Mes histoires d’A. – Partie 1

EDIT : A la base, j’étais censée n’écrire qu’un seul article. Mais en me replongeant dans mes souvenirs, je me suis un peu emballée et l’article est beaucoup trop long. J’ai donc décidé de le couper en deux. Cette partie, qui parle d’un passé révolu et oublié et de choses qui ne me touchent plus, et une seconde qui viendra juste après, un peu plus sensible.

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Cela fait plusieurs fois mois que j’hésite à écrire cet article.
Que ça me fait vraiment peur, même.
Peur parce que je vais être obligée de me mettre à nu une nouvelle fois, et m’exposer au regard des autres sur plusieurs sujets qui divisent.
Peur parce que je sais qu’une fois en ligne, je ne pourrai plus contrôler qui lit ou non.
Peur que des cons pensent qu’à partir du moment où je témoigne d’une chose sur internet, cela leur donne de me donner leur avis sur ce qu’ils auraient fait à ma place.
Peur que ça me force à penser à des choses que j’aimerais oublier à jamais.

Bref, si vous croyiez que je ne pourrai jamais écrire d’article plus intime que ce que j’ai déjà pu faire avant, vous vous trompez.

Je pourrais tout aussi bien ne rien écrire.
Mais j’en ai besoin. Pour moi. Pour avancer dans mon processus d’acceptation. Parce que les mois passent et que je me repasse les événements en boucle.
Je l’écris un peu aussi pour les personnes qui seront dans le même cas que moi et qui auront peut-être besoin de lire une expérience similaire pour ne pas se sentir seules.
Et aussi parce que j’ai envie de crier scandale au monde entier et faire la révolution, et que cette petite page perdue au beau milieu d’internet en sera la maigre contribution.
Concrètement, il n’y a que la dernière partie de cet article que je pense importante de partager et de faire savoir, le reste ne regarde que moi.
Et pourtant, pour en arriver à cette dernière partie, je vais vous raconter plus de 10 ans d’histoire.
Un bon gros pavé des familles.
Parce que la vie et les décisions qu’on prend ne sont qu’une suite de causes à effets, tous plus intimement liés les uns aux autres qu’on ne veut bien le croire.
Parce que pour comprendre comment j’en suis arrivée là, il faut un contexte.
Et puis parce que quoi qu’il en soit, je suis une conteuse d’histoires. Et que généralement si vous me suivez depuis longtemps, c’est que vous aimez bien ça.

Unpretty

I wish I could tie you up in my shoes
Make you feel unpretty too

Ma vie amoureuse a commencé tard. Très tard.
Trop tard.

Enfin il n’y a pas d’âge pour commencer sa vie amoureuse, tant que c’est choisi.
Mais quand c’est subi, 25 ans c’est très long et pesant, je vous assure.
Les gens autour de vous commencent déjà à faire des bébés et se marier, et vous, vous avez encore jamais marché main dans la main avec quelqu’un.
Et puis au bout de quelques années, tout le monde finit par poser des questions.
« Mais tu es jamais sorti avec quelqu’un ? », « Hein ? T’es toujours vierge ?!!! T’attends le mariage ou quoi ?» sans parler de mon médecin généraliste de l’époque, choquée que je ne sois pas sexuellement active à 22 ans, qui m’avait dit avec grand tact :
« Non mais si vous êtes lesbienne, y’a pas de honte, vous pouvez me le dire.
– Non, je ne suis pas lesbienne.
– Mais vous êtes toujours vierge, quand même. Vous savez, je ne vous jugerai pas, vous pouvez me le dire. »

Merci de me faire comprendre que si passé un certain âge, je suis toujours vierge, c’est louche et que la raison c’est forcément de ne pas aimer les hommes.
Si j’aimais les femmes, je te le dirais, connasse ! Mais je ne suis qu’une hétéro pas foutue de se trouver un mec, quel est le problème ?!

 L’enfer, c’est les autres, vraiment.

Si vous êtes du genre à faire ces réflexions aux gens qui n’ont personne, sachez deux choses : soit c’est par choix et ça ne vous regarde pas, soit ce n’est pas par choix et du coup ça fout déjà assez les boules au quotidien pour qu’on n’ait aucune envie de justifier sa misère affective auprès des autres.
Dans les deux cas, la fermer me paraît le choix le plus judicieux.

 Pourtant, si je devais m’amuser à le justifier, il y a mille raisons qui expliquent ce « retard ».

Déjà, j’étais énormément complexée et persuadée qu’on ne pouvait pas m’aimer.
Obèse depuis l’âge de 4 ans, au régime depuis l’âge de 6 ans, j’ai un peu grandi dans l’idée que les gros n’étaient pas beaux, pas désirables et indignes d’être aimés.
Et j’y ai cru jusqu’à il n’y a pas si longtemps.
J’y crois d’ailleurs encore malgré moi quand cela me concerne personnellement… Alors que j’ai aucun mal à le concevoir pour toute autre personne que moi, et que je trouve de nombreuses personnes en surpoids magnifiques et désirables. Je n’arrive juste pas à me l’appliquer à moi-même.
Difficile de défaire un programme qu’on m’a foutu dans le crâne enfant et qui a conditionné toute ma vie.
A cause de cela j’ai eu longtemps tendance à m’excuser de vivre, à ne pas croire une seconde que j’avais ma chance avec untel car j’avais le cul de la taille du Brésil, et à me transformer en meuble en la présence du garçon qui me plaisait.
Si quelqu’un me faisait un minimum d’effet, j’aurais pu mourir de honte d’être ce que je suis, et je changeais complètement de personnalité.
Je ne disais plus un mot, isolée dans un coin et silencieuse.
C’est sûr que ça ne donne pas envie.

Ajoutez à cela qu’à peine entrée à l’âge adulte j’ai eu une maladie qui consiste à chier liquide toute la journée et que ça n’aidait pas à me sentir plus glamour.
Et enfin, last but not least, parce que j’ai été victime d’attouchements pendant ma jeune enfance, puis abusée une autre fois à l’âge adulte et que ça a un peu ruiné le game de la séduction dans ma tête.

Et là vous vous dites, « Putain Sonyan, elle enchaîne. Obésité, anorexie, boulimie, maladie intestinale, dépression… Et maintenant elle nous balance l’air de rien qu’elle a été victime d’abus sexuels. ».
Eh bien figurez-vous que ça n’a strictement rien d’étonnant.
C’est même un cas relativement classique.
Ce n’est pas que je suis maudite et que j’enchaîne la malchance, c’est que tout ou presque est lié.
Bien souvent, on retrouve ce schéma :
Abus → Mal-être et mauvaise relation à son corps → Dépression & prise de poids → complexes → Régimes draconiens →Anorexie → Frustration → Boulimie → Grosse Merde Généralisée.

C’est cliché à pleurer, je vous assure.

Bref, je ne vais pas m’étendre sur ce que j’ai vécu parce que je n’en éprouve pas le besoin (un long travail a déjà été fait avec ma Psy affectueusement renommée Jiminy Cricket et j’ai fait la paix avec moi-même de ce côté là) mais plutôt sur ce qui en a résulté car le cerveau humain est une bien drôle de machine et que j’ai mis des années avant de comprendre ce qui clochait chez moi.

Jusqu’à l’adolescence, je n’ai pas souvenir que mes mésaventures aient énormément influencé ma façon de vivre. J’avais des souvenirs flous de ce qui m’était arrivé à un âge où je ne pouvais pas comprendre, et je prenais bien soin de les laisser très loin au fond de ma tête et de ne surtout pas les analyser.
J’avais des petits crush, mais ils avaient tous le même profil : le garçon inaccessible que je ne connaissais pas.
Il était mignon, je l’avais croisé dans les couloirs, il était populaire (on aurait été aux Etats-Unis, il aurait certainement été capitaine de l’équipe de football) et il n’avait aucune idée de qui j’étais.
Je pouvais le fantasmer à loisir sans jamais prendre le risque de l’approcher ou de lui parler, c’était une zone très confortable pour moi.
Je vivais mon amour platonique – parfois en pleurant toutes les larmes de mon cœur d’être moche et pas assez bien pour l’approcher – pendant un an ou deux, jusqu’à ce qu’un autre crush inaccessible prenne la relève.
Ainsi j’ai vécu mes années collège ou lycée, quand autour de moi mes amies vivaient leurs premiers flirts et histoires d’amour.

Puis, une fois arrivée à l’âge adulte, les choses se sont compliquées.
J’avais développé une aversion inexpliquée pour les hommes… qui ressemblaient à des hommes.
Il faut dire qu’ils avaient changé. Fini la puberté.
Ils étaient grands, ils étaient parfois musclés, avaient une grosse voix, souvent la zizouille en folie et des idées derrière la tête pas très catholiques. Et même parfois pire : DES POILS.
Messieurs, autant vous dire que si vous aviez de la moquette sur le torse, c’était mort et enterré pour vous. Direct en prison, sans passer par la case départ et sans toucher les 20000 francs.
Puissiez-vous être Brad Pitt.

La palette des personnes qui pouvaient m’attirer physiquement s’est drastiquement réduite en quelques mois, sans que je ne comprenne pourquoi.
Il m’arrivait de craquer sur un bel homme fort et viril… Mais toujours dans ma télé.
Mais «en vrai », ça me dégoûtait pour une raison que je n’arrivais pas à analyser.
Ou alors une personne me plaisait, mais dès que je sentais que je lui plaisais aussi (ce qui était super rare, je ne le cache pas), je fuyais, paniquée.

A 19 ans, je commençais déjà à très mal vivre le fait de n’avoir jamais eu de copain et me sentir terriblement anormale.
Puis je vis enfin mon premier baiser. Un baiser volé en soirée, qui m’a à la fois soulagée que cette étape soit enfin validée, puis m’a fait pleurer et me sentir sale pendant des jours sans que je ne comprenne pourquoi j’avais une réaction aussi violente pour un bisou.

J’ai longtemps pensé à cette histoire de premier baiser et de pourquoi je l’avais aussi mal vécu alors que le garçon en question ne me déplaisait pas.
Je me suis posée beaucoup de questions.
Je me suis notamment demandé quelques temps si j’étais attirée par les femmes. Auquel cas, j’étais tout à fait prête à vivre mon homosexualité, tant que je pouvais enfin comprendre comment je fonctionne.
Mais non, ce n’était pas ça non plus.
Les femmes ne m’attiraient vraiment pas du tout.
J’ai donc continué à m’enticher de garçons lointains et inaccessibles où la question de passer aux choses concrètes ne se posait pas, jusqu’à entrer en fac de Japonais.

J’ai commencé le Japonais comme beaucoup de personnes de la génération Club Dorothée : attirée par les animés, mangas, jeux, dramas puis finalement la culture et l’histoire en général.
Et une fois en fac à Lyon, où il y avait beaucoup d’étudiants en échange, j’ai eu une révélation.
Pour moi, les Japonais étaient un très bon deal.
Ils étaient souvent plutôt fins, plutôt androgynes, pas poilus… Des hommes qui physiquement n’avaient pas grand chose du bûcheron, et donc pas l’air bien dangereux.
Et ils avaient une culture de la drague extrêmement passive, voire étaient très timides avec les demoiselles, donc je ne me sentais pas agressée.

Evidemment, ce sont des clichés plutôt basiques et ces réflexions n’ont rien de rationnelles, c’était purement inconscient. Il y a des agresseurs sexuels partout, et le Japon est tristement bien classé dans sa catégorie.
Et puis il y a des Japonais très costauds et poilus (si si, allez voir le cliché des hommes de Kyushu).

Bref, là n’est pas la question, je n’étais même pas consciente de fonctionner comme ça. Je ne m’en suis rendue compte que bien plus tard, quand j’étais à la recherche de l’origine de mes dysfonctionnements et que j’ai commencé à analyser mes réactions.

Donc, vers 20 ans, j’étais persuadée d’avoir trouvé mon type de mecs et la réponse à tous mes problèmes : en fait, j’aimais les Japonais, voilà tout.

Mais bon, comme je l’ai déjà souligné dans mon article sur les TCA, pour une majorité de Japonais, les grandes gigues d’1m75 pour 100 kilos, c’est pas trop le délire, m’voyez.
Et puis j’ai été malade.
Et puis pendant mon année à Osaka, il y a eu des flirts mais j’étais toujours complexée, j’avais toujours cette tendance à fuir sans compter que je ne comprenais pas bien comment fonctionnaient ces foutus Japonais donc…
J’étais contente d’arriver enfin à avoir des histoires de flirts, à être invitée à mes premiers « date » et d’avoir des ouvertures mais rien qui ne ressemble à une vraie histoire d’amour…
Et l’année est passée vite, sans que rien de concret ne se produise.

