappelle, toujours en appel masqué. Il se présente brièvement, et me dit qu’en effet l’annonce date déjà de plusieurs jours, mais qu’ils sont assez tatillons sur le choix de leur prochain colocataire, donc qu’ils préfèrent prendre le temps d’auditionner différentes personnes, afin de trouver le « perfect flatmate » qui serait à la hauteur de ce magnifique appartement et de cette colocation géniale.
Humilité, j’écris ton nom.

Il commence donc une série de questions sur ce que je fais dans la vie, mes habitudes au quotidien, mes hobbies, ma vision d’une colocation réussie et pourquoi j’ai « postulé » pour cet appartement en particulier.
L’espace d’un instant, je ne sais plus si je l’ai contacté pour une colocation ou pour devenir cadre
chez Sony.
Après avoir répondu à toutes ses questions, il me dit qu’il doit maintenant contacter les autres pour un debriefing et qu’il me dira demain si je suis selectionnée.
Qu’alors il m’enverra un sms, mais qu’ATTENTION, je ne dois en aucun cas le divulguer à qui que ce soit, car il ne veut pas que son téléphone sonne à tord et à travers à chaque fois qu’il passe une annonce.
Donc que je me tienne prête, il risque de me contacter de son numéro super secret pour me dire si j’ai accès à l’étape 2.
Ce message s’autodétruira d’ailleurs très certainement trois secondes après sa réception.

Dans la soirée, j’apprends avec joie que je fais partie des rares élus et qu’il me donne rendez-vous pour une inspection de l’appartement à 17h.
Cool, première journée de recherche et j’ai déjà deux visites pour le lendemain dans mes deux apparts coup de cœur.

Levée de bonne heure, je pars donc de bon matin pour le centre afin d’être à 10h à la première visite.
J’arrive devant un grand immeuble situé dans un des coins les plus populaires de la ville, à seulement deux minutes de Darling Harbour.
Quelques minutes plus tard, le dit Tury vient m’accueillir – dans un pyjama bariolé gravement déconseillé par la fashion police –, un sourire chaleureux jusqu’aux oreilles.
On fait connaissance dans l’ascenseur, il est Malaysien et vit en Australie depuis déjà 4 ans. A peine arrivée, habitude restée de mes années au Japon, j’enlève mes chaussures pour entrer dans l’appartement.
Il me regarde non sans émotion, la larmichette de gratitude dans le regard : « Merci, tu es la première à avoir ce réflexe !! Tu comprends en Asie, on aime pas trop les chaussures à la maison ». Je lui réponds que j’ai vécu cinq ans au Japon donc que pour moi ce genre de choses sont normales, et là je sens que je viens de faire exploser le score de points de sympathie.
Je reviendrai là-dessus plus tard tant c’est vraiment marqué, mais le clivage Occidentaux – Asiatiques est vraiment très fort ici. Les communautés ne se mélangent pas vraiment, les Blancs restent généralement entre eux, et les Asiatiques aussi. On voit peu de groupes mixtes, et encore moins de couples.
Alors une Européenne à l’âme un peu bridée, ça parait tout de suite plutôt cool.

Tout en faisant connaissance, il me fait visiter l’appartement qui est vraiment spacieux, superbe et surtout super propre. On se reflète dans le carrelage et on pourrait bouffer sur la moquette.
Il me montre la fameuse « sunroom » transformée en chambre, et bonne surprise, c’est moins petit que ce que je pensais. Certes, ça reste un balcon fermé, mais plutôt bien aménagé, avec tout ce qu’il faut : un lit, des lampes, une grande armoire avec beaucoup de rangements, une table de nuit. Un accès à la deuxième terrasse et surtout, SURTOUT, une immense baie vitrée donnant sur Darling Harbour.
La vue depuis la chambre m’a juste conquise. Je m’y voyais déjà, m’endormir en regardant la ville illuminée. Et Tury de me donner le coup de grâce « Il y a des feux d’artifices tous les samedi soirs tirés de Darling Harbour, on peut les voir depuis cette chambre ! ».
Le luxe ! Des feux d’artifices depuis mon lit tous les weekend, s’il vous plaît !
Il me demande si visiter les commodités de l’immeuble m’intéresse aussi, et je lui dis que la salle de sport et la piscine ont motivé à 50% ma venue ici, puisque je cherche un logement où je pourrais faire du sport tous les jours pour retrouver la ligne.
Le charmeur m’adresse alors son plus beau sourire, et alors qu’il me met la main sur la taille pour me diriger vers ascenseur, il me dit avec chaleur « Don’t worry darling, you’re perfect. ».
Et là j’ai réalisé deux choses : 1) ce mec savait parler aux femmes et je n’étais pas insensible à un peu de flatterie (tout est bon à prendre pour un égo en crise), et 2) vu le ton et les manières employées, il aimait fort probablement les zizi.
Ce qui pour moi était plutôt un bon point, puisque j’ai un côté un peu vieux jeu qui fait que la colocation avec le sexe opposé peut dans certains cas me mettre un peu mal à l’aise, du moins si je ne connais pas bien la personne. Malaise pas du tout insurmontable, mais c’est vrai que pour une raison obscure, je me sentirais plus tranquille à l’idée de vivre avec des hommes gay qu’hétéro.

Il me fait donc visiter l’immeuble et sa salle de gym, sa grande piscine, son spa et jacuzzi, son sauna et sa salle de jeux avec billards, tables de ping pong et même jeux de société et livres à emprunter…
Je suis CONQUISE.

En plus, le courant passe plutôt bien entre moi et Tury, j’ai un bon feeling.
Je lui demande donc s’il y a beaucoup d’autres personnes qui ont visité la chambre, et il me dit qu’il y a déjà deux trois autres filles sur le coup venues la veille, que je suis la dernière à visiter mais qu’en toute honnêteté il a eu le coup de cœur pour moi, donc si possible, il aimerait que ce soit moi qui emménage.
Il me dit qu’on partage l’appartement à six, lui et son mec dans une chambre, sa petite sœur dans le salon (ils ont aménagé une chambre dans une partie du salon tant il est grand), et deux étudiantes colombiennes venues apprendre l’anglais qui vont emménager dans la deuxième chambre le lendemain. Et donc, potentiellement, moi.
Je réponds que j’ai une deuxième visite dans l’après-midi, que j’aimerais pouvoir visiter avant de donner ma réponse définitive.
Il me dit qu’il attendra, et que si finalement je prends l’autre, alors il se décidera entre les autres qui ont visité avant moi.

Marché conclu.
Je sors de cette visite ravie, et surtout rassurée. Quoiqu’il advienne de la deuxième visite : j’ai déjà trouvé !

L’après-midi, je me rends donc à Circular Quay pour la deuxième visite avec l’homme mystère. Le coquin qui se payait le luxe de râler car je n’avais pas répondu au téléphone au premier appel est en retard d’une demi-heure.
Heureusement pour lui, la découverte de l’Opéra me fait passer le temps bien vite.
Il arrive finalement, et tout de suite, je sens la différence avec ma visite du matin.

C’est à peine s’il me sourit, et le temps qu’on marche jusqu’à l’appartement, il ne me décroche pas un mot. Il est Européen, mais il ne précise pas quel pays, et l’appartement est partagé avec trois autres personnes, lui et deux autres filles qu’il ne présente pas non plus.
On arrive à l’appartement, qui semble tout en marbre et en verre; jusqu’aux meubles et à la décoration. Il est beau et propre aussi, mais je ne me sens pas très à l’aise et j’ai l’impression que je vais tout casser si je bouge d’un centimètre de trop.
Il m’emmène directement à la chambre, et j’ai du mal à cacher ma déception.
Déjà, ce n’est pas une chambre, mais une espèce de remise derrière la salle à manger. Une pièce très petite certainement censée servir de cagibi ou garde-manger…  Et sans porte; s’il vous plaît ! Bonjour intimité !
Les photos étant bien prises,  contrairement à l’autre appartement, la chambre est deux fois plus petite que ce qu’elle semblait sur l’annonce, très étroite et avec un placard minuscule.
Coup de grâce, la vue superbe sur le port et Harbour Bridge montrée dans les photos n’est pas celle de la chambre, mais du salon. La chambre, elle, est très sombre avec une toute petite fenêtre qui donne sur un autre immeuble.
Je tente quand même de demander : « C’est définitif qu’il n’y a pas de porte ? ».
Il répond oui, mais qu’il y a un petit rideau.
Non mais je m’en tamponne de ton rideau coco. Même si on ne me voit pas, niveau pollution sonore d’un côté comme de l’autre, c’est quand même pas terrible.
Seule la coiffeuse à côté du lit me plaît toujours, sinon j’avoue être déçue et pas très à l’aise.
Et comme pour enfoncer le clou, Tom me dit froidement qu’il aimerait maintenant passer au deuxième entretien.
Et là, j’ai de nouveau droit à tout plein de questions sur moi, sur ma vision de la colocation, sur ce que m’inspire cet appartement et pourquoi je serais la colocataire idéale pour  cette habitation.
Il me dit pompeusement que pour eux, une colocation ne se résume pas à des personnes qui partagent une cuisine et une salle de bain, mais aussi à créer des liens proches de l’esprit de famille, qu’ils aiment se retrouver dans la semaine autour d’un verre de vin pour faire des débats ou écouter de la bonne musique.
Il me demande d’ailleurs qu’est ce que j’écoute comme « bonne » musique. Consciente que si je lui avoue que j’ai « Cuitas les patatas » de Philippe Risoli sur mon disque dur je suis disqualifiée direct, je trouve aussi au passage sa question un peu conne.
Y’a rien de plus subjectif que l’idée de « bonne musique ».
Au fur et à mesure de notre échange, je commence à me dire que je n’ai vraiment pas le coup de cœur pour cet appart, mais surtout pour la mentalité. Il m’est complètement antipathique, et les autres que je croise en coup de vent ne me font pas meilleur effet.
Il me fait un speech sur les valeurs d’une colocation alors qu’avec sa connerie élitiste, il créé absolument l’effet inverse.
Je ne me sens pas du tout comme un être humain bienvenu dans un cocon chaleureux, mais plutôt comme une sombre bouse qu’on teste pour savoir si on la juge à la hauteur d’être collée sous la semelle de ces messieurs ou non.
L’andouille croit me flatter en ajoutant : « En tous cas tu peux être fière, des nombreux messages qu’on a reçu pour cet appartement, tu es une des très rares à l’avoir vu de tes yeux. 90% des candidats échouent à l’épreuve de l’entretien par téléphone. Ce qui prouve que tu mérites quand même d’être là ».
Et alors quoi au juste ? Je dois te dire merci et te faire une offrande en signe de gratitude, connard ?!
Au lieu de me sentir flattée, sa façon de me le dire le rend particulièrement prétentieux et pédant à mes yeux.

Il me dit qu’ils sont certes pointilleux avec leurs différents entretiens, mais parce que pour eux la communication avec l’autre est primordiale, et ils veulent être sûrs de bien connaître la personne avant de la choisir.
Avec du recul, je regrette d’avoir joué son jeu jusqu’à la fin et de ne pas avoir été plus honnête, en le remettant à sa place, lui et son appartement de caste supérieure.
Parce qu’autant je suis d’accord sur le fait qu’apprendre à connaître la personne est important, autant cette façon de faire comme si j’étais un morpion sans background postulant à un poste à responsabilité me gonfle quand même copieusement. Ça coupe au contraire toute communication et échange naturel.
D’ailleurs, quand il me demande si j’ai des questions et que j’essaie d’apprendre à les connaître, il est avare en détail et coupe par un « de toute façon, on aura tout le temps de faire connaissance si tu emménages ».
Au final je n’apprends donc pas grand-chose. Je reviens donc à des questions plus pragmatiques en demandant confirmation que le prix inclus bien toutes les charges, et là, oh surprise, il me répond que non, comme si c’était tout naturel.
Encore une fois, je trouve l’annonce pas bien honnête… On ne dit pas que la chambre n’en est pas une et qu’elle n’a pas de porte, on fait croire que la vue est celle de la chambre alors que non, on ne dit même pas que le prix n’inclus pas les charges…
Au moins dans l’autre annonce, Tury avait fait preuve de transparence en écrivant en gros dans le titre que la chambre était à la base une terrasse…

Je demande pour la forme à voir quand même la salle de bain puisqu’il ne me fait rien visiter d’autre que la chambre, et il ne m’emmène même pas voir le reste de l’immeuble avec la salle de sport et la piscine, malgré ma demande…
Il conclut juste d’un « bon, maintenant on va délibérer, je te contacte d’ici deux jours pour te dire si tu es retenue ou non. ».

A peine sortie, le doute est peu permis : je préfère de loin la première visite.
Le côté « terrasse » de la chambre me fait un peu peur niveau isolation, mais je relativise en me disant que l’hiver vient de terminer et je serai partie avant la fin de l’été, donc que je ne risque pas d’avoir froid.
Je n’hésite donc pas longtemps avant d’envoyer un message à Tury pour lui confirmer que je vais prendre la chambre.
J’envoie aussi un message à Tom pour lui dire que désolée, l’appartement est vraiment bien situé, très propre et très plaisant, mais que j’ai eu un meilleur feeling avec d’autres personnes, et que comme il le disait si bien, pouvoir habiter avec des personnes qu’on considère comme sa famille est important. Que je lui souhaite bonne chance dans sa quête du coloc parfait et que j’espère pour lui qu’il trouvera cette personne digne d’eux.
Je ne sais pas si Mr La-Communication-C’est-Important  a décelé l’ironie de mon message, mais en tous cas il n’a jamais pris la peine de répondre.
Çà a dû lui en défriser les poils du zboub que j’ose dire non à son appartement super parfait.
Et je mentirais si je disais que je n’ai pas un petit sourire narquois à cette simple pensée.

Mais trêve de mesquinerie : mission réussie !
J’ai trouvé un appartement, et un peu l’appart de rêve si vous voulez mon avis ! Jugez plutôt :

IMGP6246
IMGP6260
IMGP6254
IMGP6267
IMGP6276
IMGP6269

IMGP6272
IMGP6281
IMGP6289
IMGP6292
IMGP6296

Et trouvé en moins de 48h, s’il vous plaît !

Le mystère Tury

Tury m’annonce que je peux emménager dès le lendemain, mais comme je ne pensais pas trouver aussi vite et que j’ai payé le logement chez Linda jusqu’à la fin de la semaine, je lui dis que je vais emmener mes affaires au fur et à mesure dans la semaine, pour emménager définitivement au début du weekend.
Ça m’évitera comme ça des aventures rocambolesques dans des escalators car je ne m’en sors pas avec tous mes bagages…

Il m’annonce qu’il n’y a pas de problème, que les Colombiennes ont emménagé, que sa petite sœur sait que j’emménage aussi et qu’avec son copain ils m’ont acheté un ventilo, des draps et une nouvelle lampe pour ma chambre.

Je passe payer les « bond », soit ce qui sert de caution (2 semaines de loyer) pour qu’il me donne la clé. Le bâtiment est très sécurisé, et en fait j’ai besoin de la clé électronique pour, rentrer chez moi bien entendu, mais aussi pour entrer dans le bâtiment, accéder à ma boite aux lettres ou même prendre l’ascenseur.
Impossible de monter à mon étage ou à la salle de sport sans la clé. Clé qui d’ailleurs ne débloque aucun autre étage que le mien, impossible d’aller à ailleurs.
Autant vous dire que si j’avais l’intention de cambrioler l’étage du dessous, mes plans ne seraient pas sans obstacles.

Je mets donc mes plans à exécution en apportant un sac d’affaires à  l’appartement à chaque fois que je vais dans le centre, et déménager petit à petit.
Passant en pleine journée, l’appartement est toujours vide, et je peux profiter de sa magnificence en toute impunité.
Il est si grand, si beau, si propre… Je trépigne à l’idée que bientôt, il sera mien. BWAH HA HA HA *rire démoniaque*

Il faut que je le baptise.
Si vous me lisez depuis longtemps, vous le savez : c’est la tradition !  Tous mes appartements ont un nom !
Mon premier à Tokyo que j’avais eu tant de mal à trouver, était Charlie (oui avec les événements récents, ça sonne bizarre maintenant). Le deuxième, où je ne suis pas restée longtemps, Lulu (comme ça pas de jaloux).
Le troisième, pour ses mezzanines-cabanes qui inspiraient l’aventure s’appelait le Pékin Express (avec une chambre César, et une chambre Denis).

Il faut que lui trouve un nom aussi.
Le luxe qu’il dégage, fait que je décide tout naturellement de l’appeler « Le Carlton ».
Faut dire aussi que la danse de la joie qu’il m’inspire dans le salon quand j’y suis toute seule ressemble assez à ça :

A la fin de la semaine, n’y tenant plus et malgré les propositions de Linda de rester plus longtemps chez elle, j’emménage enfin définitivement au Carlton et croise mes premières colocataires.
Comme elles ne sont pas bridées, j’en conclus donc que ce sont les Colombiennes.

On fait connaissance, et sans m’attarder sur le fait que l’une des deux est blonde aux yeux bleus, je lance sûre de moi : « Alors comme ça vous venez de Colombie ?! Hola, como estas ?! ».
Regard incrédule de mon interlocutrice : « Heu… non, on est Allemandes. ».

Ah… oups.
Ich bin l’air con.

« Ah ? Bon… Tury m’a dit que vous étiez colombiennes, désolée.
– Non non, pas du tout ! Mais toi par contre tu l’es, colombienne, n’est-ce pas ?!
– Heu non, je suis Française… ? ».

On se regarde les trois, un peu cons.

Froncement de sourcils. Pourquoi avoir dit d’un côté comme de l’autre qu’on était colombiennes alors qu’on est Européennes ?
J’en conclus que le père Tury a dû recevoir beaucoup de mails et de visites, et qu’il s’est un peu emmêlé les pinceaux dans les profils.
Ou alors il a une passion refoulée pour la Colombie et il faut qu’il consulte.

Je continue : « Alors, vous êtes étudiantes ?! Vous êtes en échanges universitaires ?
– Heu non, non plus. On est en visa working holidays en fait, on visite l’Australie.
– Ah comme moi alors… Je ne sais pas, Tury m’a dit que vous étiez étudiantes à la fac… »

Nouveau froncement de sourcils.

