14 Juin 2005 (recyclage)

Ouais je recycle, et alors ?

Toutes ces stars qui font toute leur carrière sur un tube bidon remixé tous les 10 ans, on leur dit rien alors pourquoi je ferais pas pareil ? Hein ? Bande d’injustes ! 

Donc si j’ai envie de faire toute ma carrière de blogueuse avec un seul post que je recyle tous les cinq ans, bah je fais ce que je veux ! Ouais ! Même que ! Hin hin hin ! (Je craque)

Non mais quand j’ai mis en ligne ce blog, j’ai repris quelques posts de précédents blogs que je voulais garder et j’avais oublié celui là. Donc voilà, j’ai eu envie de vous le réécrire et vous le reposter.

Celui qui raconte mon fameux périple du 14 juin 2005. Et comme il vaut son pesant d’or, il mérite que je l’immortalise ici. Surtout que la première fois, je l’avais écris sur le vif, quelques heures après, en un détestable langage sms et que j’avais omis quelques détails.
Cette fois, vous avez la version longue, non censurée et avec des bonus à la fin de l’histoire, yeah 😉

Cette journée est ce que je crois qu’on peut qualifier d’inoubliable. Autant de malchance en moins de 24h, c’est assez remarquable. Je m’épate et me respecte rien qu’en y repensant !
Comme certains d’entre vous le savent , c’était le jour (fatidique) où ma colocataire de l’époque devait rentrer au Japon après un an d’étude à Lyon. Et comme elle avait beaucoup de valises et que je voulais passer un maximum de temps avec elle avant son départ, j’avais acheté un aller retour sur la même journée pour l’accompagner à l’aéroport et lui dire adieu la larme à l’œil devant la porte d’embarquement. Une vraie scène d’aéroport comme on en voit dans les drama quoi (à part que je ne cours pas tout Tokyo à pieds pour la retenir au dernier moment parce que je l’aime et ne peut supporter la séparation…)
Seulement comme nous n’avions pas acheté nos billets de TGV en même temps, nos places n’étaient pas situées dans la même voiture de train. On a donc partagé les bagages, j’ai pris la grosse valise et elle tous les bagages à mains et on est montée chacune dans notre partie du train.

Arrivée à Marne La Vallée, je savais qu’on arrivait bientôt à l’arrêt de l’aéroport.
Seulement, pour ceux qui connaissent les lignes de Paris, vous savez que les trains de banlieue (RER) s’arrêtent à deux arrêts pour l’aéroport. Charles de Gaulle 1 et Charles de Gaulle 2.
La voix du train a annoncé « Prochain arrêt Charles de Gaulle » (sans préciser 1 ou 2) et sur mon billet de train, Shoko m’avait demandé de bien réserver pour Charles de Gaulle 2. Et comme je sais qu’il existe deux stations j’ai hésité, si elle m’avait précisé 2, c’est que y’avait peut être deux gares aussi en TGV. Alors, je descend là ? Ou y’en a une après ?
Evidemment, 4 ans après, baroudeuse que je suis devenue et habituée des aéroports, mon ignorance de l’époque me dépite ! Mais avouez que pour le coup, quand on est jamais allé à l’aéroport en TGV et qu’on ne connait le trajet qu’en RER, le doute est permis.
J’ai téléphoné à Shoko pour savoir si je devais descendre, ou si il y’avait un autre arrêt Charles de Gaulle à un autre terminal mais elle n’a pas répondu.
Y’avait plein de gens qui s’apprêtaient à descendre alors j’ai demandé à une gente dame si il y’avait 2 arrêts pour l’Aéroport Charles de Gaulle et si le prochain était Charles de Gaulle 1. Elle me dit que oui. Je lui dit que moi je dois descendre à Charles de Gaulle 2, et demande donc si c’est l’arrêt d’après et non celui là et elle me dit toujours oui.
Bonne poire, je gobe son ramassis de connerie sans me douter une seule seconde du calvaire qui va suivre ; d’autant plus que sur les 10 connards qui attendaient devant la porte du TGV pour sortir qui ont entendu notre conversation, AUCUN n’a bronché.
Je laisse alors tout le monde descendre et reste dans le train pour m’arrêter au deuxième arrêt Charles de Gaulle. Le train redémarre.
Et là Shoko m’appelle pour savoir où je suis, qu’elle ne me voit pas sur le quai…
Ah… ? Je suis censée être sur le quai… ?
Je commence à avoir la trouille. Aurais-je fais une boulette ?
Je cours les voitures après un contrôleur et lui demande si le train s’arrête à Charle de Gaulle 2. Et là, le monsieur me répond comme si c’était l’évidence même que c’était l’arrêt d’avant, que y’en a pas deux et que le TGV est sans arrêt jusqu’à Lille.