Comme le projet était de revenir au Japon par la suite, que j’étais persuadée que je n’avais aucun avenir amoureux en France, que mon embonpoint était le dernier frein à une vie amoureuse digne d’un conte de fées et tout plein d’autres croyances que je trouve complètement connes et stupéfiantes à souhait aujourd’hui… Pour ces raisons et pour d’autres, je me suis mise au régime pendant plus d’un an.

A l’anniversaire de mes 25 ans, j’avais perdu près de 50 kilos, je me trouvais pas trop moche, je croyais savoir quel était mon type d’hommes, mon statut d’Européenne au Japon me rendait spéciale et « kireiii » sans que j’ai besoin de ne rien faire et je me sentais enfin prête à entrer sur le marché de la drague.

Mes Histoires d’A

Les histoires d’A, les histoires d’A,
Les histoires d’amour finissent mal, en général.

Vous m’en direz tant.

Commencer sa vie amoureuse environ 10 ans après tout le monde, ce n’est pas seulement problématique à cause du complexe qu’il génère.
Il est aussi dévastateur dans le sens où on se retrouve avec la mentalité sentimentale d’une adolescente quand on est déjà une adulte prête à entrer dans la vie active.
On approche de la trentaine, on finit de longues études, on vit seule et on est autonome depuis l’âge de 19 ans, on s’est expatrié depuis l’âge de 22 ans… Et pourtant en amour, on en connaît pas plus que les teen movie qu’on a vus (en boucle parce qu’on aime ça) à la télé.
Ce décalage entre votre maturité dans la vie de tous les jours et la naïveté et l’ignorance qu’on peut avoir dans le domaine sentimental, vous donne l’impression d’avoir un dédoublement de la personnalité, je vous assure.
On a beau lire, regarder ou écouter les histoires des autres, rien ne vaut l’expérience pour mûrir.
Et l’air de rien, les amours de jeunesse, ça vous forge.
Ça vous apprend comment ça marche, ça vous apprend ce que vous voulez et surtout ce que vous ne voulez pas.
Et quand on survole toutes ces étapes pour arriver à un âge où les gens commencent à se caser sérieusement, on a l’impression d’être un gamin de 12 ans qu’on vient de mettre aux commandes d’un train à grande vitesse lancé à toute allure.
C’est aussi un problème dans le sens où après toutes ces années de solitude, on a l’impression d’avoir un creux dans le cœur grand comme un puit sans fond. On est assoiffé d’amour et d’attention, ce qui amène encore deux autres facteurs qui facilitent l’échec :
1) On a tellement besoin d’être enfin aimé et on a tellement peur de retourner à sa traversée du désert qu’on se contente de peu et qu’on se laisse volontiers marcher dessus, pour peu de recevoir un geste tendre en récompense.
2) Les personnes qui ont trop besoin d’affection ont tendance à faire fuir.

Ajoutez à cela que j’étais une Européenne fleur bleue au Japon…
La proie facile en somme.
Pour résumer parce que ça ne vaut pas vraiment le coup qu’on s’y attarde, toutes mes premières histoires, ce sont juste des Japonais qui se sont foutu de ma gueule. En gros.
Ils voulaient essayer de « monter le cheval blanc » (comme on dit très élégamment en Corée), et quand ils ont fini par réussir, parfois en y investissant plusieurs mois de séduction, ils ont disparu dans la nature ou sont allés voir ailleurs.
Le seul qui a été sérieux avait de gros problèmes psychologiques, était sous médicaments, pétait régulièrement des câbles et me faisait du chantage au suicide (jusqu’au jour où j’ai appelé les urgences pour aller chez lui alors qu’il était pépère devant la télé, ça l’a calmé).
Je n’étais pas habituée à plaire, je prenais ça pour un miracle à ne pas gâcher quand ça m’arrivait, et même quand ça sentait le sapin à plein nez, ben j’y allais quand même parce que « je pouvais peut-être me tromper » et que les choses pouvaient peut-être s’arranger.
(Vous allez voir au fur et à mesure de ce post que j’ai souvent pensé ça, et que ça a TOUJOURS été une connerie.)

Donc voilà, je prenais sur moi même quand la personne ne prenait pas soin de moi, dans l’espoir que ça marche. Et puis aussi parce que c’était le seul modèle que j’avais eu en grandissant et qu’inconsciemment je pensais que fermer sa gueule quand l’autre vous prenait pour une buse, c’était normal.  Alors je me laissais volontiers piétiner et faisait  de mon mieux pour pouvoir être aimée de la personne.
Pour 1 semaine, 1 mois, 3 mois d’illusion. Rarement plus.
Puis ramasser mon cœur à la petite cuillère car à un moment donné, j’y avais quand même bêtement cru. Retourner dans le célibat de 6 mois à un an, le temps d’y croire un peu de nouveau, jusqu’au prochain connard.

Mon dernier petit ami Japonais, en 2011, pour être sûre de ne pas me faire avoir et qu’il était bien sérieux, je l’ai fait attendre presque 5 mois.
Une histoire à la japonaise. Rencontré en groupe à la fin de l’été, on se revoyait régulièrement à sa fac, en groupe ou à deux où il ne se passait rien de concret. Juste pour apprendre à se connaître, s’envoyer des messages, se téléphoner parfois.
Puis une déclaration un soir de Noël, se dire oui et devenir officiellement un couple… Tout ce cirque pour se faire plaquer 1 mois plus tard (on s’est revu deux fois quoi) car le gars « est trop occupé » et n’a finalement pas le temps d’avoir une petite amie.
…Putain mais comment ça marche le couple sérieux ? Non parce que manifestement, je fais tout de travers pour que ça finisse toujours en eau de boudin comme ça.
Mieux : Le mec me recontacte trois mois plus tard car il a décidé de devenir host pour se faire un peu d’argent, et me propose de se revoir au club si ça me dit toujours.
LE MEC PARIE SUR MON DESESPOIR DE FILLE PLAQUEE, DANS LE SOMBRE BUT DE SE FAIRE DE LA THUNE SUR MON DOS !
Le pelo a cru que j’allais PAYER pour pouvoir passer du temps avec lui.
Dommage que c’était des SMS, sinon je lui aurais volontiers craché au visage.

Bref, Sonia, à peine trois ans dans le monde de l’amour, elle n’y croit déjà plus du tout.
Vraiment, à ce moment-là, je me sens plus désespérée que jamais.

Ajoutez à cela que c’est l’année où mes TCA ont commencé à devenir sévères, que j’avais travaillé pendant un an dans l’événementiel dans une boite qui me prenait pour son esclave, que j’avais peu d’amis, qu’il y avait eu le tremblement de terre et tout ce qui s’en suit, que j’avais quitté mon job pour finir par graver des putains de bout de bois pour un salaire de misère avec mon bac +5…
Bref, à part mon expérience dans l’événementiel, je vous ai déjà écrit tout ça dans mes blogs précédents donc vous savez. Ou vous avez oublié, auquel cas ça vous fait de la lecture dans les transports en commun ou aux toilettes.
Bref, c’était pas la période la plus heureuse de ma vie.

2012 s’est déroulé dans la misère affective la plus totale et je le vivais vraiment extrêmement mal.
Et c’est là que je l’ai rencontré.
Je vous en avais déjà un peu parlé il y a cinq ans dans mon post sur les TCA et pour un voyage qu’on avait fait ensemble, un Monsieur Catastrophe comme moi.

Pour cette histoire, nous allons l’appeler Mister Sweet Face.
Parce qu’il avait une petite gueule d’ange qui inspirait tout de suite confiance, le scélérat.
Mr Sweet Face était originaire de Corée du Sud. Il était arrivé en visa vacance travail au mois d’octobre, et je l’ai rencontré dans le cadre d’un espèce de groupe de volontariat.
Désoeuvrée et pleine d’empathie avec les petits nouveaux arrivés au Japon, j’aidais à mes heures perdues les étrangers fraîchement débarqués sur le territoire nippon à ouvrir un compte en banque, écrire un CV Japonais, chercher un travail et autres trucs relous quand t’y connais rien.
Bref, éviter à d’autres les galères de débutants que moi je me suis tapé.
Les volontaires et les nouveaux arrivés se rencontraient le jeudi soir à Ebisu, et après un petit échange linguistique, on abordait les petits soucis de fond (me demandez pas, c’était y’a 6 ans, je n’ai aucune idée si ce groupe existe encore).
Et mon Mr. Sweet Face, c’était le champion toute catégorie.
Complètement à côté de la plaque, il enchaînait les mésaventures (comme ne pas comprendre sur son contrat de logement qu’il devait payer plusieurs caution, flinguer toutes ses économies dans son emménagement et se retrouver sans rien) et je m’occupais de lui montrer comment faire un CV et chercher un petit boulot.
On s’écrivait de temps en temps via messagerie, souvent pour échanger les nouvelles et voir si sa situation avançait.
Et puis au bout de 3 semaines, il a fini par décrocher un boulot et m’a dit qu’il tenait à m’inviter à dîner avec sa première paye pour me remercier de mon aide et ma patience.
On a continué à discuter via messagerie pendant tout le mois, et fin novembre, il a reçu sa première paye et a tenu sa promesse en m’invitant à sortir.
On a mangé, et ensuite on a passé 5 heures à discuter, comme dans les films, genre le temps s’arrête et il ne reste plus que nous deux, seuls au monde.
Ajoutez à cela les néons des décorations de Noël un peu partout, son sourire d’ange et son côté un peu plus spontané que les Japonais…
A la fin de cette soirée, j’étais éperdument amoureuse de ce garçon qui allait devenir le premier homme véritablement important de ma vie.

On s’est revus, et puis un soir où il m’avait raccompagnée à la station de train, il m’a fait comme dans les dramas à l’eau de rose et m’a embrassée.

Et là, vous m’aviez définitivement perdue. Il n’avait à ce moment aucune idée du pouvoir qu’il avait sur moi, mais j’étais sentimentalement l’esclave de ce mec.
Evidemment, je m’en suis mordue les doigts plus tard et je n’ai plus jamais abandonné mon cœur comme ça à quelqu’un ensuite.
Mais ne brûlons pas les étapes de l’histoire.

Je pense que Mr. Sweet Face est le premier garçon avec qui je suis sortie dont je suis tombée désespérément amoureuse et avec qui ma première fois a été un pur moment de bonheur.
L’expérience qui m’a réconciliée avec l’idée que le sexe est un moment d’amour et de partage, et pas un moment pour faire plaisir à l’autre ou un moment d’angoisse intérieure parce qu’on se demande si la personne va pas encore disparaître ensuite.
Bref, c’était le début de ma première grande histoire d’amour.
Et pourtant, dès le départ, il s’est passé quelque chose qui aurait dû y mettre fin et que quasiment personne ne sait.

Au bout d’un mois ensemble, j’étais persuadée qu’il me mentait et allait voir ailleurs.
Et il faut le savoir, j’ai un radar pour ça. A chaque fois que mon sixième sens m’a dit « lui il va voir ailleurs», ça s’est vérifié, que ça me concerne ou non. Y’en a ils ont un gaydar, moi j’ai un cocudar.
Le moindre signe me met la puce à l’oreille, j’ai clairement raté ma vocation de détective.
Cette certitude me rendait dingue, m’empêchait de dormir… Pourquoi lui ?
Pourquoi lui aussi ? Pourtant ça marche super bien ?!

Après Noël, je n’avais plus aucun doute et j’ai décidé de le mettre devant le fait accompli et exigé la vérité.
Une longue discussion s’en est suivie où il m’a avoué avoir effectivement quelqu’un d’autre.
Son excuse a été que c’était une personne qu’il avait commencé à voir « comme ça » à son arrivée et qu’il m’avait rencontrée ensuite. Mais que ce n’était que le début de notre relation, qu’il ne savait pas si c’était vraiment sérieux, et que du coup il avait continué…
Mais qu’il voyait que lui et moi ça commençait à devenir vraiment sérieux et qu’il s’apprêtait à y mettre fin.
La Sonia de 2018 lui aurait répondu « va te faire cuire le cul » et serait partie la tête haute.