Une des Allemandes ajoute finalement « En tous cas, on est un peu soulagée car on nous avait dit que la dernière colocataire à venir était une vieille dame ! ».
Je m’étouffe dans mon ego :  « Quoi ?! Par la barbe de Merlin, je suis sûrement la plus âgée de l’appartement, mais de là à me décrire comme une vieille dame, il y va un peu fort quand même…
– Non non, mais il nous a dit une vieille dame de 60 ans… Donc justement, on trouvait un peu bizarre dans une coloc comme ça, avec trois étudiants Malaysiens et nous en working holidays de choisir une colombienne de 60 ans… On se disait qu’elle devait être vraiment sympa, car ça collait pas trop avec les autres colocs… »

Notre énième froncement de sourcils creuse un peu plus notre ride du lion.
C’est quoi ce bordel.
Alors que je me demande, non sans vexation, pourquoi on m’a décrite comme une sexagénaire alors que pour mon âge j’ai encore grave le swag des djeunz (nan mais oh), une des Allemandes me donne le coup de grâce :
« D’ailleurs, c’est qui Tury ? Personne s’appelle Tury ici… ».

Heu… Stop ?!
Temps-mort les mecs, je suis plus là.
Je suis tombée dans la 4ème dimension ou quoi ?! Je suis pas dans le bon appart, c’est pas possible.
Je commence à être méfiante, décrivant alors le jeune homme qui m’a fait visiter, et mes interlocutrices, reconnaissant le bougre un peu fofolle aux pyjama improbables,  m’apprennent qu’il ne s’appelle pas Tury mais Heng, et qu’il ne s’est jamais présenté comme étant Tury.
Ah…

Interloquées, on échange donc quelques infos sur l’étrange damoiseau.
Et d’ailleurs, à peu près rien de ce qu’il a raconté à l’une et aux autres ne correspond. Il m’a dit qu’il travaillait à Pie Face et Uniqlo en plus de l’école, quand il leur aurait dit qu’il travaillait dans un restaurant thaïlandais…

 Notre première rencontre se solde par un sentiment un peu étrange. On ne sait plus trop à qui on a affaire et on se dit en rigolant qu’on va peut-être mener l’enquête, pas qu’on se retrouve aux prises de la mafia malaysienne pour un trafic d’Européennes avec les Farks…

Comme tout le monde fait de gros horaires entre l’école et les petits boulots, j’ai souvent le Carlton pour moi toute seule (et je danse…), et je mets plusieurs jours avant de croiser tout le monde.
Au bout d’une semaine, je fais finalement la rencontre de Milo, la petite sœur.
Pour faire la conversation, je lui demande d’où elle vient  en Malaysie, bien qu’il y ait toutes les chances du monde que je n’ai aucune idée d’où ça se trouve sur une carte.
Et là, elle me répond étonnée « Je ne suis pas Malaysienne, je suis Thailandaise. ».

Putain, ça recommence !

mushu

Tury-Heng a organisé un Cluedo géant pour me bizuter ou quoi.

« Mais, Heng est bien Malaysien non?!
– Si si, il est Malaysien.
– Ben c’est pas ton frère ?
– Non pas du tout. »

Je reste sans voix, tandis que ma mâchoire se décroche pour tomber lâchement sur le sol.
Je ne pige plus rien.

Voyant mon désarroi, elle ajoute « C’est pas Heng mon frère, c’est Mike, son petit ami.
– Donc il n’est pas Malaysien non plus lui, il est Thailandais comme toi ?
– Oui voilà. »

OK, j’y vois un peu plus clair, mais c’est quand même pas très sérieux tout ça : j’ai annoncé à tout le monde que je vivais avec trois Malaysiens et deux colombiennes, et au bout de dix jours, je découvre qu’en fait c’est un Malaysien, deux Thailandais et deux Allemandes.
Rien à voir.
Moi qui commençais déjà à claironner que j’allais remettre à niveau mon espagnol, je peux toujours essayer…

Récapitulons :

Misterheng

Sinon, je vous sers un petit doliprane avec votre aspirine ?

Je commence à me demander où je suis tombée et me dire qu’il faut que je tire tout ça au clair quand même. Tury-Heng m’avait fait bonne impression pendant la visite, mais là y’a juste pas une version qui se tient d’une personne à l’autre et ça devient un peu déroutant.
Un peu plus tranchantes, les Allemandes décident que de toute façon Heng est un peu trop efféminé pour être honnête (?!… Christine Boutin, sors de ce corps! ) et exaspérant car un peu trop à cheval sur la propreté,  donc qu’elles ne l’aiment pas et ne veulent pas avoir affaire à lui.
Amen.

Personnellement mon côté bisounours et amoureux de l’humain l’emporte, je me dis qu’il y a bien une explication à tout cela.
Et oui, après avoir acheté une loupe et l’imperméable de Columbo pour mon enquête, il y en a bien une.

Tury-Heng s’appelle bien Heng, il utilise juste de temps en temps – comme la plupart des Asiatiques ici – un nom anglophone pour l’intégration et éviter les problèmes de racisme.
Il n’a jamais dit que la nouvelle coloc qui arriverait à la fin de la semaine était une « old lady » de 60 ans, mais que la nouvelle coloc arriverait à la fin de la semaine car pour l’instant elle séjournait chez une « old lady » de 60 ans (en effet, Linda chez qui je séjournais au début était une sexagénaire et j’avais dit que je finirais la semaine chez elle car elle se sentait un peu seule et m’avait demandé de rester).
Que mes premiers cheveux blancs se rassurent, ils sont encore bien cachés sous ma teinture rouge et on ne me considère pas encore comme une vieille dame.

Il n’a pas non plus dit qu’il travaillait dans un restaurant Thaïlandais mais que son copain Mike, lui, y travaillait. Heng travaille bien dans sa boutique de tartes et à Uniqlo comme je l’avais compris.
Ainsi, nos amis Allemandes auraient eu quelques soucis de compréhension de travers pour ces quelques points.

Il a décrit Milo comme sa petite sœur car c’est la sœur de son mec et que pour lui c’est tout comme, et qu’en Thailande (un peu comme ailleurs en Asie d’ailleurs), quand on est très proche d’une personne dont on prend soin comme de la famille, on peut très bien l’appeler « grand frère » ou « petite sœur » même s’il n’y a pas de lien du sang. Et comme j’avais habité en Asie, il n’a pas cherché à nuancer en l’appelant « petite sœur », se disant que j’étais déjà familière avec cette façon d’appeler ses proches.
Pensant qu’ils étaient de la même famille et comme il n’avait pas précisé, j’avais pensé que tout le monde était Malaysien comme lui sans chercher plus loin.

Quant à la Colombie… le mystère reste entier, mais il semblerait en effet qu’il se soit mélangé les pinceaux dans les profils de toutes les personnes qui l’avaient contacté.

Ca fait quand même beaucoup de quiproquo pour un seul homme, mais me voilà un peu rassurée.

Mes amis, mes colocs, mes emmerdes

Après tous ces mystères résolus, le quotidien a donc repris son cours au Carlton.
Complètement amoureuse de cet appartement, je m’y suis très vite sentie comme un poisson dans l’eau. Nos amis Thaïlandais et Malaysien se montraient peu présents, mais j’ai assez vite sympathisé avec nos voisines allemandes.  Bon, avec dix ans de différence on avait pas forcément toujours les mêmes sujets de conversations (j’ai failli déclarer la troisième guerre mondiale quand elles m’ont annoncé ne pas connaître Game of Thrones mais étaient fan des One Direction…).
Chaleureuses à l’européenne et voyant que je ne connais encore personne, elles ne tardent pas à m’inviter pour diverses sorties comme un pique-nique devant l’Opéra ou autres balades à la plage.

Pour des raisons qui leur appartiennent, elles n’apprécient pas du tout nos autres colocataires et comme elles déclinent systématiquement toute invitation, ceux-ci finissent donc par les éviter soigneusement.
Avec moi, ils prennent le temps de discuter un petit peu lorsque je suis seule, mais disparaissent dès que l’Allemagne est dans le coin.
Personnellement, malgré les quiproquos bizarres des premiers jours, j’apprécie les deux côtés et ça me chiffonne un peu d’avoir le cul entre deux chaises, j’aurais clairement préféré qu’on soit tous proches. Mais bon je suppose que dans une colocation à six avec des personnes qui ne se connaissent pas ni ne viennent des mêmes pays, c’est toujours un peu difficile de créer une harmonie parfaite.
L’entente reste cordiale, ce qui reste le principal.

Dans la chambre du « master », il y a Heng et son copain. Dans la deuxième chambre, les deux Allemandes, sur la terrasse fermée moi, et dans une partie du salon, Milo la petite sœur thaïlandaise.
L’appartement est vraiment spacieux, et une partie du salon a donc été sacrifié en chambre avec une série de grosses armoires collées les unes aux autres en forme de carré pour faire des cloisons.
Un peu comme ma chambre-balcon, je me dis que ce n’est sûrement pas bien conventionnel tout ça, mais que c’est sûrement pour se faire plus d’argent…

Sans savoir quoi, je soupçonne donc une vague entourloupe dans ces chambres qui n’en sont pas, mais à vrai dire je m’en fiche un peu.
Malgré tout l’appartement est bien agencé, super bien équipé, très propre, tout le monde est silencieux et respectueux des autres…  Donc même s’il s’avérait qu’ils avaient créé des chambres en plus pour se faire un peu de pognon sur notre dos, ma foi peu importe. Ce n’est pas comme si j’allais vivre là toute la vie.
Je ne cherche donc pas plus loin.

Jusqu’à un soir où je passe chez moi avec un ami prendre quelques affaires, qu’il regarde les cloisons faites maison de la chambre de fortune dans le salon et qu’il me dise « Tu sais que c’est illégal, ça ?! ».
Et là, il m’annonce que les fausses chambres sont synonymes de sous location illégales et donc formellement interdites. Qu’on est clairement pas les seuls à le faire en Australie, a fortiori dans les grandes villes, mais que vraiment je fasse attention et me méfie, car si on l’apprend, on peut avoir de gros problèmes.

Voilà qui est rassurant…
Je me doutais bien que faire une chambre dans un salon n’était pas forcément bien vu, et c’est vrai que quand j’épluchais les petites annonces pour chercher un logement je lisais régulièrement « Personne ne dort dans le salon ! », mais de là à ce que ce soit carrément illégal… ?! En France, tu peux même dormir dans ta cuvette des chiottes si tu veux, tant que tu payes ton loyer tout le monde s’en fout, non ?
Je retiens donc l’information, en me demandant ce qu’il entend exactement par « gros problèmes ».

Telle une prophétie, la mise en garde de mon ami ne tarde pas à devenir réalité.
Pas moins de trois jours après, on m’annonce en panique que les Allemandes doivent quitter l’appartement au plus vite, car on a une inspection au cul en cours de route.
… !

Et là, j’apprends que non seulement dormir dans le salon est illégal, mais en plus que vivre à plus de 4 personnes dans l’appartement est aussi interdit par la loi !
Il est vrai que depuis le début, il n’y avait que 4 clés et passes pour tout le monde, mais je pensais juste qu’ils n’avaient pas pris le temps d’en faire faire de nouveaux.
Partageant leur chambre à deux, les Allemandes devaient donc aussi partager leur clé.
Malheureusement, l’une travaillant de 6h du matin jusqu’en milieu d’après-midi, et l’autre du milieu d’après-midi jusqu’à minuit, n’avoir qu’une clé pour deux n’était pas bien pratique.
Et comme moi n’ayant absolument aucune idée des lois australiennes concernant la colocation en appartement, elles avaient donc trouvé une solution en… laissant leur clé à la réception pour que chacune puisse rentrer quand elle veut… !
En d’autres termes, elles se sont juste jeté dans la gueule du loup.

Très vite, les gardiens de la réception se sont demandés pourquoi deux filles se partagaient une seule clé… Autre fait qu’on ne savait pas, notre clé électronique est carrément enregistrée avec notre passeport, quand on la bippe, notre photo et informations apparaissent sur l’écran du gardien !
Autant vous dire que ça rigole pas, pour emménager dans une coloc dans ce type d’immeuble, t’es pisté comme un mec soupçonné de bosser pour Al Caida.

Réalisant très vite qu’on était plus de 4 dans l’appartement, une enquête a donc démarré sur nous et le responsable de l’immeuble viendra donc pour une inspection des lieux dans pas moins de quatre jours.
Ainsi, l’Allemagne doit quitter le navire au plus vite si on ne veut pas de problèmes…

C’est un peu l’hécatombe. L’Allemagne est sidérée que Heng ne nous ait pas prévenu que c’était illégal et ne nous ait pas demandé de faire attention, et de son côté l’Asie est sidérée que l’Allemagne se soit montrée assez stupide pour aller fourguer ses clés à la réception sans réfléchir.
Personnellement, j’échange discrètement mon drapeau français pour celui de la Suisse et me met à chanter des cantiques prônant la paix dans le monde.

C’est vrai que ça n’a pas été très honnête de sa part de ne pas nous dire dès le début qu’on était censé être que quatre dans l’appartement, qu’on devait se montrer très discret et surtout pas s’attarder à la réception pour quoi que ce soit si on était pas enregistré légalement dans l’immeuble.
D’un autre côté, avec du recul… maintenant que je suis là depuis quelques mois, je reconnais que c’est de notoriété publique que la plupart des gens dépasse le nombre de 4 personnes dans une coloc, mais que ce n’est pas légal et donc qu’il faut faire profil bas. Les histoires de ce genre de colocs illégales pullulent en ville, et tout le monde fait son affaire en prenant bien soin de ne pas se faire prendre. Ainsi, quand on a emménagé, ils ne l’ont juste pas souligné dans la mesure où c’était l’évidence même… Un peu la faute à pas de chance si on était en Australie depuis 3 jours et qu’on en avait aucune idée.

Leçon australienne numéro 1 : Quand la moitié des annonces écrivent en gros « PERSONNE DANS LE SALON ! » c’est pas seulement pour faire joli, mais surtout pour préciser que ce n’est pas une colocation illégale. Et se lancer dans une colocation illégale n’est pas rare en soi, mais il faut savoir se faire petit quand c’est le cas.

Je ne peux m’empêcher de remarquer au passage que j’ai un peu le cul bénit… Car dans l’histoire, c’est moi qui n’ai pas une vraie chambre et qui ne devrais pas être enregistrée. Mais comme je ne la partage avec personne, j’ai ma propre clé et du coup c’est moi qui suis une locataire légale de l’appartement… Sinon, ça aurait été à moi de dégager.

Heng s’en veut de ne pas avoir précisé les choses et fait tout pour faire amende honorable. Il ne fait pas payer les Allemandes pour les dernières nuits qu’il leur reste, passe deux nuits blanches à écumer les petites annonces et ses après-midi à les accompagner dans des visites pour leur trouver une chambre du même standing,  pour exactement le même prix et dans la rue d’à côté, soit à moins de cinq minutes…
Même si cela ne calme pas la fureur Allemande qui se sent toujours dupée dans l’histoire, on ne peut quand même pas lui enlever sa bonne volonté, il s’est coupé en quatre jusqu’à ce qu’elles soient de nouveau logées, juste à côté dans un endroit aussi bien (ou finalement elles ont même préféré leurs nouveaux colocataires).

Nos amies européennes relogées… Heng peut enfin se concentrer sur le véritable problème : l’inspection.
Déjà qu’il a une légère tendance maniaque, le joyeux trublion se transforme soudain en M. Propre sous amphèt. Je le vois s’afférer dans tous les sens, laver, cirer, briquer jusque dans des recoins que je n’avais même jamais remarqué en un mois. Il me demande la mort dans l’âme si ça me dérange de déménager ma chambre une journée dans la véritable chambre où étaient les Allemandes.
Il déménage tout, et en moins de 24h, l’appartement est méconnaissable. D’ailleurs, je ne comprends même pas tout ce qui se passe. On me dit de ne m’occuper de rien, de continuer ma journée comme j’en ai l’habitude, qu’eux ont trouvé une solution pour que tout se passe bien…

Je regarde donc du coin de l’œil sans comprendre tout le monde s’affairer et transformer l’appartement.
Ma chambre-terrasse est aménagée en studio photo, et la partie chambre du salon complètement repensé en espèce de magasin, avec les armoires qui servaient de cloisons alignées le long du mur, remplies de rayons de livres, de casquettes, de chaussures en tout genre.
Chaque rayon est équipé d’étiquettes avec des notes diverses, et des prix.
Moi qui bosse généralement seule dans le salon, Heng installe tout à coup un bureau à côté du mien, y dépose toutes ses affaires et se créé un espace travail juste à côté de moi.
Il ouvre son ordinateur et autres iPad sur des pages Ebay diverses.

Je ne vois pas le rapport et ne pige rien à tout ce cirque.

Mais je fais comme il dit, je continue ma journée comme si de rien n’était tout en regardant du coin de l’œil ce qu’il se passe.
Si Milo s’était affairée toute la matinée avec Heng pour tout nettoyer et réaménager, 30 minutes avant l’heure de l’inspection et l’arrivée du manager… la voilà qui se met en pyjama, et va se coucher dans la chambre où ont été rangés ses affaires et les miennes, comme si nous partagions la chambre.

Siriusly ? Elle va se coucher maintenant ?

Entre l’un qui attend qu’on ait une inspection pour lancer un business ebay et l’autre qui va se coucher juste avant l’arrivée des inspecteurs…
Mes colocataires sont définitivement une énigme. Je nage dans le flou artistique.

On sonne à la porte… et là un grand moment de cinéma commence alors sous mes yeux.
Déjà je réalise le sérieux de la situation quand n’arrive pas juste le manager de l’immeuble pour une simple inspection des lieux… mais le manager de l’immeuble, accompagné d’un mec avec un appareil photo et d’un autre avec un bloc note.
Et pendant qu’il commence à inspecter l’appartement et son agencement, les deux autres s’empressent de tout prendre en photos, et tout noter dans leur fiches…
Mes cheveux se dressent sur la tête et je me rends compte que ça va super loin quand je les vois ouvrir chaque foutu tiroir ou placard pour prendre en photo l’intérieur…

Le manager demande qu’est ce qu’est que cette installation dans le salon, et Heng explique joyeusement qu’il s’est fait un petit business sur Ebay de vente en ligne. Il montre alors ses stocks, ses ventes en cours sur le net, la terrasse transformée en studio photo, et que c’est pour ça qu’il avait besoin d’un si grand espace et de beaucoup de rangement. Que ça lui permet d’arrondir les fins de mois et mettre de côté.
Je continue de travailler l’air de rien, en me disant naïvement que je ne savais même pas qu’il avait un business sur Ebay.

Ils continuent leur inspection et prennent tout en photo.
Ils entrent alors dans la chambre, où Milo dort… ou en tous cas, fait semblant de dormir.
Ils veulent fouiller, et commencent à retourner les couvertures pour vérifier ce qui se cache sous les lits, mais voyant quelqu’un dormir en petite tenue et se réveiller toute pâteuse, ils se sentent un peu gênés et remettent vite les couvertures en place.
Ils se contenteront de vérifier le contenu de nos armoires et tables de nuit.