LILLE ! 

Et moi qui me trimballais les bagages de Shoko, son avion décollait dans à peine plus de 2h !
Je supplie le contrôleur de faire arrêter le train au nom de Sonia Fèvre La Toute Puissante et de retourner à l’aéroport sur le champs, mais bizarrement… il n’en a rien eu à cirer.
Tout ça parce qu’une sournoise m’a raconté n’importe quoi et que de tous les gens qui attendaient pour descendre du train à côté, y’en a pas un qui a eu la bonne idée de me dire que je devais descendre si je ne voulais pas vivre la pire journée de ma vie. D’ailleurs, quitte à me laisser faire une connerie, ils auraient dû me demander l’adresse de mon blog, histoire de connaître l’histoire jusqu’à la fin et savourer leur victoire. Le malandrin.

Bon j’ai déjà eu des galères en train (merci la SNCF) mais je vous le dit c’est la première fois que je panique.
Réaction primaire, qui n’arrange rien mais fait du bien quand même : je pleure et maudis les lillois.
Je ne serais jamais revenue à temps pour donner à Shoko ses bagages, elle, ne pouvait en aucun cas changer de vol, je ne savais pas ce que je devais faire de sa valise (énorme soit dit en passant), j’allais me retrouver à Lille et, pour le détail sentimentalo-guimauve, j’avais même pas eu le temps de dire lui dire au revoir comme il se devait avec les larmes, les promesses de s’écrire tous les jours qu’on ne tient jamais, et des projets de se revoir à n’en plus finir. Je me préparais à la scène d’émotion du film de ma vie, et me voilà dans un remake de la Grande Vadrouille.
Le contrôleur, qui finalement avait peut être un cœur, a vu que j’étais en panique alors dans un élan de bonté suprême, il a cherché quand était le prochain train de Lille pour l’aéroport. Evidemment pour prendre ce train il fallait changer de gare et moi qui ne connaissais pas Lille et j’avais que 20 min entre les deux trains ! Bon, il se trouve qu’au final les deux gares sont relativement proches, mais sur le coup quand il m’a dit qu’il fallait que je change de gare, j’ai pensé le jeter sur les rails.
Il a alors voulu se montrer sympa et m’a dit de l’attendre sur le quai lorsque je descendrais du train et qu’il m’emmènerait main dans la main (non, quand même…) jusqu’à l’autre gare. Toujours sur sa lancée de BA de la journée, il me promet aussi de me présenter au controleur de l’autre train en personne, pour que je n’ai pas à payer le trajet Lille-Charles de Gaulle. Enfin, je n’aurais plus qu’à changer l’heure de mon billet retour Aéroport-Lyon pour ne rien repayer en supplément.
Sympa hein ? Tant de générosité de nos jours, s’en est presque louche.
Alors il m’emmène à l’autre gare, qui malgré qu’elle soit proche, m’a semblé des kilomètres avec ma grosse valise. Car ne rêvons pas, sa gentillesse à des limites, il a tracé devant et je lui ai couru aux basques à grande suée avec mon monstre samsonite.
Il tient ses promesses et me présente à l’autre contrôleur, et dans un élan de galanterie me montre même où je dois monter. Je suis émue malgré moi, les employés de la SNCF sont peut être pas tous des benêts finalement ?
Je monte, le train démarre…

Le contrôleur de ce train passe et je lui demande à quelle heure je vais arriver à l’aéroport.

 

Sa réponse me laisse sans voix, les yeux écarquillés.

Devinez.

Allez, faites un effort, je suis sur que vous pouvez deviner la suite de ma trépidante aventure !!

Mon train…

….N’EST PAS LE TRAIN POUR L’AEROPORT MAIS CELUI POUR MARSEILLE !!!!

Tindindinnnn !!! Surpraïseeee !!!
Vous vous y attendiez pas hein ? Ben moi non plus tiens ! L’est bien bonne celle là !
Au début j’ai cru que c’était une blague (mais non, évidemment, la SNCF n’a pas tant d’humour).