Celle de début 2013 avait moins d’amour propre, était folle amoureuse de ce type et était terrifiée à l’idée que ça se termine. Elle se disait aussi que peut-être que c’était possible qu’il ne sache pas vraiment ce qu’il en était entre nous, qu’on peut se tromper au début.
Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis que c’est dingue que j’ai réussi à le pardonner, mais bon, on ne réécrit pas le passé. J’avais envie de croire à sa bonne foi et à sa petite gueule d’ange qui se proclamait innocent de mauvaise intention.

On a donc fait table rase et recommencé du début.
Il m’a officiellement fait une déclaration et demandé d’être sa petite amie, comme dans un shojo pas très original, et on est repartis de zéro.
Evidemment, déjà que je souffre beaucoup d’insécurité, ça n’a pas été facile pour moi de retrouver confiance en lui, mais il a tout fait pour montrer patte blanche et me prouver qu’il était sincère.
On habitait à seulement quelques stations, on se voyait quasiment tous les jours et surtout je n’avais jamais vécu une telle communion avec quelqu’un.
Ça c’est un truc que je pourrai jamais lui enlever, nos discussions jusqu’à pas d’heures et nos fous rires.

Deux mois plus tard, on a pris la décision un peu radicale de vivre ensemble.
Concrètement, je n’aurais jamais fait ça aussi vite en temps normal, mais là, la situation nous arrangeait tous les deux.
On était tous les deux assez isolés, sans famille et avec peu d’amis. Il avait un loyer un peu cher pour lui, et moi ma coloc était partie et j’assurais depuis 4 mois le loyer de deux personnes seule, avec une chambre vide dans l’appartement et un salaire au ras des pâquerettes.
Autant pour l’un que pour l’autre, c’était économiquement plus facile, et fini de se soucier des derniers trains ou de nos horaires difficiles pour se voir.

C’est la seule personne avec qui j’ai vécu en couple à ce jour et je n’en garde que des bons souvenirs.
On allait se chercher mutuellement à la gare quand l’un rentrait tard du travail, on allait faire les courses ensemble, on discutait jusqu’à pas d’heure assis sur le balcon, on regardait des séries en faisant des drinking game (un shot à chaque fois qu’un frère Winchester crève et ressuscite dans Supernatural), on faisait des jeux avec des gages (et c’est ainsi qu’il a fini par aller m’acheter un jus de fruits en slip dans la rue un beau soir)… On avait une tirelire où on mettait toutes nos pièces de 500 yens, et quand elle était bien lourde, on la cassait pour partir en voyage quelque part au Japon ou se faire une journée spéciale.
On est parti à Hokkaido comme ça, on est allés à Disneyland, on a fait une journée à Yokosuka sur les traces de la vie de Hide… Son école, là où il avait fait son baito, son disquaire préféré etc… Puis on s’est perdus et quand on est arrivés au cimetière pour se recueillir sur sa tombe, le cimetière venait de fermer et il m’a fait grimper la barrière pour entrer par effraction ( ! ). On avait eu le cimetière et la tombe de notre idole de jeunesse pour nous tout seuls au soleil couchant, perdus au milieu de la cambrousse japonaise. Et ensuite on avait entendu un chien, on ne savait pas si c’était celui d’un potentiel gardien et on avait couru comme des lapins en se cachant entre les tombes pour se sauver.
On en avait pleuré de rire dans le bus retour.
Il m’a fait regarder des films d’horreur et a regretté ensuite car je n’ai rien dormi pendant trois mois et que j’étais invivable. On allait au karaoke, au restau, se balader dans des parcs, faire du pédalo, il me cuisinait coréen, je lui cuisinais français…
Rien de vraiment exceptionnel peut-être, juste une vie de couple normale. Mais c’était tout ce que j’avais eu de plus précieux dans ma vie. Quelque chose de simple, avec beaucoup de rires et de complicité.
On se disputait parfois, mais rien de très grave. Sans mauvais foi, il me faisait parfois des caprices pour rien, et comme j’étais beaucoup plus bonne pâte qu’aujourd’hui, je le laissais faire ses caca nerveux quand ça lui prenait. Et puis ça passait très vite, et on retrouvait notre complicité.
On vivait un peu reclus sur nous-même et on regrettait parfois de pas avoir un groupe d’amis pour partager nos conneries, mais on s’en accommodait.
Ma mère était venue me voir et l’avait rencontré. Comme toutes les personnes qui ont rencontré Mr. Sweet Face, elle l’avait beaucoup apprécié.
Lui-même tenait à me présenter sa famille, dont sa grand-mère. On était partis en Corée durant l’été pour me présenter officiellement.
Bref, tout était beau et sans nuage sous le soleil levant.
En apparence.

Stupid Liar

Liar, liar, stupid liar liar liar liar

Bref, vous vous doutez bien qu’il y a eu un jour où tout s’est écroulé comme un chateau de cartes, sinon aujourd’hui je serais sûrement mariée avec des enfants quelque part en Corée, à fabriquer mon propre kimchi.
Comment vous amener la chose avec autant de stupeur et de dégoût qui ont été les miens quand le patatra a eu lieu ?
Je vais faire de mon mieux.

Bref, comme vous le savez si vous me lisez depuis longtemps, l’idée me trottait dans la tête de quitter le Japon pour aller parcourir l’Australie.
On en avait longuement parlé avec Mr. Sweet Face qui n’était pas fan du Japon du tout, et à qui l’idée de l’Australie l’emballait bien.
Par chance, le visa vacance travail existait aussi pour les Coréens. On aurait donc pu partir ensemble et vivre cette nouvelle grande aventure à deux.
A ce projet, il y avait pourtant deux problèmes majeurs :
1) Nous n’avions pas d’argent.
2) Il ne parlait pas un mot d’anglais et n’avait aucun diplôme.

Concernant le premier problème, pour lui, il lui semblait impossible de faire des économies au Japon.
Concrètement il aurait pu, mais le pays commençait à lui sortir par les trous de pif, il ne supportait plus ses collègues et n’avait aucune envie de faire des heures supplémentaires. Quant à chercher un autre job à quelques mois de partir, il n’en avait pas envie non plus.
Par contre, il avait une formation de soudeur qui payait bien, et comme la vie était vraiment peu chère dans sa ville natale, il pensait pouvoir économiser beaucoup en peu de temps une fois rentré au pays.
Pour ma part, si vous vous rappelez bien, je commençais à échafauder mon coup de poker pour obtenir augmentation et travail à distance, et pouvoir travailler de Corée et de France pour mettre de côté avant le départ Down Under.

Quant à l’anglais, il me paraissait indispensable qu’il étudie avant qu’on parte, car je l’avais largement épaulé au Japon (pour ne pas dire tout repris sur mes épaules), mais je ne connaissais pas l’Australie et je ne me voyais pas tout faire pour deux sur place.
Il avait toujours été frustré d’avoir quitté l’école tôt pour travailler, de ne jamais avoir eu de temps pour lui et pour étudier.
Il était aussi pressé de quitter le Japon et voulait partir dès le mois de Juin 2013, mais moi avant de le rencontrer, j’imaginais un départ pour avril 2014. Et on avait aucune envie de passer presque un an séparés non plus.
Nous avons donc tranché pour partir ensemble en automne, à la fin de son visa.
Comme il tenait à me présenter à sa famille et avait besoin de se ressourcer, nous sommes partis 8 jours en Corée au tout début de l’été, au mois de juin.
Après avoir longuement parlé, nous avions convenu qu’à notre retour, il arrêterait de travailler et passerait les 3 prochains mois à étudier l’anglais pendant que j’assurais les rentrées d’argent pour deux.
Puis une fois son visa expiré, on partirait en Corée où il travaillerait quelques mois et assurerait les dépenses du foyer, pendant que moi je mettrais de côté à mon tour en travaillant à distance.

Et c’est ainsi que nous avons procédé.
Une fois revenu de Corée, il a arrêté de travailler pour travailler son anglais à fond, pendant que moi j’assurais trois jobs pour pouvoir porter le foyer seule.
Je travaillais la semaine en entreprise, je donnais des cours de français dans une école le week-end, et je faisais également des traductions en free-lance pendant le temps libre qu’il me restait.
J’étais prête à faire ça pour lui offrir ces trois mois pour lui, pour étudier, pour bien préparer sa vie en Australie, pour souffler de la vie Japonaise pas toujours tendre avec les Coréens.
Pour l’aider un peu, je lui donnais des cours moi-même. On ne le faisait jamais à la maison histoire de le faire dans un endroit neutre.
On partait toujours dans le même family restaurant, avec ses livres et ses cahiers. Je lui faisais une heure de cours et ensuite il bossait ses exercices, écrivait des textes et autres que je vérifiais ensuite.
Et moi pendant ce temps, j’écrivais mes articles de blog pour vous. C’est d’ailleurs la raison pourquoi j’ai été si prolixe à l’époque : je tuais le temps à vous raconter mes conneries pendant qu’il étudiait.

Il faisait des progrès conséquents et j’étais ultra fière de lui. Je le respectais tellement d’arriver à apprendre une langue tout seul dans son coin, sans baigner dedans au quotidien, je l’admirais comme personne.
Ça me donnait la force de me démener moi-même, et j’ai donc continué à travailler 7 jours sur 7 pendant tout l’été et gérer au centime près nos dépenses tout en préparant notre départ.
Du coup, j’étais assez peu présente.
Je rentrais le soir épuisée, mais il m’attendait toujours avec des petits plats qu’il avait cuisinés pour moi et un film ou une série qu’il avait mis de côté.
Parfait Mr. Sweet Face.

 

A la fin de l’été, lui qui ne s’en était jamais soucié en quasiment un an, a commencé à m poser des questions sur mon blog.
De me dire qu’il n’appréciait pas trop que j’écrive ma vie en quête de reconnaissance (?), que les gens qui mettaient en scène leur vie sur Facebook et autres réseaux sociaux avaient une vie triste et qu’il aurait préféré que je sois au dessus de ça.
Je n’ai pas compris ce qui me tombait sur la tronche, car il n’avait jamais rien dit sur le sujet en 10 mois. Au contraire, les une ou deux fois où je l’avais cité ou la fois où j’avais posté une photo de lui, je lui avais demandé son accord et expliqué ce que j’allais dire, et il avait acquiescé avec enthousiasme.
Mais tout d’un coup, il me demandait d’arrêter de m’occuper de mon blog, qu’à l’époque je prenais beaucoup de plaisir à écrire alors qu’il ne m’avait jamais rien dit sur le sujet avant.
Je me suis toujours demandé ce qu’il lui avait pris, mais je me disais qu’il pensait peut-être que j’y passais trop de temps et que comme il ne savait pas ce que j’y écrivais, ça ne le mettait pas à l’aise.
J’ai essayé de le rassurer. Il m’a demandé de ne plus jamais y parler de lui, que je pouvais laisser ce que j’avais publié avant, mais de ne plus en mettre à l’avenir.
J’ai dis d’accord et je n’ai pas cherché plus loin. Car de toute façon je ne l’avais fait qu’une fois et que je ne tenais pas spécialement à afficher notre quotidien sur mes pages.

Puis notre départ s’est approché grandement. Il était souvent irritable, mais je me disait que c’était certainement le stress.
On avait quand même toujours nos projets, et ça continuait de bien se passer entre nous.

Comme le moindre yen était nécessaire, j’ai travaillé jusqu’à 3 jours avant notre départ afin de perdre le moins de salaire possible.
Ça a été le coup de feu pour terminer les cartons et tout terminer (il se pourrait aussi que la veille de notre départ, on soit allés boire un verre qui s’est transformé en plusieurs verres, et qu’un peu ivres, on se soit mis à la porte de notre propre maison avec nos valises à l’intérieur… Mais c’est encore une autre histoire, digne de notre ancien duo de M. et Mme Catastrophe).

On a pris notre avion pour la Corée et nous sommes allés nous installer dans un petit studio qui appartenait à son père dans la ville de Pohang.
Quasiment pas meublé, le confort était sommaire, mais on n’avait pas de loyer à payer si ce n’est les charges, et on pouvait continuer à vivre à deux.
La première semaine, je découvrais ma vie de free-lance travaillant à distance avec EMERVEILLEMENT (la première fois qu’on bosse en pyjama en écoutant la musique à fond est un moment assez inoubliable) pendant qu’il retrouvait sa famille et ses amis.
La deuxième semaine, il y a eu un énorme typhon qui a coupé le courant quelques temps et il m’a annoncé que finalement il ne voulait pas retrouver son travail de soudeur, car oui c’était bien payé, mais cela impliquait travailler avec son père et qu’il n’en avait aucune envie.
Sur le coup, je n’ai pas bien compris car c’était le plan depuis le début, ça lui permettait de travailler tout de suite et pour un salaire très confortable.
Mais il m’assuré que c’était mieux comme ça et qu’il trouverait facilement, alors je lui ai fait confiance.
La troisième semaine, il a découvert que son petit frère avait acheté GTA 5 qui venait de sortir et jouait à la playstation de 13h à minuit tous les jours.