L’inspection se déroule alors dans un climat faussement détendu, où Heng fait semblant de blaguer avec le manager tandis que je fais de mon côté semblant de travailler tout en maudissant ces malotrus qui osent prendre des photos de mon tiroirs à culottes.  Je veux bien qu’ils fassent leur travail rigoureusement mais de là à chercher des locataires clandestins dans mes soutifs, j’y vois un peu d’excès de zèle quand même…

Au bout de 15-20 minutes qui paraissent une année, le manager demande finalement à Heng de le suivre en bas à la réception pour lui poser deux trois questions et que tout sera terminé.
Il les suit donc et tandis que la porte d’entrée se referme sur eux, Milo sort de la chambre, manifestement en pleine forme et pas du tout endormie.
Devant mon air un peu ahurie et complètement à côté de la plaque, elle me confirme que tout était pure comédie…
Ils ont toujours les sommiers des lits des Allemandes et ne savaient pas quoi en faire, donc ils les ont cachés sous son lit à elle. Mais comme ils savaient qu’ils fouilleraient partout et prendraient des photos, elle a fait semblant de dormir pour les mettre mal à l’aise et qu’ils évitent de fouiller son propre lit.
Quant à l’histoire du business sur Ebay, c’est évidement un mensonge aussi…
Mais pourquoi partir si loin dans le mensonge ?
Tout simplement pour justifier le nombre d’armoires dans le salon. Autant d’étagères alignées et vides aurait été bizarre, d’autant plus qu’on voit toujours des traces sur la moquette de leur précédente installation en forme de carrés pour créer des cloisons.
Histoire de ne pas attirer leur attention sur le sol et trouver une raison à toutes ces armoires, Heng a décidé de les occuper autrement.

Je me sens conne en me disant qu’ils sont partis quand même super loin. Voyant mon air sceptique, Milo m’annonce « S’ils avaient eu la preuve qu’on a vécu à six dont une personne dans le salon et qu’on avait pas respecté les règles, on aurait eu 24h pour quitter l’appartement et ils ne nous rendaient pas notre caution. A nous tous, ça fait 3000$ de caution et on se serait retrouvés à la porte. C’est pour ça qu’on était un peu tendu tu comprends. Surtout qu’heureusement que le veilleur de nuit est venu nous prévenir en douce qu’on avait une inspection au cul, sinon on aurait jamais rien su, ils auraient débarqué aujourd’hui et ils nous auraient foutu tous les six dehors ».

…!
Et on ne me dit rien ?! Je réalise alors que même concernant l’inspection elle-même,  on était pas censé être au courant et que si un bienveillant n’avait pas eu l’idée de nous vendre la mèche, on aurait été carrément dans la merde… Je suis soufflée qu’on ne m’ait pas dit clairement à quel point c’était chaud pour nos miches quand même.
Depuis le début que je demande si c’est grave cette inspection et si on peut avoir des problèmes, on ne me répond à l’autralienne que des « No worries », alors que pour le coup, y’avait carrément worries là !

Leçon australienne numéro 2 : Même quand les gens vous répètent à tout bout de champs qu’il n’y a pas de soucis, inquiétez vous quand même juste au cas où…

Finalement Heng s’en est sorti par une pirouette en disant qu’il y avait effectivement des Allemandes pendant quelques jours car c’était des amies qui venaient d’arriver en Australie et qu’on avait dépanné mais qu’elles n’avaient jamais habité là définitivement.

Ainsi s’est terminée cette sombre histoire d’inspection et de locataires illégaux… Même s’il y a eu plus de peur que de mal au final et que tout s’est plutôt bien terminé pour tout le monde (les Allemandes ayant finalement trouvé une coloc où elles se sentaient encore mieux ensuite), je me suis demandé s’il était bien raisonnable de rester.
Le fait qu’on ne m’ait rien expliqué clairement sur la situation et tous les mensonges mis en place pour se sortir du pétrin ne m’ont pas vraiment mise en confiance…
Déjà qu’en un mois on avait accumulé les malentendus ce qui n’avait pas vraiment aidé.

J’avoue avoir hésité quelques jours à déménager puis finalement renoncé. Déjà j’aimais un peu trop le Carlton et je suis un être faible… La piscine, la salle de sport et le sauna, la chambre single et la vue superbe… Comment leur dire adieu ?
Et puis surtout je savais que j’étais là pour du court terme, encore maximum deux ou trois mois, pas plus. Donc j’avais pas envie de me prendre la tête à redéménager et j’ai décidé de rester.

Peut-être conscients de mon malaise, à partir de ce moment là Heng et Mike ont fait tous les efforts du monde pour me mettre à l’aise et me tenir compagnie. En commençant par me rapporter de la bouffe de temps en temps pour manger ensemble, puis finalement m’inviter au restaurant, au cinéma, en balade, me présenter leurs amis… Et comme je ne désistais pas leur invitation, on a finit par sortir ensemble plusieurs fois par semaine. Jusqu’à ce qu’on noue de véritables liens d’amitiés et que vivre avec eux s’avère vraiment super cool, comme mon tout premier feeling me l’avait laissé présager.

Bientôt quatre mois dans cet appartement de rêve. A profiter de la salle de sport, et du sauna 4 à 5 fois par semaine. A m’accorder une tête dans la piscine presque tous les soirs et un moment de grâce au spa entre deux trucs pour le boulot quand je suis stressée.

A admirer presque tous les weekend les feux d’artifices depuis ma chambre.
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A faire des barbecues sur la terrasse avec les amis.

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Ou siroter un bon cidre en admirant la vue pendant un coucher de soleil…

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Quatre mois de félicité dans l’appartement du bonheur… que je m’apprête à quitter.
Hé oui, quatre mois à Sydney c’est le maximum que je comptais m’accorder, si je veux faire tout ce que je voulais faire. L’Australie est immense les enfants, et il me reste tant à voir.

Je pars donc mercredi prochain pour Melbourne et vais devoir tout reprendre depuis le début ! Je pense revoir à la baisse mes standards pour pouvoir me permettre de mettre de l’argent de côté en choisissant un logement plutôt bon marché.
En espérant que je ne passe quand même pas du « Carlton » au « Cozette »…

En attendant, je vous laisse et retourne faire la danse de Carlton, tant que je le peux encore.

Les fêtes à Sydney

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J’ai un autre blog sur les aventures concernant mon logement à Sydney déjà quasiment terminé, mais j’avais envie d’en poster un autre article sur les fêtes en Australie, pendant que c’est encore un peu la saison.
Car on m’a souvent demandé au cours des dernières semaines comment étaient les fêtes de fin d’ année à Sydney, voici donc un petit aperçu de comment ça s’est passé pour moi cette année.

Noël

Si j’avoue ne pas être très sensible au mal du pays en général, s’il y a bien un période de l’année où j’ai toujours un coup de blues d’être loin de la France et de mes proches, c’est bien Noël.
Comme vous le savez peut-être, au Japon c’est une journée comme les autres – travaillée -, juste attendue avec impatience par les couples car c’est LA fête romantique par excellence. Toutes ces illuminations, ces petites décorations mignonnes et clignotantes, ces événements spéciaux dans les parcs à thème et autres lieux de loisirs… Tout est fait pour donner aux Japonais l’envie de profiter de cette atmosphère féérique lors d’un rendez-vous galant main dans la main avec l’être de vos pensées.
Ainsi, à partir du mois d’octobre, ce n’est pas à une course aux cadeaux à laquelle on assiste, mais à la course à l’amoureux.
Les célibataires vivent dans l’angoisse de passer un Noël de la loose en célibataire, et donc dès l’automne venu, ça recrute une moitié dans tous les sens. Si vous cherchez un amoureux, l’automne est définitivement une bonne saison : vous offrez à monsieur l’opportunité de se vanter à Noël d’avoir eu une soirée romantique en bonne et due forme.
Souvent, les tourtereaux ne s’offrent même pas un cadeau (enfin je suis mauvaise langue, un de mes ex m’avait offert un paquet de barbe à papa pétillante au 100 yens shop… Wow; trois ans après j’en suis toujours sans  voix), c’est juste une occasion de se donner un peu de temps l’un pour l’autre entre deux « isogashii », d’écouter pour la 120000ème fois la chanson de Mariah Carey « All I want for Christmas is you » devant des illuminations médiocres et pour certains, en couple déjà depuis trop longtemps, de trouver une excuse pour remplir leur devoir conjugal annuel.
(Ne riez pas, j’ai déjà entendu des histoires de couples mariés – même franco-japonais – qui ne baisaient qu’à Noël, alors relativisez sur vos vies, vous n’êtes pas si malheureux que ça…).

Bref, pour toutes ces excellentes raisons, pour moi Noël au Japon, ça a toujours sonné un peu creux et j’ai souvent eu le blues à cette période de l’année.
J’aime passer des heures à cuisiner des trucs mignons à ne savoir qu’en faire, la confection des cadeaux pour chacun, le sapin, les retrouvailles avec la famille, les parties de tarot jusqu’à une heure pas raisonnable de la nuit et autres joies de fin d’année…

Je me demandais donc comment j’allais passer cette fête symbolique pour la plupart des Français dans cette terre inconnue qu’est l’Australie. Arrivée depuis peu et n’ayant pas de connaissances très proches, je me doutais que ça n’allait pas être très traditionnel, mais ça reste un pays à l’éducation chrétienne, donc peut-être que l’esprit de Noël allait être un peu plus là.

Alors soyons honnête, à Sydney, les Australiens ne lésinent pas sur la décoration, les sapins, les illuminations et « l’esprit de Noël » un peu partout.
Ainsi, dès le début du mois de décembre, tout est décoré et illuminé en fonction un peu partout :

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On a même droit à des illuminations qui ne sont pas sans rappeler La Fêtes des Lumières lyonnaise (bon en moins bien, bien entendu), sur quelques uns des monuments de la ville :


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Tout est décoré pour nous mettre dans l’ambiance, jusque dans les bus :

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Mais pour diverses raisons, la magie n’a pas du tout opéré sur moi… Déjà les événements du Lindt Café (la prise d’otage, pour ceux qui auraient vécu dans un bunker ces dernières semaines) ont déjà pas mal entaché l’effervescence de l’esprit de Noël.
Ainsi, on pouvait même trouver des messages concernant les événements sur les sapins de Noël , pour nous demander de nous rappeler que malgré les terribles événements, Noël était une période de générosité, d’ouverture d’esprit et de bonté.

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Mais outre ce tragique fait divers, un gros obstacle venait entacher pour moi la magie de Noël…et pas des moindres : L’ETE !!!!!
Pardon, mais les guirlandes dans les palmiers, c’est juste pas crédible !! Ca sonne juste comme un gag pour moi.
Pourtant, même les gens y mettaient du leur, et dès mi-décembre, on voyait la moitié des personnes à Sydney portant des bonnets de Noël ou des déguisements… Mais le Père-Noël torse poil, en short ou en chemise Hawaiienne, la fashion police du Pôle Nord dit juste NON !

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Enfin, même si la ville est beaucoup plus petite et plus calme, Sydney me fait beaucoup penser à New York. C’est une ville de passage : beaucoup d’étudiants, beaucoup de jeunes venant faire un bout de carrière, énormément de touristes. Les « vrais » locaux sont beaucoup moins visibles, plus retirés en banlieue ou alors de retour dans leur ville natale pour les fêtes. Ainsi en ville, il ne restait plus que les gens comme moi : les gens de passage.
Des gens qui n’ont pas de famille et se réunissent pour faire la fête histoire de ne pas se retrouver seul.
Pour ma part il a été un peu dur d’organiser un semblant de Noël à la maison puisque les trois quart de mon entourage  sont Thailandais, et que pour eux Noël est à peu près aussi important que le Nouvel An Chinois pour ta grand-mère (sauf si ta grand-mère est chinoise, mais là tu triches).
Ainsi, difficile de les motiver ou de leur faire comprendre à quel point c’était important pour moi.
Du coup, le 24 au soir, je suis donc allée avec un ami à une soirée regroupant les étrangers de passage à Sydney qui n’ont pas de famille sur place, histoire de ne pas réveillonner seule. Il y a même eu un petit feu d’artifice sur Darling Harbour, c’était, certes pas très traditionnel, mais très sympa.

Le lendemain, pour le cliché du « Noël en été », avec mon Pote-de-l’aventure que je me suis faite ici, on a décidé d’aller passer la journée du 25 à Bondi Beach, la plus célèbre plage d’Australie.
Mais manifestement, on n’était pas les seuls Rémi sans famille à avoir eu l’idée, puisque la plage était noire de monde et de groupes de petits Père-Noël qui faisaient la fête sur la plage :

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Après avoir mangé (on a remplacé la dinde par un test de la viande de Kangourou histoire de marquer le coup), on a décidé de faire une petite marche de 6km le long de la côte est qui relie les plages de Bondi beach, Tamarama Beach, Bronte Beach et enfin Coogee Beach.
A chaque nouvelle plage, des groupes de Père-Noel en short autour d’un barbecue australien, la bière à la main. L’ambiance est bon enfant, tout le monde parle avec tout le monde, on s’arrête pour faire connaissance avec des groupes avant de continuer notre chemin.
A la fin de la journée, tout ce beau monde est passablement éméché et se hurle des « Merry Christmaaaaas » tonitruant, en titubant les uns vers les autres pour s’offrir des câlins bien imbibés. On distribue nous-mêmes quelques câlins à des inconnus, y’a pas de raison.
La police est partout pour vérifier que ceux qui ne sont plus sobres ne se baignent pas.

Vers 18h, le soleil australien estime qu’il a assez donné de sa personne pour la journée, et un énorme orage éclate. On finit donc par rentrer chez nous. Trempée et la température ayant chuté de dix degrés en pas longtemps, je me pose dans mon lit avec un chocolat chaud devant Harry Potter à l’école des sorciers… Qui sera peut-être le seul moment de la journée qui ressemblera un tant soit peu à un jour de vacances de Noël.

Conclusion : Noël à Sydney, ce n’est pas vraiment Noël non plus. L’été et le nombre impressionnant de personnes de passage aidant, on dirait plus un espèce de gros carnaval… Mais j’ai quand même bien apprécié que même si le véritable esprit n’y était pas, cette fête reste importante pour tout le monde qui voulait marquer le coup.
Une expérience plutôt sympa, et surtout super marrante avec un groupe de potes.

facebook(Bien entendu, texte à lire en chantant sur l’air de la chanson d’Olaf…)

Le 26 décembre : Boxing Day

Vivre en Australie m’aura permis de découvrir un nouveau jour férié que je ne connaissais pas : le Boxing Day !
C’est une fête qui existe dans plusieurs pays du Commonwealth (et wikipédia m’a appris que la Saint Etienne en Alsace en serait une variante).
Sur le papier, cette fête sonne plutôt bien : au lendemain de Noël, on offre des cadeaux aux plus pauvres… Que de bons sentiments !
Sauf qu’en 2014, cynique que nous sommes, bien entendu ce n’est plus vraiment une description bien fidèle.
C’est une fête bien commerciale comme il faut, où tous les magasins vident leur stock de Noël pour des prix dérisoires et où les gens se ruent sur les soldes en se tapant dessus, pour faire des bonnes affaires et des cadeaux… à leur propre gueule, bien entendu.
Alors pour être tout à fait honnête, je n’ai pas participé au Boxing Day. La première raison étant un problème de salaire… Je mets déjà plusieurs jours à recevoir ma paye du Japon jusqu’en Australie, mais entre le 23 décembre férié au Japon pour l’anniversaire de l’empereur, suivi de Noël et Boxing Day fériés en Australie, puis du weekend, j’ai reçu ma paye avec une semaine de retard.
Du coup étant un peu juste, j’ai préféré éviter une séance shopping.
Mais en toute honnêteté, vu le MONDE qu’il y avait partout dans les magasins en ce jour, je ne regrette pas car c’était juste abominable…
Aperçu :

boxingdayBoxing day, ou le jour où t’as bien envie de rester chez toi…

Surtout que c’est super con d’y aller en fait… Puisque dans la mesure où ça reste une opportunité non négligeable de se faire du pognon, les soldes du Boxing Day continuent généralement toute la semaine jusqu’au nouvel an.
Ainsi, j’y suis allée après avoir enfin reçu mon salaire, soit trois jours après tout le monde quand y’avait plus grand monde dans les magasins et j’ai pu faire mon shopping à -40% quand même.
Tout benef.

Nouvel An

Je l’attendais ! Il était sur ma liste des rêves à accomplir : être à Sydney pour être une des premières dans le monde à passer le nouvel an, en regardant un des feux d’artifices considérés comme les plus grandioses du monde.
A Sydney, les feux d’artifices sont tirés dans plusieurs endroits de la ville, mais ceux tirés du Harbour Bridge et de l’Opera House sont THE PLACE TO BE.
C’est THE événement.

A tel point, qu’il faut être motivé. A moins que vous vous y soyiez pris très tôt et cassé la tirelire en réservant une fête sur un bateau ou près du port, vous aurez tout intérêt à dire adieux à votre sommeil pour venir réserver votre place assez tôt.
En effet, les plus motivés viennent camper dans les plus beaux spots de la ville jusqu’à deux jours avant les feux d’artifices pour être sûrs d’avoir une vue imprenable, pire qu’un concert de Michael Jackson revenu exprès d’entre les morts.
Personnellement étant arrivée à Sydney à la fin du mois de septembre, le temps de me faire des amis etc., je n’ai pas réservé ni acheté de ticket pour une fête de réveillon.
J’allais pas payer un prix exorbitant pour le fêter seule, comptant sur mon capital sympathie pour me trouver des potes avec qui le fêter d’ici là.

Beaucoup étaient rebutés à l’idée d’attendre des heures pour ces feux d’artifices, mais je n’en ai pas démordu ! Les feux d’artifices du Harbour Bridge sont sur ma Dream List australienne, pas moyen que je les rate, c’est sûrement la seule occasion de ma vie que j’aurai de les voir ! Alors tant pis s’il faut attendre la journée pour ça !
Le souci : les personnes partantes pour les voir avec moi travaillaient. Hé oui, pas de repos pour les braves. Vu les centaines de milliers de touristes débarquant à Sydney exprès pour ces feux d’artifices, c’est une des journées les plus occupées de l’année, donc pas de repos pour tout ceux qui bossent en café ou restau.
Je ne me suis pas laissée abattre : comme moi je suis en congé, j’irai attendre seule et réserverai les places pour les autres !

Je n’ai pas eu la foi d’aller dormir sur place, mais me suis levée à six heures du matin, tout le matos déjà préparés la veille : sandwichs, boissons à profusion, couverture, liseuse avec cinq nouveaux bouquins dedans, jeu de cartes, musique, veste pour me couvrir, crème solaire, l’appareil photo et les différents objectifs, le trépied…
Chargée comme un bourriquet, à 7h du matin j’arrive près du port.