Le premier contrôleur s’était trompé de TGV en m’emmenant, le TGV pour l’aéroport c’était celui du quai d’en face.
Deuxième réaction primaire, qui n’arrange rien mais défoule : je pète les plombs. En plus, à ce moment là Shoko me téléphone pour savoir où j’en suis avec sa valise. Comment lui dire que je pars en vacances à Marseille avec ses affaires après mon séjour chez les Ch’tits ?
Bon dans mon malheur j’avais de la chance, ce train s’arrêtait 2 min à la Gare du Nord à Paris, donc j’avais possibilité de redescendre et reprendre un RER pour l’aéroport qui était à environs 35 minutes.
Et là, en tant qu’employé qui connaît aussi bien son métier que son confrère, il me donne le merveilleux conseil (c’est ironique, vous vous en douterez), d’aller au guichet de Gare du Nord dès la descente de ce train pour échanger mon billet Aéroport-Lyon (que si tout c’était bien passé j’aurais du prendre à 14h) avant que ce ne soit trop tard et que j’aille à l’aéroport tranquillement après. J’avais pour projet d’aller vite à l’aéroport changer mon billet et me débarasser de la valise m’enfin bon.
Après tout il sait mieux que moi…
Donc toujours bonne poire (on change pas une équipe qui gagne, en plus si je gobais pas toutes les conneries qu’on me dit j’aurais rien à vous raconter de drôle sur mon blog), et n’ayant toujours pas compris que ce jour là tout le monde me conseillerait n’importe quoi, je suis donc allée faire la queue au guichet dès la sortie du train.
Poisse quand tu nous tiens, la gare est bondée. Enfin, en même temps c’est Paris, les guichets sont TOUJOURS bondés.
J’ai attendu 45 min, quand même.
J’arrive, j’explique tant bien que mal la situation, la dame du guichet regarde les annotations de mes contrôleurs « anges gardiens » sur mes billets et là elle me sort la meilleure. Le petit truc en plus qui te fais te dire que la SNCF a fumé la moquette et se fout vraiment de la gueule des français en ayant choisi « à nous de vous faire préférer le train » comme slogan…
Et donc, d’après vous qu’est ce qu’elle m’annonce la gentille madame ?
Elle ne peut  changer mon billet parce que normalement on ne peut le changer que jusqu’à une heure après le départ prévu, mais surtout, petit détail qui fait toute la différence, qu’on doit le changer DANS LA GARE DE DEPART.
Donc en résumé si je veux changer mon billet, c’est pas à Paris Gare du Nord, mais à l’aéroport car c’est de là que mon départ était prévu.
Et comme j’ai jusqu’à une heure après l’heure de départ pour le changer, mon train étant prévu pour 14h, je devais changer mon billet à l’aéroport avant 15h.

Je lève la tête vers l’horloge, il est 14h45…………..
L’aéroport est à 35min……………..
Je viens de perdre plus de 45min à faire la queue à cette gare parce qu’on m’a dit de le faire alors que j’avais pour projet d’aller directement à l’aéroport……………….

J’hésite entre écraser un chien ou égorger une vieille.
(Oh c’est bon les puritains, laissez moi dire des horreurs, j’étais énervée quand même !!! )

En gros, j’avais perdu mon temps, la tune de mon billet retour et en plus je devais racheter un nouveau retour. Si ce puta*n de 2ème contrôleur ne m’avait pas dit de le faire la queue à Gare du Nord j’aurais eu le temps d’aller à l’aéroport changer ce foutu billet.
Cet imbécile fini ne connaît même pas les règles de la SNCF, ou bien alors il avait lui aussi envie de me faire chier et dans ce cas, lui aussi aurait dû demander l’adresse du blog pour aller au bout de son envie et se faire plaisir en lisant ces lignes.

 

Bref, pendant que j’étais dans le train Lille-Paris, Shoko m’avait demandé de parler au gens des guichets de Cathay Pacific (la compagnie aérienne avec laquelle elle rentrait au Japon) pour savoir comment faire avec la valise. Je me suis fais engueuler pendant tout le trajet par le gars parce qu’il ne m’entendait pas et que ça coupait (c’est quand même pas ma faute si ça capte pas dans le train, je bosse pas chez SFR moi) et il a fini par me raccrocher à la gueule.
Que c’est bon de se sentir respectée…
Ensuite Shoko me rappelle et me passe une autre femme de la compagnie qui me dit de laisser tomber, que la valise ne pourrait pas partir dans un autre avion mais que je pouvais aller me renseigner à l’aéroport pour envoyer la valise par Cargot, en tant que simple paquet.
Bien.