Un mois sur place et il restait en pyjama à jouer aux jeux vidéos toute la journée, pendant que je continuais à assurer mon travail et mon salaire à distance, et continuais d’être le seul et unique revenu des deux. Il refusait même de prendre l’air, une fois le travail terminé, je partais me promener toute seule pour découvrir un peu le quotidien coréen.
Alors qu’on était dans son pays à lui et que je pigeais pas un mot, je continuais de porter le foyer pendant qu’il faisait la loque sur sa manette.
Alors concrètement, même avec un petit salaire, en étant dans une petite ville de province coréenne sans loyer à payer, je pouvais encore faire des économies tout en payant les dépenses quotidiennes.
Mais sur le concept, ça ne me plaisait pas du tout et ça ne me mettait pas du tout en confiance pour l’Australie.
Comme le temps passait sans qu’il ne change de comportement, j’ai fini par taper du poing sur la table en lui disant qu’il ne pouvait pas éternellement glander devant sa télé et qu’il fallait qu’il se sorte les doigts de l’arrière-train.
Il est donc allé plusieurs fois à un espèce de centre de quartier où on donne des missions à la journée avec une petite paye journalière.
Mais toujours de mauvaise grâce, toujours en revenant en colère et en exigeant que j’ai fait riz et ménage, et toujours en m’envoyant au passage dans la tronche que pour moi c’était facile. Que moi j’avais eu une éducation, que j’avais un bon job, que je passais mes journées à faire trois dessins et deux traductions pour le travail mais que lui, il devait avoir un vrai travail.
Il n’avait jamais été condescendant, il le devenait, et pas qu’un peu.
Je ne comprenais pas du tout ce revirement de caractère. Peut être qu’il était stressé par notre situation, peut-être qu’il ne voulait plus aller en Australie ?
Mais quand j’essayais de lui en parler, il me soutenait que si il voulait toujours partir, et redevenait gentil.

A côté de ces sautes d’humeur incompréhensibles, il restait lui-même.
Mon Mister Sweet Face.
Il me parlait futur.
Me parlait mariage.
Il voulait qu’après un ou deux ans en Australie, on se marie. Qu’on fonde une famille.
Je temporisais en disant qu’il fallait déjà voir comment allaient se passer les deux prochaines années, car rien ne pressait, mais je pensais au fond de moi qu’il était l’homme de ma vie.
Certains se diront « au bout d’à peine un an »… Mais vraiment, j’insiste sur le fait qu’on vivait vraiment de façon très fusionnelle, et assez isolés des autres… Du coup, les liens s’étaient vraiment intensifiés très rapidement et très fort.

Puis est arrivé un jour où il m’a dit « j’ai trouvé une mission de 10 jours pour le mois prochain, mais c’est à Busan. Je serai logé par l’employeur dans un logement de fonction donc tu ne peux pas venir avec moi. Je ne peux pas refuser car la paye n’est pas mauvaise, donc il faudra que tu restes ici sans moi. »
Je commençais à prendre mes marques dans ce nouveau quotidien coréen, me débrouiller avec les bus et c’était pour la bonne cause, donc évidemment j’ai dit oui, que je l’attendrais.
Un autre jour il m’a dit « Dis, c’est pas ta sœur qui était allée à Dubaï avec son mari ? Ils avaient beaucoup aimé, non ? Tu sais, on parlait d’aller passer Noël en France, mais je pense que je serais un frein pour toi si j’y allais en même temps que toi. Ça fait longtemps que tu n’es pas rentrée, et moi je ne parle pas la langue et je ne connais rien. Plutôt que de profiter pleinement de tes proches, je te connais, tu vas toujours t’occuper de moi, traduire, t’assurer que je m’ennuie pas quand je comprends rien… Le mieux c’est que tu partes seule et je te rejoins une semaine ou deux plus tard, que tu puisses profitesr d’abord tranquillement de ta famille et tes amis. Et moi de mon côté, je me disais que ça faisait longtemps que j’avais pas voyagé seul et j’aimerais voir si j’en suis capable. Les vols pour la France via Dubai sont pas chers, donc comme tu m’avais parlé du voyage de ta sœur, je me disais que je pourrais peut-être prendre une escale de plusieurs jours sur place pour visiter un peu. T’en penses quoi ? »

J’en pensais que c’était vraiment attentionné de sa part de vouloir me laisser du temps seule tranquille avec ma famille, et que s’il avait envie de se faire un mini trip tout seul, rien ne l’en empêchait.

Des petites phrases, lancées par ci par là, avec parcimonie. Qui me faisaient un peu tiquer car ce n’était pas son « comportement habituel » mais auquel je n’avais rien à redire.

Mais très vite, mon sixième sens s’est réveillé et les drapeaux rouges ont commencé à s’agiter dans tous les sens.
Il était en train de me la faire à l’envers, je le sentais.

Ce n’était pas grand chose, des tout petits détails à peine visibles.
Mais quand il était sur son téléphone, il le penchait toujours de façon à ce que je ne vois rien. Pour le coup, je ne cherchais pas à voir ce qu’il faisait, mais il se donnait tellement de mal pour cacher que ça en éveillait mes soupçons.
Quand il était sur son ordinateur et que je me levais pour aller aux toilettes, il sursautait, parfois fermait rapidement la page qu’il regardait.
J’avais l’impression qu’il me gardait toujours à l’œil, était toujours sur le qui-vive.
Il ne voulait plus m’accompagner quand j’allais faire des courses, me disait souvent qu’il allait voir son frère pour lui demander du riz ou je ne sais quoi (son frère habitait l’appartement du dessous) et il ne revenait pas avant une heure ou deux.

Au bout d’un mois en Corée, j’étais vraiment pas bien.
J’avais un mauvais pressentiment qui me retournait l’estomac en permanence. Un sentiment d’oppression, la certitude que quelque chose de vraiment moche allait me tomber au coin de la gueule.
J’ai essayé d’en parler, mais mes amis m’ont rembarrée « Mais non, tu te fais des films. Il est fou de toi, il t’a ramenée dans son pays, t’a présenté sa famille, te parle mariage, s’apprête à faire le tour de l’Australie pour toi. C’est tes expériences d’avant qui te rendent parano. »

Peut-être.
Mais peut-être pas.
Car on venait de passer un an ensemble, et si ce n’est notre faux départ, je n’avais jamais ressenti ça.
Là je le sentais. Très fort.
Je voulais lui en parler, lui demander s’il y avait un malaise entre nous, s’il avait des regrets d’avoir pris la décision de partir avec moi, qu’on pouvait parler.
Mais quand j’essayais de communiquer, il coupait court en me disant qu’il était très bien et n’avait rien à dire.

Jusqu’à un soir de novembre.
Les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête. Moi je pense pouvoir me vanter en disant que ça m’est arrivé. 
C’était la nuit, et on dormait quand le vibreur d’un téléphone m’a réveillée.
C’était le sien, posé dans le lit juste au niveau de mon visage. J’ai ouvert les yeux, tête face à l’écran allumé qui affichait de nombreux messages.
En anglais.
Avec des cœurs.
« Mon bébé, tu dors ? J’ai envie de te parler. »
« Tu me manques trop. »
« J’en reviens pas qu’on se voit bientôt. »
« Je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

Pour le coup, me voilà parfaitement réveillée.
J’ai l’impression de me prendre une énorme giffle. De tomber dans le vide à l’infini.
Je le regarde.
Mr Sweet Face dort comme un bien heureux, pendant qu’une demoiselle se languit de son silence.

Je prends son téléphone, et j’ouvre sa messagerie.
Je sais que ce n’est pas bien, que c’est une violation de vie privée et compagnie, jugez-moi si vous voulez, j’en ai strictement rien à battre.
Si c’était à refaire, je le referais.
Vous croyez quoi ? Que j’allais me recoucher en mode « ça me regarde pas. » ? Que j’allais lui demander des comptes alors qu’il me mentait à chaque fois que j’essayais ?

Bref. J’ouvre ce putain de téléphone, avec le coeur qui bat tellement fort que je le sens cogner dans mes tempes.
Et là, ce n’est pas une fille avec qui il me trompe que je découvre.
Mais une dizaine, facile.
Des dizaines de filles, plein sa messagerie, partout dans le monde.

Non je ne plaisante pas, partout sur ce putain de globe terrestre.
Une nana qui l’attendait dans chaque port. Ben oui, tant qu’à faire.
Je survole plusieurs conversations, et au fur et à mesure, toutes les pièces du puzzle s’assemblent.

Son job à Busan où il doit partir 10 jours sans m’emmener avec lui ?
C’est une Espagnole, elle vient de prendre ses billets d’avion pour aller rejoindre. Ils ont prévu 10 jours à l’hôtel en amoureux. 
Joli job en intérim, mais du coup la paye, c’était en nature ?

Son escale à Dubai ? Oui, aussi. Une fille l’attend là-bas (manifestement sa favorite), ils sont en contact depuis des mois et se téléphonent tous les jours (les disparitions chez le frère ?) et il lui a promis de venir la voir 3-4 jours en décembre ou janvier.

Il y en avait aussi une au Mexique et une en Russie.

La blague ?
Sa soudaine haine pour mon blog ? Je l’ai su plus tard, mais c’était ça aussi.
Il y avait eu une Française, et une Italienne qui avait une amie Française.
Manque de pot pour lui, mon blog était très lu à l’époque et les deux Françaises l’avaient reconnu sur nos photos de Hokkaido.
La première l’avait plaqué, et pour la deuxième, il lui a dit que j’étais une ex, et comme je n’ai plus jamais reparlé de lui ensuite, elle l’a cru (j’ai reçu après cela des insultes en italien pendant quelques temps sur mon blog, au point que j’avais bannie les adresses IP venant d’Italie pour avoir la paix).

Ses progrès fulgurants en anglais aussi, c’était ça. Des dizaines de petites amies étrangères virtuelles un peu partout dans le monde, avec qui il parlait en anglais du matin au soir.

J’ai trouvé des photos… Il avait même fait venir des filles chez nous.
Une Japonaise. Lycéenne, de 17 ans.
Il est allé jusqu’à piocher chez les mineures, cet espèce de pet foireux de rat d’égout.

Terrible envie de vomir.
Le pire ? Après coup, j’ai même pu situer le jour.
Un soir j’étais rentrée et il y avait plein de vaisselle dans l’évier. Bien plus que pour une personne.
Et il m’avait juste dit qu’il avait préparé à manger et s’était un peu emballé en cuisinant donc que y’avait beaucoup de vaisselle.
J’avais trouvé étrange qu’il se fasse des plats extravagants pour lui tout seul, mais il m’avait réchauffé la part qu’il m’avait gardé, c’était bon, j’étais contente.
Il avait endormi mon radar tellement bien que je n’ai pas tiqué. Je n’ai pas imaginé.
Comment on peut imaginer ça, d’ailleurs ?
Je veux dire, je suis pas née de la dernière pluie, je sais que les fils de chien ça existe.
MAIS DE CE NIVEAU ?! Genre non seulement t’es cocue, mais en plus AVEC LE MONDE ENTIER, SOUS TON PROPRE TOIT.
Non parce qu’on est d’accord que c’est de la haute voltige là, hein ? Aux jeux olympiques de la fils de puterie, je lui invente la médaille de platine rien que pour qu’il ait une distinction à la hauteur de son art.

Et moi qui croyait que c’était la personne qui avait le plus pris soin de moi, la seule qui avait été sincère.
Attendez, je m’étouffe dans mon seum.

Ça durait depuis des mois. Depuis avant notre départ, quand j’enchaînais mes 3 jobs pour subvenir à nos besoins, lui il allait niquer à droite à gauche.
Et pendant ces trois mois, moi je travaillais pour deux du lundi au dimanche, je n’étais là que le soir, donc je n’ai rien vu.
Il avait tout le temps de faire ses saloperies la journée, puis de m’accueillir à bras ouverts le soir et me couvrir d’affection pour endormir mon radar.

Je me suis pris ce nouveau coup de poing de la vie en silence au beau milieu de la nuit, et après avoir constaté que mon conte de fées reposait sur la plus puante des illusions, je l’ai sorti des bras de Morphée.
Je lui ai tendu son portable ouvert sur les messages, et lui ai demandé ce qu’il avait à dire.