C’est déjà noir de monde. Je voulais aller à un point précis pour m’installer (Macquaries’ Chair pour les connaisseurs), mais je me rends compte que tout Circular Quay (le quartier où il y a l’Opéra et compagnie) est complètement bloqué, on ne peut y marcher que dans un sens et je ne peux pas accéder à l’endroit où je voulais aller à moins de faire un énorme détour qui me fera perdre bien 40 minutes de marche.
J’abandonne mon idée initiale et finis par suivre la seule et unique queue. Je passe le check point de sécurité où on doit déballer toutes nos affaires et se faire fouiller, et arrive devant l’Opéra.
Je trouve une place absolument parfaite, juste devant le Harbour Bridge, donnant une vue imprenable sur toute la baie et les feux à venir. Peu de gens devant moi, ce spot est rêvé.
Mais quelque chose me chiffonne.
On m’avait dit plusieurs fois qu’il y avait tellement de monde à Circular Quay pour le nouvel an, que généralement ils fermaient le quartier en début d’après-midi pour une question de sécurité.
Or, Pote de l’aventure qui est le dernier à devoir me rejoindre termine le travail à 17h… le temps qu’il arrive, il ne sera jamais là avant 18h30. Je demande à la sécurité, mais ils ne peuvent pas me donner une heure précise de l’heure à laquelle ils fermeront les portes, ça dépend du nombre de personnes, ça peut être à 13h comme à 18h…
Le spot est tellement bien je n’ai pas envie de l’abandonner et décide d’attendre un peu. Mais au bout de deux heures, force est de constater que le monde est impressionnant et que je suis trop bien placée. On ne pourra jamais me rejoindre là où je suis avec le monde qui s’accumule.
Ok, ce spot est terrible, mais comme chantait un grand monsieur : « les copains d’abord ». Je vais pas profiter de mes supers feux d’artifices en sachant que j’ai un ami refoulé qui ne verra rien du tout et passera le réveillon tout seul comme un con.

A la stupeur générale, à 9h, je décide donc de tout remballer et d’aller chercher un endroit un peu plus éloigné, donc peut-être moins populaire et dont l’accès ne fermera pas. Je dis adieu à ma belle vue juste en face du pont, et réfléchis à où aller.
Tout le monde me regarde comme si j’étais folle, à abandonner ce carré si bien placé après déjà deux heures d’attente, et plusieurs groupes commencent déjà à se disputer ce nouvel espace libre.

Je décide de quitter le centre, traverser la baie et aller chercher un point de vue de l’autre côté du port, au nord de Sydney.
Je regarde vite fait un plan de la ville et repère un endroit qui pourrait être sympa. J’ai perdu plus de deux heures à attendre à l’Opéra, donc je me dépêche d’aller prendre un train pour le nord et la recherche de ce nouveau spot.
A 15minutes de marche de la station choisie, je trouve ce point de vue parfait que j’avais deviné sur la carte. Evidemment, il est déjà 10h du matin, donc il est noir de monde et de tentes de gens qui ont passé la nuit là.

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Mais comme par miracle, je trouve un emplacement vide… Un emplacement juste parfait. Un petit chemin en hauteur qui passe à côté du terrain avec les tentes, mais surélevé et avec une barrière. Les gens se ruent sur le terrain en ignorant ce petit chemin à côté, à peine occupé.
Je me pose là, devant la barrière… Qui surplombe le parc noir de monde, avec absolument personne devant moi pour gâcher mes photos.

Et une vue imprenable sur le pont et l’Opera House.

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Je suis un peu moins près que mon premier spot, mais la vue avec l’opéra en prime est encore meilleure. Je m’installe donc, la couverture, le trépied, les sacs… Pour garder un maximum de place même en étant toute seule contre la foule de plus en plus importante et avide de trouver un carré libre pour s’installer.

Les heures passent, sous un soleil de plomb. En toute honnêteté, entre 12h et 17h, c’est l’enfer. J’ai beau mettre de la crème et me couvrir, le soleil Australien est impitoyable et je me sens cuire. Les gens venus en groupe se relaient pour aller acheter des ombrelles ou des parapluies, mais évidemment moi qui suis seule, je n’ose pas laisser mon espace ou mes affaires à des inconnus.
J’ai tellement peur de brûler que je finis par m’enrouler dans la couverture que j’ai apporté pour couvrir chaque partie de mon corps, alors qu’il fait déjà plus de 30 degrés… Je suis trempée de sueur enroulée dans mon plaid en polaire, du coup je bois quasiment toutes les boissons que j’avais apporté pour les autres histoire de pas finir déshydratée.

Le soleil est haut, les nuages rares, y’a pas un poil d’ombre… La journée est longue, heureusement qu’il y a les bouquins. Et puis, on est tous dans la même galère, alors on fait connaissance avec les voisins, des Chinois, des Italiens, quelques Français, des Indonésiens. On boit, on discute, on passe le temps. Ils nous passent de la musique et les gens chantent et dansent. Malgré l’enfer de la fournaise, tout le monde garde sa bonne humeur et prend son mal en patience.

Mais là, c’est le drame. En fin d’après-midi, alors que mes amis sont enfin censés venir me rejoindre… On m’appelle pour me dire qu’ils ont fermé l’accès et que la police ne laisse plus passer personne !
Raaaaah, quoi ?!
Genre ça fait 10h que j’attends dans un putain de four à 200 degrés qu’on pourra bientôt faire du papier à bulles avec mes cloques à venir, et on peut pas me rejoindre ?!

Vague de désespoir. La fatigue étant, je me sens un peu au bout du rouleau.
Les deux premiers bougres à venir me rejoindre n’ont pas la foi de bagarrer et décident donc tour à tour d’abandonner et d’aller trouver un autre spot moins bien ailleurs .
Les ingrats, peste soit sur leur deux maisons !!!! (Pour info, ils ont finalement finit dans un endroit où ils n’ont quasiment rien vu et regretté amèrement de ne pas m’avoir rejoint plus tôt, BWAH HA HA HA HA).
En désespoir de cause, je donne leurs places aux Italiens avec qui j’ai sympathisé et qui se trouvaient un peu derrière avec une vue pas terrible, gâchée par des panneaux, alors qu’eux aussi avaient apporté un pire matériel de photographie.
Entre amateurs de photo, faut s’entraider.

A 19h, c’est au tour de Pote de l’aventure qui sort du travail de tenter sa chance et me confirmer qu’ils ne le laissent pas entrer. Mais bon, je viens de me taper 12h d’attente seule dans le cagnard, donc il décide de ne pas abandonner si vite. Surtout que c’est d’autant plus stupide de ne pas le laisser entrer que j’ai largement la place pour lui sur le bout de terrain que j’ai gardé. Il tente d’accéder au point de vue par différentes rues, mais tout est bloqué.
Il demande à chaque point de sécurité, et à force d’insister et de jouer les trémollo « mais mon amie attend depuis des heures et va finir par passer le réveillon seuuuuulee », on lui dit finalement qu’à 21h auront lieu les « Family Fireworks » pour ceux qui sont là avec des enfants en bas âge.
Après ces premiers feux d’artifices, généralement ces familles rentrent chez elles et libèrent des places, donc qu’ils laisseront de nouveau passer quelques personnes.
Alors s’il veut me rejoindre, qu’il attende la fin des feux d’artifices de 21h et après ils le laisseront passer.
Ragaillardie par cette nouvelle, je retrouve espoir et garde plus fermement que jamais notre espace, de plus en plus soumis à des tentatives d’invasion chinoises.
Enflures de Chinois, je croyais qu’on était amis.

A 20h, on assiste à un premier show avec un avion qui nous a offert des figures de grande voltige. C’était plutôt impressionnant, voire même angoissant tant plusieurs fois on aurait dit qu’il était à deux doigts de se crasher sur l’Opera ou la foule. Et comme la psychose d’attaque terroriste était un peu partout ces dernières semaines, la plupart des gens regardaient le show avec les avions avec un peu de crainte.
En effet, depuis l’histoire du Lindt Café, il y avait de nombreuses légendes urbaines sur de possibles attentats pendant les feux d’artifices, le premier ministre lui-même ayant fait une petite mise en garde allant dans ce sens (histoire de bien nous rassurer quoi).
La police avait passé la journée à errer partout et tous nous fouiller, que ce soit sur terre, sur mer (des bateaux de police passaient sur la baie et s’arrêtait pour interpeller les autres bateaux) ou même en l’air, puisque on a été survolés par des hélicoptères de police toute la journée.
Autant vous dire qu’ils n’ont pas lésiné sur la surveillance.
En tous cas, même si tout le monde a regardé ce spectacle d’avion en poussant des cris d’effroi, au final cette menace potentielle ne nous a pas empêché d’être plus d’un million à se masser sur le bord de la baie pour ce spectacle malgré les recommandations « ne pas aller dans les endroits très fréquentés le soir de la St Sylvestre ».
Fuck le terrorisme, vive les feux d’artifismes.

A 21h, les feux d’artifices familiaux commencent. Ils sont déjà plutôt beaux pour une simple mise en bouche et l’excitation pour ceux de minuit commence à monter.

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Comme promis par le policier, après ces feux d’artifices, une majorité des familles avec des enfants en bas âges quittent le spot, ce qui me redonne espoir quant à la possibilité de passer nouvel an avec un personne que je connais, même si les personnes rencontrées sur place étaient bien sympa…
De son côté, Pote de l’aventure attend de pied ferme avec une foule d’autres personnes espérant pouvoir faire partie des heureux élus à passer la barrière et accéder au point de vue.

Trente minutes plus tard, notre vœux est exaucé ! On se retrouve au ralenti en tombant dans les bras l’un de l’autre, la larme à l’œil et la musique tragique en bande son.
Enfin réunis !!! On a réussit !!!!
Trop heureux d’avoir pu se retrouver et passer le réveillon ensemble comme prévu, c’est là que la fête a vraiment commencé. Du coup, les 2h30 restant jusqu’à minuit sont passées en un clin d’œil, on avait l’impression qu’on s’était retrouvés depuis 5 minutes que le compte à rebours commençait déjà.
On a bu, discuté et rigolé tout en admirant la vue qui s’offrait à nous :

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Les quelques minutes précédant minuit, des frémissements d’excitations sont palpable dans la foule. On commence à faire le bilan de notre année, nos espoirs et objectifs pour celle à venir.
Puis le compte à rebours se met en route, et c’est la transe dans la foule.
A zéro… le spectacle commence.

Et là, je ne saurais trouver aucun mot pour vous décrire à quel point c’était beau. Juste que c’était tellement magnifique que j’ai fini par fondre en larmes et que les 17h d’attente semblaient un bien piètre prix à payer pour avoir la chance de voir quelque chose d’aussi beau.
Ca partait de partout, du pont, de la baie, de l’Opéra, on ne savait même plus où regarder. 15 minutes d’exclamations d’émerveillement où personne n’a même pensé à se souhaiter bonne année.
Partagée entre l’envie de profiter un maximum de ce moment et celle de prendre des photos pour l’immortaliser, je n’ai pas pris énormément de clichés (et aussi pas mal de ratés je dois l’avouer… les photos de nuit, à fortiori de feux d’artifices, je ne maîtrise pas vraiment), mais voici un aperçu qui ne transmet même pas un centième de l’émotion provoquée par la beauté de ces feux.

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A la fin de ces quinze minutes de beauté parfaite, qui redonnent foi en l’humain et sa capacité à ne pas faire que de la merde mais aussi créer des choses merveilleuses, quelques petites secondes d’abasourdissement. Et enfin, chacun se souhaite bonne année et ses meilleurs voeux pour 2015.
Pendant que la foule se lève petit à petit pour se diriger vers la station, on décide de prendre notre temps et éviter les bousculades. On reste donc pour parler aux gens à côté de nous, prendre nos premiers clichés de 2015, remarquer que le peu de parties de mon corps que j’avais laissé découvertes (à savoir mon nez, mes mains et mes pieds) sont complètement cramés et que je suis complètement ridicule, en plus de souffrir atrocement de ces coups de soleil à deux balles.
(Mais je n’ose imaginer mon état si je n’avais pas pris la sage décision de m’enrouler dans une couverture…).
Finalement, monter dans un train pour retourner en ville nous prendra 3 heures (qu’on a passé positivement en buvant et discutant), et encore, la foule était loin d’être dissipée.
En ville, les gens font la fête, des agents de la sécurité souhaitent bonne année aux passants le micro à la main en leur recommandant d’avoir pour première résolution de faire attention à eux pour cette première nuit de 2015.

J’étais invitée à une autre fête après les feux d’artifices, mais comme il était déjà 3h passé, que j’avais passé une très longue journée et que mes coups de soleil me brûlaient le pif et les phalanges, j’ai décidé de rentrer, sans regret, me coucher.

Ainsi se sont pour moi terminées les fêtes de fin d’année à Sydney.

Voilà, on y est les enfants. On est en 2015. L’année où on devrait tous être en mesure de s’acheter des baskets qui se lassent toute seule, aller au boulot en hoverboard et accueillir Marty le 21 octobre autour d’une pizza qui triple de volume au micro-onde.

Pour ma part, 2014 n’a pas été une mauvaise année.
Ca a été une année parfois longue, parfois dure, mais extrêmement positive. J’ai travaillé dur sur moi toute l’année, planté mes graines… et je commence ces derniers mois à en récolter les fruits.
J’accueille donc 2015 à bras ouvert, avec optimisme et l’espoir qu’elle continuera comme s’est terminée 2014.
Ce sera aussi une année de travail et de graines à planter pour la récolte de 2016, mais j’y crois. No pain, no gain, comme on dit.

Je vous souhaite aussi à tous une excellente année 2015, pleine de bonheur, de joie, d’amour, de découvertes, de rêves réalisés, de santé, de rencontres, de folie.
Et surtout prenez le temps de penser à vous. Car on oublie souvent de le préciser, mais la clé du bonheur, c’est pas l’argent, l’amour ou quoi, c’est vous-même.
Prenez le temps cette année, ne serait-ce qu’un instant, de peser le pour et le contre, vous demander ce qui vous rend heureux dans votre vie, et ce qui au contraire vous mine et vous fait du mal.
Débarrassez-vous de tout ce qui ose vous polluer gratuitement, n’ayez pas peur des séparations nécessaire.
Ne laissez pas les gens vous marcher sur les pieds ou vous faire croire que vous ne méritez pas d’être heureux.
C’est important, soyez la personne la plus importante de votre vie. Entreprenez tout ce que vous voulez, ne renoncez pas à vos envies et folies, faites un énorme fuck à ceux qui osent vous critiquer ou vous contrer. N’oubliez jamais que tant que c’est réfléchis, préparé et que ça ne cause de tord à personne, la vie n’a AUCUNE limite.

Et ceux qui veulent vous faire croire le contraire, proposez leur gentiment d’aller se faire cuire le cul, comme dirait la merveilleuse et inspirante Dame Fanny.
Je vous envoie un million de bisous, je vous remercie pour être sur ces pages, et je vous envoie plein d’ondes positives.

Plein d’amour et excellente année 2015 à vous tous <3

Vers l’infini et au delà

      31 commentaires sur Vers l’infini et au delà

Chers amis, plusieurs mois sont déjà passés depuis l’anniversaire du blog ! Ils ont été forts en événements et en chocolat, notamment avec mon propre anniversaire (merci pour les messages et cadeaux !), un voyage à Londres en amoureuses avec ma môman, la préparation de mon grand départ, 20 jours de vacances au Japanisthan et enfin… ENFIN, l’arrivée en Australie !

Je vous ai annoncé ce départ pour la grande aventure il y a déjà un an. A l’époque je pensais y partir vers le mois de février 2014, mais entre temps  pas mal de choses ont encore changé dans ma vie et comme je vous le disais dans un autre article, j’ai finalement décidé de prendre le temps de bien mettre de côté pour m’éviter toute galère façon ma-vie-de-pauvresse-à-Tokyo, et pour m’occuper de moi.

Donc après 3 mois en Corée du Sud, j’ai finalement fait une grosse pause de 8 mois en France. Ce qui au passage a rendu  le départ nettement plus difficile, j’aurais pu irriguer le désert de Gobi avec tout ce que j’ai chialé en disant au revoir à mon adorable chien chiant chou…
Oh, oui,  et à ma famille aussi bien sûr. (Soyez pas comme ça, tout de suite là…).
La suite du programme étant d’abord un crochet par Japiland pour un petit retour aux sources (d’eau chaude) – oui le niveau de mes blagues a baissé, mais soyez sympa, ça fait longtemps je suis rouillée – parce que l’air de rien, ces pimponais dormant un peu n’importe où m’avaient quand même bien manqué.
D’ailleurs tenez c’est cadeau, le meilleur cliché de mes vacances :

tokyo2014

Un petit retour à la maison nipponne où j’ai pu me moquer sans vergogne des hosts comme au bon vieux temps, faire la belle dans les purikura, abuser de l’ume-shu et réaliser mon fantasme de casser la tête des gens chanter la BO de La reine des neiges au karaoke (Let it goooo~~♪)…

Et même suivre un entraînement intensif pour mes rencontres du 3ème type en Australie :

IMG_6657
IMG_6699Autant vous dire que je mon entraînement a été très intense. J’ai failli ne pas m’en sortir.

Après vingt jours forts mouvementés à crapahuter d’un bout à l’autre du Kanto, pas folle la guêpe, j’abandonne mes compères Tokyoïtes avant que les typhons ne viennent sérieusement leur chatouiller  les chaumières.
Démerdez-vous avec vos tempêtes, moi je m’en vais bronzer.

D’autres aventures m’attendent, j’abandonne donc l’île en forme de banane pour conquérir celle de la taille d’un continent.
La première étape étant Sydney jusqu’en début 2015.
Oui bon ok, niveau aventure, entre la plage de surfeurs, l’opéra et les grattes-ciel, j’ai pas choisi le plus sauvage… Mais c’est pour commencer ! Ne soyez pas si avides !
D’abord quelques mois en ville pour dérouiller mon anglais,  m’habituer à l’Australie, prendre du bon temps avant d’aller criser dans le désert parce qu’il y a une bête non identifiée qui me court sur le bras.
Je vais pas aller chasser le croco à mains nues tout de suite, laissez-moi me faire les muscles d’abord sur deux trois moustiques en ville.

Donc après 8 heures et demi de vol avec Jet Star (une compagnie low-cost filiale de Qantas donc qui inspirait confiance pour un prix dérisoire), j’arrive enfin à Gold Cost, soit sur la côte est Australienne.
Septembre, c’est à peine la fin de l’hiver en Australie (hé oui, ils commencent déjà à m’embrouiller en inversant leurs saisons, les fourbes) donc j’avais déjà sorti ma petite laine pour me mettre dans l’ambiance… mais entre le ciel bleu éclatant, les palmiers aux alentours de l’aéroport et les 30 degrés ambiant… sur le coup, je n’ai pas été persuadée que l’Australie avait vraiment saisis la sombre notion d’hiver.
D’ailleurs, les décorations de Noël dans les magasins entre les ventilos et les maillots de bain, c’est plutôt conceptuel.