Je vous avoue que j’avais espéré rentrer à Lyon et essayer d’envoyer la valise le lendemain (je commençais à fatiguer, je me trimballais la valise dans toute la France depuis 9h le matin…) mais 1) Shoko voulait sa valise le plus vite possible car elle avait mis des produits frais dedans (et je ne vous cache pas qu’elle considérait que c’était de ma faute si on en était arrivé là puisque j’étais pas descendu du train au départ, donc je devais me racheter…) 2) si je l’envoyais de Lyon je payais le transport de la valise Lyon-Paris en plus. J’ai donc repris le RER pour l’aéroport (8 euros qd même…) me disant que j’allais envoyer la valise par cargot puis repartir enfin pour Lyon.
6h que je traînais cette valise, j’en pouvais plus. Elle était énorme, sans mentir.
Et pour compléter le tout, après avoir téléphoné à ma mère pour lui expliquer la situation,  la batterie de mon portable a décidé de prendre congé : j’étais coupée du monde. (Quand on a pas de chance, autant que ce soit dans les moindres détails, sinon ça perd de sa saveur).
Je suis arrivée à l’aéroport et j’ai demandé à une femme de l’accueil d’air France comment faire pour envoyer un bagage seul. Elle m’a conseillé l’entreprise « Bagage du Monde ».
Situé à l’autre bout de l’aéroport, bien entendu.
Je me traîne jusque là bas avec mon fardeau qui m’arrachait petit à petit la peau des mains avec tout le vice dont une valise est capable (car elles sont bien plus sournoises que nous le pensons, croyiez moi). J’explique ma grotesque situation et demande que faire à l’employée de l’entreprise en question. Celle-ci n’a même pas daigné sortir du bureau pour venir au comptoir, me parlait du fond d’une autre pièce la clope au bec (…) et je devais hurler pour me faire entendre au milieu de l’aéroport. C’est incroyable le sens du commerce des gens, et surtout leur conscience professionnelle.
Vive la France.

Bref je lui demande si je peux envoyer ma valise avec leur entreprise, et elle me dit que je dois lui montrer mon billet d’avion et mon passeport… … … ???
Elle a pas écouté ma fabuleuse histoire ou quoi ? C’était pourtant passionnant !
Je lui dis que je veux seulement envoyer la valise, que moi je voyage pas.
Alors elle me sort avec toute l’amabilité dont elle était capable que c’était tout simplement impossible d’envoyer une valise depuis l’aéroport, qu’ils ne prennent en charge que les bagages en surplus des gens qui ont un billet d’avion.
Cependant l’entreprise envoyait effectivement des bagages seuls mais il ne fallait pas s’adresser à se guichet là, mais à un autre bureau.

Bon.
Bien.
Soit.
é_è.

Elle me donne le numéro de téléphone pour que je puisse contacter le bureau en question.
Comme mon portable était HS, je traîne de nouveau ma valise jusqu’à une cabine d’où j’ai téléphoné avec ma carte bleue (je vous le déconseille ça débite fort) et je redéblatère un résumé de mon histoire. Je demande avec le plus de clarté et précision possible pour être SURE cette fois que OUI je peux envoyer cette valise de merde TOUTE SEULE à Nagoya.

Tel un ange, la gentille madame me dit comme si tout était facile dans la vie que c’est possible et m’explique en détail. Par chance (doit on parler de chance un jour pareil ?) j’avais tous les papiers nécessaires et consciente qu’envoyer une valise au bout du monde ne serait pas gratuit, j’avais prévu le coup entre temps en demandant à ma mère de déplacer de l’argent de mon compte épargne sur mon compte courant pour que je puisse financer l’envoi.
J’ai cherché le reste de motivation que j’avais en moi pour le faire, car en toute honnêteté, cette valise me sortait par les yeux et je voulais rentrer chez moi.
Je demande donc à l’employée où était situé leur bureau pour que je vienne apporter la valise… et là elle m’envoie le coup fatal.

 

Il fallait prendre le métro à… la Gare du Nord…

 

Mais… J’EN VENAIS !!!!!!!!!!!!!!

RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHH !!!!
BANDE DE BOIS-SANS SOIF !!! BOUGRES D’ECTOPLASME A ROULETTES !!! GIBIERS DE POTENCE !!!! ICONOCLASTES !!! SQUELETTES DE BABOUCHES !!!
PIEDS DE CHAISE TECHNOCRATES !!! ZAPOTEQUES !!! SARKOZY !!!
RAAAHHH !!!

Tonnerre de Brest, le capitaine Haddock qui sommeille en moi explose, se révulse, craque son slip et j’en passe.

En toute honnêteté, j’ai failli raccrocher le téléphone, pleurer, lâcher la valise là au milieu (ce qui aurait déclenché le plan vigipirate et pourri la journée de pas mal de gens, petite vengeance à prendre en considération), prendre le premier TGV pour Lyon et tout oublier sous ma couette en regardant La Petite Sirène un pot de glace à la main.