Et il n’a pas manqué de m’étonner, car sa réaction a été à peu près tout sauf ce que j’avais imaginé.
Il n’a pas été gêné, il n’a pas nié, il ne s’est pas excusé… Il m’a juste hurlé dessus.
Il m’a littéralement explosé au visage, en me traitant de tous les noms.
Que j’avais violé son intimité, que je n’avais pas le droit de regarder son téléphone, qu’EVIDEMMENT, il y avait d’autres filles ! Qu’est-ce que je croyais ?
Lui il était beau gosse et pouvait se taper qui il voulait, il avait des dizaines d’admiratrices jeunes et belles, alors que je n’étais qu’une vieille truie pleine de gras dégueulasse et que je devais m’estimer heureuse qu’un mec comme lui sorte avec une fille comme moi. Que je devais lui dire merci, car jamais je pourrais avoir un autre mec comme lui, alors que lui me faisait un faveur d’être avec un thon comme moi.
Puis après m’avoir bien craché dessus sans me laisser en placer une, il m’a dit qu’il ne voulait plus jamais voir ma gueule de truie et que je sorte de chez lui.

Est-ce qu’il m’a vraiment mise à la porte en pleine nuit un soir d’hiver dans un pays que je ne connaissais pas et où je ne parlais pas la langue ?
Oui.
Pourquoi est-ce qu’il s’en serait privé, à ce stade autant sortir le grand jeu jusqu’au bout.

Est-ce que j’ai terminé dans l’internet café du quartier et appelé ma mère en pleurant tellement que ce que je disais était presque inintelligible ?
Oui aussi.
Si vous cherchez le mot « Pathétique » dans Google Image, je pense que vous tomberez sur une photo de moi ce soir-là.

Je n’arrivais pas à croire à ce qui était en train de se passer.
Tout s’était écroulé.
Tout.
J’étais presque en colère contre moi-même. En colère de m’être réveillée, en colère d’avoir vu les notifications, en colère d’avoir ouvert le portable.
Si je n’avais rien vu, ça aurait pu continuer lui et moi.
Mais là, c’était fini.

Oui, au lieu de m’imaginer en train de lui broyer les burnes avec un casse-noix, c’était à moi que j’en voulais.
A moi d’être moche et de ne pas savoir le combler, à moi de l’avoir mis devant le fait accompli plutôt que de fermer les yeux, à moi d’avoir tout cassé au point qu’il me déteste.

Putain je vous jure, plus j’y repense et plus j’ai envie d’inventer la DeLorean, pour repartir en 2013 et me foutre une bonne mandale.
Car moi, tout ce que je vois aujourd’hui, c’est une nana qui s’est fait piétiner par un sale connard et qui n’y peut rien, car elle a fait tout ce qu’elle a pu pour lui et pour que ça marche.
Mais à l’époque, j’avais encore ma bonne vieille éducation de serpillère dévouée qui me conditionnait, et je me disais juste que je n’étais pas assez bien pour lui.

Bref, j’allais pas finir ma vie en pyjama dans une province de Corée. J’ai fini par retourner toquer à sa porte.
Je lui ai promis de partir et de le laisser vivre sa vie, mais qu’il me laisse au moins quelques jours.
Le temps de m’organiser, de prévoir ce que j’allais faire.
Je ne connaissais pas le pays, je ne parlais pas la langue, je n’étais pas censée retourner en France avant au moins six semaines, et concrètement, je n’avais pas envie de changer mes plans et de rentrer plus tôt.
Tout le monde nous attendait pour Noël, tous mes amis savaient que j’étais avec lui en Corée, qu’on avait quitté le Japon ensemble, j’avais fait couper ma carte de séjour japonaise en le suivant et n’avais plus de visa, plus rien…
Et ce que j’étais prête à rentrer, faire face à tout le monde et expliquer ça ?
Evidemment non, j’arrivais à peine à passer 5 minutes sans pleurer jusqu’à déshydratation.

J’ai donc décidé de rester en Corée et de passer les six semaines restantes dans le pays, que j’espérais quitter en bons termes.
Je ne voulais pas que le mot « Corée » provoque chez moi des crises de larmes toute ma vie en repensant à ça. Je ne voulais pas que ce pays soit associé à cet épisode minable de ma vie.
Alors j’ai décidé d’y rester, le temps de faire un peu le point avec moi-même, d’encaisser ce qui était en train de se passer et surtout de me créer d’autres souvenirs pour ne pas black lister ce pays de ma vie.
Parce qu’à la base, j’aime bien la Corée moi. Ils font des super bibimbap et des chaussettes d’hiver super chaudes. Ce serait con d’y renoncer pour une pignouf.
Il fallait juste que je m’organise, car évidemment je n’avais pas l’intention de rester dans sa ville, donc je devais préparer un itinéraire, les transports, des logements…
Je lui ai donc demandé du temps, ce qu’il m’a accordé.
Mais comme il ne voulait toujours pas voir ma sale tête, il est allé à l’étage du dessous chez son frère (sûrement pour terminer GTA 5 en paix).

Ne vous leurrez pas, la reprise en main sur ma vie n’a pas été simple. J’avais des crises de larmes incontrôlables, je pensais que ma vie était finie, je pensais ne jamais assumer la honte de ce qui était en train de se passer et à quel point j’avais été prise pour une enclume.
Oui, je me préparais à partir, à prendre le large seule quelques semaines pour encaisser tout ça, à laisser tout ça derrière moi et me relever plus forte que jamais, mais c’était juste l’instinct de survie qui parlait.
Si vous m’aviez vu ou entendue à ce moment-là, j’étais dévastée. Prête à donner tout ce que j’avais pour revenir en arrière et que tout ça n’arrive jamais.

Cry me a river

The bridges were burned
Now it’s your turn, to cry
Cry me a river

Quelques jours ont passé, le temps que je trouve la force de sortir du vide intersidéral que je ressentais, le temps de m’organiser et de savoir où j’allais aller dans ce foutu pays et ce que j’allais y faire.
Les deux trois premiers jours, Mr Sweet Face était aux abonnés absents chez son frère.
Il remontait de temps en temps pour venir chercher des affaires et m’ignorait cordialement.
Puis il a vu que mes affaires commençaient à s’éclaircir, que je préparais mon départ.
Alors il est sorti de son silence.
« Tu t’en vas vraiment ?
– Ben oui.
– Et genre, pour aller où ? Tu vas rentrer chez ta mère ?
– Non, puisque je suis là, je vais voyager en Corée.
– Toi ? Toute seule en Corée ? Tu vas pas t’en sortir, c’est pas le Japon ici. Tu parles même pas la langue et c’est dangereux. Tu pourrais te faire attaquer, te faire voler. Pis personne parle anglais ici, je suis sûr que tu seras même pas foutue d’aller jusqu’à la gare.
– Ma foi, c’est mon problème, plus le tien.
– En tous cas je te préviens, compte pas sur moi pour t’aider ou ne serait-ce que te mettre dans un taxi pour la gare. Tu veux partir, tu assumes. »

JE veux partir ?
C’est pas moi qui me suis retrouvée à la rue il y a quelques jours ?
Je ne savais plus ce qu’il voulait.
Que je sois perdue ? Que je le supplie ? Que je sois dépendante de lui et incapable de m’en sortir et qu’il puisse garder le pouvoir ?

Mais non, ça marche pas comme ça, mon bon monsieur.
Je suis quelqu’un d’hyper sensible et qui pleure facilement. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de faible.

Il était en train de s’en rendre compte, et il était évident que ça le faisait chier.

Puis finalement, le jour du départ est arrivé.
Je suis allée le chercher pour lui redonner les clés du studio et régler nos dernières finances.
Quand il est arrivé dans la chambre et qu’il a vu ma valise bouclée, mon sac à dos et mon manteau posé dans l’entrée, il est devenu livide.
« Mais tu t’en vas vraiment ? »

Mais oui putain ? Tu crois qu’on joue à quoi depuis l’autre jour ?
En fait, depuis le début, cet abruti fini croyait que j’allais ramper à ses pieds et que c’était du bluff. Il pensait que j’oserais pas abandonner tout ce qu’on avait construit, tout ce qu’on avait prévu et tous nos rêves. Il me savait désespérément amoureuse de lui, et croyait que j’étais capable de pardonner tout ce qu’il avait fait rien que pour pouvoir rester avec lui.
C’est beau la confiance en soi, moi qui n’en ai pas un gramme, je trouve ça particulièrement épatant.
Si vous devez retenir ne serait-ce qu’une seule chose de cette histoire pour vous-même, c’est qu’il existe un truc dans la vie qui s’appelle « le point de non retour. »
Quand on vous a traînée dans la boue à ce point, qu’on vous a écrasée, qu’on vous a menti, qu’on vous a humiliée, qu’on vous a trompée, qu’on a profité de vous, il ne vous reste plus qu’à ramasser les quelques miettes de dignité qui vous reste, et vous barrer.
Quoi que ça vous coûte.
Quoi que vous ayez investi dans cette relation.
Barrez-vous. Très loin. Et ne revenez jamais.

Bref, c’est ce que je m’apprêtais à faire et il commençait enfin à le réaliser.
Paniqué, il a commencé à ouvrir tous les placards et tiroirs que j’utilisais : vides.
Et là, il s’est mis à crier « T’es plus là ! Y’a plus tes affaires ! Tu t’en vas ! » et il a fondu en larmes.
Il pleurait mais tellement fort, je pense sincèrement que tout le quartier l’a entendu. Je me souviens que j’avais honte et que je lui disais d’arrêter.
Il s’est laissé tomber au sol et s’accrochait à mes jambes en pleurant comme un gosse.
En me demandant ce qu’il allait faire. En me disant qu’il m’aimait. En me disant qu’il avait juste pété les plombs car trop de pression mais que la femme de sa vie, c’était moi. Qu’il le savait. Qu’il voulait se marier avec moi mais qu’il avait voulu en profiter avant que je sois la dernière femme de sa vie pour ne rien regretter et devenir un bon mari (Apparté : A-t-on déjà entendu un bullshit pareil ? C’est impressionnant. Je donne 9/10 pour le culot.).
Je ne sais pas combien de temps a duré cette crise, mais je l’ai trouvée interminable.
Je restais plantée là, à le regarder, complètement interdite. Il s’accrochait à moi, à ma valise, il avait de la morve plein le nez, il pleurait comme j’ai jamais vu un homme pleurer.
Je n’ai pas compris.
Je ne me souviens plus très bien ce que je lui ai dit mais je me souviens m’être retrouvée à essayer de le calmer. Que c’était comme ça, que c’était allé trop loin.
Que s’il avait fait tout ça, c’est que manifestement ce qu’on avait lui suffisait pas. Et que moi je ne lui ferais plus jamais confiance et qu’on retrouverait plus jamais ce qu’on avait eu. Que maintenant il était libre et qu’il pouvait profiter autant qu’il voulait.
Mais il continuait à pleurer, à s’accrocher, à me demander de renoncer à partir, que j’avais ma place ici, que sa famille m’appréciait, qu’on allait partir en Australie.

J’ai écouté en silence, et comme ça faisait trop mal, j’ai pris mes valises et je suis partie.

J’ai pris un bus de nuit, et j’ai quitté Pohang en pleurant mon poids en larmes. Ce qui fait beaucoup, je vous assure.
J’ai complètement disparu des réseaux sociaux, j’ai arrêté mon blog, twitter, Facebook. A part ma mère et une ou deux autres personnes, personne ne savait ce qui se passait ni où j’étais.
J’ai visité plusieurs villes de Corée pendant plusieurs semaines, jusqu’à quelques jours avant Noël.
La tête vide le jour pendant mes visites, effondrée dans mon lit à pleurer toutes les larmes de mon corps la nuit.
J’ai vu des belles choses, rencontré des gens gentils… Des personnes qui m’ont fait visiter, mes propriétaires à Séoul qui m’apportaient une corbeille de fruits et des gâteaux tous les jours à mon petit appartement.
Je suis allée dans la DMZ (zone démilitarisée entre les deux Corées), j’ai fait des conférences et rencontré des réfugiés Nords Coréens qui racontaient leur exil. J’ai fait des musées, la Prison de Seodaemun, des vieux villages, des balades en montagnes, des temples perdus au milieu de nulle part, des marchés, des tempêtes de neige coincée dans un bus sur l’autoroute.
Le tout entre quelques crises de larmes et une envie de disparaître à jamais de la surface de l’univers.
J’ai essayé d’apprendre à aimer ce pays en oubliant à qui il était lié et pourquoi j’étais là.