A peine  le temps d’apprécier la météo que je remonte dans l’avion pour deux petites heures, direction Sydney !

Alors je ne sais pas si c’est le fait d’avoir 10h d’avion dans les dents, de me coltiner 35kg de bagages depuis 15h ou tenir un rythme soutenu depuis 20 jours… Mais j’ai fais une arrivée en fanfare au pays des kangourous.
Du grand Sonyan, j’ai rarement été aussi en forme.

En effet après avoir récupéré mes bagages, je me dirige tout naturellement vers la sortie pour prendre le train jusqu’au centre. Ma grosse valise de 25kg dans une main, mon bagage à main de 10kg dans l’autre, et mon sac à dos sur les épaules.
Chargée certes, mais j’ai l’habitude ! Je n’en suis pas à mon premier crapahutage d’un bout à l’autre du globe et me balader chargée comme une bourrique de marché, c’est un peu ma spécialité.
Je suis donc confiante, je ne remets pas en question mon incroyable habilité à défier tout trottoir, gérer avec aisance tout escaliers ou passer montées et descentes avec mon fardeau de 35kg sur les bras.
Ainsi quand l’escalator de l’aéroport se présente à moi, impétueuse que je suis, je ne lui accorde même pas un regard.
« Peuh, un escalator avec deux valises, même pas peur, je te le fais les doigts dans le nez en marchant sur la tête, BWAH HA HA HA HA » pensai-je pompeusement, en gonflant mon demi-muscle au dessus du coude.

Je ne remarque donc pas qu’outre sa hauteur, l’escalator va particulièrement vite l’enfoiré, mais aussi qu’il est en bois.

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EN BOIS LES MECS ! Sérieux ! C’est quand même déstabilisant ! C’est quoi ces escalators du Moyen-Âge ?!
(Quoi, on vous a jamais parlé à l’école des grands escalators francs, spécialité carolingienne ? C’est fou comme ils ont allégé le programme d’Histoire d’années en années…)

Bref, je ne sais pas, tout cela m’a prise au dépourvu, j’ai un peu perdu l’équilibre étonnée par la vitesse et la tronche de l’engin… et le traître a profité de mon instant de confusion pour m’embarquer dans sa fougueuse descente avec mon bagage à main… mais en laissant pitoyablement ma grosse valise en haut.

Après quelques secondes où je me sens un peu abrutie en regardant ma grosse valise me dire adieu du haut de l’escalator, je commence à essayer de rebrousser chemin pour aller la chercher.
Je me mets donc à courir en sens inverse de cet escalator maléfique, bagage à main et jupe longue dans les pattes…
Mais la bête est déchaînée, les marches défilent trop vite pour moi, et je fais un misérable sur place, à un pauvre mètre de ma valise… J’ai beau tendre le bras vainement devant moi en crachant mes poumons dans mon escalators des Enfers, elle reste hors de portée.
Je cours, j’invoque l’Usain Bolt qui sommeille en moi pour affronter mon escalier, mais je n’avance pas d’un foutu centimètres.
Je sue, je souffle, je deviens rouge et misérable…
Mais ma valise continue de me fixer impitoyablement, narguant mon bras trop court et mes performances d’athlète de salon.

Je me rends compte que tout le monde me regarde, dans mon imitation parfaite du hamster qui fait du sur place dans sa roue. Entre la honte et l’accablement, je perds de la vitesse et m’éloigne de plus en plus du but. Obsédée à l’idée de ne pas perdre ma valise de vue une seconde, et comme j’ai autant de matière grise que d’endurance (…), je ne cherche même pas à courir en sens inverse, dévaler l’escalier et me dépêcher de remonter la chercher.
Je continue vainement d’essayer de remonter à contre-courant. Je panique et invoque les cieux.
Déconne pas Dieu, y’a mon doudou et mes culottes tigrou dans cette valise…

escalatordudiable

Finalement, une âme charitable décide de mettre fin à mon supplice, s’empare de mon monstre abandonné et descend l’escalier pour me l’apporter.
Je murmure un merci dépité entre deux gouttes de sueurs.

Ah bah j’étais prévenue, l’Australie c’est l’aventure.
Mais je m’attendais à des trucs de base, genre faire du rodéo sur un grand requin blanc ou faire de la corde à sauter avec serpent, pas atteindre directement les extrêmes en faisant du surplace dans un escalator en bois maudit…
Même Crocodile Dundee ne s’y est jamais frotté, ne me faites pas brûler les étapes.

Cette arrivée -qui aurait très certainement fait un carton sur youtube si j’avais été filmée- m’ayant quelque peu amoindrie, j’arrive vidée de toutes forces sur le quai du train et monte tremblotante, rouge et trempée de sueur dans la rame.
J’en profite pour parfaire cette arrivée magistrale en terre d’Australie en me prenant les pieds dans ceux d’un jeune homme assis tranquillement, m’écrouler pathétiquement de tout mon long sur lui  pour lui faire l’honneur de lui dévoiler l’odeur de Sonyan version transpirante, tandis que mes valises, décidément d’humeur joueuse, décident de prendre leur indépendance et roulent joyeusement de l’autre côté du wagon sous l’œil impressionné des passagers.
Ah bah si c’est les mêmes personnes que celles qui m’ont admirée dans l’escalator, je pense leur avoir fourni un antidépresseur pour l’année.
Je suis comme ça que voulez-vous, toujours dans le don de soi.

Que Pierre Richard – manifestement mon vrai père, cesse de nier maman ça devient ridicule – se rassure, la relève est assurée et dépassera peut-être même le maître.
Avouez que j’ai du potentiel.

Après toutes ces émotions, direction Ashfield ! Un petit quartier à l’ouest de Sydney où j’avais réservé une chambre chez l’habitant via Airbnb, le temps de trouver une colocation.
En effet, le niveau de vie étant relativement élevé, voire hors de prix sur Sydney, à moins d’avoir Bill Gates dans sa famille, vivre seul tranquillou dans son appart relève de l’impossible : coloc pour tout le monde !
Mais l’avantage est qu’en Australie les logements sont plutôt spacieux, souvent avec plusieurs toilettes et salles de bains, et quasiment toujours avec une petite cour ou un petit jardinet pour faire un barbecue (et inviter les plus odieuses araignées dans votre maisonnée).

Choisir son logement d’avance ne se fait pas trop, généralement tout le monde passe par des petits hôtels ou des dortoirs backpackers pour quelques jours, le temps de trouver où se loger une fois arrivé sur place.
Mais comme en Australie tout marche à la semaine (le salaire comme le loyer), tout va assez vite. Sur les annonces, les logements sont généralement disponibles tout de suite, et il est tout à fait possible d’emménager le jour-même de la visite.
Le court-terme est aussi beaucoup pratiqué, donc pas de malaise si vous ne souhaitez rester que quelques semaines.
Moi-même je ne pense pas rester plus trois ou quatre mois sur Sydney.

Pour ma part, n’étant pas trop fan des hostels de backpackers (j’ai juste peur des cafards, je l’avoue), j’avais donc préféré pour le même prix, prendre une chambre chez l’habitant via Airbnb. J’avoue avoir choisi aux commentaires très positifs des anciens locataires plutôt qu’au quartier, que je ne connaissais pas.
C’est un quartier chinois/coréen, avec des spécialités asiatiques partout donc autant dire que je ne me suis pas tout de suite sentie spécialement dépaysée.
L’organisation étant mère de sureté, j’avais bien entendu imprimé mon plan du quartier ainsi que les indications de Linda, la dame chez qui je logeais et ai trouvé très facilement la maison, dans une rue plutôt agréable, où j’ai pu apprécier mes premières bâtisses de style victorienne.

ashfield
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A peine arrivée, je ne prends pas le temps de me reposer ! En effet, cette histoire de logement me chiffonne… Même si je sais qu’en m’y prenant bien je peux tout à fait trouver rapidement, ne pas savoir où je vais loger d’ici 10 jours me met un peu la pression. J’ai toujours la solution de prolonger mon séjour chez Linda, mais quand même, je suis pressée d’avoir une adresse. Et plus vite je commencerai à chercher, mieux je dormirai.
Donc je ne prends pas le temps de me poser, et à peine arrivée et affaires posées, je pars directement me procurer la première clé indispensable pour la recherche d’un logement : un téléphone.

L’Australie pratique encore les téléphones à carte prépayée, ce qui m’arrange bien.
En effet, pour un souci d’économie et de flemme d’affronter les opérateurs à chaque changement de pays, je n’ai plus de téléphone depuis un an.
Hé ouais, j’ai un côté hippie comme ça, pas de télé depuis cinq ans et pas de ligne téléphonique depuis un an.
Je vois de loin votre regard héberlué « Quoi ?! Elle a pas de téléphone en 2014 !!!??? » mais en toute honnêteté… on s’y fait en fait. Au final ça emmerdait bien plus mon entourage que moi, et la tête des gens quand on leur dit qu’on a pas de numéro est toujours un petit moment nutella à savourer précieusement.
J’ai pris l’habitude de n’utiliser mon téléphone qu’en wifi via des messageries gratuites type Line ou Kakao Talk, ce qui a fait de moi la plus grande squatteuse de wifi des autres de tous les temps.
Donc pour moi qui n’ai plus du tout l’habitude de téléphoner et préfère être joignable quand ça me chante au gré des wifi gratuits, le téléphone prépayé que je recharge que quand j’en ai besoin me convient parfaitement.
Je porte mon choix sur l’opérateur Telstra, seulement parce que j’avais lu que c’était une des compagnies qui avaient le plus de couverture sur l’Australie, quand les autres opérateurs n’offraient pas de réseau dans plusieurs régions du pays.
Je ne sais pas encore comment je vais organiser mes périples sauvages, mais perdue dans le désert face à trois dingos enragés accompagnés d’un kangourou ceinture noire de karaté, avoir un téléphone qui capte peut s’avérer utile… D’où mon choix pour cette compagnie.
A part ça, j’ai cru comprendre que concernant le prix, les opérateurs se valaient plus ou moins, donc c’est selon les attentes de chacun. De toute façon dans les centres commerciaux les boutiques sont généralement les unes à côté des autres, il suffit d’aller de l’un à l’autre pour comparer et faire son choix.

C’est loin d’être un dernier cri super cool, il est même largement obsolète, mais au moins j’ai une ligne. Une fois le téléphone en main, je décide de ne pas m’arrêter en si bon chemin et faire mon compte en banque.
Pour une raison obscure, en Australie  on aime bien se faire remarquer et faire tout différemment des autres donc il devient plus difficile d’ouvrir son compte en banque après six semaines sur le territoire que quand on vient d’arriver… Alors qu’au Japon, c’est plutôt le contraire, quand tu viens d’arriver y’a pas grand monde qui t’ouvre la porte pour te laisser ouvrir un compte.
Bref, sachant cela, j’ai donc mis toutes les chances de mon côté en y allant dès le premier jour.

La plupart des Français en Australie ouvrent un compte à la banque Westpac dans la mesure où grâce à son partenariat avec la BNP, les transferts sont gratuits d’une banque à l’autre.
Pour ma part, n’étant pas à la BNP ça ne m’apportait pas grand-chose, mon choix s’est donc porté sur la NAB (National Australian Bank) parce qu’elle est présente un peu partout aussi,  les taux pour les comptes épargnes sont assez intéressants et que le logo en forme d’étoile me plaisait bien.
Pis on peut avoir une carte bancaire rose, ce qui me parait primordial.

Je pousse donc la porte de la banque pour ouvrir mon compte et m’engage timidement sur le chemin de mon troisième moment de solitude de la journée.
On m’avait dit déjà, que l’anglais australien était une sorte de dialecte du démon incompréhensible.
« Peuh, me disais-je me croyant meilleure que tout le monde, ça peut pas être pire que l’anglais mâchouillé des Américains ! »
Si.
Mille fois si.

Ca dépend des personnes ceci-dit, la plupart du temps l’accent est raisonnable et je n’ai aucun problème de compréhension.
Mais  engager la conversation avec  un Australien, c’est un peu comme choisir un bonbon dans une boite de dragées de Berthie Crochue : tu sais pas quand tu vas tomber sur celui au goût crotte de nez.
Parce que si généralement ça reste de l’anglais tout à fait compréhensible, parfois t’as pas de chance et tu tombes sur le vrai Aussie des cavernes qui a un putain d’accent à couper au couteau, et tu sais plus la langue de quelle planète il te parte tant c’est incompréhensible.
Evidemment pas de repos pour les braves, allez hop, baptême du feu ! J’ai eu le droit à ce genre de gugusse dès mon premier jour, en la personne de mon futur banquier.
Au fur et à mesure qu’il me parle et que je commence à remettre mon niveau d’anglais en question, la sueur me coule le long du cou. Je me dis que l’année va être peut être un peu plus sportive que ce que je pensais s’ils parlent tous comme lui – heureusement, non.
Je m’accroche, je résous les rébus qui se forment dans ma tête au rythme des sons mystérieux qu’il émet aussi vite que je peux pour lui répondre, je sauve les apparences en faisant mon visage d’intelligente qui comprend tout alors qu’il n’en est rien.
Je m’en sors pas trop mal… jusqu’à la question piège.
« Da ya hav’ baï fen ? »

Heu, baï fen… ? C’est quoi Baï fen ?
Je lui demande pardon, s’il peut répéter.

Impitoyable, il répète sa phrase sans faire un effort de plus. Je retourne le son « baï fen » dans tous les sens, j’arrive pas à trouver l’équivalent en anglais civilisé.
Bordel de Dieu, on y était presque, j’avais presque réussi à ouvrir mon compte en banque sans qu’il devine que je pige pas un traître mot de ce qu’il baragouine !
Raaah, échouer aussi près du but !
ll répète une troisième fois, une quatrième… Je sens tous le poids du monde sur mes épaules, il faut que je me sorte de là.

Et là, je lui sors le premier truc que ça m’évoque… « A boyfriend ?! ».
Je vois pas trop ce que ma vie sentimentale vient foutre avec les dollars que je veux lui confier, mais perso je suis à bout d’idée et je tente la seule association qui me vient.

Il me regarde les yeux ronds, puis après une interminable seconde figée dans le temps, il se décide à prendre un bout de papier et m’écrit avec un air de compassion qui pue aussi légèrement la pitié et le dépit : « mobile phone ».

………
…….

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhh !!!!!!

Ben oui, je viens de l’acheter !

Et pourquoi tu prononces pas le « mo », connard ?!

Je me confonds dans ma honte et deviens aussi rouge que le logo de la banque tout en lui donnant mon numéro. Le bougre a peut-être cru que je pensais qu’il me branchait en me demandant si j’avais un boyfriend…
Raaah, je préfère ne pas y penser, je veux juste signer et m’en aller.

Le perfide a senti mon malaise, mais ça a l’air de profondément l’amuser. Vile crapule.
Mais le plus dur est fait, je n’ai plus qu’à signer quelques papiers pour faire la demande du plus important : la carte bancaire rose, bien entendu.

Bref, ça m’aura coûté une petite humiliation, mais à la fin de la journée j’ai mon compte en banque et ma belle carte rose barbie commandée.

Pfiou, je suis épuisée.

Avec mes sous au chaud et un téléphone, certes datant de la préhistoire (on vous a pas parlé non plus des Samsung en pierre du paléolithique ? Mais on vous apprends quoi en cours au juste ?), me voilà enfin parée pour la recherche d’un appartement !
Et quel appartement… !
Mais les aventures concernant la recherche du logement sont encore bien longues alors, je les garde pour un prochain poste.

Mais, en tous cas elles ont commencé dans la lignée de mon arrivée, puisque j’ai passé la journée de mes visites d’appart avec la jupe gracieusement coincée dans le collant, donnant à tout Sydney le loisir d’admirer mon majestueusement large cul.

classe

Malheureusement, encore une fois personne ne m’a filmée.
Je devrais monter ma propre téléréalité.

Pour les bilingues, je vous laisse avec un petit cours d’Australien :

Joyeux Tanj’obispo

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Vous l’aurez compris, c’est l’anniversaire du blog et la tradition veut depuis l’an dernier que ce soit également l’occasion de choisir un calembour honteux en guise de titre.
En effet, nous sommes le 26 juillet, et nous fêtons donc le sixième anniversaire de ce blog ! (et  aussi l’anniversaire d’une de ses plus fidèles lectrice, alors au passage bon anniversaire à Mimi qui me lit depuis tant d’années).

Malgré des pauses et une certaine irrégularité, mes petites pages roses tiennent le coup, et comme c’est aussi grâce à vous, un immense merci !

La cinquième année du blog aura été plutôt mouvementée, forte en rebondissements et moments nutella, donc comme pour chaque anniversaire, je vous propose de  revenir sur les événements marquants de l’année !

Tout d’abord, je reviens sur mes résolutions de l’année que je vous annonçais dans le blog anniversaire de l’année dernière : Joyeux Tanjobi Joba

Ma première résolution avait été de me mettre au dessin !! C’est un peu hésitant, ce n’est pas de la grande illustration, ce n’est pas régulier (comme le reste), mais petit à petit vous avez en effet pu admirer mes croûtes numériques !
Ce qui rallonge considérablement le temps de rédaction et mise en page d’un article (regardez comme je glisse subtilement une excuse valable pour mon manque de régularité) mais je prends beaucoup de plaisir à le faire quand une idée me vient.
Je vais donc essayer de continuer sur cette voie.

Ma deuxième promesse était une mystérieuse surprise demandant beaucoup de temps et d’argent. J’avais espéré la boucler durant la cinquième année du blog… mais entre temps, l’évolution de l’idée de départ, le perfectionnisme et un emploi du temps chargé aidant, j’ai finalement décidé de prendre le temps mais que le résultat soit nickel.
SAUF QUE !
Comme en attestent mes récentes crises de nerfs sur Twitter, j’ai eu de gros soucis d’ordinateurs et  autres disques durs dernièrement et j’ai tout perdu ce que je fabriquais depuis des mois…

coleire-blogso

Je suis donc actuellement en train de remuer ciel et terre avec des magiciens des données perdues pour récupérer mes trésors dont ce fameux projet, mais autant vous dire que la mise en ligne de cette surprise n’est pas encore pour tout de suite.
De toute façon, mes vrais lecteurs savent depuis bien longtemps qu’à WTFLand, la patience est plus qu’une vertue, c’est une condition de survie.