Après quelques secondes de découragement intense, je décide de relever le défi que ce freluquet de Dieu m’envoyait afin de lui montrer que non, j’étais pô une mauviette et que oui, je pouvais le faire.
J’ai donc repris ce monstre de valise que j’avais de plus en plus de mal à porter et j’ai repayé 8 euros pour repartir à Paris.
Une fois de nouveau à Paris Gare du Nord, j’ai payé pour prendre le métro qui me mènerait à ma destination finale et là j’ai pu apprécier le charme du métro parisien.
Quasiment que des escaliers, pas d’escalator. Ah bah oui, c’est un des plus vieux métro d’Europe, on peut pas avoir une capitale antique et pratique à la fois. Il faut choisir.
Mais quand on a une valise de 15000 kg, un moral au dessous de tout et la peau des mains arrachés, ben à ce moment là notre capitale historique et son vieux métro pourri pas aménagé, et ben on les hait. Tout simplement.
Pis alors, en bonne provinciale qui se respecte, je me sens obligée de préciser que de tous ces goujats (pour ne pas dire autre chose) de parisiens, y’en a pas UN qui m’a aidé dans les escaliers. Ah bah non. Pas une seule fois. Au contraire, je dérange messieurs les pressés de rentrer chez eux pour regarder le Bigdil, tu penses.
Sur tous les escaliers que j’ai dû escalader avec mon enclume, à part me faire incendier parce que je ne montais pas assez vite et cassait le rythme de la foule nauséabonde parisienne, y’en a pas un qui m’a aidé.
Ah si. Une vieille dame qui faisait la manche a vu que j’étais à bout de force et  m’a dit qu’un peu plus loin à gauche y’avait une autre sortie avec un escalator. Etonnée qu’il reste encore un peu d’humanité dans ce cruel 21ème siècle, j’ai vidé mon portefeuille et lui ai donné toute la monnaie que j’avais. Elle le méritait bien, à ce moment là j’aurais donné ma maison pour un escalator.
Et puis Dieu me le rendra.
…Ou pas.

 

J’ai vu qu’il commençait à être tard, et je me suis dit que ça commençait à sentir le roussi pour moi. Intuition…
J’ai donc commencé à cavaler dans les rues de Paris en poussant la valise (elle était tellement lourde, que même avec des roulettes je ne pouvais plus la tirer, la peau de la paume de mes mains étaient complètement arrachée).
Honnêtement, je devais avoir l’air d’une folle, en train de galoper à quatre pattes derrière ma valise.
Mais à ce stade, c’était le dernier de mes soucis.
Après hésitation dans les ruelles, je finis par trouver le petit bureau en question.
Elle fermait à 18h et j’ai poussé la porte en sueur à 17h55. Quand j’ai vu son visage quand j’ai passé la porte, j’ai vraiment eu peur qu’elle me refuse mais si ça avait été le cas, je crois que je l’aurais suppliée à genou. Où bien je l’aurais assomée avec la valise et écrirait mon blog de prison à l’heure qu’il est.
Mais elle se souvenait de mon appel désespéré depuis l’aéroport et m’a fait entrer pour envoyer le fruit de mes souffrances au pays du soleil levant.
Elle a pesé la valise… 30kg.
Quand même.
Une bonne grosse valise de 30kg que j’ai transporté dans la moitié de la France de 9h le matin à 18h… Pas mal comme exercice de muscu.
Soit dit en passant, je crois que Shoko peut me remercier parce que de toute façon, avec les limitations à 20kg, je ne sais pas ce qu’elle aurait fait de ses 10kg de surplus… Sachant que pour le Japon, un kilo supplémentaire, c’est 50 euros de frais (et si à l’époque je ne savais pas ce détail, maintenant je suis bien placée pour le savoir) alors 10kg… Faites le compte.
Bref, une fois n’est pas coutume, l’employée a été super sympa (je crois que vu mon état physique et psychologique, je devais faire pitié) et elle est restée avec moi jusqu’à 18h30 passé pour faire le dossier.
Et finalement j’ai pu envoyer mon fardeau de 30kg pour Nagoya.