De temps en temps je recevais un message de sa part qui me demandait si tout allait bien, pour me dire qu’il m’attendait, que je pouvais revenir n’importe quand sur Pohang.
L’ange sur l’épaule gauche disait « Non, jamais. », le démon sur l’épaule droite disait « Le revoir ne serait-ce qu’une fois… ? ».

Pour finir, je me suis sentie prête et j’ai pris mon avion pour la France. J’avais un tour d’Australie à organiser, après tout.
Le retour n’a pas été facile. Déjà qu’un retour après une expatriation n’est généralement pas évident avec tous les soucis de réadaptation et autre, quand elle est faite dans ses conditions, c’est pire.
De plus, il faut savoir que Mr. Sweet Face croit au Père Noël et n’avait pas abandonné l’idée de me faire revenir.
Il m’écrivait tous les jours, il me téléphonait sur Skype.
Vous vous demandez certainement pourquoi je ne l’ai pas bloqué ?
Vous avez raison.
Mais la raison est très simple : je n’y arrivais tout simplement pas.
Si vous vous êtes des gens super forts qui arrivent à fermer une porte quand une histoire se termine brutalement, clap clap. Tant mieux pour vous.
Moi je n’y arrivais pas.

Tout s’était écroulé tellement vite, je ne l’avais tellement pas vu venir, qu’une part de moi n’y croyais toujours pas.
Et surtout, j’avais besoin de comprendre. De comprendre comment il avait pu faire ça, comment il avait pu réagir comme ça ce soir-là.
Je n’arrivais pas à faire mon deuil de la relation, car c’était l’incompréhension totale.
Donc non, je ne pensais pas à le pardonner. Non, je n’avais aucune intention de partir le retrouver. Oui c’était bien fini.
Mais je n’arrivais pas à couper entièrement contact, je n’arrivais pas à passer à autre chose.
Il m’inquiétait aussi un peu. Il m’appelait régulièrement complètement ivre et en larmes pour me dire qu’il n’arrivait pas à vivre sans moi. Je connaissais aussi sa vie et sa famille et je savais également qu’il était très seul et très mal entouré. Quand on était en couple, j’étais tout pour lui : sa copine, son amie, sa confidente et sa seule véritable famille.
Donc pour le coup, je ne doutais pas qu’il se sentait complètement perdu sans moi. Pas forcément parce qu’il m’aimait, mais parce que je savais qu’il avait pas grand chose à côté.
Ce n’est pas mon problème me direz-vous. J’ai mes propres problèmes à gérer, ajouterez-vous. Et je suis entièrement d’accord.
Mais parfois mon empathie frise la connerie sévère.

Et puis un jour il a fini par me dire ce qui était arrivé et comment il avait fait tout ça.
Tout a commencé quand il avait arrêté de travailler pour étudier l’anglais. Au début il était content… Et puis très vite il s’est ennuyé. Les journées étaient longuettes.
Il a voulu chercher des gens avec qui parler pour pratiquer son anglais, donc il s’est inscrit sur des sites pour trouver des correspondants et autres. Mais les garçons ne répondaient jamais, et les filles soit disant, se lassaient s’il ne cherchait qu’à faire la conversation.
Surtout qu’il était coréen, plutôt mignon, jeune… Et que les ¾ des nanas qui venaient lui parler étaient des fans de K-POP et de K-DRAMA, rêvant de trouver un petit ami coréen.
Et puis sa famille était horrifiée à l’idée que je puisse travailler pour deux pendant qu’il se la coulait douce à la maison (impensable dans la culture coréenne où c’est l’homme qui fait vivre le foyer). On lui disait qu’il était un raté, ses amis se foutaient de lui.
Il commençait à avoir honte.

Alors au lieu de m’en parler, au lieu de se remettre à bosser, au lieu de se tirer les doigts du trou de balle… Il s’est inventé une vie online.
Il avait toutes ces midinettes (toujours bien plus jeunes….) qui se pâmaient devant lui rien que parce qu’il était Coréen… Donc il s’est mis à parler avec elles, en les draguant un peu pour maintenir le contact, et en mentant à tout va sur sa vie.
Il était cuisinier, il était interprète, il était danseur.
Et alors qu’avec moi, il pensait ne pas pouvoir se vanter de grand chose, avec elles, il était quelqu’un qu’on admirait et qu’on courtisait à longueur de journée.
Et il s’est pris au jeu. Une fille. Deux filles. Trois, quatre, beaucoup.
Il a perdu le contrôle et a laissé les mensonges prendre toujours plus de place dans sa vie. Jusqu’à ce que tout explose.
Il m’a aussi dit que si il avait été aussi méchant ce soir-là, c’est parce qu’il se sentait minable et il avait eu envie de me faire mal pour que je me sente aussi nulle que lui.
Qu’il ne le pensait pas mais qu’il avait juste eu envie de me détruire pour se sentir supérieur à moi.
On ne va pas lui enlever ça : c’était plutôt réussi.

Voilà son explication.
Si vous voulez mon avis, ça prouve juste qu’il est plus minable que jamais et ça n’excuse strictement rien.
Mais ça expliquait plus ou moins son état d’esprit et pourquoi on en était arrivés là. Et que ce n’était pas forcément moi le problème.
C’était important pour moi de comprendre le mécanisme derrière, ça m’évite de me torturer le cerveau des mois, voyez.

Bref, je préparais mon nouveau départ en essayant de me faire à l’idée que ce serait seule, et lui continuait de m’envoyer des messages. De me dire qu’il m’aimait encore, qu’il allait me prouver qu’il avait compris, qu’il avait changé, que lui aussi il était un battant.
Qu’il allait vraiment travailler, mettre de côté et me rejoindre en Australie.
Je lui disais que ça ne changerait rien, mais je suppose que pour mon égo, ça me faisait plaisir de le voir ramper.

Et puis un jour, plus de nouvelles.
Rien du tout pendant au moins trois quatre semaines.
Evidemment, je n’ai pas cherché à le joindre ou quoi que ce soit. J’essayais d’avancer dans ma vie et de me reconstruire.
Mais on était passé à une tentative de reconquête désespérée à un silence radio du jour au lendemain.
Je me suis dit qu’il était passé à autre chose et que si c’était un peu brutal, ce n’était pas plus mal et qu’il était temps moi aussi d’arrêter de penser à lui et tourner la page.
Soyons honnêtes, garder contact ne faisait que ralentir le processus de guérison.

Et au bout de plusieurs semaines, il revient.
Il me renvoie des messages en me disant qu’il avait été malade et hospitalisé pendant 3 semaines, sans téléphone. Que je lui avais réellement manqué et que ces semaines sans pouvoir me parler lui avaient fait réaliser plus que jamais à quel point il m’aimait.
Il restait plutôt évasif sur les conditions d’une hospitalisation aussi longue, mais que je me rassure, il allait très bien !
Il commence à bombarder mon téléphone de messages pour me dire que ses amis sont venus le chercher à la sortie de l’hôpital, et que comme il avait été très isolé pendant des semaines, ils lui avaient prévu un voyage surprise.
Je trouve étonnant déjà 1) que ses potes soient venus le voir car de ce que j’en avais vu, ils en avaient un peu rien à battre de lui, 2) qu’ils partent en voyage dès la sortie de l’hôpital.
Il me dit qu’ils sont partis à Daegu pour un petit séjour entre mecs.
Et là, alors que je ne lui demande rien, il me bombarde de photos.

Sauf que…
Là, je reste perplexe.
Les photos qu’il m’envoie ne ressemblent en rien à la Corée, et encore moins à Daegu.
– Il est en chemise, bronzé au milieu de terres relativement sèches… On est en plein mois de mars, à moins d’un micro climat sur Daegu, auquel cas je suis pas au courant, tu n’es PAS en petite chemise en Corée du Sud au mois de mars, je te le dis tout de suite.
– En arrière plan, on voit la mer et des palmiers. Pour avoir visité la Corée en long en large et en travers pour surmonter mon chagrin d’amour, je le sais : Daegu n’est pas au bord de la mer. Sauf si bien sûr, ils ont déplacé la ville de 2,5 millions d’habitants au bord de la mer pendant les quatre derniers mois… Pourquoi pas, le gouvernement coréen ne me tient pas au courant de tout, après tout.
– Il n’y a que des Occidentaux derrière lui, hors si on peut en croiser à Séoul ou Busan, ils restent relativement rares dans les petites villes de province.
– Il me montre la photo d’un livre en magasin, tous les livres derrière en arrière plan sont en espagnol. Pour avoir cherché des livres en Français pendant mon séjour, je le sais aussi, on ne trouve pas des librairies de bouquins en langue étrangère comme ça.
– Une photo de lui qui mange une glace, à une table où ils sont manifestement deux, mais pas quatre.

Sur le pot de la glace, il y a écrit en gros le nom du glacier.
Il y a peu de suspense, je connais déjà la réponse au fond de moi, mais histoire de ne laisser aucune chance au doute, je tape le nom du glacier sur google.
Un établissement célèbre de Barcelone.

Et là vous vous dites « …NON ?! ».
Et là je vous réponds « Si si. ».

Le mec ça faisait des mois qu’il essayait de me reconquérir, qu’il chialait tous les soirs sa bouteille de Soju à la main, qu’il me disait qu’il m’aimait et allait me retrouver…
Pour finalement disparaître trois semaines pour parcourir le globe et atterrir dans LE PAYS VOISIN afin de se taper de la Catalane en toute décontraction. Puis on revient la bouche en cœur me raconter une histoire abracadabrante d’hospitalisation et de voyage imaginaire entre amis.

C’est incroyable.
Je vous jure, ça fait cinq ans maintenant et j’y crois toujours pas. J’en ris nerveusement, à la limite.
La réalité dépasse la fiction, ça se vérifie de jour en jour, je vous le jure.
J’ai été soufflée qu’il ose encore me prendre pour une conne à ce point après tout cela. Pis gratuitement en plus, je ne lui demandais même rien du tout !
Et puis aussi mal en plus !
Y’a des évidences partout sur ces photos qu’il était partout sauf en Corée et il me les envoie sans réfléchir !
A quel point on peut être aussi nul ?! Sérieux, si tu veux être mythomane, mets-y un peu du tiens, gros. Ça se travaille un mensonge. 
Surtout que ce n’était pas une destination très surprenante, puisque la demoiselle qui devait le rejoindre en Corée quand j’y étais était justement de Barcelone.
Il avait juste continué avec elle et était allé la rejoindre, voilà tout.

Pour tout vous dire, on est pas là pour faire sa psychanalyse, mais je pense qu’un acte manqué pareil, ça vient de sa solitude justement.
J’avais été sa meilleure amie et sa confidente pendant plus d’un an, il venait de voyager pour la première fois hors d’Asie, je suppose que c’était un truc énorme pour lui et qu’il avait besoin d’en parler.
Mais comme il ne voulait pas me dire dans quelles circonstances, il a monté un bateau aussi bien pensé que le Titanic qui s’est fait un plaisir de couler à la première occasion.

Bref, je l’ai laissé me raconter ses mensonges sans rien dire, puis j’ai juste conclu par un «Je suis contente ça t’ait plu l’Espagne. ».
Et là il y a eu un gros silence.
« Comment ça ?
– C’est pas Daegu sur ces photos, c’est Barcelone. Tu y étais pour rejoindre ta copine, je suis contente pour toi.»

Histoire d’aller droit au but et d’arrêter de jouer aux cons, quoi.
Et là mesdames et messieurs… Il m’a insultée !
Que j’avais un grain dans ma tête, que je le stalkais et espionnais ses faits et gestes comme une psychopathe, que je lui faisais peur et qu’il voulait appeler la police, que c’était pas normal que je sache ça et j’en passe…

…Je propose que nous prenions cinq minutes pour rire, s’il vous plaît.

 

Bref, j’ai fait ce que j’aurais du faire depuis longtemps.
J’ai appuyé sur la toucher « Bloquer » et j’ai éteins mon téléphone. Je me suis sentie humiliée une fois de plus mais surtout par moi-même. J’avais péché par égo.
Je lui avais laissé la porte ouverte parce que ça me faisait du bien de me dire qu’il regrettait.