Sinon en cours d’année, je pensais faire une page FAQ sur toutes les questions qui reviennent souvent en privé, mais j’ai finalement opté pour le Ask.fm où je réponds à toutes vos questions concernant le blog, les voyages, le Japon, les études et les thèmes abordés ici.
C’est d’ailleurs le seul endroit où –pour une raison que j’ignore- je réponds assez vite, sans un délai de plusieurs semaines, donc si vous avez besoin de réponses, n’hésitez pas à venir les déposer dans ma Boîte à questions.

Et alors, quelles seront les nouveautés pour cette sixième année de blog ? Eh bien comme vous l’avez peut-être lu récemment, j’ai troqué l’iPhone cassé contre un superbe reflex tout neuf avec l’espoir de me mettre à la photographie.
Oui je suis comme ça moi, je ne maîtrise pas encore le dessin que je me lance déjà dans autre chose encore en plus. L’an prochain je vous dirai peut-être que je me mets au Ukulélé pour lancer un blog en chansons, allez savoir.
Bref, comme je fais enfin des photos dignes de ce nom –même si pour l’instant mon talent est tout relatif et plus basé sur la chance du débutant – j’ai bien envie de les partager avec vous.  Donc la prochaine chose à venir sur Sonyan, c’est des belles photos de mes voyages et découvertes pour contraster avec mes piques et mes sarcasmes. Car pour l’instant je ne partage que sur Instagram, mais ça reste assez limité, là j’aimerais vraiment partager des belles photos de voyage.
J’aurais aimé que ce soit prêt pour aujourd’hui, mais je n’arrive pas à me décider sur le format… Ouvrir un compte sur Flickr ou autre, ou oublier ma flemme et créer un petit blog de photographies sans texte, en annexe de celui-ci.
Si vous avez des suggestions, ou envies –même pour autre chose d’ailleurs -, les commentaires sont fait pour ça, je suis toute ouïe.

Voilà pour le côté évolution du blog.
Passons maintenant à l’habituel classement des articles les plus populaires du blog !

Le  top des blogs les plus lus cette année :

1 – Salut, TCA Bien ? (29 214 visites)
2 – Le manuel du petit-ami  japonais – Chapitre 1 (7991 visites cette année, 12 249 visites depuis sa publication)

3 – Les magazines féminins japonais (7037 visites)
4 – Suite à Salut, TCA Bien ? (6104 visites)
5 – Fléau  (5 626 visites cette année, 7933 visites depuis sa publication)

C’est donc sans trop de surprise que mon tristement « célèbre » article sur les TCA a explosé les scores et détrôné d’autres articles populaires.
Je suis toujours un peu abasourdie du « buzz » de cet article, que j’avais plus posté pour moi-même en pensant que trop long et trop cru, il serait certainement ignoré.
Et c’est loin d’être le cas, près d’un an après, je reçois encore des témoignages et des réactions à ce post, qui a d’une certaine façon un peu changé ma vie à moi aussi.
En a découlé un soutien énorme de votre part, trois publications dans le Huffington Post et surtout une motivation plus que jamais de me sortir de là.
Merci encore pour toutes ces réactions pleines de bonnes ondes et de compréhension.

Pour en revenir à des choses plus gaies, je vous propose de retrouver avec grand plaisir, la deuxième tradition des blogs anniversaires… les mots clés qui vous ont menés jusqu’à moi !

Le Florilège 2014 :

« blog etrange japon humour »

Comment ça étrange ?!

« comment etre une mannequine enfant pour la redoute sans avoir de belle dents et des cheveux »

Posez pour des chaussures, ou faites-vous refaire les dents, cachée sous une perruque.

« pipi visite médicale »

Attention de bien viser le pot, s’en foutre plein les doigts et les chausses atteint gravement l’estime de soi.

« mon petit ami japonais est froid »

Il est Japonais, CQFD.

« la magnifique sonyan »

Petit fayot va.

« Je cherche un petit ami japonais »

fuyez

« merde aux cons qui lira »

Voilà qui est fait… merci.

« le plus mauvaise coupe de cheveux »

Ça me paraît tout indiqué :

kimjungunhair

« phrases utiles pour sexe japonais »

Allez, c’est cadeau :

sex(Photo trouvée sur Dozo Domo)

 Et comme toujours, quelques inclassables qui me laissent sans voix :

« hamster pipe en foret entre pote.com »  ( ???), «  j’espionne ma mere quand elle s’habille », « le diable s’habille en chocolat », « sniffing gros chausette puante », « un cafard dans l’oreille méthode de grand-mère », and last but not least (mon imagination en frémis encore) : « monsieur qui a une vis a la place du pénis et qui poursuit une dame qui a un boulon a la place du vagin ».

Comme toujours, à la lecture de ces mots clés, je n’ose imaginer à quel public je m’adresse vraiment, car il semblerait qu’une bonne poignée de dérangés fassent partie de mes rangs…

Mais aussi des gentils ! Encore cette année, j’ai eu des petits cadeaux, des lettres, des cartes postales et quelques fanarts, notamment –entre autre – celui-ci de Noemi qui me gâte toujours beaucoup trop, en référence au billet  Le Diable s’habille aussi en D .

D-jadore

Ce qui me fait penser au passage, que je ne vous ai jamais montré la magnifique poupée inspirée du personnage de Sonyan, mi-Chapelier Toqué, mi-Chat de Cheshire qu’une de mes meilleures amies m’avait confectionnée pour Noel…

sonyan de cheshire

Bref, un immense merci à tout le monde pour les mots, les cadeaux, les dessins et attentions diverses.

Pour terminer, je vais comme l’an dernier mettre mon humilité de côté pour m’interviewer moi-même (puisque Closer et Voici m’ignorent encore, tss tss), et répondre à quelques questions potentielles où celles qui reviennent souvent par email :

Quand pars-tu en Australie ?

Alors le départ en Australie est prévu pour septembre ! Mais comme le Japon me manquait grandement (hé oui… !), je vais faire un petit détour d’une vingtaine de jours à Tokyo, histoire de retrouver un peu mes bonnes vieilles habitudes de karaoke, d’ume-shu, et de stress sur les bestioles.
Je pars donc pour le Japon le 7 septembre, et partirai de Tokyo pour Sydney le 26.

Est-ce que tes blogs vont parler que de l’Australie ?

Non ! Je vais continuer à bloguer sur le Japon et un peu sur la Corée du Sud, notamment les titres que je vous avais promis sur la page Facebook. J’ai une bonne dizaine de sujets en tête, il faut juste que j’arrive à reprendre un rythme. Ce retour en France a été pas mal mouvementé, et j’ai beaucoup bougé, donc c’était un peu dur de trouver 7 à 10h à consacrer à la mise en ligne d’un blog… Une fois que je serai de nouveau exilée à l’autre bout du monde, je devrais réussir à retrouver du temps pour moi.

Est-ce que le Japon te manque ?

Oui énormément. Mais pas les conditions dans lesquelles je vivais (50000 boulots pour pas un rond, et j’en passe) donc je ne regrette pas d’être partie. C’était nécessaire pour que je puisse prendre enfin le temps de prendre soin de moi et faire un peu de ménage dans ma vie. Et c’est ce que je suis en train de faire. Si un jour je décide d’y retourner, ce sera mieux dans mes pompes et mieux préparée financièrement.

Est-ce que tes TCA sont guéris ?

C’est la question qui revient le plus souvent, et c’est celle pour laquelle j’ai le plus de difficulté à répondre. J’aimerais d’ailleurs bien skipper cette question, mais je sais que beaucoup de personnes concernées par le sujet continuent de me lire, donc j’ai envie de continuer sur le chemin de la transparence.
Alors en toute honnêteté, la réponse est non, je ne suis pas guérie.
Je pense que la guérison est un long processus, rythmé par des améliorations et des rechutes chroniques plus ou moins violentes. Mais y’a de gros progrès, je n’ai plus rien à voir avec ce que je vous ai décrit de ma vie dans mon blog sur le sujet. J’ai retrouvé une vie sociale sans angoisse, je ne m’impose plus de régimes drastiques avec des objectifs improbables, je ne prends plus de pilules et autres conneries de sachet protéinés. J’emmerde royalement le diktat de beauté et la pensée unique de la taille 38. J’ai une alimentation variée, et sauf quelques exceptions pour des sorties entre amis, saine et équilibrée.
Juste c’est un cercle vicieux, car comme je vous l’avais dit, le revers de la médaille c’est qu’en cherchant à arrêter les conneries, j’ai du coup pris beaucoup de poids en très peu de temps. Même en faisant un minimum de sport et en mangeant sain. Et grossir à vue d’œil quand justement on essaie de soigner son obsession sur le sujet, c’est un peu l’épreuve ultime que je supporte moyennement bien au quotidien, surtout quand je regarde ma garde-robe dans laquelle je ne rentre plus et des photos de moi il y’a un an et demi.
Je suis suivie par des professionnels depuis quelques mois maintenant, et j’ai appris à comprendre qu’au final à mon stade ce n’est plus tellement un problème d’alimentation mais surtout émotionnel, donc qu’il ne servait à rien de me mettre la pression, au contraire.
C’est pas facile tous les jours, c’est un travail de longue haleine, mais je continue d’être persuadée que je suis sur le bon chemin et que la lumière est au bout du tunnel.
J’invite donc les personnes concernées à ne pas baisser les bras non plus, même si c’est long, et surtout d’arrêter de s’auto-flageller.
Finalement, être bien dans ses baskets, ça commence par de la bienveillance envers soi-même, le reste vient avec ensuite.

Et c’est sur ces belles paroles que je vais achever ce petit post anniversaire. En espérant que cette sixième année sera aussi remplie de rebondissement, d’échanges, de folies, de rigolades et j’en passe !
Et comme dirait l’ami Pascal dans un souffle horriblement kitsh : « Arigato ».

Rencontre avec George R. R. Martin

      29 commentaires sur Rencontre avec George R. R. Martin

Chers amis, encore quelques semaines sans vous donner de nouvelles. Pour un coup, ce n’est ni par syndrôme de la page de blog blanche du à une auto pression ridicule, ni par excès de procrastination, mais seulement parce que je croule sous une tonne de boulot depuis des semaines.
Le monde du jeu est ainsi fait, on a parfois des périodes de rush à la limite de l’inhumain, avec des deadlines impossible à tenir.

Et jeudi, après une bonne vingtaine de jours à travailler 10 à 12h par jour, même pendant le weekend… C’était jour de repos ! Un jour entouré en rouge sur mon calendrier depuis un moment : ma rencontre avec  George R. R. Martin !

Aux cancres impardonnables du fond de la classe qui  osent se demander qui est ce petit bougre qui motive un nouvel article sur sonyan, ce n’est autre que l’auteur –entre autre- de la célèbre série littéraire Le Trône de Fer  (dont le titre original de la saga est A song of Ice and Fire, j’y tiens), qui a inspiré la série télé la plus vue au monde qu’on ne présente plus : Game of Thrones.

Et comme -vous le savez maintenant- je suis une fangirl et que j’aime bien raconter ma vie passionnante ( ? ) sur des pages et des pages au lieu d’en venir directement aux faits, voici un petit topo sur mon amour grandissant pour George R. R. Martin, cet auteur qui ces dernières années a un peu grillé la priorité aux Stephen King et autres Paulo Coelho pour se placer en toute première position dans mon cœur. Il va de soi que les opinions exprimées ci-dessous sont entièrement subjectives donc n’engagent que moi (les goûts et les couleurs, tout ça tout ça), mais je vous invite tout de même à en savoir plus sur ma petite obsession George Martienne grandissante d’années en années. Si vous vous foutez de mon blabla fanatique (et ce serait tout à fait légitime), vous avez le droit de passer directement à la partie où je raconte la séance de dédicace.

G.R.R.M et moi

Comme pas mal de personnes de ma génération, j’ai été (et suis toujours) une très grande fan d’Harry Potter (et encore une fois, je parle des livres, pas des adaptations cinématographiques plus ou moins heureuses…). J’ai grandi avec Harry Potter pendant une petite décennie, et je dois avouer que cette période de ma vie, au rythme des parutions des tomes, est extrêmement nostalgique. Rêver de sa lettre pour Poudlard, compter les jours avant la sortie du prochain tome, le commander en anglais (et augmenter sa moyenne en langue) pour ne pas avoir à attendre la traduction, s’enfermer dans sa chambre pour le dévorer en une nuit pour ne pas tomber sur un spoiler, puis regretter ensuite de l’avoir déjà fini sans avoir pris le temps de le savourer… Sans parler de ces heures passées sur les forums à se conseiller les bonnes fanfictions,  débattre sur nos différentes théories sur la fin (Harry mourra, mourra pas), faire des tests de personnalité pour savoir si on était plutôt un Serpentard ou un Gryffondor, se jeter du haut d’un pont en découvrant qu’on est en fait plutôt Poufsouffle…
Des souvenirs d’adolescence magiques, jusqu’au jour aussi attendu que redouté : la sortie du dernier tome.

Outre une déception sur le déroulement de la fin tout à fait personnelle… Le grand vide. Un gros creux dans la poitrine, on m’arrache une partie de mon quotidien. La merveilleuse aventure Harry Potter était finie.
J’ai mis des années à en faire mon deuil. J’avais beau chercher une nouvelle série littéraire qui me donnerait la fièvre et avaler tout ce qu’on me conseillait, impossible de revivre la transe HP.
Moi qui lis énormément, j’ai lu pléthore de livre en tous genre, de nombreuses saga aussi, et si certaines étaient excellentes, d’autres addictives… aucune n’a pu re provoquer la passion dévorante que j’ai pu avoir pour  les petits sorciers de Poudlard.
Aucune, jusqu’au Trône de fer.

Il y a quatre ans, quand la série est sortie et que tout le monde a commencé à regarder, moi avec mon quotidien tokyoïte surchargé et mes 3 jobs du lundi au dimanche, je passais complètement à côté.
Mais on n’arrêtait pas de venir à moi « Tu devrais vraiment regarder, c’est tout à fait ton style d’histoire, c’est obligé que tu sois à fond dedans », mais je remettais à plus tard, faute de temps. Jusqu’à ce que finalement on me dise que c’était tiré d’un roman.
Oui, bizarrement moi qui lis, entre autre, pas mal de fantasy, j’étais passée à côté. J’avais pourtant déjà entendu parler de George R. R. Martin, notamment au détour de l’excellent billet de Neil Gaiman qui avait fait le buzz en 2009 et m’avait marquée tant je l’avais trouvé juste : « George Martin n’est pas votre pute ».
Après ce billet, je m’étais dit que je devrais peut-être essayer George Martin un jour, puisque l’attente des prochains tomes faisait tant enrager ses fans, c’est que ça devait être prenant. Et quand j’ai vu que la série provoquait autant l’engouement général, alors le roman ne pouvait être que bon.

J’ai donc décidé de ne pas regarder la série jusqu’à avoir tout lu jusqu’à la fin, pour me plonger dans la lecture du roman sans rien en connaître. Ce ne fut pas forcément facile avec un emploi du temps chargé, et des milliers de pages très denses mettant en scène des dizaines et des dizaines de personnages aux noms et relations pas toujours faciles à retenir.
Mais très vite… j’ai été délicieusement prise au piège. Ce n’était plus une lecture divertissante entre deux occupations pour passer le temps, mais un besoin vital de connaître la suite, une passion dévorante pour cette histoire complexe et extrêmement bien construite, un attachement de plus en plus fort pour les personnages, bons ou mauvais.

Je vais essayer de ne pas m’attarder sur le pourquoi cette saga est juste monstrueusement excellente sinon ça va durer 20 pages, mais je dirai au moins, histoire de vendre mon produit et peut-être donner l’envie à une ou deux personnes de ne pas se contenter seulement de la série télé, que entre autres qualités, c’est le roman avec les personnages les plus travaillés que j’ai jamais lu.

Ce ne sont pas de simples personnages avec qui on fait un petit bout de chemin et qu’on oublie une fois le livre refermé pour aller piquer un roupillon. Ils existent réellement. Ils ont une psychologie tellement aboutie, une histoire si détaillée, un passé et une évolution tellement travaillée…Rien n’est laissé au hasard. Et c’est la première fois que je lis un roman de cette hauteur, qui ne tombe pas dans le manichéen facile, et le « ben lui il est comme ça, parce que c’est comme ça et que ça m’arrange pour l’histoire ».

Ce grand monsieur a créé un monde, avec différents continents, différentes contrées, et pour tous ces lieux : des coutumes, une histoire sur des siècles et des siècles cohérente, des dynasties, des langues, des religions construites et détaillées… Tout est incroyablement réel.
Alors d’accord, il n’est pas le premier, d’autres maîtres comme Tolkien ont déjà eu ce trait de génie, et même en bien plus poussé. Mais la démarche littéraire n’est pas du tout la même, donc je trouve ce genre de comparaison assez inutiles en fait.

George R. R. Martin, là où il m’impressionne et force mon admiration, c’est qu’il a non seulement créé un monde pour son roman, mais donc EN PLUS aussi détaillé tous ses personnages. Personne ne fait quelque chose gratuitement, tout le monde a ses raisons d’agir et de penser comme il le fait. Et quand on pousse le bouchon jusqu’à construire des profils aussi aboutis pour des dizaines et des dizaines de personnages, pour les faire interagir avec une cohérence proche de la perfection, moi je dis chapeau bas l’artiste. Sans oublier que c’est un roman intelligent, qui pousse le lecteur à réfléchir et donc rend la lecture beaucoup moins passive. On finit par chercher, essayer de faire des liens entre les différentes histoires simultanées, on s’investit.