Complètement lessivée je suis retournée dans un état second à Gare de Lyon. J’ai téléphoné à ma mère pour la rassurer et lui dire que j’en avais enfin fini et que je prennais le prochain train pour Lyon.
Il était 19h, et le prochain était à 20h. J’avais une heure pour manger et acheter un nouveau billet. Ah oui parce que je vous ai pas précisé !! Le matin en partant j’avais pas faim du tout et comme on était sensée arriver à 11h et quelque à l’aéroport j’avais dit que j’achèterais quelque chose en arrivant là bas… Mais avec tous ces événements et ben… niet.
Donc à 19h, je n’avais rien mangé ni même bu depuis la veille au soir. J’étais une loque. Un reste d’être humain.
Et d’avoir porté la valise toute la journée j’avais le nerfs du bras droit qui tremblait, ce qui avait le don de titiller mes nerfs au reste.
Je me suis posé pour manger un sandwich et histoire de sabrer la journée jusqu’au bout y’a un lourdaud qui est venu me brancher. Il m’a demandé d’où j’étais et comme y’avait des gens de partout et que j’étais trop fatiguée pour chercher un mensonge, j’ai répondu Lyon sans réfléchir. Evidemment, comme c’était ma journée, il venait de Lyon aussi alors ça l’a motivé encore plus pour me pomper l’oxygène… . Heureusement, lui prenait le train de 21h donc je ne me le suis pas coltiné dans le train aussi, seulement pendant l’heure d’attente. Mais vu mon état de nerfs c’était déjà pas mal cela dit. Il m’a demandé si on pouvait se revoir bla bla bla (remarquez l’originalité de la gente masculine quand ils chassent) et je lui ai dit que ce n’était pas vraiment possible.
Et voilà qu’il est parti dans un bad trip que je n’ai pas compris : « Quoi ? C’est parce que je suis Noir c’est ça ? T’aime pas les noirs ? » … Pfiou… Voilà que je me faisais taxer de raciste… La connerie des gens n’a donc aucune limite je crois. Donc pour avoir la paix j’ai dû m’inventer un copain mais il n’a pas trouvé que c’était une raison suffisante pour que je refuse de le voir et ne me lavait pas de tout soupçon de racisme. Alors pour être tranquille, j’ai changé de tactique et fait semblant de sympathiser, lui ai donné un faux numéro. Evidemment,  il a voulu vérifier que c’était le vrai mais grâce à Dieu (car ça lui arrive de faire des trucs bien des fois, Dieu) mon portable était toujours éteint faute de batterie. Je lui ai promis de le rappeler tout en me faufilant dans la foule.
Je croyais ma journée finie mais non, une fois arrivée dans le train j’ai eu l’immense joie d’être à côté d’une charmante lady qui buvait de la bière, rôtait à s’en arracher l’oesophage, a enlevé ses godasses et, bien entendu sinon c’est moins drôle, puait des pieds…
Mais warrior que j’étais devenu après mon stage intensif de survie d’une journée, je n’étais plus à ça près. J’ai mis la musique à fond pour ne plus l’entendre éructer et manger son sandwich comme un goret. Dernière technique de survie, mais pas des moindres, je me suis calé le nez sur la vitre, au dessus de la ventilation, loin de l’odeur âcre de ses arpions.

 

Quand j’ai revu Lyon, quand je suis arrivée devant mon appartement à la Part Dieu j’en avais les larmes aux yeux. C’est dans ces moments là qu’on comprend la phrase : qu’il fait bon de rentrer chez soi.
Quand je suis arrivée j’ai vu que Shoko m’avait préparé une surprise pour quand je rentrerais seule à Lyon, avec un cadeau et une lettre. J’ai pleuré.
Je n’ai même pas pu lui dire au revoir mais finalement j’ai eu ma séquence émotion quand même…
J’ai rassuré tout le monde par téléphone, puis j’ai dormi.

En une journée, j’ai perdu mon temps, ma colocataire que je considérais comme une sœur à l’époque, l’occasion de lui dire au revoir et merci pour tout, toute l’énergie que je m’étais refaite après avoir été malade plusieurs mois, et, une somme considérable d’argent pour une étudiante fauchée (pléonasme…)… 57 euros l’aller retour initial dont j’ai eu le retour dans l’arrière train, 37 euros pour un nouveau retour à Lyon, 16 euros de RER pour les allers retour à l’aéroport (pour rien en plus), les trajets en métro, les communications par carte bleue puisque je n’avais plus de téléphone, and last but not least, plus de 200 euros pour envoyer la valise à Nagoya.

 

Mais je suis contente j’ai appris plein de trucs… J’ai pu visiter l’aéroport ce qui m’a aidé dans mes voyages qui ont suivis.
Et moi qui à l’époque ne voyageait encore pas tellement et ne connaissais que peu la capitale, j’ai pu apprendre les lignes de métro et RER de Paris comme ma poche, retenir les modalités pour se faire changer son billet de TGV, les modalités pour envoyer des excédents bagages quand on a un billet d’avion, les modalités et les tarifs pour envoyer des affaires par Cargot sans billet d’avion, l’adresse des entreprises qui proposent ces services, que le TGV ne s’arrête qu’à une seule gare à Charles de Gaulle (et je peux vous dire que ça, ça me revient à chaque trajet en train là bas), qu’il ne faut pas écouter les conseils bidons des gens qui répondent sans savoir pour se débarrasser des conversations, que même professionnels les gens restent parfois incompétent (dédicace aux deux contrôleurs sympa mais qui ne connaissent rien à la SNCF finalement) et que si on part en voyage, il ne faut JAMAIS faire des valises impossibles à porter parce même en galère dans les escaliers, personne ne viendra vous aider.