Là, j’ai souffert de réaliser une nouvelle fois qu’il n’ait vraiment aucun respect pour moi à ce point… et pourtant au fond de moi, je peux vous le dire, j’étais soulagée.
Car j’avais la preuve ultime que ce mec était irrécupérable, qu’il ne méritait aucune empathie, aucune compréhension de ma part et que son besoin de plaire, de mentir et de tromper était maladif.
Je me suis sentie prête à ne plus jamais lui reparler et à avancer entièrement pour moi après ça.

J’ai commencé à aller chez un psy (ma Jiminy Cricket), pour essayer de me débarrasser de mes TCA, mais aussi pour changer. Déjà j’en avais marre de tous mes blocages, car être dégoutée ou effrayée par 80% des hommes quand on est une femme hétéro, c’est relativement handicapant.
On a beaucoup travaillé sur mes différents traumatismes et ma relation biaisée avec les hommes et ça a changé beaucoup de choses. Ca a pris beaucoup de temps, mais j’ai enfin pu me débarrasser de certains blocages et mécanismes inconscients.

Concrètement, j’ai mis plus d’un an avant de m’en remettre vraiment et ne plus penser à lui au quotidien.
Un an et demi avant de recommencer à regarder d’autres garçons et me dire que je pouvais retomber amoureuse.
Et finalement, je suis restée célibataire trois ans.

Mes premières semaines en Australie ont été difficiles car je pensais tous les jours « ça, on avait prévu de le faire ensemble ».
Je voyais de temps en temps des traces de son passage sur mes réseaux sociaux, et je le bloquais au fur et à mesure.

Et puis je suis arrivée à Melbourne, la ville de ma renaissance.
J’y ai rencontré des amis irremplaçables, j’ai recommencé à faire des rencontres, des « dates ».
Concrètement il ne s’est rien passé de vraiment notable, mais je recommençais à flirter, à avoir des coups de cœurs et accepter d’être courtisée (et plusieurs dates ratés absolument hilarants… Je vous raconterai peut-être un jour mes histoires de rendez-vous foirés, que mes malheurs servent à ensoleiller vos journées, perso j’en ris encore.).
Et après quelques mois de reconstruction à Melbourne, j’ai commencé mon tour d’Australie seule au milieu du bush et des kangourous.
Et à ce moment là, j’étais soulagée qu’il ne soit pas venu avec moi. Finalement.
Parce que peu débrouillard comme il était, j’aurais certainement été freinée par lui, j’aurais certainement du m’occuper de lui, de ses papiers, de ses finances.
Et je suis sûre que j’aurais pas fait la moitié de tout ce que j’ai pu faire seule.

Au mois de été 2015, alors que je suis perdue en plein ouest Australien et que je n’ai plus eu de nouvelles depuis plus d’un an et demi, je reçois un message.
Il avait créé un nouveau compte pour m’ajouter sur messagerie et me contacter.
A ce moment-là, j’étais en règle générale bien dans mes pompes, en train de vivre mon rêve éveillé et je n’étais pas mécontente qu’il me contacte quand j’étais en haut de la vague. Rien que pour la satisfaction de me dire qu’il verrait que j’avais avancé dans ma vie sans lui.
Ce qu’on se dit souvent après une rupture douloureuse, on a souvent ce besoin stupide de montrer à l’autre qu’on fait notre vie.

Sauf qu’il a baissé les armes tout de suite pour me demander pardon. Pour me dire qu’il avait énormément réfléchi pendant tous ces mois et qu’il avait fini par réaliser le mal qu’il avait fait et qu’il regrettait.
Pour la première fois, ça m’a paru sincère.
Il m’a dit à ce moment-là des choses qu’il m’avait jamais dites auparavant, comme quoi j’avais été de loin la meilleure personne qu’il ait rencontré dans sa vie, que je m’étais énormément occupée de lui et que je l’avais beaucoup soutenu alors que lui il n’était qu’un petit con. 
Pour la première fois, ça ne sentait pas la manipulation.
Je me suis demandé quelle claque il avait bien pu se prendre dans la gueule pour en arriver là.
Parce que concrètement, l’illumination, je n’y crois pas.
Un connard pour qui tout tourne bien ne se remet pas en question. Pour qu’il en soit là, c’est qu’il s’était passé quelque chose. Surtout qu’il me dit ensuite que le karma se charge de lui et qu’il est en train de payer pour tout le mal qu’il a fait.
Je l’ai donc questionné et fini par lui tirer les vers du nez.

Il était devenu SDF… A Barcelone.
A la rue dans un pays dont il ne connaissait rien.

Avouez que cette histoire ne cesse de vous faire tomber des nues hein ?
Non mais moi aussi, toutes ces années plus tard, les bras m’en tombent encore.

L’histoire ?
Alors après ma disparition, il a continué à jongler avec les filles, jusqu’à en trouver une deuxième de Barcelone de qui il est vraiment tombé amoureux.
La demoiselle, d’à peine 18 ans, refusait de vivre un truc à distance et lui a demandé de venir s’installer sur place ou rien.
Le voilà donc qui part en visa Vacances – Travail et s’installe chez la demoiselle.
Hors, il ne parle ni espagnol, ni catalan, le marché du travail n’est pas top, et il n’a pas énormément d’argent.
Mais la demoiselle aime sortir avec ses amis, et il soit suivre. Alors il paye, il paye, il paye… Epuise ses économies.
Puis elle commence à se fatiguer. Ils ont du mal à se comprendre, elle doit s’occuper de lui tout le temps, il ne travaille pas, il n’a plus d’argent… Elle a pas signé pour devoir entretenir un mec, elle !
Et patatra, elle en a ras les couettes, elle le plaque.
Or, il n’a plus d’argent et lui qui habitait chez elle doit faire ses valises.
Il n’a pas de quoi acheter un billet d’avion retour et se retrouve donc à la rue.

Il avait fini par trouver, via d’autres coréens sur place, un petit boulot dans un restau asiatique payé en liquide.
Depuis quatre semaines, il dormait dans les parcs la semaine, et se payait une nuit en hostel le samedi soir pour pouvoir se laver et se reposer.
Personne n’était au courant de sa situation parce qu’il était mortifié de honte.

Je suis choquée qu’il ait réussi à tomber aussi bas avec ses conneries de playboy des bacs à sable. Est-ce que ça m’a fait plaisir de le savoir dans une telle situation quand moi je vivais ma meilleure vie ?
Absolument pas.
En fait, j’ai même trouvé ça plutôt honteux d’avoir été tant amoureuse d’un con fini pareil. Quitte à avoir été aussi malheureuse pendant des mois et avoir été si prête à tout pour quelqu’un, j’aurais préféré que ce soit quelqu’un d’admirable, vous voyez.
Pas une grosse tanche qui se retrouve à la rue à l’autre bout du monde parce qu’il pense avec son zob.
Même si je salue l’ironie qu’il se retrouve à la porte dans un pays inconnu, sa situation est grave et je n’ai pas envie de m’en réjouir.
Je m’inquiète un peu pour lui aussi. Il se balade avec toutes ses affaires et ses économies sur lui et dort dehors toute la semaine. Suffit qu’il se fasse voler une fois, et il fera quoi ensuite ?
Surtout que les payes sont pas terribles en Espagne, il va faire ça combien de temps ?

Bref, je pousse un gros soupir et je lui téléphone.
Et là, je lui ai passé la soufflante de sa vie.
Je lui ai dit qu’il était temps qu’il grandisse et assume le fait qu’il était qu’un pauvre con incapable. Qu’il allait téléphoner à sa mère et son père, tout leur dire et oui, vivre la honte de sa vie une bonne foi pour toute.
Qu’il leur demande de quoi se payer un billet d’avion, qu’il se fasse engueuler comme jamais parce qu’il le mérite, qu’il rentre dans son pays et bosse pour les rembourser.
Que si vraiment il avait compris la leçon et envie de changer, il fallait qu’il soit un peu honnête. Tant pis si les gens se foutaient de lui, tant pis si sa famille lui menait la vie dure ensuite.
Qu’il se prenne une bonne fois pour toute dans la tronche ce qu’il mérite, qu’il reparte de zéro et qu’il marche droit.
Qu’il allait pas risquer de se faire voler ou pire, par honte d’admettre qu’il faisait n’importe quoi.
Et que tous les commentaires qu’il allait se prendre ensuite, que ça lui serve de leçon.

Il m’a dit d’accord, et il a raccroché.
Le lendemain, il avait parlé à son père.
Quelques jours plus tard, il était rentré en Corée. Après ça, il a repris le travail sérieusement sous la houlette de son père et recommencé une vie normale.
Il m’envoyait des nouvelles auxquelles je répondais peu : j’étais soulagée qu’il s’en soit sorti, mais concrètement il ne représentait vraiment plus rien pour moi.
Des gens m’ont dit que j’avais été trop gentille, qu’il méritait même pas que je lui accorde 30 minutes de mon temps pour l’écouter.
Peut-être.
Mais moi ce que j’en pense, c’est que ça sert à rien d’abattre un homme à terre. Le karma s’était chargé de lui, il était tombé tellement bas, je n’avais plus besoin de faire quoi que ce soit pour me venger.
Comme a dit un grand philosophe français…

puos0rAprès cela, il a voulu reprendre contact, m’envoyer des nouvelles, me souhaiter mon anniversaire « le premier », me dire que je manquais à sa mère et j’en passe.
J’ai très vite sorti le panneau STOP pour lui dire que je l’avais écouté et je lui avais parlé parce qu’il était dans une situation critique et que je ne souhaitais la rue à personne.
Mais que concrètement, je faisais ma vie, lui la sienne, et que ça ne m’intéressait pas de garder contact avec lui.
Il faisait partie du passé.
Il m’a dit merci, et qu’il regrettait de m’avoir perdue mais qu’il me souhaitait d’être heureuse.
Je lui ai répondu d’arrêter de faire de la merde et de prendre sa vie en main.

On s’est dit au revoir, et on ne s’est plus jamais reparlé depuis.

Pour tout vous dire, il m’était même sorti complètement de la tête, jusqu’à peu parce que j’étais à Barcelone.
Comme quoi, c’est vrai que le temps finit par guérir toutes les blessures, car il y a cinq ans, j’étais persuadée de ne jamais m’en remettre.
Et j’étais également convaincue que ça resterait la plus grande honte de ma vie et que jamais je n’oserais en parler.
Et aujourd’hui, je vous ai tout raconté sans que ça me fasse grand chose. 
Tout arrive.

La vérité, c’est qu’une relation amoureuse, soit ça devient une belle histoire, soit ça devient une leçon de vie.
Et celle-là m’a malgré tout beaucoup appris. Déjà elle m’a appris à ne plus être fusionnelle et ne plus m’oublier. 

Pas assez, sûrement.
Puisque malgré tout, j’ai réussi à faire pire ensuite.
Ne jamais sous estimer ma capacité à foutre ma vie en l’air.

Mais ce post est déjà bien assez long et je ne veux pas écrire le reste en article public, pour des raisons que vous comprendrez certainement en lisant.
La suite sera donc dans une seconde partie qui sera publiée dans la journée.
Le mot de passe sera donné sur mes réseaux sociaux privés.
Si vous ne le recevez pas mais que vous voulez lire la suite, vous pourrez me le demander sur Twitter, Facebook, Instagram ou par mail.
Je vous répondrai en privé.

La Magnifique Sonyan

Aucune information top sicrète sur Sonyan. Fouine !

14 Louanges

  1. Danie

    Bravo pour avoir trouver le temps, le courage et la motivation d’écrire tout cela car j’imagine que ça n’a pas du être forcément facile.

  2. Maud

    Honnêtement, je pense que je vais avoir besoin de relire cet article pour le digérer (ce qui m’arrive souvent en fait lorsque je te lis – ceci est un compliment).

    J’ai envie de dire pleins de choses mais je pense que la plus importante, c’est ceci: meuf, on a besoin de bien plus de personnes comme toi dans ce monde. Et je suis sérieuse. La manière dont tu as réagis à cette histoire avec Mister Sweet Face… Très peu de personnes en auraient été capable.
    J’ai vraiment été choquée de chaque « révélation » en pensant que ça ne pouvait pas être pire – j’ai vraiment cru aux premières excuses avant le fiasco Barcelone.
    Une foule de personnes auraient réagit bien plus violemment. Mais tu as choisis la compréhension – on est d’accord, ça n’excuse rien à ce qu’il a fait et c’est un choix que tu as fais pour toi et non pour lui. J’aimerais que le monde comprenne un peu mieux ce mécanisme.