Le roman n’est pas parfait, parfois inégal (on sent la difficulté qu’il a eu à écrire l’intégrale 4 par exemple), avec quelques histoires qui peinent à avancer (j’envisage de relancer l’émission Perdu de vue pour Benjen Stark, ça fait juste 5000 pages qu’on sait pas où il est…), mais j’ai envie de dire vulgairement : putain, le mec se pose là quoi.
Je veux dire, pour me frotter de plus en plus à cet exercice tortueux et casse-gueule qu’est l’écriture, notamment un peu de fiction, je ne peux que me rendre compte du travail de MALADE derrière ces milliers de pages. Je ne sais pas si vous avez déjà tenté l’expérience, mais c’est déjà tellement dur de créer UN héro crédible, cohérent, avec un passé et une évolution et une psychologie qui tient la route… Imaginez faire ça pour 30 personnages, plusieurs continents, des dizaines de familles/clans avec leurs différentes cultures et arriver encore à lier le tout dans un scénario prenant et surprenant.
Ajoutez à cela une multitude d’intrigues, qui se recoupent toutes avec logique à un moment donné, des trahisons et des coups de théâtres qu’on ne voit pas arriver à n’en plus finir, et des mini indices cachés toutes les 500 pages pour nous tenir éveillés et rendre fous les Sherlock refoulés…

Tous les ingrédients magiques pour forcer mon respect et le ticket gagnant pour m’enflammer de nouveau pour des années. Quel grand fan du roman n’a pas tergiversé des heures à propos des véritables parents de Jon Snow, en extrapolant à mort sur 3 pauvres phrases glissées au milieu de 4000 pages…

Au-delà de son travail pour le Trône de fer, je me suis évidemment intéressée à l’auteur lui-même, et je dois dire que le bonhomme m’a plu. Déjà sa relation avec les fans (il s’est quand même marié avec l’une d’entre elles, le bougre, ça a du bon d’être célèbre !), les histoires épiques de ses soirées arrosées avec son fan club, La Fraternité des Sans-Bannières et autres récits truculents de son parcours.
Il se sert également de son statut « d’homme les plus influents des Etats-Unis » (il a reçu ce titre en 2011 par le Times) pour défendre la cause animale, notamment celles des loups à travers son association.
Pacifiste, féministe, ami des loups, George R. R. Martin est un « nerd » complètement assumé, passionné, bon vivant et proche de ses fans. Le personnage me plaît, et j’avoue que c’est la première fois que je m’attache à un auteur en tant que personne, et non pas seulement pour les histoires qu’il écrit.
La pointe d’admiration commence à dépasser le « simple » fait d’être l’auteur d’une des meilleures saga de fantasy que j’ai jamais lue.

Comme je ne suis pas une fille facile et que je ne donne pas le statut d’auteur préféré le premier soir, j’ai donc finalement commencé à me frotter à ses autres oeuvres. Romans de science-fiction, contes, nouvelles angoissantes… Monde réel ou inventé, épouvante ou livre pour enfants, j’ai tout aimé. Et si je n’ai pas encore lu toute sa bibliographie, le fait est que plus j’en lis, et plus je l’aime. Au-delà d’apprécier le divertissement en lui-même, je ne peux qu’admirer son talent.
En fait, il écrit juste ce que j’aurais aimé écrire si j’en avais eu les capacités. C’est je pense ce qui le rend particulier à mes yeux. Je peux très bien adorer un livre sans me dire « Ouah, c’est exactement le livre que j’aurais aimé écrire si j’en avais eu le talent », alors que pour lui, c’est ce que je me dis quasiment à chaque fois que je termine le bouquin. On a tous quelqu’un qui nous inspire et nous impressionne dans un domaine où on aimerait exceller.
Pour moi, cette personne c’est lui.

Et depuis un peu plus d’un an, l’admiration est devenue telle qu’il ne se passe presque pas un jour sans que je pense à ce monsieur et l’envie de le rencontrer pour lui dire à quel point je le respecte.

G.R.R.M à Dijon ?

Je vous avais dit dans le précédent billet que je m’étais permis une petite escapade à New York entre copines. Evidemment j’ai fait les classiques (Statue de la Liberté, Empire State Building et j’en passe), mais j’avais UN caprice que je tenais absolument à assouvir pendant ces dix jours, quitte à brûler une vieille pour parvenir à mes fins.
Je voulais aller dans un « Game of Thrones Bar » le dimanche soir, ces bars où les fans se retrouvent pour regarder sur écrans géants le dernier épisode diffusé en direct et partager tous ensemble les coups de théâtres qui rythment la vie à Westeros. Je reviendrai peut-être un jour sur cette excellente et épique soirée (pur moment de transe dans un bar de fans en ébullition), mais le fait est que le soir, j’en étais complètement bouleversée de awesomeness, avec plus que jamais l’envie de rencontrer le monsieur à l’origine de toutes ces aventures géniales qui égayent mon quotidien. Au point que, prise par la fièvre du fan en délire, j’en ai rêvé le soir-même qu’il venait en France et que je le rencontrais.  Autant vous dire que je me suis réveillée le lendemain un chouya chiffonnée que ce ne soit qu’un rêve.
Et voilà que pas moins de cinq jours après ce rêve, je lis sur facebook (merci encore Sarah !!!), que le monsieur est annoncé pour une séance de dédicaces à Dijon en juillet.

Après m’être demandé un quart de seconde si mes nouveaux cheveux rouges ne me donnaient pas quelques dons de visions façon Mélisandre, je frise l’infarctus.

Alors déjà qu’il vienne en France (alors qu’il n’y a pas mis les pieds depuis plus de 20 ans) pour une rencontre avec ses fans, pile au moment où moi-même je suis en France et pas à l’autre bout du monde, c’est déjà quelque chose.
MAIS A DIJON ???? Genre à 50min de chez moi ?!!!

Je n’ose y croire.  C’est tellement énorme, qu’évidemment en bonne égocentrique, je m’invente une histoire de signe du destin, d’alignement des planètes où je ne sais quoi : une chance pareille c’est juste pas croyable.

Mais l’information est bien gardée, quasiment pas évoquée dans la presse, aucune date indiquée exactement, rien sur son site officiel ou sur celui de la librairie en question. Je cherche désespérément sur le net, découvre qu’il y avait déjà eu des rumeurs de sa venue il y a 4 ans qui n’avaient pas abouti, et j’ai le cœur en berne.
Du coup je n’ose plus tellement y croire, et guette en silence l’arrivée éventuelle d’annonces officielles. Bonjour l’ascenseur émotionnel si ce n’est pas fondé…

Pendant presque un mois, j’ai donc dû attendre, vérifiant régulièrement la presse horriblement silencieuse à ce sujet et n’osant rien prévoir en juillet de peur que ça tombe ce jour-là, avant qu’ENFIN, l’événement soit confirmé sur le site de George Martin et quelques médias dijonnais. Georges R. R. Martin passerait donc par la France avant son festival du film en Suisse, et serait à Dijon le jeudi 3 juillet pour une séance de dédicace à la librairie Grangier de 14h à 18h.

affiches
J’exulte.

Alors est-ce pour éviter une foule incontrôlable, mais le fait est que l’information n’a quand même que très peu filtré jusqu’à la fin. A moins d’avoir un œil de lynx, en mode fouine sur les différents sites officiels (et ça c’est ma spécialité), difficile de tomber sur l’info de cet événement sans précédent.

Incroyable, un monstre de la littérature américaine débarque pour la première fois depuis son succès chez nous, et personne ne le sait.

Je m’inscris à la page de l’événement sur Facebook pour suivre l’actualité, et découvre que pour l’arrivée de Sir Martin, Dijon a fait les choses en grand : bloquer une partie des rues alentours pour prévoir des animations telles que La Compagnie Gentes Dames et Chevaliers présente pour proposer sous tentes trois initiations thématiques à l’art de l’herboristerie, des métiers à tisser, des armes et armures. Ou encore une troupe féminine de danse du Moyen-Age, des spécialistes en arts martiaux historiques et européens, une Garde de Nuit à cheval pour protéger le Mur de fans désespérés d’attendre, des spécialistes de jeux de rôles médiévaux (dont les jeux de cartes du Trône de Fer, et j’en passe).

Ça promettait d’être épique.

L’attente

Enfin le jour J est arrivé ! Je voulais mettre les petits plats dans les grands pour l’arrivée du Grand Maître mais comme avec ma tonne de travail, je suis restée collée à mon ordinateur jusqu’à la veille à 21h, je n’ai rien eu le temps de préparer de vraiment spécial à lui donner. J’ai donc juste fait le minimum mais le plus important, soit saisir certainement l’unique chance que j’aurai de ma vie de lui transmettre tout le respect et l’admiration qu’il m’inspire dans une lettre. Histoire de ne pas tomber dans le pathos et vous épargner certains aspects de ma vie (vous en savez déjà beaucoup trop de toute façon), je n’en raconterai pas le contenu, mais elle faisait quand même déjà six bonnes pages bien remplies, sur un papier à lettre fait maison à la dernière minute… Le tout accompagné d’un petit quelque chose souvenir qui rentre dans une enveloppe, et d’une carte postale de Besançon suggérée par ma mère, toujours prompte à vendre sa région.
Ce qui fait qu’au lieu de dormir tôt pour être bien reposée pour cette journée de folie, j’ai fait mes trucs de fangirl jusqu’à 3h du matin pour me lever à 6h45…

lettre

La gueule enfarinée le lendemain, je me mets le centimètre d’épaisseur de maquillage adéquat pour masquer le manque de sommeil, prépare l’appareil photo, le livre à faire signer (même plusieurs au cas où je me ferais attaquer par un manant et me ferait voler le mien, on est jamais trop prudent), le miroir et le maquillage pour les retouches histoire de pas ressembler à une serpillière à toilettes publiques au bout de 5h d’attente, évidemment ma précieuse lettre à lui remettre en main propre, et une multitude d’autres choses inutiles qui pourraient sur un malentendu devenir utiles…
Mais mon QI ayant rechuté à 2 sous le coup de l’émotion, dans le feu de l’action, je n’ai pensé ni à de l’eau, ni à un sandwich.
Boire et manger, c’est tellement surfait que voulez-vous.

Sans compter que, vu le soleil étincelant,une crème solaire indice maximum aurait été nettement plus utile qu’un rouge à lèvre pour ne pas ressembler à rien à la fin de la journée…
Malgré tout, tout s’annonce sous les meilleurs auspices : il fait beau, je vais réaliser un de mes rêves et ceci en excellente compagnie puisque j’y vais accompagnée de mon génial cousin que j’aime à la folie furieuse. Même si le bougre est encore plus nul que moi, puisque non seulement il n’a pensé ni à la bouffe, ni la boisson, mais lui il avait même carrément oublié son bouquin… AH BEN BRAVO !
Tu parles d’une équipe de bras cassés, heureusement que l’événement avait lieu dans une librairie, offrant donc la possibilité d’en racheter un…

Nous voici donc fin excités dans la voiture dès 8h le matin, en route pour la cité des Ducs de Bourgogne.

Les organisateurs avaient prévenu sur leur site qu’il était recommandé de venir assez tôt et s’armer de patience pour obtenir la petite signature tant convoitée, et comme il était hors de question de faire partie des déçus qui attendraient pour rien, on avait décidé d’un commun accord de jouer la carte des fans assidus jusqu’au bout en arrivant tôt le matin. Bon suite à des contres temps  on est arrivés avec une bonne marge de retard sur notre programme en débarquant à 9h45 devant la librairie, mais déjà, on trouvait des centaines de personnes agglutinées devant les portes, alignés entre une file de barrières couvrant des centaines de mètres.

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Même pas peur.

Comme entre gens merveilleux, on se reconnaît assez facilement, ça faisait pas 5 minutes qu’on était sur les lieux, qu’on faisait la connaissance d’autres personnes – venues seules – avec qui on a sympathisé et rigolé toute la journée.

C’était la première fois que je faisais la queue pour rencontrer un auteur et non pour un concert ou un spectacle, et je dois avouer que l’ambiance était autrement meilleure, vraiment excellente. Pas de mauvais esprit, pas de tension débile qu’on retrouve facilement en concert entre les gens qui attendent longtemps à coup de « Vas y, moi je suis là depuis tôt ce matin donc y’a pas moyen que tu me dépasses » et autres. Personne ne crise parce qu’un copain rejoint son groupe en cours de journée sans faire la queue, bref la zenitude et j’ai envie de dire : CA CHANGE.
Tout le monde parle avec tout le monde, les gens ont ramenés des jeux de cartes, chantent The Rains of Castamere, lisent du Tolkien ou du Terry Pratchett pour tuer le temps. Quand je vois que certains lisent encore le tome 2 ou 3 du Trône de Fer, j’hésite à les menacer de me laisser leur place devant sous peine de spoiler le tome 5, mais je me retiens.
Pas de violence, c’est les vacances.
Certains sont évidemment là depuis la veille, ont traversé la France, sont venus depuis la Belgique, d’autres même ne viennent pas pour eux mais se sont dévoués pour un ami ou un membre de la famille qui n’a pas pu venir.

Arrivés un peu avant 10h, on se situe au premier tiers de la queue, tiers pourtant déjà estimé à plus de 700 personnes aux alentours de 11h. Vu que les gens n’ont cessés d’affluer jusqu’en milieu d’après-midi, la queue s’allongeant sur l’aller retour de toute une rue, avec de nombreux abandons en cours de route pour les moins téméraires (ou moins optimistes quant à la possibilité d’obtenir le Graal), je pense sincèrement que le nombre de personnes ayant fait le déplacement pour Sa Majesté Martin se compte en milliers. (Tiens, ben je viens de lire 3000 personnes selon France Bleue) .
Le tout sans publicité massive, j’ai envie de dire : respect.

Heureusement que l’entente entre les fans est bonne, qu’il y a quelques animations, qu’on se marre et discute de tout, parce que quand même, l’attente est longue. Principalement à cause du temps.
Le soleil monte impitoyablement, et tape fort. Pas un poil d’ombre, pas une bouteille d’eau, juste un soleil cuisant qui frappe vicieusement sur le crâne et rôti nos cuissots bien blancs…
On commence à souffrir.
Je ne savais pas que Dijon faisait partie du Maghreb. Si j’avais su, j’aurais troqué ma robe contre une tenue de bédouins.

Comme j’ai sorti mes habits de lumières pour l’occasion et qu’il serait indigne d’une Dame d’escalader une barrière et exposer la gracieuse culotte de mon cul généreux à la vue de tous, j’envoie mon écuyer de cousin chercher des vivres pour se sustenter et survivre à la fournaise. On ripaille de mets presque délicats dénichés dans une taverne acceptable du nom de la Brioche Dorée et on soupire d’aise en sentant enfin l’eau couler dans nos gorges desséchées.

Après déjà des heures à épuiser les discussions possibles, sur nos projets de vie, le recyclage et qui consomme ou non des œufs de poules en batterie (oui, nous sommes des nerds à tendance écolo), on fatigue. Le soleil tape depuis bien trop longtemps sur mon crâne, je perds de ma magnificence et m’auto saoule avec des blagues de moins en moins drôles. Heureusement, le public est indulgent et mes compères se contentent de manger leurs tomates au lieu de me les balancer.
Le soleil nous à tous assommé.
La file d’attente ressemble de plus en plus à une tribu Dothraki perdue en plein désert rouge. On voit un camion de pompier passer et se rendre au début de la file, et on les soupçonne quand même de faire semblant de sauver des vies pour nous passer devant.
Vive l’abus de pouvoir.

Puis à 14h, la foule proche de passer l’arme à gauche se lève d’un bon, s’agite, reprend vie. Au fond de la rue, on aperçoit une rangée de personnes à cheval habillées de noir, et au milieu de cette Garde de Nuit… George R. R. Martin !
Sa Grâce est généreuse, elle ne nous fait pas le coup d’une entrée de voleur par une porte dérobée, caché derrière la librairie. Non, elle arrive en bon roi des Andals et des Premiers Hommes pour saluer tous ces pauvres fidèles sujets se laissant joyeusement cuire à point pour sa belle barbe.
Il s’est même fait beau pour nous en ayant troqué ses inséparables bretelles pour un veston brodé. Ca se bouscule à peine mais les gens restent civilisés. J’en profite donc pour voler tant bien que mal quelques clichés.

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Un Martin et ça repart, nous voilà de nouveau tous au taquet. Tant pis pour la migraine et les traces de bronzages ridicules sur les bras et le bout du pif.
Il les vaut bien tous ces coups de soleil, et les coups d’amour et coups de je t’aime qui vont avec. On est trop loin pour voir ce qui se passe à l’entrée de la librairie, mais les animateurs habillés en chevaliers du Moyen-Âge, un groupe de fan français de la Garde de Nuit, achèvent la haie d’honneur tandis que la foule entame un ban bourguignon.

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La séance de dédicace commence enfin. Si on était pas trop mal placés dans la queue, le monde est tel qu’on a quand même mis plus de deux heures avant d’arriver devant la librairie (où la queue se prolongeait encore à l’intérieur…).
Finalement, après presque 7h d’attente sous le soleil de Mexico Dijon, enfin arrive notre tour d’entrer dans la librairie.

La rencontre

Au moment où la sécurité nous fait signe d’entrer, je ne sais pas ce qui me rend le plus heureuse : ma signature à venir ou la clim.
La boule au ventre monte, déjà que ça volait pas bien haut, ce que je raconte est de moins en moins intelligent et intelligible.
La queue se poursuit dans les escaliers menant à l’étage où George R. R. Martin est installé.. Au milieu de la salle, il y a un espèce de petit café/bar, et sur le comptoir, la majorité des livres de Martin traduits en français. La queue zigzague encore autour du bar pour arriver jusqu’à lui, où il est entouré de deux traducteurs pour faciliter l’échange avec ses fans et quelques membres du staff encadrant la rencontre.
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On prépare nos livres, je sors ma lettre bien épaisse. J’ai les doigts tout moite et j’ai pas envie de faire des tâches. Plus j’y pense, et plus je me dis que le plus important, c’est pas tant recevoir sa signature, que de lui donner mon enveloppe. C’est tellement une chance inouïe d’avoir la possibilité de dire personnellement à un artiste de cette envergure à quel point il influence votre façon de voir les choses et certains choix de vie. J’ai tellement mal au bide, que je fais passer les personnes avec qui je suis devant moi, histoire de m’accorder un peu de préparation psychologique.
Ce serait con de faire une crise cardiaque maintenant.
Voyant ma détresse, un membre du staff me confirme que de toute façon, il faudra bien que j’y passe quand même. Certes.

Finalement c’est à moi. Je lui tends mon livre, et comme je ne sais plus parler depuis longtemps je ne dis rien, un sourire béat me paralysant le visage. Il me débloque finalement avec un jovial « How are you ? » ,et j’ai l’impression d’être une gamine de cinq ans en face du Père Noel quand je lui tends timidement ma lettre. Je me sens un peu ridicule quand je lui dis que je lui ai écrit un courrier pour lui dire tout ce que je tenais à lui transmettre et que je serais vraiment heureuse s’il prenait le temps de la lire mais j’assume mes niaiseries.
Je me sens un peu mieux quand je vois qu’il est agréablement surpris.
Pour le coup, on est pas vraiment dans le même monde que celui des concerts japonais où j’ai l’habitude d’aller et des fans à moitié amoureux de leurs idoles ; là les gens sont généralement venus pour leur signature et le plaisir de rencontrer ce grand monsieur, mais c’est tout.
Ce qui est compréhensible d’ailleurs, moi-même je ne prépare pas quelque chose à chaque fois que je vais à un spectacle ou concert.
Et donc de ce que j’ai vu, assez peu de cadeaux ou de surprises pour l’auteur, à par quelques uns qui lui ont ramené une bouteille de vins pour alimenter sa cave. (Et comme Martin apprécie la bonne chère, je ne doute pas qu’il fera honneur à ses offrandes…).
Bref, sur les milliers de personnes présentes, assez peu on fait la démarche d’apporter quelque chose, et encore moins celle de lui écrire. Même la traductrice a poussé un petit « Oh » de surprise.
Alors en bonne opportuniste, d’un côté ça me rassure un peu. Je me disais vraiment qu’il aurait une multitude d’offrandes diverses de ses fidèles et que mon gribouillis ne serait qu’un petit paquet perdu parmi tant d’autres. Pour le coup, comme il avait l’air un peu surpris et content, je me dis qu’il y a des chances qu’il la lise vraiment.
La lire ne changera pas sa vie, ni la mienne, mais au moins ça me rend heureuse de l’avoir donné. Et tant que ça ne nuit à personne, toute joie est bonne à prendre.