 Comme on dit, les voyages forment la jeunesse… ^_^

 

Ce que je n’ai pas raconté dans la version originale de ce post que j’ai écris en juin 2005 mais que je peux vous dire maintenant, c’est qu’à l’époque je ne connaissais pas Paris et que j’ai tout de même eu un moment de faiblesse. Une fois arrivée à Gare du Nord pour la deuxième fois, je n’avais plus de force, ne sentait plus mes bras, mes mains me brûlaient et je ne voyais absolument pas où était situé la rue du bureau en question (hé oui, à l’époque pas d’Iphone et son GPS). Comme mon amie d’enfance, et pseudo meilleure amie (oui j’ai fais la gueule un temps après) , habitait à deux pas de Gare du Nord, je lui ai téléphoné depuis une cabine pour savoir si elle pouvait venir m’aider à porter le monstre et trouver le bureau. Et bien non, elle n’avait pas trop envie car elle avait prévu de voir une amie.
Ah.
Depuis ce jour là, j’ai aussi compris que même quand on était ami, il ne fallait pas trop se reposer sur les gens dans ce genre de situation. Elle aussi m’a bien fait comprendre que j’avais été conne de pas descendre à ce foutu arrêt, et que j’avais qu’à me débrouiller toute seule avec ma boulette, c’était mon problème. Donc maintenant, c’est ce que je fais, je me débrouille seule.

 

Ce que je n’ai pas raconté dans la première version aussi, c’est que pendant les 45min de queue à Gare du Nord pour changer mon billet de retour, j’ai un peu parlé avec la personne devant moi dans la queue qui m’a dit que pour avoir une poisse pareil, je devais peut être tenter ma chance aux jeux ou en amour.
Et comme j’étais dans ma journée à thème « conseil à ne pas suivre mais que je suis quand même », avec mon reste de batterie, j’ai envoyé un sms au garçon dont j’étais folle amoureuse depuis des mois à l’époque et lui ai fait ma déclaration.
Puis mon téléphone s’est éteint.
Quand je suis rentrée, j’ai rebranché mon téléphone, et la première chose que j’ai vu en l’allumant c’était sa réponse qui me disait qu’il aurait été très flatté de cette déclaration une semaine plus tôt et aurait certainement tenté l’histoire avec moi, mais qu’il venait de se trouver une copine et tombait amoureux.
Mauvais timing.

Quant à la suite de l’histoire avec Shoko… Quand je l’ai revu deux mois plus tard au Japon, j’ai très vite compris que je ne reverrais jamais mes 200 euros pour l’envoi de la valise.
Tout était de ma faute, et c’était donc ma responsabilité. Elle m’en a voulu de ne pas être descendu à Charles de Gaulle, et manifestemment quand elle a su que j’étais dans un autre train pour Marseille ça a été la cerise et elle m’a prise pour une demeurée. Bien que pour le coup c’était pas ma faute mais elle n’a pas semblé croire mon histoire de controleur abruti (avouons que la réalité dépasse parfois la fiction). Elle était d’ailleurs encore en colère de mes bêtises car à cause de moi, les produits frais qu’elle avait mis dans sa valise (fromages etc…) étaient arrivés foutus 5 jours plus tard.

Pourquoi ressortir cette histoire presque cinq ans après sur ce blog ?
Déjà parce que même si j’ai souffert ce jour là, le côté pittoresque à la Pierre Richard est quand même savoureux et qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. (Puis bon, quand on peut avoir une occasion d’insulter la SNCF, il faut l’exploiter !).
Et puis aussi parce que j’ai ramené à l’aéroport il y’a peu de temps un petit japonais qui m’a fait suer autant que cette foutue valise.
Et que quand le train est arrivé en gare de Charles de Gaulle, je me suis demandée, non sans une inexplicable nostalgie, ce que ça ferait de le laisser descendre, lui faucher sa valise et de partir avec  jusqu’à Lille ou Marseille… 

chien

La Magnifique Sonyan

Aucune information top sicrète sur Sonyan. Fouine !

17 Louanges

  1. hotarukali

    j’adore cette histoire! t’as trop dû morfler! t’as une poisse phénoménale. les gens sont cons.

    Sauf la dernière dame de l’agence. qu’on embrasse bien fort! lol

  2. Alice

    Ouais, la dame de l’agence, elle mérite un grand merci. Pourtant c’est pas non plus comme si elle avait donné un rein.

    Cette histoire reste gravée dans ma mémoire, et j’ai à nouveau autant rit et pleuré que la première fois. Je m’identifie trop à ton désespoir…

  3. Hotaru >> Tu n’avais jamais lu le post original ? Bon c’est vrai qu’en 2005 on se connaissait pas encore mais te connaissant…
    Et oui, les gens sont cons… -_-

    Alice >> Non mais c’est clair, c’est ça les français de nos jours, on les remercie et les embrasse bien fort pour faire le travail pour lequel ils sont payés correctement… lol
    Et j’avoue que même pour moi, le récit de cette journée est important, c’est pour ça que je trouvais triste de le laisser mal écrit à la va vite sur un blog mort depuis plus de trois ans. lol
    Par contre si je comprends que tu rigoles, je vois pas où tu pleures ? O_O
    lol

  4. hotarukali

    oh si je la connaissais mi amor, c’est même le premer post que j’ai lu de toi sur ton blog décédé! mais je m’en lasse pas!