    C’pas la première fois que je reste sans voix après la lecture de ton blog et c’pas la première fois que je me dis que tu es vraiment extraordinaire. J’admire ta combativité intelligente. Tu as beau dire avec le recul que telle ou telle chose était bête/naïve, ça n’empêche pas le reste. Tu as une force en toi. Qui je pense, j’espère et te le souhaite, sera toujours la. Cultive la. Et soit mon Maitre Jedi hihi.
    (Je ressors de plusieurs mois de boulot à l’exposition Star Wars… J’étais obligé de faire la blague.)

  3. ClaraBaffe

    Franchement je te trouve vraiment courageuse d’avoir écrit tout ça. J’espère que ça aura été un peu cathartique, il aura fini par servir à quelque chose cet abruti.
    Sincèrement d’habitude la naïveté extrême de certaines m’exaspère, mais là je comprends tout à fait les choix que tu as pu faire, et le dernier était le meilleur de tous. Tu ne t’es pas abaissée a son niveau, tu as tellement bien fait.
    J’espère que ce n’était pas trop dur de raconter tout ça, même des années après. En tout cas tu as été tellement courageuse de réussir à partir seule dans un pays inconnu ! Bravo !

  4. Giuseppe

    Relecture de ton article et j’ai encore les larmes qui montent.

    Je vais rejoindre les commentaires précédents : te blâme pas d’avoir été « naïve », tu as réagi de façon exemplaire.

  5. Tam

    J’ai très envie de prendre la Sonia de 2013 dans mes bras (la Sonia de maintenant aussi d’ailleurs). J’admire le recul et l’analyse dont tu fais preuve aujourd’hui. J’ai du mal à croire qu’un humain pareil existe, c’est surréaliste et je suis tellement désolée que ce soit toi qui sois tombée dessus. Le gars a compris trop tard la chance qu’il avait eu en te rencontrant ça me ferait presque de la peine pour lui (mais en fait non).
    Je t’avais déjà admirée pour ton voyage seule en Australie à l’époque, sachant tout ça en plus je suis soufflée. Tu es une fille incroyable et je regrette toujours d’être passée si près de toi et de ne pas t’avoir rencontrée en vrai ! Si le Québec te tente, fais moi signe hein !

  6. L’affreuse lois est bien connue : Un traumatisme peut en cacher un autre.

    Moi j’ai toujours aimé ta détermination, depuis aussi longtemps que je te lis.
    C’est sûr, tu es loin de la rémission, mais ta volonté d’aller de l’avant et de donner le meilleur de toi-même en toutes circonstance m’inspirent profondément. (haha, j’ai fait un oyaji-gag)

    Est-ce que j’ai le droit d’avouer que dans ma vie au japon, j’ai déjà pensé « tout va bien, c’était encore pire pour Sonyan »…
    Mais tu triomphes toujours !
    Que ce blog fasse partie de ta térapie ne le rend que plus précieux à mes yeux.

    Merci de rassembler autant de mots de courage en un même endroit.
    Prend soins de toi <3

  7. Iselo

    Hello Sonyan,
    Ça fait longtemps que je te lis maintenant (même si j’ai pris en cours de route je pense que ça date de 2014 ? ) et je n’ai jamais osé/pris le temps de laisser un commentaire alors même que j’adore te lire (et que j’ai passé quelques après midi entière à lire tous tes articles à l’époque.) Bref, tout ça pour te dire que te lire est toujours un plaisir, aussi terrible en soit le contenu.

    Ce que tu as vécu avec Mr Sweet Face est particulièrement éprouvant, et du haut de mes 22 ans j’admire vraiment la façon dont tu as géré tout ça. Je ne suis pas sûre que beaucoup de gens aurait eu la force avec ce qu’il s’est passé en Corée d’y rester encore 6 semaines au lieu de rentrer chez soi. Je ne suis pas sûre que beaucoup aurait eu la bonté d’âme de l’aider à ce sortir de la merde dans laquelle il s’était foutu.
    Et puis d’être partie en Australie, quoiqu’il arrive.

    Tu es quelqu’un d’incroyable, et j’aurais aimé que la vie soit un peu plus sympa avec toi.
    Quoiqu’il en soit, tu es vraiment une personne que j’admire et je prend note de tes leçons de vie, parce que, bien que ce soit en mondre mesure, il y a quelques trucs qui me font penser à ton parcours et je ne suis pas sûre d’avoir la force de passer par là, alors autant les éviter, si possible.

    Merci et courage pour la suite !

  8. Patacrêpe

    Ah que coucou~!

    Je suis une inconnue pour toi mais bon… Je voulais juste te dire bon courage. Tu as franchement pas eu la vie facile, mais tu en parles, tu gardes un certain humour, et tu n’abandonnes jamais (alors que perso’, je préfère vivre dans le monde virtuel des jeux et ignorer tout autour de moi ♥), et pour ça je te trouve vachement incroyable. Tu restes très forte malgré tout.
    Même si tu te dis qu’on ne peut pas tomber plus bas et qu’on a pas d’autre choix que de se relever… certains gens n’y arrivent pas. On préfère faire l’autruche que de se mettre un coup de pied aux fesses. Surtout quand on est du genre détaché de tout, qu’on préfère vivre au jour le jour, avec aucun intérêt pour le futur ou quoi que ce soit.
    Et je crois que je suis née comme ça vu que déjà enfant quand on me disait ce que je voulais faire plus tard je disais « SDF sous les ponts » (oui, SDF dans la rue c’est moins glamour, avoue).
    Je le vis bien d’être un déchet, c’est fou, heing ? Ca ne change rien au fait que je pétille de la vie. Et ça peut même surprendre mais je suis quelqu’un de sensé et terre à terre \o/ C’est juste que la vie ne m’intéresse pas en général, je crois…

    Enfin bref ! Je te souhaite plein de love sur ta vie (de tes amis, de ta famille, de toi-même, d’un type réglo et pas con), et continue avec tes articles, s’il te plaît :3
    J’aime énormément te lire, c’est le seul blog que j’apprécie réellement.

  9. Magu

    J’ai suivi tes aventures en Australie, contente que tu aïs pu réaliser ton rêve d’y aller mais jamais je n’aurai imaginer qu’un tel connard ait pu croisé ta route. Tu n’es pas à blâmer, on ne dit pas pr rien que l’amour rend aveugle et pr m’être aussi senti comme un monstre des années, je peux comprendre qu’on ait envie même un peu de se sentir aimer même si la personne en face en profite. Je te trouve courageuse de t’en être relevée et je te souhaite le meilleur pour la suite. Tu le mérite.!!

  10. Liam

    Hello Sonyan,
    J’ai découvert ton blog par une amie qui me l’a présenté comme un regard fantastique sur le Japon, une plume magnifique, enjouée, volubile. Bref, un must read. Je n’ai pas été déçue !
    J’ai découvert une jeune femme forte, aimable, à la vie pleine de rebondissements. J’ai distillé chacun de tes articles pour ne pas tout épuiser trop vite et j’ai été soulagée quand tu as pu changer de travail, évoluer. Je te voyais presque comme une héroïne de roman, qui vit des aventures rocambolesques et à laquelle on s’attache naturellement, parce que ce sont de belles personnes.
    Et puis… j’ai lu ton article sur les TCA. Et là j’ai eu un choc. Car tu n’étais pas un personnage, finalement, mais une véritable personne. Avec ses failles, ses souffrances, ses faiblesses. Une humaine. Réelle. Et je ne t’ai alors plus souhaité de plus rocambolesques aventures, pour que je puisse me délecter de tes articles, mais simplement la paix, l’amour, la confiance, le respect. Que tu mérites, comme tout être humain.
    Découvrir ce nouvel article, ç’a été découvrir une nouvelle facette de ton humanité. J’espère de tout mon cœur qu’aujourd’hui tu vas bien, que ce travail de résilience t’aide.
    Merci d’avoir partagé tout ça, et merci pour ta confiance.
    Je te souhaite tout le bonheur du monde ❤

  11. Lisa

    Je suis ton blog depuis quelques années maintenant, et j’inaugure pourtant aujourd’hui mon premier commentaire.
    Je lis tes articles avec toujours autant de plaisir. Récemment tes articles plus personnels m’ont réellement touchée.
    J’admire ta force et ta patience face à toutes ces péripéties. Je me reconnais dans des situations ou des réactions, moins dans d’autres, ça me fait m’interroger sur un tas de choses.
    Il m’arrive de relire tes anciens articles à mes heures perdues. Ils me font beaucoup rire 🙂
    Sonya, on ne se connait pas mais à force de te lire et relire j’ai presque l’illusion d’être une connaissance qui te croise de temps à autre. Je te souhaite bon courage dans la suite, tout le bonheur du monde, des péripéties droles et rocambolesques qui ne tournent pas au drame, et surtout…
    de l’amour ♡
    Longue vie à Sonyan, à sa majesté Balerion, et à ce blog !

  12. Mila

    Comme toujours, je suis admirative de ta force, de la façon dont tu te dévoiles, de ton éloquence, et de la personnalité qui se dégage de tout ce que tu écris. Et je suis également vraiment triste de savoir ce par quoi tu es passée, et ce que tous ces connards t’ont infligé 🙁 Je n’ai pas grand-chose à dire après avoir lu ce texte, mais j’espère qu’exorciser tout ça te fait du bien, et je t’embrasse virtuellement très fort ♥

  13. Audrey

    Tout d’abord, merci de partager ceci avec nous et surtout bravo à toi pour ton courage. Courage de te mettre à nu, d’avoir surmonté cela et de continuer à avancer malgré tout.

    Je pense que personne au monde n’est autorisé à te reprocher d’avoir regardé son téléphone. La confiance c’est bien mais c’est un contrat tacite qu’il n’a pas respecté donc il a perdu le droit au respect de son intimité. Et tu as bien fait vu ce qu’il cachait.

    Tu n’es pas du tout faible d’avoir gardé contact avec lui : c’est normal comme comportement, vous avez partagé énormément de choses, il est naturel que tu ne puisses pas te détacher de lui du jour au lendemain. Et, comme tu le dis, comprendre t’as aidé à faire ton deuil. Tu n’étais pas prête à le bloquer mais quand l’as senti au fond de toi, tu l’as fait. Tu avais besoin de temps et c’est totalement normal, il ne faut pas te blâmer.

    Cet article m’a beaucoup émue, tout autant que celui sur les TCA qui m’avait vraiment remué. Tu as été très forte et très altruiste envers cet homme qui ne te méritait clairement pas. Je suis épatée par ta générosité et ta bonté! Vraiment, il devrait y avoir plus de gens comme toi dans ce monde!

    Je pourrais écrire tout un pavé pour exprimer combien je t’admire et te trouve tout simplement géniale. Tu ne t’en rends peut être pas compte, mais tu es tellement inspirante et admirable! Tu endures des choses très difficiles tout en gardant la force de continuer, tu ne cesses jamais de te relever et tu as été capable d’accomplir des choses que peu de personnes auraient été capable de faire. En plus de cela tu as une façon d’écrire et de t’exprimer délicieuse, sans compter ton humour!

    Je vais m’arrêter là parce que je n’ai pas envie de te « gêner » ou de te mettre mal à l’aise (j’imagine que ça peut l’être vu que je suis une inconnue). Mais, vraiment, bravo à toi et merci de nous faire partager tes expériences, drôles ou moins drôles, sur ton blog.

    Tu peux être fière de toi. Réellement. Parce que tu es quelqu’un d’incroyable.

  14. Mimi

    On parle d’ « expérience » en amour mais c’est très relatif. On évolue avec le temps, mais le cerveau/coeur amoureux est un organe malade.
    On apprend jamais vraiment de nos expériences amoureuses. Aucune personne n’est exactement comme une autre, et même avec un radar à salauds c’est difficile de les détecter. Ils cachent si bien leur jeu…
    Ne te rend pas responsable du mal qu’on peut te faire.
    J’ai appris récemment qu’on a tendance à penser qu’il y a du bon en chacun d’entre nous (nous faisons un excès d’angélisme), mais que certaines personnes choisissent d’être mauvaises. S’il est possible pour certains de la fermer plutôt que de dire des méchancetés, il en est de même pour tous. Mais d’autres choisissent et se font un malin plaisir de rabaisser et blesser.
    En tant hsp, je comprends toutes tes réactions et je compatis. Couper les ponts avec les personnes toxiques pour pouvoir prendre du recul et rebondir sur du positif, est souvent une bonne alternative.
    Encore faut-il avoir le courage et la force d’esprit que tu as eu!

    Quoi qu’il en soit je te souhaite tout le meilleur. Encore beaucoup de belles expériences et de découvertes. Mille belles pensées pour toi. ~

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