Attention, Sonia au top de sa vie résumé en photos dans 3, 2, 1…

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Le brave homme est adorable et me répond avec bonhomie qu’il prendra le temps de la lire. Je me doute bien qu’il allait pas répondre « Je suis le maître du monde, j’ai pas que ça à foutre connasse », mais je m’en vais soulagée et surtout la jauge joie de vivre au top, mode « je peux mourir en paix ».
Ce moment a duré en tout et pour tout environ 10 secondes dans ma petite vie insignifiante, mais il valait son pesant d’heures passées à attendre debout dans le cagnard.

Et pardon, non je ne lui ai pas demandé quand sortait le tome 6 ni qu’il se bouge l’arrière train pour finir de l’écrire comme vous avez été nombreux à me le demander de le faire ! Déjà parce que je pense que des centaines de personnes lui disent déjà tous les jours et qu’il doit en avoir ras sa casquette de marin, et surtout parce qu’avec les crises de procrastination aiguë qui me prennent à chaque fois qu’on attend un blog de ma part, je me sentirais pas franchement légitime dans ma requête. Par solidarité et parce que ce serait carrément l’hôpital qui se fout de la charité, je ne demande rien du tout et attend sagement (mais en trépignant quand même en secret).
Positivons, autant qu’il prenne le temps et que la qualité reste.
De toute façon, voici ce qui arrive quand on lui suggère – même en chanson – de se magner le cul pour terminer son bouquin :

Leçon retenue tonton Neil, he’s not our bitch.

Je sors de la salle sur mon nuage. J’ai fait bonne figure et été digne devant lui, je peux donc maintenant réaliser l’immensité de la chose qu’il vient de se passer, me mettre à trembloter et pleurnicher en toute impunité.
Sonia qui ne fait pas sa pleureuse ne serait pas vraiment Sonia de toute façon.

Après tout, j’ai juste rayé une ligne de ma liste de rêves que je pensais laisser intacte toute ma vie.

Organisation

Je sais pertinemment que je viens déjà de vous tartiner dix pages sur quelques pauvres secondes de ma vie (mais bon, profitez des pavés quand y’en a), mais je tiens à revenir sur l’organisation de l’événement et les diverses animations proposées.

Histoire de terminer sur une grosse note positive, je commencerai par faire ma chieuse en parlant de ce dont j’ai été déçue, (en taillant sévère avec mauvaise foi parce que sinon c’est moins drôle) : à savoir les animations. Elles avaient été annoncées en grandes pompes et de façon très alléchante, donc la magie de l’imagination aidant, j’avais vraiment pensé à des stands proposant des activités et reconstitutions médiévales passionnantes et fournies. Mais je dois avouer que même si, certes, on pouvait admirer une armure, tester des reproductions d’épée du 12ème et 13ème siècles (ils passaient même dans les rangs pour nous faire tester quand on patientait, ce qui était très sympa) et autres, c’était quand même assez pauvret…

Déjà pour tous les stands d’initiations à l’herboristerie, les métiers à tisser et autres activités, puisqu’on était parqué derrière nos barrières, on y avais pas accès, donc autant dire qu’on en a rien vu ni entendu.

Ensuite une immense déception lors de la première arrivée dans la matinée de la « Garde de Nuit » annoncée fièrement sur le site officiel avec, je cite, « des costumes brevetés Trône de fer ».
Publicité mensongère !
Des hommes, et même des femmes ( hérésie !), à cheval avec, en guise de tenue, un bout de tissus noir par-dessus. Voilà la triste vérité mes amis !

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Non mais non.
Je veux bien concevoir l’idée qu’il y ait des problèmes de trésorerie et qu’on doive procéder à des restrictions de budget, mais la Garde de Nuit en K-way, c’est juste pas sérieux.
Heureusement qu’ils nous ont pas promis une reconstitution grandeur nature de Châteaunoir et du Mur, parce qu’on aurait fini avec une tente Quechua devant un bac à glaçons.
Au pire, la Garde de Nuit n’étant pas forcément à cheval, on aurait pu épargner les belles bêtes pour investir plutôt dans de vrais manteaux noirs. Quitte à crever de chaud de toute façon, on était plus à un ou deux degrés près.
Il y avait le groupe de fan français de la Garde de Nuit en cosplays bien plus réalistes avec certainement deux fois moins de budget.

Ensuite on a eu aussi un espèce de Marcheur Blanc défilant dans la queue sur ses échasses. Comme la critique et les moqueries gratuites sont de famille, j’avoue qu’avec mon cousin, on s’est un petit peu demandé comment il en était venu à un tel résultat avec son costume et si vraiment il avait pour but de ressembler à un marcheur blanc (l’histoire ne le dira malheureusement jamais…). C’était un peu comme s’il était allé dans son grenier, et avait choisi au pif tous les vêtements bleus et blancs en se disant que ça ferait l’affaire. Et avec tous les tuto maquillage qu’on trouve sur youtube, en  2014 on a plus le droit de faire ça.

marcheurblanc(On est méchant parce que c’est rigolo, mais respect quand même pour avoir déambulé en échasses sous cette tonne de fringues pendant des heures)

Ensuite les danses médiévales… Heu, vous avez dit médiévales ?! Bon, étant donné que mes connaissances en danse se limitent à la macarena, je ne suis pas spécialiste et je me trompe peut-être, mais je pense avoir tout vu sauf une représentation de danse médiévale. Enfin en tous cas, moi j’imaginais des danses de l’époque, comme la Carole ou le Branle, mais manifestement un peu trop emballée par les descriptions alléchantes, j’avais visé trop pointu. Et pour le coup, je me suis pas tellement sentie au Moyen-Âge.
D’ailleurs quand nos amies danseuses, dans un costume assez proche de celui d’une danseuse du ventre, une ceinture dorée autour de la taille se sont mises à onduler les hanches sur une musique orientale et que des gens dans la rue ont commencé à faire des youyou, j’avoue que je ne savais plus si j’étais dans la queue pour une dédicace de l’auteur du Trône de fer, ou pour fêter l’anniversaire de Faudel.
Bref, je ne blâme pas les danseuses en tant que telles, les demoiselles étaient charmantes et les chorégraphies avec éventails très esthétiques, mais on m’aurait vendu la chose comme « des chorégraphies inspirées de l’univers fantasy et foires médiévales», j’aurais certainement mis un peu d’eau dans le vin de mes attentes.

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Enfin pour ce qui est des représentations de combat et d’art martiaux historiques et médiévaux, les démonstrations étaient quand même un peu momolles. Ils croisaient le fer aussi vite que je sprint, soit à la limite du slowmotion. Si à l’époque les Anglais et les Français se battaient avec aussi peu de motivation, je comprends pourquoi la guerre a duré 100 ans.

combat

Après, j’ai quand même envie de modérer mon propos, naturellement un peu injuste (on est sur sonyan.fr, ne l’oubliez pas). Déjà parce qu’en fait j’y connais rien, mais aussi parce qu’au moment où on est enfin arrivé au niveau de la librairie d’où on pouvait assister aux animations, il était déjà 16h30 passé donc on avait quasiment tout loupé, et cela faisait déjà 7h que les animateurs étaient là à danser et se taper dessus pour notre bon plaisir. Et vu la chaleur, un grand respect pour eux qui se sont échinés à nous divertir sous leurs masques et déguisement tout au long de la journée.
Ensuite, quand j’ai regardé les photos et vidéos des articles sur cette journée, j’ai vu que les animations du matin et début d’après-midi (qu’on était trop loin pour voir) avaient l’air vraiment sympa, notamment des combats en armures. Nous le peu de démonstrations qu’on a vu, les armures avaient été troquées pour un bandana façon Jack Sparrow et des lunettes de soleil, ce qui bizarrement nuisait un minimum à l’atmosphère moyenâgeuse.

Bref, il semblerait qu’on ait loupé une bonne partie des animations, qu’on ait pas profité d’autres faute de mobilité derrière nos barrières, et surtout après 7h à s’échiner dans un four à 500°C, ils devaient être aussi fatigués que nous, alors on arrête les critiques et un grand merci à eux. Surtout que pour un coup, il y avait un véritable effort de proposer et diversifier les animations, ce qui est fort louable, peu d’organisateurs de dédicaces s’embarrassent autant.

D’autant plus qu’on a pu quand même apprécier des tenues en côte de mailles de guerriers un peu plus dépaysantes, tous toujours très sympa, enclin à discuter et se prêter au jeu des photos, même après avoir perdu 5 litres de sueur sous leur ferraille.

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Même si les retrouver quelques minutes plus tard en train de fumer une clope devant chez Hermès frisait à peine l’anachronisme.

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Mais, et c’est là que je commence la véritable critique de cette organisation, je tiens à exprimer un immense merci à la librairie Grangier pour son organisation IR-RE-PRO-CHA-BLE.
Vraiment, j’ai fait déjà un paquet de queue pour divers événements dans ma vie, et c’est de loin la meilleure que j’ai expérimenté. Déjà, on était très loin de l’ambiance des concerts où les vigiles méprisent à moitié les personnes qui attendent depuis des heures dans l’espoir d’approcher leurs idoles. Ensuite le staff a été très honnête, en prévenant avec humour dès le tout début d’après-midi les personnes qui arrivaient qu’elles pouvaient ne pas avoir leur dédicace vu le monde.

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Passé une certaine heure, ils ont même carrément fermé la queue, pour pas que les retardataires attendent pour rien. J’ai des amies qui ont fait la queue des heures à Paris pour la dédicace de Sophie Turner (Sansa) et Maisie Williams (Arya), et ont finalement vu la dédicace se terminer quelques personnes avant elles… de quoi gâcher une belle journée. Ici, ils ont au moins mis les formes pour éviter un maximum ce genre de déception.
De plus, on ne peut vraiment pas dire qu’ils y aient mis de la mauvaise volonté, puisque la séance de dédicace qui devait terminer à 18h a été prolongée pendant presque 1h pour faire le moins de déçus possible. Même si j’étais passée depuis longtemps et que ça me concerne pas vraiment, on ne peut que remercier la librairie et GRR Martin pour leur bonne volonté.
Ensuite, la librairie avait aussi prévu des boissons fraîches et passait régulièrement dans les rangs pour vendre des rafraîchissements en nous évitant de sortir de la queue. Certains sont même passés en nous donnant de la glace pilée pour se rafraîchir.

Au-delà de l’organisation irréprochable, j’ai senti une véritable bienveillance du personnel vis-à-vis des fans. Ils avaient l’air fier d’accueillir un aussi grand auteur, mais également réellement contents pour nous de nous donner la chance de le rencontrer. On nous a juste demandé de préparer notre livre à la bonne page et de ne demander qu’une signature par personne, mais pour la première fois, on ne nous a pas assommés d’interdictions à n’en plus finir.
Il n’y avait même pas d’obligation d’acheter un livre sur place (toutes les dédicaces que j’ai faites jusque ici étaient avec obligation d’achat -peut-être parce que c’était au Japon ? -) et on pouvait très bien venir avec ses propres livres. Enfin, tout était fait pour rendre les fans heureux, notamment la mise à disposition de deux membres du personnel, chargés (et avec le sourire !) de prendre nos appareils photos pour photographier la rencontre, pendant qu’on recevait le précieux paraphe. J’ai trouvé ça super sympa dans la mesure où c’était un compromis vraiment intelligent pour nous donner l’occasion d’immortaliser cette rencontre, sans pour autant ralentir la queue et laisser le temps à un maximum de personne de passer.

Bref, un immense merci et un chapeau bas, même MOI, je n’ai rien à redire à cette organisation. Tout était à l’heure, pensé, calibré, avec même un stand de la croix rouge pour les victimes d’insolation, et  un personnel super amical et souriant.
20/20.

Voilà pour cette excellente journée qui s’est terminée pour moi en pleurs dans le train en y repensant (rah mais quelle chouineuse !), encore pleine de rencontres sympa et de bons souvenirs. Un grand merci à nos compagnons de queue pour leur sympathie tout au long de ces sept heures et qui ont rendu l’attente fort agréable, au staff et aux animateurs pour leur super travail, un immense merci à mon adorable cousin, magnifique écuyer (un bon 8 sur l’échelle de Podrick) qui a fait un détour de plusieurs centaines de kilomètres pour venir me chercher rien que pour le plaisir de faire le trajet aller jusqu’à Dijon ensemble, et enfin un immense merci à George R.R. Martin pour sa simplicité, sa jovialité, son génie et l’endurance de son poignet.
Cinq heures de signatures à la chaîne non-stop, on le remercie les larmes aux yeux pour ce petit moment hors du temps et on lui pardonne un autographe qui nous rappelle vaguement l’ordonnance de notre médecin de famille.
autographe


[EDIT] 

Maintenant que je vous ai raconté cette fabuleuse journée avec mes yeux naïfs de spectatrice dont les connaissances en Moyen-Âge se limitent au film des Visiteurs, je vous propose maintenant de lire une petite version côté animateur ! En effet, le hasard fait bien les choses, j’avais parmi mes lecteurs une demoiselle qui fait partie de l’association de mes Jack Sparrow en slowmotion et qui m’a donc écrit en privé pour m’en dire plus ! Comme que ce serait dommage qu’il y ait que moi qui en profite et que ça peut en intéresser d’autre, je me permets donc -avec son accord- de copier-coller son message ici. Merci à elle pour son humour et ses précisions sans rancune 🙂

« […] Alors je ne sais pas trop comment tu vas prendre ce message mais voilà. Je te lis depuis quelques temps (un an à peu près, je me souviens être tombée par hasard sur ton post sur Hokkaido, avoir aimé le style, avoir lu plus haut, lu plus bas, et avoir fait mon nid de lectrice lurkeuse qui n’ose jamais écrire de commentaire) et là j’ai vu passé ton post sur la venue de George R. R. Martin. J’y étais aussi et je me sens l’âme d’une redresseuse de mythe.

Je fais partie de l’association des types en noirs qui se battaient en épée devant la librairie (en fait, j’étais même présent à ce moment.). Du coup quand j’ai lu ce que tu as dis sur nous, je me suis dit que ça méritait une mise au point (ce n’est pas méchant, je ne suis pas vexée ou rageuse, c’est juste que comme je t’admire, je veux dissiper des malentendus. Après je redisparaîtrais comme le chat de Cheshire (qui a longtemps fait partie du top 3 de mes terreurs d’enfant)). J’espère que tu ne le prendras pas mal (en plus j’aime vraiment ce que tu écris, j’espère que tu ne le prendras pas mal).

Notre pratique (les arts martiaux historiques européens) vise à retrouver, étudier, comprendre et diffuser un savoir qui du fait des évolutions de l’Histoire européenne a totalement disparu : évolution technologique, évolution des pratiques, désastres en tout genre détruisant les liens de transmission oraux (la Peste Noire ou la Première guerre ont fait pas mal de ravages, dans tous les domaines, pas seulement dans la manière de vaincre son prochain ^^). On est plus dans de la reconstitution martiale, de l’archéologie expérimentale et plein de mots qui font universitaires poussiéreux (alors que les universitaires, ils sont plutôt en minorité chez nous). Si le Moyen-Age et les épées à deux mains sont les plus représentatifs de notre pratique (tout le monde veut être un chevalier), on va en fait des combats de gladiateurs aux duels à la baïonnettes dans les tranchées.

Du coup, les « prestations », ce n’est pas notre truc. On en fait, parce que c’est ainsi qu’on informe le public, qu’on fait découvrir et qu’on recrute, mais nous ne sommes pas là pour « divertir » (il y a des gens qui se font payés pour, et on aimerait pas leur voler leur gagne pain). Du coup, on ne se costume pas par exemple. Parce que cela n’apporte pas grand chose à notre démarche.

D’où les lunettes de soleil et le foulard à la Jack Sparrow. Et le combat en slow motion : à ce moment là ils étaient dans non pas un combat de démonstration, mais l’étude de techniques de rapière, exécutées dans un temps lent de manière à éviter de se blesser (même si elles ne coupaient pas, les rapières restent des machins effilées qui rentrent facilement). A d’autres moment on portait masques d’escrime et protections modernes de manière à se battre à vitesse réelle, et sans chorégraphie. Exceptionnellement deux de nos amis étaient venus avec leurs armures (pour qu’on ait un meilleur visuel), mais il n’étaient que 2 parce que ça coûte un rein de Lannister pour s’en payer une sur mesure et d’après les répliques d’époque.

Par contre, souvent, les gens pensent qu’on est moins sérieux que les types qui ont mis une cotte de maille mal montée, un joli tabard et une « épée super lourde » alors que c’est le contraire. Pour donner un exemple c’est un peu comme si les gens estimaient que tu ne connais rien au Japon parce que au contraire de la fille à côté de toi tu ne portes pas un kimono kawai qui est en fait un cosplay de Yuki dans XXXHolic. Et qu’en plus tu l’entends débiter des choses fausses. La compagnie que tu as vu fait de l’évocation, c’est-à-dire qu’ils se soucient peu de la vraisemblance historique, et sont plus dans l’évocation d’un Moyen-Age fantasmé (ça tombe bien, on était là pour promouvoir un monde médiévalo-fantastique. Et puis ils sont sympas on a bien rigolé ensemble. Mais ce ne sont pas de vrais chevaliers en armure).

Quant au minima des animations, en fait, la librairie n’avait tout simplement pas de budget. Du coup, à part de l’eau et de la gloire (on est un peu Stark) toutes les assos sont venues à titre bénévole (et même pas pour la dédicace, plusieurs de mes camarades n’avaient pas lu les livres).

Voilà, je m’excuse d’avance pour ce long message plein de parenthèses. J’espère que je ne t’ai pas saoulé avec. Je souhaitais simplement lever des malentendus. J’aime beaucoup la volonté que tu as de présenter le Japon et sa culture telles qu’ils sont (et non pas telles qu’ils sont fantasmés). Et du coup, pour une fois, je peux te renvoyer l’ascenseur. C’est une manière de te remercier pour tout ce que tu as écris. »

Et pour les intéressés qui aimeraient en savoir plus sur comment casser du Bolton dans les règles historiques de l’art :
L’association De Taille et d’Estoc
Fédération Française des Arts Martiaux Historiques Européens