  5. Ta Leslie

    Raaah mais putain… Ca c’est ce qu’on appelle une vraie journée de MERDE !… Tu t’en souviendras toute ta vie je crois ‘^^ quand tu raconteras ça à tes petits enfants vous serez tous pétés de rire xD
    Ta vie c’est un sacré roman quand même loool

  6. Hotaru >> Mi amor, toi qui est très va t’en guerre, tu seras ravie de savoir que tu es celle qui a posté le 300ème commentaire de ce blog ! Félicitation !

    Ma Leslie >> Oui, quitte à avoir des journées de merde, moi j’y vais jusqu’au bout, je fais pas dans la demi mesure. 🙂
    Mais bizarrement c’est devenu un bon souvenir, c’est tellement grottesque comme histoire, XD

  7. Alice

    C’est une bonne chance que ça devienne un bon souvenir parce qu’à la base c’était plutôt mal parti…

    Je pleure d’énervement, là où toi tu as pleuré ce jour là… Et puis quand je ris à ne plus pouvoir respirer (merci à mon rire horrible) je suis toujours proche des larmes ^^

  8. Alice >> Oui, au final je comprends pas trop pourquoi c’est devenu un bon souvenir car j’en ai chié. C’est juste…drôle. Le coup du train pour marseille, ou de devoir retourner à Gare du Nord… lol C’est tellement con, on dirait une blague. lol

  9. Tu n’imagines pas comment j’ai pu rire de ta malchance là ! C’est pire que viedemerde.com ! T’as bien eu du courage ce jour là x’)

  10. wenrah974

    Waouh !

    J’ai bien rigolé, mais c’est affreux !

    le métro et Paris, ça me fait penser que j’ai fais la description à un Vietnamien (celui qui ne regarde jamais les dessins animés), de Paris et du métro, parce qu’il m’avait soulé en me sortant d’une manière formelle que Paris c’est romantique, les garçons étaient romantiques, ben ça donnait pas envie d’y aller ma description. Et lui, qui croit tout savoir mieux que tout le monde me croyait presque pas, (bon c’est vrai, j’ai jamais mis les pieds à Paris, même pas en métropole, l’année prochaine normalment), mais j’ai des sources sûres.

    • wenrah974 >> Même si c’est affreux, cette journée est un « bon souvenir » donc je me devais de l’immortaliser. Sinon Paris est considéré comme ville la plus romantique du monde dans beaucoup de pays, beaucoup d’étrangers ont cette vision là 🙂

  11. Claire

    la vache je lis ça maintenant moi XDDD et j’ai trouvé ça tellement vache que j’ai eu du mal à le lire tellement j’me suis mise à ta place et eu envie de crier très très fort XD

  12. Aurélie

    Parmi les liens de ton dernier post (apybeurzday! posts, geeks and rock&roule !), j’ai choisi le plus marrant pour découvrir ton blog, hébeh !

    J’ai déjà eu des journées maudites (je pense qu’on en a tous) mais pas à ce point, c’est du haut niveau XD !

    C’est sûr qu’à la fin, c’est une bataille à raconter ^^, ça me fait penser que j’aurais dû les noter, ces journées d’enchaînements catastrophes qui nous tombent dessus. Mon bourreau number one reste la sécurité sociale, pour l’instant indétrônable même face à notre célèbre limace sur rails ! Je hais les administrations.

    ^w^

  13. Smalltie

    J’ai découvert ton blog aujourd’hui (enfin hier puisqu’il est 6h du matin) avec ton merveilleux récit de stage et je ne sais pourquoi, j’ai tenté la lecture de celui-ci avant de sombrer dans les bras de Morphée… Tu me rappelles ma copine, Taïwanaise à qui il est arrivé un GROS problème de transport (aérien pour le coup) très similaire mais au Japon et ceci par deux fois!
    J’adore te lire et je recommande déjà ton article sur le stage chez PQflex à mes collègues japonisant de Lyon 3 😉
    Du courage pour la suite!

  14. Un seul mot me viens à la lecture de récit : EPIQUE !

    • Avouez qu’il serait difficile de me surpasser, j’ai mis la barre très haut !

  15. ENORME !!! J’ai souri j’ai ri & mm ressenti ton désarroi… Quelle histoire ^^

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